samedi, avril 18, 2026

Donald Trump, cet imparfait

Comme tout un chacun, Trump n'est pas parfait. Pour commencer sur une note positive, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir transformé le temps — qui filait si vite avant qu'il ne soit notre dictateur — pour le faire littéralement s'immobiliser presque éternellement. 

Du côté négatif, Trump collectionne d’horribles traits de caractère que nous abordons maintenant. D’abord, c’est un grand impatient et je soupçonne qu'il manifeste des comportements liés au TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) chez l'adulte, incluant l'inattention, l'impulsivité et l'hyperactivité. Ses détracteurs citent ses interruptions fréquentes et sa faible capacité de concentration qu’une observation attentive du sujet semble confirmer. 

ll est clair que l'impatience n'est pas un trait souhaitable chez un chef d'État, car cela conduit souvent à des décisions hâtives, à un jugement erroné et à la détérioration des relations diplomatiques ou politiques, plutôt qu'à l'élaboration d'une stratégie réfléchie et à long terme. 

Si l’impatience peut parfois créer une urgence, elle provoque souvent des prises de risque excessives, des échecs stratégiques et un niveau de stress élevé au sein de l’administration, de la Nation et aujourd’hui du monde entier. 

Bien entendu, j'ai constaté, au fil de ses deux mandats, que son impatience pourrait n'être que la pointe de l'iceberg si l'on retournait le « glaçon Donald » sur lui-même. 

Au repos, son iceberg révèle un narcissisme et un égoïsme extrêmes. « Moi, moi, moi » : tel est son mantra. Bien qu’elle puisse être assimilée à son impatience, son impulsivité et un comportement erratique s'ensuivent, car il est incapable de maintenir sa concentration ou de suivre les protocoles établis, ce qui l'amène à opérer des changements politiques abrupts par le biais des réseaux sociaux. 

Bien sûr, en tant que fils de chair de Geppetto — le papa de Pinocchio — ses mensonges, sa malhonnêteté et son manque de véracité, documentés par des milliers de déclarations fausses ou trompeuses, enfoncent le clou de son manque de crédibilité. Viennent ensuite l'intimidation et l'attitude agressive, qu'il a sans doute apprises auprès de son père biologique et de la mafia new-yorkaise. 

Pour conclure, il se montre également vindicatif et animé par une volonté inlassable d'obtenir réparation contre ceux qu'il perçoit comme déloyaux ou hostiles. Tout cela lui vaut de remporter le « Prix de la Malveillance Satanique » — à défaut de figurer sur la liste des nommés pour le prix Nobel de la paix ! 

vendredi, avril 17, 2026

Ski de compétition et chanson …

Il y a des choses que j'aurais dû savoir il y a plus de soixante ans, mais il n'est jamais trop tard pour les connaître, pourvu que cela arrive avant de mourir. Il y a quelques jours, une très vieille chanson française m'est revenue en tête, et je me suis demandé si je pourrais la retrouver quelque part. Après quelques recherches infructueuses, j'ai sollicité l’aide de bons amis restés en France ; l'un d'eux m'a orienté directement vers la chanson en question, précisément sur YouTube. 

Par la même occasion — et à ma totale surprise —, j'ai découvert que Guy Périllat — célèbre membre de l'équipe de France de ski dans les années 60, médaillé de bronze aux Jeux olympiques de 1960, vainqueur de la plupart des descentes classiques en 1961, champion du monde de slalom géant en 1966 et médaillé d'argent derrière Killy aux Jeux de 1968 — avait enregistré quelques chansons, surfant sur la vague de ses succès sportifs et de sa notoriété nationale. 

Juste après sa médaille aux Jeux de Squaw Valley en 1960 et son exceptionnelle saison 1960-1961, Périllat s’était laissé tenter par une carrière de chanteur. Ce fut une brève incursion dans le monde de la musique pop, marquée par l'enregistrement d'un EP en 1961 chez Polydor ; on y trouvait notamment le titre « L'amour me brûle », dont le texte avait été écrit par Ralph Bernet (l'un des paroliers de Johnny Hallyday) et la musique composée par Danyel Gérard, un autre chanteur français. Cette chanson était tout à fait emblématique du début des années 60 (dans le style « crooner »). 

À l'époque, la « Périllat-mania » battait son plein en France, au point que les maisons de disques cherchèrent à capitaliser sur son image de « gendre idéal » et de héros national. Si sa carrière sur les pistes fut légendaire, sa carrière de chanteur ne resta qu'une simple curiosité qui s'est évanouie assez rapidement. 

Ce disque se trouve encore aujourd'hui chez les collectionneurs de vinyles ; il est souvent recherché davantage pour la photo du champion figurant sur la pochette que pour ses qualités musicales. S'il s'était consacré un peu plus au ski au lieu de se laisser distraire par cette escapade dans le show-business, il aurait peut-être battu Killy ! 

jeudi, avril 16, 2026

Envie ou Jalousie ? (Troisième partie)

Souvent, la jalousie est confondue avec l'envie. J'aime appeler ces deux émotions des « cousines », car elles sont étroitement liées ; toutes deux découlent, en effet, d'un sentiment de malaise et d'insécurité. Pourtant, elles sont distinctes : l'envie implique de désirer ce qu’un autre possède, tandis que la jalousie implique la peur de perdre, au profit d'autrui, ce que nous possédons déjà. 

En fait, l'envie est la douleur ressentie lorsqu'une autre personne possède quelque chose que nous désirons. Par exemple, j'ai éprouvé de l'envie pendant cet hiver en voyant toute la belle neige dont mes amis profitaient dans les Alpes, alors que nous subissions une terrible sécheresse dans les Rocheuses nord-américaines. L'envie relève du désir et de la comparaison, pas de la perte. Elle peut porter sur le talent, la beauté, la liberté, les relations, le mode de vie, les opportunités et, bien sûr, un ski de rêve ! 

L'envie est fondamentalement une relation de personne à personne : nous désirons quelque chose que quelqu'un possède. En revanche, comme nous l'avons déjà évoqué, la jalousie est la peur de perdre, au profit de quelqu'un d'autre, une chose que nous possédons déjà. La jalousie relève de la menace, et non du désir. L'envie se traduit par « Je veux ce que tu as », tandis que la jalousie se traduit par « Je crains de perdre ce que j'ai ».

Cette distinction est ancienne ; elle se retrouve à travers les cultures, les langues, et évoque ce moteur caché qui anime le consumérisme. En tant que sentiment, l'envie attire notre attention vers l'autre personne ; elle suscite le désir, la comparaison et l'auto-évaluation, et peut soit motiver notre développement personnel, soit déclencher un sentiment de honte. 

La jalousie, quant à elle, attire notre attention vers une forme de menace, générant vigilance, instinct de protection et insécurité ; elle peut également renforcer les liens ou créer des conflits. Ces deux sentiments activent des tensions psychologiques différentes. L'envie est synonyme d'aspiration et de comparaison, tandis que la jalousie est liée aux attachements et à la menace qui pèse sur eux. 

Si vous éprouvez de l'envie, la question qui se pose devient la suivante : « Quel désir, en moi, vient d'être éveillé ? » Tout comme la jalousie, l'envie devient alors une carte pour nous guider, mais pas un sujet de jugement moral. Bien que ces deux sentiments puissent se révéler constructifs s'ils sont bien gérés, l'envie et la jalousie ne sont pas identiques ; c'est pourquoi l'envie est plus susceptible d'être perçue négativement par rapport à la jalousie. 

Toutes deux agissent comme des signaux importants révélant des désirs inassouvis, plutôt que comme des failles morales intrinsèques ; toutefois, l'envie est plus fréquemment associée à des comportements indésirables, négatifs et destructeurs. J'espère que mon explication ne vous a pas rendu envieux en vous coupant toute envie d’être jaloux !

mercredi, avril 15, 2026

Hé, je suis jaloux ! (Deuxième partie)

Après avoir défini ce qu'est la jalousie, nous pourrions nous demander d'où elle vient. La première question qui saute à l'esprit est de savoir si le sentiment de jalousie est inné ? La réponse semble être OUI, et ce, de manière profonde. À travers les cultures, les âges et même les espèces, la jalousie se manifeste selon des schémas prévisibles. L'un d'eux est d'ordre évolutif : elle nous sert à protéger la cellule familiale traditionnelle et à garantir l'investissement parental, tout en maintenant notre rang social, en prévenant toute perte de ressources. 

Il ne s'agit pas d'une défaillance morale, mais d'un système d'alarme ancestral qui peut, dans le contexte de la vie et de la culture modernes, se déclencher par erreur. Par ailleurs, la jalousie n'est pas égale par tout le monde ; certains d'entre nous l’éprouvent plus fortement que d'autres. C'est là que le sujet devient intéressant. J'ai découvert que la jalousie ne se résume pas à la situation elle-même, mais qu'elle dépend de notre mode de pensée et de la manière dont nos émotions nous affectent.

Certaines dispositions personnelles — notamment notre style d'attachement — peuvent amplifier la jalousie. Par exemple, si c’est l’anxiété qui nous attache, nous ressentons la jalousie avec une intensité maximale. Si l'attachement nous affecte moins, le sentiment est refoulé, mais demeure bel et bien présent. À l'inverse, si notre attachement n’est pas névrosé, nous ressentons de la jalousie, mais celle-ci ne nous submerge pas. La stabilité de notre estime de soi influe également sur nos sentiments. 

Quand j'étais jeune, mon estime de moi était fragile, ce qui a provoqué chez moi d'innombrables accès de jalousie. Avec l’âge et quand le succès est arrivé, j’ai gagné beaucoup plus d'assurance, ce sentiment s’est alors estompé. Il est évident que si notre identité est étroitement liée à une relation, à un rôle social ou professionnel, à un savoir-faire particulier ou à une profession spécifique, toute menace pesant sur ces domaines est susceptible de déclencher la jalousie. 

