mardi, novembre 03, 2015

L'invasion britannique de la Haute-Savoie ...

Le sujet reste encore tabou et les Haut-Savoyards de souche préfèrent ne pas en parler trop ouvertement. La réalité est que tous les anglais qui viennent s'établir dans leurs stations de montagne sont bel et bien en train de transformer leur coin et leur culture de manière irréversible.

Je parle de ma vallée natale de Morzine, qui se situe à environ une heure de l'aéroport de Genève et de ses vols Easyjet bons marché en direction de Londres. Tout le monde sait que quelque chose de déplaisant est en train de mijoter, mais personne ne peut dire quand et à quel point la marmite va entrer en ébullition et se mettre à déborder.

Les britanniques ont découvert l'endroit dans les années 1990 et depuis, ont acheté tout ce qui était à vendre (pour être parfaitement honnête et transparent, j'ai participé à ce transfert de biens quand j'ai vendu ma maison à des anglais en 1989 ...).

Face à cet assaut « envahisseur », la population locale s'est sentie totalement impuissante et c'est trouvée dans une position assez ambiguë parce que d'un coté elle profitait de cette manne économique en ayant, en plus, le sentiment déplaisant de trahir son propre patrimoine …  Ceci est bien ce qui explique en grande partie cette crise sous-jacente dont on ne parle guère ouvertement.

En raison d'un pouvoir d'achat supérieur à celui des français, les britanniques ont pu acheter tout l'immobilier mis en vente dans les stations de montagne Haut-Savoyardes, et ce faisant, ont tiré les prix vers le haut, bloquant ainsi tout espoir d’accession des jeunes du coin à la propriété, à moins bien entendu qu'ils puissent hériter des biens de leur propre famille.

Trop souvent, il leur a parfois fallu vendre ces mêmes biens pour satisfaire des frais de succession ou encore le payement de l’impôt sur la fortune, ou ISF. C'est un peu ce que l'on appelle dans les Rocheuses américaines le « syndrome d'Aspen » ; pour expliquer, c'est ce qui se passe aussi dans mon patelin de Park City où les habitants de longue date, et même les « petits » millionnaires, sont chassés par des milliardaires !

Si cela n'était pas assez mauvais, il y a plus grave ; les britanniques transplantés en Haute-Savoie ne semblent pas vouloir s'intégrer parmi les français qui les entourent. Ils restent au contraire bien entre eux, solidement groupé dans leurs cellules anglophones, ne cherchant surtout pas à apprendre le français, mais n’hésitant pas à envoyer leurs enfants à l'école du village et à bien profiter du système de soins de santé français gracieusement mis à leur disposition par les contribuables locaux.  Seuls les ménages biculturels (avec un conjoint du coin, ou pour le moins français) s’intègrent à la communauté et cela s’arrête là.

Pour exacerber un peu plus la situation, les « rosbifs », comme mes amis morzinois appellent les anglais, ont la spécialité des « chalets-gîtes » qui sont leur formule hôtelière préférée. Ces établissements sont gérés à partir du Royaume-Uni et tout vient de là, du personnel jusqu'aux provisions qui transitent à travers le tunnel sous la Manche.

Bien entendu, le personnel qui fait fonctionner ces chalets n'est généralement pas soumis au droit français du travail et ce faisant, ces systèmes para-hôteliers jouissent d'un avantage totalement injuste par rapport à l’hôtellerie et aux loueurs locaux.

Quand je questionne mes amis et ma famille à propos de cette anomalie, ceux-ci lèvent les bras au ciel en me répondant qu'on ne peut rien faire contre cet état de fait, et que les britanniques profitent de certains passe-droits qui font partie de la législation de l'union européenne. En plus de ces « chalets-gîtes », il existe toute une infrastructure d'entreprises plus ou moins artisanales venant se greffer sur les activités des « colons » anglais.

D'abord il y a toutes les agences immobilières tenues par des anglais, et ensuite il y a ces navettes d'aéroport qui fournissent une liaison impeccable à leurs compatriotes, en contournant les transports publics français en place, tels que taxis et autobus réguliers. Même choses pour les travaux de construction ou d’aménagement ; la main-d’œuvre est importés directement d'outre-manche.

Des services additionnels et spécialisés (tels que la livraison de ski de location au chalet ou à l'appartement, et copiés sur ce qui se fait aux États-Unis) rentrent en concurrence directe avec les service offerts par la population locale, qui n'ont d'autre alternative que de s'acquitter de leurs impôts locaux !

Combien de temps ces injustices économiques vont-elles durer ? Difficile à dire. Dans l’intervalle, il faudra voir si ces « envahisseurs » seront en mesure de s'adapter avec la vie plutôt spartiate qui règne pendant la morte-saison dans des villages comme Morzine, où il n'y a pas grand-chose à faire. Une petite ville comme Chamonix offre d'avantage d’activité et d'animation à cause de sa plus grande taille, de sa notoriété et de ses entre-saisons beaucoup plus courtes.

La question est donc de savoir si tous ces londoniens comblés et gâtés, qui vivent en autarcie, pourront supporter l'ennui de la morte-saison en montagne et s'entendre sur le long terme avec leur voisins francophones ? De plus, il est fort probable que la période actuelle de « lune de miel » continuera tant qu'il y aura quelque chose à gagner pour les gens du terroir, mais celle-ci risque de passer assez vite une fois qu'il n'y aura plus grand-chose à engranger.

À moins, bien sûr, que tous ces gens finissent par fusionner et s'intégrer dans leur creuset commun et former un nouveau mélange ethnique harmonieux. Si cela n'est pas le cas, il est à craindre que des affrontements assez âpres pourraient se produire entre autochtones et envahisseurs.

Comme toujours, qui vivra verra, mais cela promets des moments pour le moins intéressants ; donc pour l'instant, affaire à suivre !

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