dimanche, janvier 04, 2026

Bilan d'année en « moments choisis »

Je connais un type qui m'envoie chaque année un compte rendu impressionnant de son année écoulée. Ce document, mélange de photos et de texte, présente toutes ses réalisations et celles de sa famille au cours des douze derniers mois : grands événements, voyages exotiques ou coûteux, activités sportives, etc., le tout dépeignant un style de vie presque princier qui, à mon avis, suscite plus d'envie et de jalousie que d'admiration. 

Il est facile de discerner tout un écosystème de psychologie sociale derrière ces bilans de fin d'année impeccables et hyper-soignés, qui s'apparentent moins à un véritable partage qu'à de la pure vantardise. 

Ce sont des récits construits pour communiquer un mélange de statut (« Regardez comme nous réussissons bien »), de compétence (« Nous sommes cool, organisés, performants »), d'appartenance à une certaine classe sociale (« Nous voyageons partout, nous faisons ceci et cela, nous vivons comme ça ») et de maîtrise (« Notre vie est bien organisée et impressionnante »). 

Cette mise en scène n'est pas délibérément mal intentionnée, mais elle est soigneusement orchestrée. Et cette mise en scène a toujours un public en tête. Comme la plupart des gens, ma réaction face à la perfection n'est pas le réconfort, mais le scepticisme et la distance. 

J'ai du mal à m'identifier à l'histoire de l'expéditeur ; son auto-promotion excessive active mon instinct de comparaison et donne à n’importe qui le sentiment d'être « inférieur », instaurant une compétition tacite, même si personne ne l'admet. Nous avons tendance à nous connecter à travers les difficultés partagées, et non grâce aux triomphes sans faille. 

Tout cela en dit long sur l'expéditeur : une insécurité déguisée en réussite, car les personnes qui se sentent profondément en sécurité ont rarement besoin de produire un rapport annuel aussi flatteur sur leur vie. Après avoir parcouru le document, j'ai levé les yeux au ciel et lui ai répondu ainsi : 

« Merci d'avoir partagé votre année avec nous ! Quels douze mois impressionnants… Je suis sûr que la lecture de tout cela rend beaucoup de gens envieux, voire carrément jaloux ! Notre message, ci-dessous, ne contient pas de grands moments, mais davantage de difficultés qui nous ont beaucoup appris. Nous essayons de nous concentrer sur les aspects authentiques de la vie, les moments chaotiques, drôles et inattendus, car nous trouvons que ce sont eux qui nous rapprochent des autres. Bonne année ! »

samedi, janvier 03, 2026

Quel avenir pour les forfaits multi-stations ? (Deuxième partie)

Si des hivers doux comme celui-ci deviennent la norme, les acheteurs de forfaits pourraient hésiter à renouveler leur abonnement, en particulier ceux qui ne skient que quelques jours par an. Parallèlement, les demandes de remboursement risquent d'augmenter, ce qui contraindrait les entreprises à assouplir leurs politique. Par conséquent, les tarifs seniors, locaux et des produits plus flexibles pourraient devenir sujets à négociation. 

La cession d'actifs est également tout à fait plausible : Vail, Alterra, Powdr et Boyne pourraient se séparer des stations de basse altitude ou chroniquement peu enneigées. C'est déjà le cas en Europe, où les remontées mécaniques abandonnées deviennent monnaie courante. À plus long terme, si le modèle survit, il devra se transformer considérablement. Il faut s'attendre à moins de petites stations ou de stations de basse altitude dans ces réseaux. 

Les investissements se concentreront uniquement sur les destinations de haute altitude, garantissant un enneigement suffisant. 

La production de neige artificielle restera difficile à réaliser dans un contexte de rendements décroissants, et l’eau va continuer de geler à 0 degré Celsius ! 

Des solutions plus efficaces pour l'ensemencement des nuages, grâce à l'intelligence artificielle, pourraient peut-être apporter une solution, mais je m'avance peut-être un peu trop ! 

Les hivers peu enneigés forceront-ils des concessions comme des forfaits seniors et super-seniors ? Si et quand les renouvellements diminuent, les opérateurs devront réagir. Historiquement, les sociétés de remontées mécaniques ne modifient leurs structures tarifaires que lorsqu'elles sont confrontées à une réaction négative du public et qu'elles anticipent une perte de revenus importante. Un mauvais hiver, ajouté à l'anxiété liée au changement climatique, pourrait justement exercer ce genre de pression. 

Je ne dis pas que le ski est condamné, mais il va se consolider, se stratifier, et prendra un visage différent. L’activité pourrait se maintenir à haute altitude, dans les zones plus froides, et se réduire partout ailleurs. Pour survivre, le modèle des stations multi-sites se concentrera autour d’un nombre réduit de destinations régulièrement bien enneigées. Ce sera en quelque sorte comme le secteur aérien, avec moins de compagnies, moins de trajets, mais d’importants enjeux. 