Certains d'entre nous sont programmés pour être influencés par des questions de hiérarchie et d'appartenance avec une intensité supérieure à la moyenne ; ceux-ci ressentent les moindres variations d'attention ou de statut comme on sentirait un courant d'air dans une pièce. Enfin, notre cerveau apprend en permanence et identifie des schémas récurrents ; ainsi, nos expériences passées de perte ou de trahison lui enseignent que la jalousie peut servir de garde-fou pour garantir que ces situations ne se reproduisent plus jamais. 

J'ajouterais que si nous avons connu la pauvreté à un moment donné de notre existence — comme ce fut mon cas —, nous avons développé un sentiment de pénurie. Ainsi, si nous considérons que l'amour est rare, que les opportunités sont rares et que l'attention est rare. La jalousie devient une réaction par défaut. Pour conclure, je propose une meilleure façon d'envisager la jalousie. Ne la traitons pas comme un problème, mais comme une donnée. 

La jalousie répond toujours à l'une de ces questions : 

  • Qu'ai-je peur de perdre ? 
  • Quelle part de mon identité se sent menacée ? 
  • Quelle richesse rare suis-je en train de percevoir ? 
  • Quelle histoire suis-je en train de me raconter sur ce que je vaut ? 
  • Quelle ancienne blessure passée est réactivée ? 

Si nous arrivons à nous entraîner au décodage de ces différents signaux, la jalousie que nous ressentons devient une carte plutôt qu'un piège. Demain, nous parlerons de l'envie, cette cousine bien spéciale de la jalousie...

mardi, avril 14, 2026

Hé, je suis jaloux ! (Première partie)

Souvent, je me demande ce qui déclenche le sentiment de jalousie. Est-ce inné ? Et quelles dispositions le rendent-elles plus intense chez certains individus ? D'après ce que j'ai ressenti et observé, je dirais que la jalousie ne pointe pas son nez au hasard et ce n'est pas non plus un défaut. C'est l'un des systèmes émotionnels les plus anciens développés au cours de notre évolution, un signal qui nous incite à protéger ce que nous considérons comme essentiel : nos relations, notre statut, notre sentiment d'appartenance, notre identité et notre sécurité.

J'ai éprouvé suffisamment de jalousie au cours de ma vie pour bien connaître ce monstre insidieux, qui surgissait chaque fois que je ne me sentais pas suffisamment sûr de moi. En étudiant un peu ce sentiment, on peut comprendre ce que la jalousie cherche à protéger, elle devient alors beaucoup moins mystérieuse. J'ai pris le temps d'examiner cette émotion compliquée, et j'ai découvert qu'il existe des situations humaines qui la déclenchent à coup sûr. 

Presque tous les cas de figure entrent dans l'une des catégories suivantes. D'abord, la menace pesant sur une importante relation, qu'elle soit amoureuse, familiale ou amicale. Par exemple, lorsqu'une autre personne accapare l'attention alors que nous pensons qu'elle devrait nous revenir, lorsque notre partenaire semble attiré par quelqu'un d'autre, ou lorsqu'un ami s'investit davantage auprès d'un autre. Ce sont là des cas classiques ; la jalousie que nous ressentons agit alors tel un chien de garde, veillant sur ce qui nous est rattaché. 

Ensuite, il existe une forme de jalousie que nous admettons rarement : la menace pesant sur notre statut ou notre identité. Dans ce cas de figure, un collègue reçoit des éloges pour un travail dans lequel nous excellons habituellement, ou une nouvelle personne intègre notre cercle social en faisant valoir une compétence pour laquelle nous sommes nous-mêmes reconnus. Autre exemple : un collègue qui réussit dans un domaine étroitement lié à notre spécialité. 

Dans toutes ces situations, notre jalousie agit pour protéger l’identité singulière ou la supériorité qui nous est propre. Une autre catégorie concerne les menaces pesant sur nos ressources, qu'elles soient émotionnelles, sociales ou matérielles. Par exemple,quand quelqu’un décroche le poste que nous espérions, lorsqu'un frère ou une sœur reçoit une plus grande part d'héritage, ou lorsqu'un collègue bénéficie d'un accès privilégié auprès du grand patron. 

Enfin, il y a la menace pesant sur notre sentiment d'appartenance. Nous sommes des animaux sociaux, et nous ne supportons pas d'être exclus du groupe. Ainsi, nous éprouvons de la jalousie lorsque nous sommes tenus à l'écart de projets ou d'une équipe, lorsque nous ne sommes pas invités à une fête, lorsque nous voyons d'autres personnes tisser des liens sans nous, ou encore lorsque nous avons le sentiment d'être remplacés au sein d'un groupe de travail. Cela nous signale que nous sommes socialement marginalisés. 

Voilà qui pose les bases des causes de la jalousie ; dans le prochain article, nous verrons comment celle-ci s'insinue en nous.

lundi, avril 13, 2026

Théocratie et armes nucléaires (Troisième partie)

Tout comme je perçois la religion, je considère personnellement la théocratie comme profondément irrationnelle, et cela m'inquiète lorsqu'un tel régime se retrouve armé de l'arme nucléaire. Puisqu'une théocratie repose sur des croyances « irrationnelles », elle devient le sujet d'intenses débats philosophiques et politiques. 

Or, d'aucuns voient dans la foi religieuse une forme de connaissance légitime. Sur la base d'analyses issues de la philosophie politique et d'exemples historiques, la théocratie est généralement considérée comme bâtie sur des fondements métaphysiques, plutôt que empiriques ou rationnels. 

Pour certains, la croyance mystique n'est pas irrationnelle, mais plutôt « non rationnelle » ou « instinctive », car elle opère en dehors du champ de la logique empirique et de la vérification scientifique ; elle est souvent perçue comme une réalité expérientielle, interne ou subjective, plutôt que comme une contradiction directe à la réalité objective. 

Parlons de sémantique et du serpent qui se mord la queue ! On prétend qu'il s'agit d'une expérience instinctive, c'est-à-dire d'une chose qui ne saurait être validée ou réfutée par des preuves logiques. Je ne suis absolument pas convaincu par cet argument — et je ne suis pas le seul —, car de nombreux critiques soutiennent que la religion organisée instrumentalise les croyances mystiques pour asseoir un contrôle social, maintenir une hiérarchie et imposer la conformité. 

Les doctrines religieuses sont conçues pour préserver la solidarité sociale ou conforter le pouvoir des élites, plutôt que pour refléter une vérité objective. De surcroît, les croyances religieuses sont inculquées dès le plus jeune âge, avant même que l'esprit critique ne soit pleinement développé, créant ainsi un « angle mort » dans le processus de pensée de l'individu. 

Il existe également un autre « outil » : celui de la peur (celle de l'enfer, notamment) et le réconfort qu'elle procure — bien plus que les preuves tangibles —, faisant de la religion une « imposture » destinée à maintenir les fidèles sur le « droit chemin ». Enfin, la religion sert souvent à combler les lacunes de la connaissance en invoquant « Dieu » dès lors que la science ne dispose pas de réponse immédiate ; une approche illogique pour appréhender la réalité. 

Tandis que les critiques dénoncent comme hypocrites le fait qu'Israël ne soit pas signataire du TNP, qu'il détient l'arme nucléaire et qu'il formule des exigences à l'égard de l'Iran, ses défenseurs rétorquent que la sécurité d'Israël est menacée par une nation ayant appelé à sa destruction, faisant de cette question une affaire de survie plutôt qu'une simple hypocrisie juridique. 

Pourtant, la sinistre réputation d'Israël a été « acquise » au fil de près de huit décennies de mauvais traitements infligés au peuple palestinien. Je conclurai en disant que de voir des individus comme Bibi et l'Ayatollah armés de l'arme nucléaire ne me procure aucune tranquillité d'esprit. Je sais aussi que ce n'est guère mieux que les deux impies que sont Trump et Poutine !

dimanche, avril 12, 2026

Théocratie et armes nucléaires (Deuxième partie)

La question de savoir si une théocratie — ou une pseudo-théocratie — devrait avoir accès aux armes nucléaires fait l'objet d'un débat intense parmi les experts en sécurité internationale, les théologiens et les politologues. 

Le consensus au sein de la plupart des instances internationales et des États démocratiques est que la prolifération nucléaire, sous tout régime non démocratique ou fortement idéologique, présente des risques considérables ; certains soutiennent toutefois que la nature spécifique d'une théocratie soulève des défis singuliers. 

La politique d'« opacité nucléaire » (Amimut) d'Israël est généralement tolérée en raison de son alliance stratégique avec l'Occident, de sa non-adhésion au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et de sa perception en tant qu'acteur responsable et non agressif — à l'exception, bien entendu, de son actuel dirigeant déjanté, Bibi Netanyahu. 

À l'inverse, l'Iran se voit refuser l'accès aux armes nucléaires car, en tant que signataire du TNP, il est accusé de violer ses engagements, suscitant ainsi des contraintes internationales et des craintes quant à une prolifération régionale des armements.

Ainsi, lorsque l'on compare l'Iran à Israël, on constate que le premier a eu le tort de signer le TNP, tandis qu'Israël qui a hypocritement refusé de le faire, a accumulé un arsenal nucléaire et continue de jouir d'une image irréprochable aux yeux de la communauté judéo-chrétienne, laquelle feint d'ignorer son statut nucléaire. Il y a manifestement quelque chose qui cloche dans ce tableau ! 

Demain, nous approfondirons la question du prétexte religieux et de son interprétation abusive lorsque les circonstances l'exigent …

samedi, avril 11, 2026

Théocratie et armes nucléaires (Première partie)

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran soulève la question de savoir si une théocratie devrait avoir accès aux armes nucléaires. À mon sens, ce n'est pas une bonne idée. Il s'agit, bien entendu, d'un sujet de débat intense parmi les experts en sécurité internationale, les théologiens et les politologues. Mais avant même d'aborder ce débat, Israël et l'Iran ne sont-ils pas tous deux de véritables « théocraties » ? 

