Je me souviens encore d'un voyage que j'ai fait en mars 1975, avec Jean-Michel Lamy, directeur des ventes chez Look. Nous avions pris l'avion à Charles de Gaulle pour nous rendre à Zurich, en Suisse, pour y rencontrer Gaston Haldemann, importateur et distributeur de Rossignol, Nordica et Look dans ce pays, et Kaspar Heutschi, son directeur commercial.
La réunion avait eu lieu dans les bureaux de Haldmann à Stans, une petite ville de montagne située en plein cœur de la Suisse, dans le canton de Niedwald, à une heure de route au sud de Zurich. Je connaissais cette ville car c'est de là que venait le célèbre avion à décollage court, Pilatus Porter.
Lamy, recruté chez Peugeot dans le centre de la France, n'avait absolument aucune idée de l'industrie du ski et était un peu comme un chien dans un jeu de quilles, tandis que Haldemann qui avait consacré toute sa vie, toute son énergie et sa passion au ski savait de quoi il parlait.
Ingénieur de formation, il était à l'origine du Rossignol Fiberglass, un ski de slalom à noyau creux qu'Adrien Duvillard avait emporté en Amérique en 1963, où il avait eu un bon succès aux tous débuts du circuit professionnel.Nous y étions allés pour discuter de l'avenir du programme de compétition de Look et de sa place au sein de l'entreprise. Haldemann n'était ni impressionné par l'impact des compétitions de ski sur les ventes, ni enchanté par la façon dont Look était dirigé, et en particulier par le manque d'innovation de l'entreprise.
La réunion n'avait pas abouti à grand-chose, mais avait remis en question l'investissement coûteux que l'entreprise faisait dans son service de compétition. Clairvoyant, j'avais réalisé que ce coût allait, à terme, étrangler l'avenir de l'entreprise, ce qui se solderait par sa reprise par Bernard Tapie en 1983 pour un Franc symbolique.