De plus, les stations de ski devront proposer de manière créative davantage d'activités génératrices de revenus en dehors du ski (luge, raquette, patinage, VTT d'hiver, écoles de conduite sur glace et autres activités). La tarification dynamique pourrait également remplacer le modèle « ski illimité ». À moins que le réchauffement climatique ne s'accélère de façon spectaculaire, le modèle des stations de ski accessible avec ces forfaits ne disparaîtra pas immédiatement, mais entrera dans une phase de contraction. 

Les grandes entreprises protégeront leurs actifs les plus rentables et se débarrasseront discrètement des moins performants. Et, de fait, un cycle de renouvellement plus lent pourrait enfin les contraindre à repenser leurs politiques rigides et à proposer des tarifs plus flexibles ou mieux adaptés. 

En somme, les 5 à 10 prochaines années pourraient bien être la période la plus transformatrice que l'industrie du ski ait connue depuis l'invention de la neige artificielle et des télésièges à grande vitesse. Je reste beaucoup moins optimiste que l’industrie qui reste dans un déni un peu forcé pas ses énormes investissements et son inaction !

vendredi, janvier 02, 2026

Quel avenir pour les forfaits multi-stations ? (Première partie)

Il me semble que les forfaits multi-stations, comme Epic et Ikon, risquent d'être fortement impactés si les conditions météorologiques continuent d'être aussi capricieuses dans l’Ouest Américain, la neige n'étant tombée ni à temps, ni en quantité suffisante cette saison. Si le seul problème était le manque de précipitations, je ne m'inquièterais pas trop, mais le réchauffement croissant, lié au réchauffement climatique, est un signe beaucoup plus préoccupant qui n'augure rien de bon pour les activités de sports d'hiver telles que nous les connaissons. 

Je ne serais pas surpris si des entreprises comme Alterra, Boyne, Powdr et Vail Resorts commençaient à se séparer de certaines de leurs stations en fin d'hiver. Le résultat net d'une mauvaise année d'enneigement pourrait rendre les skieurs réticent à renouveler leurs forfaits l'an prochain et être la goutte d'eau qui fait déborder le vase pour ces réseaux de méga-stations qui devraient devoir alors assouplir certaines de leurs règles, en créant un forfait à prix réduit pour seniors, parmi d'autres concessions. 

Il ne fait aucun doute que l'industrie du ski doit etre en ce moment confrontée à ces inquiétudes. Les données confirment mon intuition : hivers plus doux, chutes de neige irrégulières et augmentation des épisodes de pluie sur neige. Tous ces facteurs transforment déjà l'économie des stations de ski, en particulier celles situées en basse altitude. 

Que nous voulions l'admettre ou non, le changement climatique déstabilise désormais le modèle traditionnel du ski dans le monde entier. De récents rapports montrent qu'en Suisse, par exemple, les stations de ski ont également augmenté leur fréquentation grâce aux forfaits multi-stations, mais chacun sait que la fonte des glaciers et les hivers sans neige menacent la viabilité du ski à long terme. 

Partout en Europe, les stations situées en dessous de 1 200 mètres pourraient avoir besoin de 100 % de neige artificielle d'ici 2050 pour rester skiables, et une importante étude européenne prédit qu'un quart des stations de ski pourraient être confrontées à une pénurie de neige tous les deux ans avec seulement 2 °C de réchauffement. 

Jusqu'à présent, Epic, Ikon et les autres entités multi-stations ont pu survivre grâce à leur diversification géographique : si Tahoe est sec, peut-être que l'Utah, le Colorado ou même la Nouvelle-Angleterre offrent de meilleures conditions. Cela permet de répartir les risques. Leurs importantes rentrées d'argent qui proviennent des ventes de forfaits en septembre leur assurent des revenus avant même les premières chutes de neige. 

Le système reste solide, car la fidélité à la marque et la peur de ne pas pouvoir skier continuent de pousser les skieurs à acheter leurs forfaits à l'avance « au cas où », de sorte qu'une seule mauvaise saison ne suffira pas à mettre ce modèle en péril. Si cela peut s'avérer vrai à court terme, mes inquiétudes deviennent très réelles à moyen terme, et c'est ce que nous aborderons demain...

jeudi, janvier 01, 2026

Le problème avec les rivières atmosphériques (Troisième partie)

Encore une fois, je voulais savoir comment les rivières atmosphériques affectent notre manteau neigeux hivernal dans les montagnes de Park City, ainsi que notre risque d'inondation en haute altitude. Les rivières atmosphériques se comportent comme de puissants jets d'eau sous haute pression. Si elles apportent de fortes pluies sur la côte, leur impact change radicalement lorsqu'elles rencontrent une pente montagneuse, avec tout ce que cela comporte en risques et en avantages. 

D’abord, sur le littoral, la principale menace est le volume d'eau et son intensité. Comme les températures côtières sont généralement bien au-dessus de zéro, toute la rivière atmosphérique tombe sous forme de pluie. Il existe un risque de crues soudaines, le sol se saturant rapidement et entraînant des inondations immédiates et des glissements de terrain. 