Comme l'Iran est un pays musulman jugé par des cultures judéo-chrétiennes, tout le monde en Occident semble d’accord de dire que c’est une théocratie. Depuis la révolution de 1979, le pays fonctionne comme une « République islamique » régie par une doctrine connue sous le nom de *Vilayat-e faqih* (la « Tutelle du juriste »), qui confie l'autorité politique et juridique suprême aux mains d'un haut dignitaire religieux chiite, le Guide suprême. 

À l'inverse, la civilisation occidentale détourne le regard, ne percevant Israël que comme une république parlementaire démocratique et non comme une théocratie. Bien qu'il se définisse comme un « État juif et démocratique » et qu'il intègre la loi religieuse (*Halakha*) dans les questions relatives au statut personnel — telles que le mariage et le divorce —, il ne possède pas de chef religieux suprême et est doté d'une Knesset élue démocratiquement. Toutefois, l'influence du Rabbinat orthodoxe sur la législation demeure un sujet de débat. Admettons donc qu’Israël soit juste un peu théocratique. C'est ici que réside le point délicat. 

On estime généralement qu'Israël posséderait environ 100 têtes nucléaires, bien que les estimations varient de 80 à plus de 300. Israël maintient une politique d'ambiguïté nucléaire, ne confirmant ni ne démentant ses capacités en la matière. On pense qu'il a produit suffisamment de plutonium pour fabriquer 100 à 200 armes, pouvant être acheminées par avions, missiles ou sous-marins. 

Dans ce contexte, Israël maintient une politique d'« opacité nucléaire » (ne confirmant ni ne démentant l'existence de son arsenal) principalement afin d'assurer une dissuasion stratégique sans déclencher de course régionale aux armements, sans s'exposer à des sanctions internationales et sans enfreindre les lois américaines sur la non-prolifération. 

Ce « secret de Polichinelle » permet à Israël de dissuader ses adversaires tout en s'affranchissant des obligations politiques inhérentes au statut d'État doté de l'arme nucléaire. Une forme de manœuvre sournoise et malhonnête, à mon avis. Demain, nous poursuivrons en nous penchant tout particulièrement sur l'Iran, sur le rapport entre la religion et les armes de destruction massive, et sur la question de savoir si ces deux pays devraient ou non être empêchés de posséder de telles armes ; restez donc à l'écoute ...

vendredi, avril 10, 2026

Mise à jour sur la saison hivernale

 

Juste quelques observations supplémentaires : 

J’ai traversé trois pénuries de neige au cours de mon existence et de mes 72 saisons de ski : la première en 1963-1964, en France, puis dans l’Ouest américain durant la saison 1976-1977 — alors que je vivais encore à New York — et enfin, lors de cette saison hivernale 2025-2026. 

Quelle conclusion en tirer ? D’une part, un hiver avec peu ou pas de neige est totalement démoralisant. Il suscite des interrogations telles que : « Un hiver normal reviendra-t-il un jour ? » Il jette le doute sur l’avenir du ski et ferme la porte à toute perspective optimiste. Certes, nous ressentons l’exact opposé des habitants de la Nouvelle-Angleterre, de l’Europe ou d’Hokkaidō, qui ont bénéficiés d’un merveilleux enneigement ; mais nous sommes, hélas, bien incapables de partager leur allégresse… 

Bien entendu, au regard de ce qui se joue actuellement à Gaza, en Iran, au Liban, au Soudan et en Ukraine, ces considérations paraissent bien dérisoires … 

Parallèlement, nous savons tous que tout est cyclique — le bon comme le moyen ou le mauvais — et nous tentons de nous rappeler que les situations difficiles vont et viennent, tout comme le bon et le médiocre. Il est donc permis d’espérer que des meilleures périodes finiront par revenir ; toutefois, nous devrons garder à l’esprit que l’excellence, la normalité et la détérioration sont toutes trois indissociables de ce même cycle. 

Enfin, il nous est impossible d’occulter cet élément qui nous ramène brutalement à la réalité — cet « éléphant dans la pièce » que constitue le changement climatique. Cette tendance sournoise, non seulement n’est pas prête de nous quitter, mais risque fort de s’accentuer : elle rendra l’excellence moins probable et la normalité moins satisfaisante, tandis que les années exceptionnelles se feront plus rares et que les circonstances désastreuses tendront à devenir la nouvelle norme. 

jeudi, avril 09, 2026

Les répercussions du changement

Aujourd'hui, inspirés par le livre que nous avons évoqué précédemment, nous allons explorer la manière dont les bouleversements majeurs et inattendus de l'existence peuvent souvent nous transformer, nous amenant à découvrir de nouvelles orientations imprévues, ainsi que des opportunités de croissance intérieure. 

C'est un sujet qui me passionne tout particulièrement, car j'ai une propension naturelle à raisonner en termes de systèmes, de schémas et de trajectoires à long terme. Je ne me contente pas de constater que le changement s’est produit ! Je souhaite comprendre comment ce changement peut me transformer, modifier ma personnalité et mon identité. Je cherche également à déterminer si un changement s'avère bénéfique ou néfaste, et comment nous pouvons l'intégrer harmonieusement de manière cohérente dans nos vies. 

Je suis par ailleurs curieux de savoir quelles compétences peuvent nous rendre plus adaptatifs que simplement réactifs. Ce qui suit constitue un système d'analyse permettant d'aborder ces questions. Il est fondé sur le fait que tout changement, choisi ou imposé, engendre quatre niveaux de répercussions. En analysant chacun d'eux, nous obtenons une vision d'ensemble complète. Tout commence par les répercussions externes. 

  • Qu'est-ce qui a objectivement changé dans notre vie ? Un emploi, un lieu de résidence, une relation, un ensemble de routines ou une série de contraintes. Il s'agit là du niveau le plus évident, mais aussi du moins intéressant. 
  • Viennent ensuite, comme on peut s'y attendre, les répercussions internes. Par exemple, qu'est-ce qui a changé dans notre identité ? Des éléments comme la confiance en soi, la vision du monde, le sentiment d'enrichissement ou la tonalité émotionnelle. C'est à ce stade que nous abordons véritablement le récit d'une vie transformée. 
  • Arrivent ensuite nos explications qui illustrent ce changement. Le percevons-nous comme une perte, une libération, un accident, une fatalité ou simplement comme une leçon ? En tant qu'êtres humains, nous ne vivons pas au cœur des événements eux-mêmes, mais à travers ces histoires qui nous inspirent. 
  • Ce processus s'achève par un quatrième niveau, celui des répercussions en termes de savoir-faire. Quelles nouvelles capacités ont émergé en nous ? Des qualités comme la résilience, la finesse de perception, l'intuition, la faculté d'adaptation ou notre compétence à identifier des schémas qui se répètent. Ce dernier niveau offre la possibilité de laisser s'exprimer nos propres forces, nous qui avons passé nos vies entières à transformer tous ces changements subis en savoir-faire. 

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais ce cadre d'analyse me convient, car il reflète ma façon naturelle de penser. Une pensée structurée par niveaux, analytique, fondée sur l'expérience, porteuse de sens et orientée vers la recherche d'un certain sentiment de maîtrise et de contrôle. Elle permet, en outre, de transformer n'importe quel changement — passé ou futur — en un sujet que nous pouvons examiner, évaluer et dont nous pouvons tout apprendre.

mercredi, avril 08, 2026

Décrocher mon diplôme de moniteur de ski

Il y a un peu plus de cinquante ans, j'obtenais enfin mon diplôme de moniteur de ski français, à l'issue d'un stage de formation de quatre semaines à Chamonix. Entre le diplôme d’auxiliaire et le national j’avais dépensé 2 100 Francs. Aujourd’hui, le coût global est entre 15 000 € et 25 000 € sur l'ensemble du cursus (qui dure en moyenne 4 à 6 ans). 

Depuis, la formation des moniteurs au sein de l'École nationale de ski et d'alpinisme (ENSA) a connu une profonde transformation, passant du statut d'artisanat montagnard traditionnel à celui de profession hautement qualifiée en éducation sportive. D'abord, le bagage scolaire et les exigences ont considérablement évolué. 

Dans les années 1970, la formation était accessible à des candidats ne justifiant que d'un niveau d'instruction primaire. Le diplôme de plus haut niveau était alors une validation de maîtrise technique. Bon nombre de moniteurs étaient des « gens du pays » — agriculteurs, employés de commerce ou artisans durant les mois d'été — pour qui le ski constituait un savoir-faire inné plutôt que le fruit d'une formation encadrée.

Aujourd'hui, bien qu'aucun diplôme universitaire ne soit requis pour s'inscrire, la complexité des examens théoriques (anatomie, physiologie, théorie du ski et aspects juridiques de la profession) exige un niveau de compréhension équivalent, au minimum, à celui du baccalauréat. Le cursus est désormais intégré au système LMD (Licence-Master-Doctorat) en termes de crédits de formation, reflétant ainsi la sophistication croissante de la profession. 

Vient ensuite la maîtrise des langues étrangères. Dans les années 1970, les compétences linguistiques étaient, au mieux, rudimentaires et souvent limitées à quelques phrases clés utilisées pour mener un cours (telles que l’expression comique « Pliez les genoux », « Suivez-moi » ou « Ça fera 50 euros ! »). L'enseignement était essentiellement visuel et reposait sur l'imitation. Aujourd'hui, la connaissance et la maîtrise d'une langue étrangère sont devenues un élément clé de la profession. 

L'examen final (comprenant l'« Eurotest » et un test spécifique de compétence linguistique) exige une vraie maîtrise. Compte tenu de l'internationalisation de la clientèle, le moniteur doit souvent jongler entre l'anglais (qui est obligatoire) et, fréquemment, une seconde langue comme le néerlandais ou le portugais — afin d'expliquer des concepts techniques complexes et d'assurer la sécurité. 

Viennent ensuite ce que j'ai toujours considéré comme une lacune majeure du cursus français, les compétences techniques et pédagogiques. À mon époque, l'accent était principalement mis sur le « schuss » et le virage « Christiania ». L'approche pédagogique était directive et standardisée : le moniteur faisait la démonstration, et l'élève reproduisait le geste. On brossait sur la sécurité, c’est tout. 

Aujourd'hui, l'avènement des skis paraboliques a révolutionné l'enseignement, en mettant davantage l'accent sur les virages coupés (carving) plutôt que sur les virages dérapés (un « dérapage » très discutable!) Sur le plan pédagogique, on a désormais recours à une méthode par laquelle le moniteur s'adapte à la psychologie de l'élève, à son niveau d'énergie et à ses objectifs personnels. De plus, les moniteurs d'aujourd'hui sont, en plus du ski alpin, formés au snowboard, au télémark, au ski de fond et au ski adapté. 

Enfin, la sécurité est désormais prise au sérieux. Si dans les années 70 la connaissance du milieu montagnard était empirique, transmise par les « vieux », le ski hors-piste n’était guère réglementé et les outils de secours (comme les détecteurs de victimes d'avalanches) étaient rares, aujourd'hui la formation du moniteur intègre des cours approfondis en nivologie, en météorologie et en gestion du risque d'avalanche. L'utilisation adéquate des détecteurs de victimes d'avalanches (DVA), des sondes et des pelles fait l'objet d'un examen rigoureux. 

Ainsi, comme vous pouvez le constater, c'est un véritable bond en avant en matière de compétences qui est proposé aux skieurs ayant besoin — ou l'envie — d’aller à l’école de ski !

mardi, avril 07, 2026

Ce qu'on apprend en lisant (Deuxième partie)

Il est en réalité très facile d’apprécier un livre comme « The Other Side of Change » de Maya Shankar et en ressortir avec le sentiment qu’on s’est souvenu de rien de ce que nous avons lu. Et cette sensation d’apport nul ne témoigne pas d’un échec de ma part à comprendre, mais constitue plutôt un indice quant à la manière dont mon esprit traite les idées qui lui sont proposées. 

Tentons d’explorer cette question de style de communication, pour ensuite offrir une approche plus efficace pour réfléchir et débattre des conséquences du changement. Les récits présentés dans ce livre ne s’inscrivent dans aucun cadre structuré. Toutefois, la lecture en fut agréable et émotionnellement touchante, mais difficile à restituer et cognitivement insaisissable. 

Je dois avoir davantage besoin de cadres conceptuels, de systèmes et de processus remplis de sens. Un livre qui n’offre pas explicitement ces éléments laisse généralement peu d’empreinte durable chez moi. Pour commencer, le sujet abordé (le changement) est par nature trop universel. Lorsqu’un livre décrit des expériences que nous avons vécues en profondeur et nombre d’entre nous ont mené une vie jalonnée de réinventions, d’adaptations et de résilience à cet égard, les idées exposées peuvent nous sembler être du « déjà vu ». 

En conséquence, notre esprit réagit ainsi : « Oui, oui, j’ai déjà vécu ça, c’est pas nouveau ! » Il est vrai que la familiarité nuit à la mémorisation. Une autre façon d’analyser l’impact des livres sur notre esprit consiste à dire que, sans frottements, il n’y a pas de rétention. Nous avons tous tendance à mieux retenir les idées qui nous bousculent, nous provoquent ou contredisent nos a priori. Lorsque le ton d’un livre est doux, bienveillant et non conflictuel, il ne vient pas heurter notre vision du monde, ne nous incite pas, sans provocation, à redoubler d’attention. 

On pourrait dire qu’une lecture agréable ne génère presque aucune tension cognitive et ne laisse que peu de traces en nous. Un livre trop facile à lire agit davantage comme un miroir que comme un outil d’ouverture d’esprit. S’agissant précisément du thème du « changement », un ouvrage devrait être à la fois philosophique (pourquoi le changement est-il important ?), psychologique (comment le changement affecte-t-il l’identité ?) et pratique (comment naviguer à travers le changement ?). 

Ce livre couvrait les deux premiers aspects, mais m’a laissé sur ma faim quant au troisième. Dans un prochain article de ce blog, nous reviendrons sur le sujet de cet ouvrage pour explorer, cette fois-ci, la manière concrète de débattre des conséquences du changement.

lundi, avril 06, 2026

Ce qu'on apprend en lisant (Première partie)

Je viens de terminer la lecture de « The Other Side of Change » (l’autre côté du changement), un livre de Maya Shankar, une américaine spécialiste en sciences cognitives. Cet ouvrage explore la manière dont des bouleversements majeurs et inattendus dans nos vies peuvent mener à de profondes transformations personnelles. 

Mêlant récits intimes et recherches scientifiques, ce récit propose un guide pour traverser les périodes de tumulte et découvrir en soi un sens nouveau ainsi qu'un potentiel insoupçonné. 

Maya Shankar, animatrice du podcast « A Slight Change of Plans », s'appuie sur les témoignages de personnes confrontées à des épreuves telles que la perte d'un emploi, la maladie ou la fin d'une relation, pour illustrer des leçons universelles sur la résilience, l'identité et l'épanouissement, invitant ainsi les lecteurs à envisager le changement comme une occasion de réinventer la personne qu'ils peuvent devenir. 

J'ai pris plaisir à lire ce livre, mais je dois avouer que son contenu m’est passé par une oreille et sorti par l’autre. L'ouvrage relevait davantage de l'expérience vécue que de l'enseignement didactique, l'auteure ayant opté pour un style narratif et réflexif. C'est un livre chaleureux, empreint d'empathie et porté par des récits intéressants, mais n'est en aucun cas prescriptif. 

J’ai bien aimé la fluidité du texte, mais n'y a trouvé aucun « point d'ancrage » clair sur lequel m'appuyer pour mémoriser l'information. Cela vous est-il déjà arrivé ? Retenir les connaissances qu’on apprend en lisant est un sujet que je souhaite approfondir afin de vous faire part de mes frustrations et de mes découvertes. 

Ce sujet sera traite un peu plus en détail dans mon prochain blog.

dimanche, avril 05, 2026

Notre premier et unique appartement

Il y a un peu plus de 50 ans, début septembre 1975, au lendemain de notre mariage, mon épouse et moi prenions la route pour Nevers afin que je puisse y débuter mon nouveau poste de chef de produit pour les fixations Look. 

Dans un premier temps, nous avions loué une maison à Challuy, une commune voisine ; le mois suivant, nous avons fait l'acquisition d'un petit appartement de 37 m², situé en plein cœur de Nevers, au troisième étage d'un immeuble qui devait remonter au moins au XVIe siècle. 

Les marches en pierre étaient tellement usées qu'elles s'étaient creusées sous l'effet d'un passage long et intense — tout comme celles d'un vieux château ; une odeur de vieux et de moisi flottait dans l'air, et nous avions bien plus de mal à grimper jusqu'au troisième étage que nous n'en aurions aujourd'hui, ce qui en dit long sur notre condition physique de l'époque. 

Nous garions notre Citroën Dyane 6 dans la rue, juste en contrebas. Le charme historique a assurément ses limites : nous n'avons pas du tout apprécié notre vie à Nevers, une agglomération qui a vu sa population passer de 75 à 65 000 habitants aujourd’hui, pas plus que je n'ai apprécié mon travail au sein de l'entreprise. 

J'ai donc démissionné et nous avons revendu l'appartement au moment de quitter la ville. 

Entre le prix d'achat, les travaux non négligeables réalisés (notamment changer la toiture) et le calcul de ce qu'aurait représenté le coût d'une location sur quatorze mois, nous avons même trouvé le moyen de réaliser un petit bénéfice ... 

Aujourd'hui, l'intérieur de l'appartement a été considérablement rénové par rapport à l'époque où nous l'occupions ; toutefois, à en croire les commentaires laissés par les voyageurs sur Booking.com, cette drôle d'odeur persiste toujours dans la cage d'escalier !

samedi, avril 04, 2026

Voyage vers la Lune ou guerre en Iran ?

Alors que nous regardions le lancement d'Artemis II ce mercredi, ma femme m'a demandé combien cette balade autour de la Lune va coûter aux contribuables américains, alors même que nous avons tant d'autres priorités qui restent ignorées. 

Avant d'aller plus loin, gardez à l'esprit que nous parlons ici d'argent que les États-Unis n’ont pas et qui viendra s'empiler sur notre dette, qui atteindra bientôt les 40 000 milliards de dollars. 

Et bien la réponse est plus de 4 milliards de dollars par voyage. Si l'on considère les quatre missions Artemis I à IV, leur coût total s'élèvera à environ 16,4 milliards de dollars, selon les estimations de l'Inspecteur général de la NASA. 

Ce chiffre reflète les coûts opérationnels par mission (SLS + Orion + systèmes au sol) et n'inclut pas les coûts massifs de développement du programme Artemis dans son ensemble. Au total, le coût global — en incluant chaque mission — devrait avoisiner les 100 milliards de dollars, en esperant que le budget initial soit respecté. 

Le programme Artemis consiste essentiellement à reconstruire, en partant de zéro, l'intégralité de l'infrastructure américaine d'exploration spatiale; il comprend de nouveaux lanceurs lourds (SLS), un véhicule habité pour l'espace lointain (Orion), des infrastructures lunaires (Gateway, atterrisseurs), de nouveaux systèmes au sol ainsi que la planification des opérations lunaires à long terme. 

Comme c'est presque toujours le cas pour ces projets titanesques, il faut s'attendre à ce que les 93 milliards de dollars budgétés finissent par coûter aux Américains bien plus de 100 milliards… 

Nous pouvons désormais mettre cela en perspective avec la guerre en Iran — ou « l'excursion », comme Trump aime qualifier sa dernière entreprise belliqueuse — laquelle nous a déjà coûté entre 30 et 40 milliards de dollars selon les estimations (sans prendre en compte les lourdes conséquences économiques à l'échelle mondiale) ; ce bilan ne comptabilise ni les 2 000 morts et 25 000 blessés, ni les dégâts matériels du côté iranien, et l'affaire est loin d'être terminée. 

Ainsi, quand je compare ces deux dépenses, je choisis sans hésiter l'exploration spatiale s’il fallait trancher entre celle-ci et une guerre insensée et inutile.

vendredi, avril 03, 2026

La vraie clé de la réussite

Si quelqu'un m'avait posé cette question, j'aurais répondu : « La passion ». Idéalement, une passion pour une activité qui nous accompagne toute la vie et nous propulse vers le succès. C’est dans cet état d’esprit que je lisais récemment un article dans le magazine « Inc. », approfondissant ce sujet. Selon ce que j’ai pu comprendre, le trait de caractère en question n’est ni la passion, la créativité, l'innovation, la culture d'entreprise ou l’imagination, mais c'est la persévérance. 

C'est du moins ce qu'en pensait le regretté Steve Jobs, fondateur d’Apple. Il n’en faisait pas une idée romantique ; il savait juste qu’elle était l’importance de la persistance quand tout tournait mal — comme lorsqu'il fut viré d'Apple, qu'il dut tout recommencer avec NeXT, pour finalement revenir et bâtir l'une des entreprises parmi les plus grandes du monde. Son propos n'était pas de dire que le talent, le sens du timing ou la qualité du produit n'avaient aucune importance ; il soulignait simplement que, sans persévérance, aucun de ces atouts ne pouvait porter ses fruits.

Cela me fait penser à Sisyphe, contraint de pousser son rocher jusqu'au haut de la pente pour bien comprendre le concept de persévérance. Nous devons nous imprégner de cette idée : nos échecs et nos revers ne nous définissent pas ; ils nous affinent. Les meilleurs leaders ne se contentent pas de tourner la page après avoir été mis à terre ; ils rebondissent et s'attellent à analyser ce qui a échoué, ce qui mérite encore d'être poursuivi et ce qui doit impérativement changer. 

Cela implique de recueillir le fruit de nos expériences et leurs enseignements. Par exemple, nous pouvons tous tirer les leçons d'une idée ou d'un échec, car cela nous montre précisément ce qui ne va pas. Nous découvrons les lacunes contenues dans notre préparation ou notre exécution. Si nous parvenons à considérer nos revers comme des expériences révélatrices, nous transformerons nos impasses en tremplins. Il nous suffit de garder à l'esprit que chaque échec nous apprend toujours quelque chose. 

Le plus attaché nous serons à nos objectifs, le plus facile il nous sera de persévérer. Bien entendu, faire preuve de persistance ne signifie pas foncer tête baissée avec une mauvaise idée au départ. Au contraire, cela consiste à se fixer un objectif qui en vaut la peine et à s'y tenir fermement, tout en faisant preuve de souplesse quant aux moyens mis en œuvre pour l'atteindre. Si notre stratégie s'avère inefficace, il suffit d'ajuster le plan, sans pour autant renoncer à la vision d'ensemble. 

Les études consacrées à la « ténacité » démontrent qu'une passion et une persévérance maintenues sur la durée constituent des indicateurs de réussite bien plus fiables qu’un quotient intellectuel impressionnant ou un grand talent. Avec le recul, si j'avais accordé à la persévérance la place qu’elle méritait tout au long de ma vie, j'aurais progressé bien davantage ; mais la prise de conscience de son importance ne m'est venue que par petites touches à chaque fois que je trébuchais. 

Au prix d'un nombre d'échecs que je peux aujourd'hui assumer, j'ai fini par saisir l'essentiel. Les leaders qui refusent d'abandonner — ceux qui se présentent une fois de plus sur la ligne de départ après avoir essuyé des revers — sont ceux qui, en fin de compte, franchissent la ligne d'arrivée. Lorsque nous sommes confrontés à une journée, une semaine ou une période prolongée de mauvaises nouvelles, posons-nous cette question : « Sommes-nous dans une impasse, ou ne s'agit-il qu’une résistance naturelle liée à tout progrès ? » 

Avant de jeter l'éponge, donnons toujours une autre chance à la persévérance. Elle pourrait bien nous sortir du lot.

jeudi, avril 02, 2026

Ce que cette saison de ski m’appris …

Un hiver s’achève et il est temps de procéder au bilan annuel et de déterminer ce que j'ai appris en tant que skieur, mais surtout en tant qu'être humain, au fil de mes virages. 

Cette saison s'est distinguée par un manque de neige exceptionnel et, par conséquent, par sa brièveté dans tout l'ouest des États-Unis. C'est surtout pour cette raison que le ski m’a parfois semblé relever davantage d’une corvée que d’une expérience exaltante ; pourtant, je me suis fait violence pour y aller, afin de découvrir de nouvelles façons de m'amuser malgré le manque de neige dans un univers de rareté et de continuer à acquérir de nouvelles connaissances et compétences en « repoussant mes limites » vers la pratique de « choses difficiles ». 

Souvent, quand des skieurs confirmés skiaient comme des débutants face à des conditions devenues trop ardues, je faisais de mon mieux pour glisser avec grâce et agilité comme si de rien n’était. J'ai appris de nouvelles astuces créative comme d’utiliser le bord de la piste pour me frayer un chemin dans les encombrements là où personne n'aurait eu l'idée de passer, aussi en allant plus vite pour me protéger des autres usagers ou encore de me frayer un passage dans la soupe, la glace vive ou d'autres types de neiges hostiles.

À plus d'un titre, j'ai découvert l’importance de savoir m'adapter. Tout d'abord, m'adapter à un âge avancé ; j'ai peut-être skié moins d'heures et accumulé moins de dénivelé, mais je l'ai fait avec beaucoup plus d'efficacité tout en me faisant plaisir. J'ai également su tempérer ma témérité et éviter les situations dangereuses, ce qui m'a permis de faire moins de chutes, sauf une seule, dans un champ de bosses particulièrement difficile mais sans conséquence. J'ai appris à faire plus avec moins, et à rentrer chez moi satisfait. 

Au chapitre des satisfactions, j'ai apprécié mes nouvelles chaussures Nordica à entrée arrière ; bien qu'elles ne soient pas parfaites, leur chaussage et déchaussage auront été à la hauteur de mes attentes. Quelques ajustements suffiraient à les hisser vers une perfection absolue, mais ce sera pour une autre fois. J'ai également apprécié le confort offert par le nouveau parking couvert à Canyons Village, où le désagrément de patauger dans la boue appartient désormais au passé. 

Je comprends désormais mieux l’acceptation du changement qui vient avec mes 78 ans, surtout quand des skieurs plus jeunes et plus forts me dépassent en me laissant sur place. Je n'en restais pas moins satisfait de moi-même, voyant dans la fermeture d'une porte l'ouverture d'une autre. Dans l'ensemble, et malgré quelques faiblesses musculaires, j'ai skiè dans tous les passages difficiles que j'avais l'habitude d'aborder les années précédentes, et je suis très content de ma 72e saison d’hiver.

 Je suis tout aussi reconnaissant d'avoir pu accomplir ce que tant de personnes de mon âge — et même plus jeunes — ne sont plus en mesure de faire. Je compte faire bien mieux encore l'année prochaine, si neige et météo sont au rendez-vous !

mercredi, avril 01, 2026

La partie visible de l'iceberg en ski de compétition ?

La semaine dernière, les gains monétaires des skieurs alpins en Coupe du monde, ont circulé dans les médias spécialisés, révélant ce qu’avaient gagnés les meilleurs athlètes, (atteignant par exemple 741 254 euros pour Marco Odermatt et 615 167 euros pour Mikaela Shiffrin). Ces montants ne prennent pas en compte les primes olympiques, dont l'attribution est laissée à la discrétion de chaque Comité national olympique (37 500 dollars pour une médaille d'or aux États-Unis, contre 87 500 euros en France).

Par ailleurs, ces chiffres n’incluent pas non plus les contrats de sponsoring, des partenariats avec des marques, des revenus issus des réseaux sociaux, ni d'autres événements spéciaux ou engagements annexes (films, livres, journées de ski promotionnelles, etc.). 

En réalité, très peu de skieurs gagnent d’énormes sommes ; seule une poignée d'entre eux (Lindsey Vonn, Mikaela Shiffrin, Marco Odermatt) génère plusieurs millions d'euros par an. À titre d'exemple, pour la saison 2025-2026, Mikaela Shiffrin devrait percevoir entre 6 et 8 millions de dollars — tout comme Marco Odermatt —, mais la quasi-totalité de ces revenus proviendra de contrats d'endossement et non des primes de course. 

Les revenus de sponsoring élevés de Mikaela Shiffrin s'expliquent par sa carrière exceptionnelle — marquée notamment par 110 victoires en Coupe du monde — et par sa forte notoriété, maintenue tant sur le marché américain que sur le marché européen. Cela dit, elle doit faire face à des dépenses que d'autres athlètes n'ont pas, telles que le recours à un coaching privé spécialisé, à des préparateurs mentaux, etc. 

En Europe — et plus particulièrement en Italie et en France —, de nombreux skieurs de Coupe du monde sont souvent intégrés aux forces armées, à la police nationale ou même aux services des douanes ; ce statut leur assure un salaire relativement modeste, mais stable, ainsi qu'un soutien logistique pour l'entraînement et la compétition. 

Le revenu annuel type d'un skieur professionnel se situe donc entre 30 000 et 125 000 dollars avant impôts ; il faut impérativement faire partie du « 1 % » des mieux rémunérés pour gagner des sommes nettement supérieures. On peut dire que, pour les quelque 150 hommes et autant de femmes classés au classement général de la Coupe du monde de ski alpin, la loi de Pareto s'applique : 20 % d'entre eux se partagent 80 % de la dotation financière disponible. 

Au final, les skieurs professionnels gagnent considérablement moins d'argent que les athlètes de la plupart des autres sports individuels. Même les meilleurs coureurs de Coupe du monde ou les skieurs freestyle d'élite ne gagnent généralement qu'une fraction de ce que perçoivent les golfeurs, les tennismen, boxeurs ou autres athlètes. 

Les revenus dans le ski sont limités car les dotations sont modestes, le marché et l’impact sur le public restent minime et l'essentiel des gains repose sur le sponsoring plutôt que sur les primes de victoire.

mardi, mars 31, 2026

Moderniser Park City Mountain

Park City Mountain (PCM) sollicite une fois de plus l'approbation du conseil municipal de Park City pour moderniser plusieurs remontées mécaniques. Une précédente tentative du même ordre avait été rejetée. PCM insiste désormais sur le fait que ces améliorations n'entraînent pas d’augmentation de circulation en ville. 

Il est vrai qu'au vu de la terrible saison d'enneigement que nous venons de traverser, Park City a besoin de toute l'aide possible pour compenser son altitude modeste face au réchauffement climatique persistant. Espérons que la ville approuvera au moins la modernisation du télésiège Eagle. Le besoin le plus urgent est d'accroître la capacité de remontée en début de journée afin que les skieurs puissent se disperser rapidement sur tout le massif, sans avoir à faire de longues queues. 

Ce problème de queues continue de nuire à l'image de marque de Park City, d'autant plus si l'on considère le nombre de remontées mécaniques obsolètes encore en service. Un télésiège Eagle plus rapide et débitant davantage, reliant le bas des pistes au sommet de King Con, permettrait de résoudre en grande partie ce goulot d'étranglement matinal. 

Cependant, l’accroissement de capacité du télésiège SilverLode en le passant de 6 à 8 places ne suffira pas à résorber les files d'attente au pied de cette remontée. Contrairement à ses prédécesseurs, PCM a pris l'habitude de ralentir ou d'arrêter fréquemment ses télésièges, ce qui réduit considérablement leur capacité nominale. Ajouter deux sièges de plus va entraîner encore plus d'arrêts, affectant ainsi l'augmentation théorique de capacité d’un tiers. 

Cela ne suffira pas à absorber les énormes queues observées au pied de ce télésiège. Je reviens donc à une proposition que je défends depuis le début de cette discussion : Abaisser la gare de départ du télésiège MotherLode, en la déplaçant vers le bas du val de Thaynes, jusqu'à une altitude d'environ 2 286 mètres. 

Cela permettrait de créer une piste de liaison contournant le site de Miner’s Camp par le bas, et descendant directement depuis le sommet de Broadway vers la nouvelle zone d'embarquement du télésiège MotherLode. La cerise sur le gâteau consisterait à prolonger la gare amont en la déplaçant vers le bord de Puma Ridge, à proximité de la limite des arbres et en contrebas de Jupiter Peak, à une altitude d'environ 2 896 mètres. 

Cela faciliterait l’accès à l'ensemble du secteur Jupiter, Puma Bowl, et les télésièges Pioneer et McConkey ainsi que les pistes actuellement desservies par Motherlode. De nombreux skieurs arrivant par le télésiège Eagle, récemment modernisé, auraient la possibilité de basculer vers Broadway, puis de virer à gauche en direction de la nouvelle bretelle d'accès à Motherlode, allégeant ainsi la pression sur les télésièges Silverlode et King Con. 

Le déplacement de la gare amont de Motherlode hors du secteur très fréquenté du Summit permettrait également de réduire la densité de skieurs dans cette zone. Une transformé, le secteur Motherlode offrirait plus de 600 mètres de dénivelé et une répartition plus efficace des skieurs sur l'ensemble du versant Park City de la station. 

Même les skieurs descendant la combe situe à l’est du sommet de la télécabine Quicksilver pourraient accéder directement à Motherlode sans avoir à transiter par King Con. Cette initiative pourrait réduire, voire éliminer, la nécessité de conserver le vieux télésiège biplace Thaynes. 

Par ailleurs, l'actuel télésiège quatre places Motherlode pourrait être redéployé sur le secteur Jupiter, en abaissant sa gare aval à proximité du puits de la mine de Thaynes ; cela permettrait d'améliorer l'accessibilité et de mieux répartir les skieurs sur des terrains actuellement sous-utilisés. 

Dans l'ensemble, cette approche fluidifierait la circulation, réduirait la congestion en maximisant l’utilisation du domaine skiable existant plutôt que de passer les sièges de Silverlode de 6 à 8 passagers.

lundi, mars 30, 2026

Fin d'une saison de ski qu’on veut oublier

Vendredi dernier a marqué pour moi la fin de la saison de ski la plus médiocre de toute ma vie. La bonne neige n'est jamais vraiment arrivée et, pour la toute première fois, j'ai dû littéralement me forcer à sortir pour faire quelques pistes. 

Mes skis ont été régulièrement mis à rude épreuve, m'obligeant à passer de nombreuses heures à les réparer ; et, à l'exception de deux ou trois bons moments, l'expérience de glisse fut tout simplement exécrable.

Le nombre de jours skiés (58) et le volume de dénivelé accumulé (201 294 mètres) étaient comparables à ce que j'accomplissais il y a 25 ans, à l'époque où j'étais encore en activité professionnelle et le quart de ce que j’avais fait il y a 3 ans (bon, il y a l’âge, mais quand même) ... 

Cela ne signifie pas pour autant que cela s’est passé sans efforts. J'ai fait de mon mieux pour skier le mieux possible dans des conditions qui furent les pires jamais rencontrées ; mais, pesant sur mes épaules et hantant mes pensées, je n'ai pu chasser le spectre selon lequel cette saison n'était qu'un avant-goût de ce qui nous attend dans un monde en mutation, confronté au réchauffement climatique. 

C'est là, comme j'aime à le dire, « le mammouth laineux au milieu du salon » : ce sujet colossal que personne ne souhaite ni reconnaître, ni même évoquer, préférant balayer d'un revers de main cette mauvaise saison et se forcer à croire que l'année prochaine sera bien meilleure. Ah ! Comme j'aimerais que ces gens-là aient raison !

dimanche, mars 29, 2026

Don’t worry, be happy! ( Quatrième partie )

Ayant vu le jour et grandi en France, il serait impardonnable de ne pas inclure mon pays natal dans cette analyse. En France, ce type d'évaluation repose sur la combinaison de données statistiques provenant de l'INSEE et d'enquêtes de satisfaction. Pour la période 2025-2026, on observe une distinction nette entre les départements offrant un cadre de vie « sain » et ceux affichant les niveaux de satisfaction globale les plus élevés. 

Si l'on se penche sur le « Top des régions » (celles qui trônent au sommet du « podium du bonheur »), les classements récents placent souvent les régions côtières et montagneuses en tête de liste, portées par un équilibre harmonieux entre environnement naturel et accès aux services. Parmi elles figure la région PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur), qui s'impose comme le leader en matière de bonheur perçu en 2025. Elle bénéficie en effet de taux de satisfaction élevés concernant les transports et — cela va de soi — l'ensoleillement. 

Viennent ensuite les Pays de la Loire et la Bretagne, deux régions qui dominent les indicateurs de satisfaction globale. Elles sont particulièrement appréciées pour leur air pur et le dynamisme de villes telles qu'Angers — régulièrement élue ville la plus agréable de France, juste devant Annecy, en Haute-Savoie. La région Auvergne-Rhône-Alpes suit de près, s'affirmant comme la référence en matière de santé et de mode de vie actif. Elle allie des infrastructures médicales de pointe (notamment à Lyon et Grenoble) à un accès inégalé aux activités de loisirs en plein air. 

Ci-dessous, l'analyse du « bonheur » en France est déclinée en fonction des priorités individuelles : la santé, la sécurité ou le dynamisme. Une enquête sur les critères de satisfaction a également été menée en 2026, s'appuyant sur des études réalisées par OpinionWay et Ipsos. 

Ces critères correspondent aux priorités que les Français privilégient pour définir un territoire où il fait « bon vivre ». Parmi eux figure la qualité de vie (citée par 82 % des sondés), englobant des facteurs tels que la pollution, la présence d'espaces verts et le climat. Vient ensuite la sécurité (73 %), un critère majeur dont l'importance ne cesse de croître au moment de choisir un lieu de résidence. Enfin, la santé (56 %), évaluée en fonction de la facilité et de la rapidité d'accès aux médecins et aux établissements hospitaliers. 

En conclusion, il convient d'évoquer le « paradoxe parisien » : la région Île-de-France, et plus particulièrement la Seine-Saint-Denis, qui enregistre souvent les niveaux de satisfaction les plus bas, et ce, malgré des revenus moyens supérieurs à la moyenne nationale. Le coût du logement, les temps de trajet et l'éloignement de la nature pèsent lourdement sur l'indice de bonheur perçu par ceux qui vivent en Ile de France. 

À l'inverse, des départements ruraux tels que le Cantal (15) ou la Lozère (48) — bien que moins bien dotés en infrastructures de transport — affichent des taux de satisfaction élevés, grâce à un fort sentiment de sécurité et à la qualité des liens sociaux. Au vu de ce que j'ai appris sur la France, je pense que je vais rester à Park City !

samedi, mars 28, 2026

Don’t worry, be happy! ( Troisième partie )

Comme nous l'avons observé à l'échelle mondiale, nous allons aujourd'hui appliquer cette même « lentille macro » au niveau « micro » de nos 50 États-Unis. En fait, des organisations comme Gallup et le Réseau des solutions pour le développement durable s'adonnent à cet exercice chaque année. Lorsque nous décomposons les États-Unis en ces six catégories — Richesse, Soutien, Santé, Liberté, Générosité et Confiance — les États « Unis » commencent à ressembler à une mosaïque de pays très différents les uns des autres. 

D'abord, il existe un clivage en matière « d’espérance de vie en bonne santé », domaine dans lequel la région des Rocheuses (Utah, Colorado) et la Nouvelle-Angleterre (Vermont, Massachusetts) occupent souvent les premières places. Ce phénomène s'explique par « l'effet d'activité ». Les États situés en haute altitude et dotés d'une forte culture du plein air (comme là où se trouvent nos stations de ski) affichent une espérance de vie nettement supérieure. Ces régions bénéficient d'un « cercle vertueux » où le climat et l'environnement favorisent l'activité physique, laquelle stimule à son tour le bien-être mental. 

À l'inverse, la « Stroke Belt » (la « ceinture d’AVC » — ainsi nommée en raison de ses taux de mortalité par accident vasculaire cérébral plus élevés) située dans le Sud-Est obtient souvent des scores inférieurs dans cette classe ; cela s'explique non seulement par l'accès aux soins de santé, mais aussi à l'alimentation et au mode de vie. Vient ensuite la dimension du soutien social, là où « la communauté l'emporte sur l'anonymat » et où le Midwest ainsi que la région comprenant Nevada, Utah et Idaho éclipsent souvent les puissances économiques du littoral. 

Les États caractérisés par un fort engagement civique et des réseaux religieux ou communautaires (pensez à l'Utah, au Minnesota ou au Nebraska) obtiennent des scores remarquablement élevés quant au sentiment de « pouvoir compter sur quelqu'un ». À l'opposé, des États au PIB élevé, tels que New York ou la Californie, souffrent souvent d'une certaine « fragmentation sociale ». Les gens s'y installent pour gagner plus d’argent, laissant derrière eux leurs réseaux de soutien, ce qui fait chuter leur « score de bonheur » global malgré des salaires plus élevés. 

Une autre caractéristique régionale est déterminée par la liberté d'auto-détermination. Dans le contexte américain, il s’agit d'une confrontation entre la liberté économique et la liberté individuelle. Nous assistons actuellement à un mouvement migratoire interne massif, directement motivé par ces aspirations. Certains déménagent vers des États comme le Texas ou la Floride pour la « liberté économique » (impôts plus bas, moins de réglementations), tandis que d'autres s'installent dans des États comme l'Oregon ou le Washington pour la « liberté personnelle ou sociale » (politiques environnementales, libertés individuelles). 

C'est là que les classements deviennent plus « arbitraires ». Si l'indice de bonheur accorde un poids important aux « impôts bas », le Texas l'emporte. S'il privilégie les « services publics », c'est le Vermont qui gagne. Viennent ensuite les cas atypiques. Si l'on se réfère aux critères de générosité établis par le « World Population Review » (dons caritatifs et bénévolat), le palmarès diffère considérablement de celui basé sur la « richesse ». Les États les plus riches (le Connecticut, le Maryland) ne sont pas toujours les plus généreux.

L'Utah se classe systématiquement au premier rang aux États-Unis, tant pour le bénévolat que pour les dons caritatifs exprimés en pourcentage du revenu. Cet indicateur est particulièrement pertinent, car il mesure la cohésion socile. Un État où les citoyens donnent du temps et de l’argent à leurs voisins fait généralement preuve d'une plus grande résilience face aux chocs économiques. Enfin, il y a la perception de la corruption (avons-nous confiance en nos institutions ?). 

Des États dotés de « machines politiques » bien huilées (comme l'Illinois ou le New Jersey) n’ont pas de bons scores en matière de confiance. À l'inverse, dans des « petits États » de taille modeste et plus homogènes (comme le New Hampshire ou le Wyoming), les scores de confiance tendent à être plus élevés, car le gouvernement y semble « plus proche » des citoyens. En passant tout cela en revue, je me rends compte que l'Utah n'est pas si mal ! 

Demain, nous nous pencherons sur la France, tout comme nous venons de le faire pour les États-Unis ...

vendredi, mars 27, 2026

Don’t worry, be happy! ( Deuxième partie )

Après avoir expliqué le concept du bonheur tel que le défini « World Population Review », voici le rapport. Une personne pragmatique pourrait voir là un recueil d'endroit idéal où passer le reste de sa vie. 

Si nous visons l'excellence, c'est vers les pays d'Europe du Nord qu'il faut se tourner ; ils dominent le sommet de ce classement du bonheur 2025, reflétant ainsi la solidité de leurs systèmes de soutien social et un niveau de vie élevé. La Finlande est classée pays le plus heureux du monde, suivie de près par le Danemark et l'Islande.

Le pays le moins heureux est l'Afghanistan, dont la 143e et dernière place peut être attribuée en partie à une faible espérance de vie, à un faible produit intérieur brut par habitant et, peut-être plus important encore, à la récente prise de pouvoir des talibans dans le pays. Le Liban, le Lesotho, la Sierra Leone et la République démocratique du Congo complètent ce bas tableau. 

Si nous vivons dans un autre pays — comme moi, aux États-Unis —, nous pouvons observer le degré de bonheur de vos compatriotes et constater le travail qui reste à accomplir ! Les classements du bonheur sont établis à partir d'une analyse approfondie des données de sondage de l'institut Gallup, recueillies dans près de 150 pays et réparties en six catégories spécifiques : le produit intérieur brut par habitant, le soutien social, l'espérance de vie en bonne santé, la liberté de faire ses propres choix de vie, la générosité de la population et la perception des niveaux de corruption interne et externe. 

Je ne vous recommande pas de vous rendre en Afghanistan, mais la Finlande est une destination tout à fait envisageable. Où en est votre finnois ? Vos valises sont-elles bouclées ?

jeudi, mars 26, 2026

Don’t worry, be happy! ( Première partie )

Peut-être vous souvenez-vous de cette chanson de la fin des années 80 qui voulait dire : « Pas d’souci, soyez heureux ! », et vous conviendrez avec moi que le bonheur reste un critère de référence essentiel pour évaluer notre condition humaine. Des organisations telles que le "World Population Review" s'efforcent d'établir chaque année un « palmarès » du bonheur. 

Cette définition du bonheur est-elle valide ? Représente-t-elle quelque chose de significatif ou relève-t-elle de l'arbitraire ? Le World Population Review compile généralement les données issues du World Happiness Report (Rapport mondial sur le bonheur), publié par l'ONU. Si ces classements font preuve d'une rigueur statistique fiable, leur « validité » dépend entièrement de notre conception du bonheur. 

Aux yeux d'un philosophe, ils pourraient sembler arbitraires ; pour un économiste, en revanche, ils constituent un indicateur vital de la santé d'une société. Voici une analyse détaillée de la « validité » de ce palmarès. Ce type d'étude se veut davantage « évaluatif » qu'« affectif ». Il ne cherche pas à mesurer la fréquence des sourires ou des rires, mais s'appuie plutôt sur l'« échelle de Cantril ». Le principe est le suivant : on pose aux participants la question suivante : « Sur une échelle graduée de 0 à 10 — où 10 représente la meilleure vie pour vous et 0 la pire —, où vous situez-vous ? » 

Cette approche est de nature évaluative (elle mesure la satisfaction globale à l'égard de la vie) ; et évalue le degré de bonheur ressenti par une personne vis-à-vis de son existence, après mûre réflexion. À l'inverse, elle fait souvent abstraction du « bonheur affectif » (la joie éprouvée au quotidien). Il est tout à fait possible d'atteindre le score maximal de « 10 » sur cette échelle — parce que l'on est riche, en sécurité et en bonne santé — tout en s’ennuyant et en se sentant seul un mardi après-midi. Pour autant, ce rapport demeure extrêmement pertinent, car il met en lumière six piliers étroitement corrélés à l'existence d'une société stable et prospère : 

  1. Le PIB par habitant (sécurité financière) 
  2. Le soutien social (le fait de pouvoir compter sur l'aide d'autrui) 
  3. L'espérance de vie en bonne santé 
  4. La liberté de faire ses propres choix de vie 
  5. La générosité (dons caritatifs ou bénévolat) 
  6. La perception de corruption 

Pour les gouvernements, ce rapport constitue un véritable tableau de bord « valide ». Il leur montre que si la confiance envers les institutions (et, par extension, la perception de la corruption) vient à s'effriter, le sentiment de bien-être des citoyens s'effondrera à son tour, et ce, même si l'économie est en plein essor. C'est précisément la raison pour laquelle les pays nordiques (tels que la Finlande et le Danemark) occupent systématiquement les premières places du classement : ils ont bâti des sociétés fondées sur un « socle social élevé », au sein desquelles la crainte de basculer dans la pauvreté ou la maladie est quasi inexistante. 

Reste alors à se poser la question suivante : un tel rapport est-il, en fin de compte, arbitraire (faussé par des biais culturels) ? Du point de vue de la culture occidentale, ces indicateurs privilégient nos propres valeurs, telles que la « liberté de choix » individuelle et la « richesse ». En revanche, de nombreuses cultures orientales ou autochtones définissent le bonheur comme l'équanimité, l'harmonie ou l'absence de conflit, plutôt que comme la « quête » d'une vie placée au sommet de l'échelle sociale. 

Une personne issue d'une culture communautaire pourrait éprouver du « bonheur » à travers le sens du devoir et le sacrifice — des dimensions que l'« Échelle de Cantril » n'est pas conçue pour saisir. Il convient également d'évoquer ce que l'on nomme la « courbe en U » du bonheur selon l'âge. Ainsi, à 74 et 78 ans respectivement, mon épouse et moi-même nous situons statistiquement au « pic du bonheur ». 

Les recherches démontrent en effet que le bonheur tend à suivre une courbe en U : il est élevé durant la jeunesse, atteint un point bas — correspondant à la « crise de la quarantaine » — vers 40 ans, puis remonte progressivement après 60 ans, à mesure que nous nous affranchissons du stress lié au « devenir » pour embrasser la quiétude de l'« être ». 

Par conséquent, si cet outil s'avère pertinent pour mesurer l'« épanouissement humain », il demeure arbitraire lorsqu'il s'agit d'évaluer les « émotions humaines ». Si l'on observe le haut du classement, on y trouve les pays offrant la plus grande sécurité. En revanche, si l'on recherchait les nations les plus passionnées ou les plus joyeuses, on verrait sans doute des pays d'Amérique latine ou d'Afrique se hisser en tête de liste, et ce, malgré un PIB plus faible ou un taux de corruption plus élevé. 

Demain, nous passerons en revue les chiffres réels... 

mercredi, mars 25, 2026

Skier au nord de l’enfer …

Ces deux derniers jours, j’ai fait un effort particulier pour aller skier, afin de constater par moi-même l’état des pistes de ski à Park City Mountain. Dimanche, j’ai skié sur le versant Park City et j’ai pu faire quelques belles descentes autour du télésiège Thaynes ; le lundi, j’ai décidé d’explorer le versant Canyons, mais j’ai été déçu de constater que le télésiège Ninety-nine-90 venait tout juste d’être fermé en raison des risques d’avalanche. 

Déçu, je suis rentré chez moi, devant skier dans une « soupe » parmi les pires que j’aie jamais rencontrées. C’était presque l’enfer ; c’est pourquoi j’ai intitulé cet épisode : « Un peu au nord de l’enfer ! » Franchement, je me sens terriblement désolé pour nos visiteurs qui ont dû skier dans d’épouvantables conditions.

J’ai consulté le calendrier de Ski Utah et j’ai vu que Park City prévoyait toujours de rester ouvert jusqu’au 20 avril, histoire de devancer son voisin Deer Valley d’une journée seulement (ce dernier prévoit de fermer le 19 avril). 

À mon avis, le ski ne pourra guère se pratiquer alors que sur de la neige « virtuelle » — du moins à Park City, qui étale sa neige artificielle aussi finement que possible pour économiser un peu plus ! J’ai également remarqué que Snowbasin, une station à une heure de chez nous, par respect pour sa clientèle, avait déjà fermé le 22 avril. 

Lors de ma dernière remontée en télésiège ce jour-là, j’ai discuté avec un homme âgé d’origine indienne qui, au vu des conditions actuelles, m’a dit qu’il ne voyait pas plus que cinq années de ski restant à Park City ; il a ajouté : « Quand la Terre sera fichue, des voix s’élèveront pour dire qu’il n’a fallu que 2 000 ans à l’espèce humaine pour détruire la planète… Quel gâchis ! »

mardi, mars 24, 2026

Utiliser son intuition (Troisième Partie)

Consigner ses intuitions dans un journal de bord est peut-être le meilleur outil qui existe pour développer notre système perceptif. Il ne s’agit pas ici de tenir un journal intime relatant notre vie quotidienne, mais bien d’entraîner, de développer et d’exploiter cette faculté de perception. Ainsi, chaque fois que nous ressentons une forte intuition, notons-la en une seule phrase, du genre : « J’ai le pressentiment que X va se produire. » 

Ajoutons-y ensuite la sensation physique ressentie, la tonalité émotionnelle et le contexte, puis cessons d’y penser. Plus tard, lorsque l’issue des événements sera claire, revenons à votre journal pour indiquer si l’intuition s’est avérée correcte, incorrecte, partiellement correcte ou indéterminée. Nous créerons ainsi une boucle de rétroaction — un mécanisme similaire à celui par lequel les sportifs affinent leurs réflexes ! 

Si nous faisons preuve de persévérance, nous commencerons à discerner des constantes : quelles sensations sont corrélées à l’exactitude du pressentiment ? Quelles émotions faussent l’intuition ? Quels contextes affûtent ou, au contraire, brouillent notre perception ? C’est de cette manière que l’intuition cesse d’être un simple coup de chance pour devenir une faculté qu’on développe par l’entraînement. Enfin, avant de clore cette discussion, voyons comment distinguer « l'intuition » de « l'anxiété ». C’est peut-être là le savoir-faire le plus crucial. L’intuition véritable et la peur génèrent des sensations très similaires, mais elles possèdent des « saveurs » distinctes. 

Le tableau ci-dessus illustre ces différences : Pour finir, s’il est agréable de célébrer nos réussites, il s’avérera encore plus instructif d’analyser nos erreurs. Lorsqu’une intuition se révèle exacte, il est tentant de se contenter de savourer celle-ci ; pourtant, c’est en se posant les bonnes questions que l’on progresse véritablement. Lorsque l’intuition a fonctionné à la perfection, demandons-nous d’abord : « Quelle sensation cela m’a-t-il procurée ? 

À quel moment précis ai-je perçu ce signal pour la première fois ? Quel était le véritable ‘signal’ dissimulé sous le "bruit" ambiant ? » À l’inverse, lorsqu’une intuition s’avère erronée, interrogeons-nous : « Quelle émotion s’est fait passer pour de l’intuition ? Quel indice corporel m’a induit en erreur ? Qu’avais-je envie de croire ? » 

C’est la méthode la plus efficace pour affiner notre intuition et en faire un indicateur de plus en plus fiable. Il s’agit là d’un sujet à la fois complexe et insaisissable ; ne soyez donc pas surpris si je découvre, dans un avenir proche, des outils encore plus efficaces ou pertinents. En attendant, nous disposons de suffisamment d’éléments pour nous mettre au travail. 

Ainsi, pour ceux d’entre vous qui sont intéressés, je propose de faire le point sur nos progrès respectifs d’ici un an. Bonne chance à tous !

lundi, mars 23, 2026

Utiliser son intuition (Deuxième Partie)

Avoir de l'intuition est une chose ; l'utiliser efficacement en est une autre. Alors, comment bien utiliser cette ressource ? Les spécialistes affirment que tout part d’une grande « base de données » — ce que l'on pourrait également qualifier de forme « d’apport » ou d'« input ». En réalité, l'intuition est aussi bonne que la qualité des données sur lesquelles elle repose. 

Les champions d'échecs possèdent une intuition « parfaite » du jeu, car ils ont mémorisé des milliers de configurations possibles. À l'inverse, un novice ne dispose que d'une intuition « limitée » ou « erronée », sa base de données étant encore vierge. Nous devons aller au-delà de la simple expérience de l'instant présent pour, au contraire, tirer des enseignements de chaque moment vécu. Ne nous contentons pas d'agir ; analysons.

Si vous occupez un poste de manager, ne vous limitez pas à animer une réunion ; demandez-vous systématiquement : « Quels sont les trois signaux subtils que j'ai laissés échapper ? » Cette démarche permet d'alimenter le subconscient avec des données de meilleure qualité. Par ailleurs, prenons le temps d’étudier des études de cas ou des « bilans post-action ». 

Notre cerveau a la capacité de s'approprier les expériences d'autrui pour les intégrer à sa propre bibliothèque intuitive. De plus, avant de prendre une décision, projetez-nous six mois plus tard et imaginons que le projet a échoué. Interrogez alors votre instinct : « Qu'est-ce qui a mal tourné ? » Cet exercice contraint notre intuition à traquer les signaux d'alarme subtils que nous aurions tendance à ignorer. 

L'étape suivante consiste à travailler sur le « récepteur » afin d'en accroître la sensibilité. Les scientifiques désignent par le terme d'« intéroception » cette capacité — ou, plutôt, ce talent — à percevoir ses propres signaux internes. Les personnes dotées d'une conscience intéroceptive aiguë — c'est-à-dire capables de ressentir avec précision les battements de leur cœur ou cette sensation de « papillons dans le ventre » — prennent toujours de meilleures décisions intuitives. 

Il est possible de développer cette aptitude en pratiquant des exercices de « balayage corporel » (body scan) : il s'agit de s'accorder une pause d'introspection de deux minutes lors de moments exempts de stress. Quelles sensations éprouvons-nous au niveau de la poitrine ? de l'estomac ? de la mâchoire ? Il existe également l'exercice de la « décision éclair » : confronté à un choix anodin (comme le choix d'un restaurant), on s'accorde très exactement trois secondes pour trancher. On observe alors la sensation physique suscitée par ce choix « instantané ». 

Cette sensation est-elle « lourde » ou « légère » ? Avec le temps, nous apprendrons ainsi à reconnaître la « signature » physique d'une bonne intuition. Il nous reste à calibrer la « boucle de rétroaction » ; or, au sein de celle-ci, le pire ennemi de l'intuition est le biais de rétrospection — ce sentiment de s'être « toujours douté de la chose » qui s'avère souvent être un mensonge. 

Pour progresser, nous devons nous mettre à l'épreuve en tenant un « journal de l'intuition » : nous y consignons nos pressentiments dès qu'ils surviennent, en y incluant les sensations physiques ressenties. Par exemple : « J'ai rencontré le nouveau prestataire aujourd'hui. J'avais l'estomac noué, bien que son CV soit irréprochable. Je vais l'engager, mais je surveillerai le budget de très près. » 

Par la suite, il nous faudra évaluer les résultats en relisant ce journal tous les trois mois. Notre instinct avait-il vu juste, ou ne s'agissait-il que d'anxiété ? Ce processus permet à notre cerveau de s'« affiner », afin de distinguer la véritable intuition du simple bruit émotionnel. Demain, nous verrons comment assurer le suivi de nos diverses intuitions et comment les mesurer…