Cela ne dure pas très longtemps et prend souvent fin après le passage de la précipitation, l'eau s'écoulant rapidement vers l'océan. Les montagnes présentent différents problèmes appelés « soulèvement orographique ». Quand la rivière atmosphérique arrive en contact avec la montagne, l'air est forcé de monter. C'est ce qu'on appelle soulèvement orographique. 

En montant, l'air se refroidit rapidement, ce qui le pousse à libérer encore plus d'humidité qu'il ne le ferait sur le littoral. Cela fait que les montagnes reçoivent souvent deux ou trois fois plus de précipitations que le niveau de la mer. Il existe aussi un effet « à double tranchant » pour le manteau neigeux en haute altitude, où la rivière atmosphérique devient fortement influencée par les variations de températures. 

Ces tempêtes sont généralement chaudes, ce qui crée deux scénarios très différents. Tout d'abord, il y a le bon coté des choses, si la précipitation est suffisamment froide, elle déposera entre 1,5 à 3 mètres de neige en un seul week-end. Certains de ces événements « anti-sécheresse » ont parfois permis d'approvisionner en eau la majeure partie de l'ouest des États-Unis pendant une année entière ! 

Le mauvais coté des choses, qui semble se produire de plus en plus souvent au fur et à mesure que le changement climatique s’opère, est ce qu'on appelle la neige qui tourne en pluie. Cela crée d’importantes inondations en montagne. Comme les rivières atmosphériques sont chaudes, la limite des chutes de neiges va monter beaucoup plus haut qu’à l’accoutumée, passant de 2 100 (l’altitude de Park City) à 2 700 mètres d’altitude. 

Il en résulte que de la pluie chaude tombe sur l’épaisse couche de neige déjà présente. La pluie ne s'écoule pas simplement ; elle fait fondre la neige en dessous, libérant en quelques heures l'eau accumulée pendant des semaines. Cela provoque des inondations catastrophiques en aval. C'est ce qui s'est produit fréquemment ces derniers temps et c'est ce qui m’a empêché de skier cette saison !

mercredi, décembre 31, 2025

Historique des rivières atmosphériques (Deuxième partie)

Bien que le terme « rivière atmosphérique » n'existait pas au XIXe siècle, il existe des preuves historiques indéniables de leurs effets dévastateurs. Ces phénomènes ont commencé avec la grande inondation de 1862, la plus importante jamais enregistrée en Californie, Oregon et Nevada. Elle avait été causée par une succession de rivières atmosphériques qui ont transformé la vallée centrale de Californie en véritable mer intérieure. 

Auparavant, grâce à l'étude des cernes des arbres et des couches de sédiments, les scientifiques avaient déjà identifié des incidences de « méga-rivières atmosphériques » remontant jusqu'à l'an 212, ce qui suggère qu'elles ont toujours constitué une caractéristique constante du climat terrestre depuis la nuit des temps. 

Au cours de la dernière décennie, notre compréhension est passée de la simple « découverte » à la « classification ». 

En 2019, le Dr F. Martin Ralph et ses collègues de l'Institut d'océanographie Scripps, près de San Diego, avaient mis au point l'échelle des rivières atmosphériques (de 1 à 5). 

À l'instar de l'échelle des ouragans, elle permet au public de comprendre si une rivière atmosphérique imminente sera « bénéfique » (remplissant les réservoirs et protégeant des sécheresses) ou « dangereuse » (provoquant inondations et glissements de terrain).

Des études scientifiques récentes confirment que les rivières atmosphériques deviennent plus fortes, plus chargées d’humidité, plus intenses et plus fréquentes ces dernières années. La principale cause est le changement climatique d'origine humaine. 

Une atmosphère plus chaude retient davantage d'humidité, alimentant ces « rivières du ciel » en vapeur d'eau supplémentaire provenant des océans, ce qui provoque précipitations, inondations et vents violents, affectant particulièrement la côte ouest des États-Unis. 

Combiné à l'augmentation constante des températures, il est désormais à peu près certain que ce phénomène entraînera une diminution progressive de l'enneigement dans nos montagnes de la Sierra Nevada, aux Cascades et dans toutes les Rocheuses aux États-Unis. 

Habitant à Park City, une région montagneuse, je souhaite savoir comment les rivières atmosphériques affectent spécifiquement notre manteau neigeux et le risque d'inondation dans notre communauté montagnarde, par rapport aux zones côtières. Nous aborderons ce sujet dans notre prochain article de blog, donc restez bien connectés !

mardi, décembre 30, 2025

C’est quoi une rivière atmosphérique ? (Première partie)

Ce début d'hiver a été marqué dans l'Ouest américain par une recrudescence de « rivières atmosphériques », un phénomène météorologique dont nous avons souvent parlé sur ce blog, ces dernières années. Tout ça a perturbé mon début de saison de ski, je me suis demandé depuis combien de temps ce phénomène était connu des météorologues ? 

Bien que le terme « rivière atmosphérique » (RA) ne fasse partie du vocabulaire scientifique et public que depuis une trentaine d'années, le phénomène météorologique lui-même est documenté et étudié sous différents noms depuis des siècles. Le terme « rivière atmosphérique » a été inventé en 1992 (et popularisé par une étude en 1994) par deux chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) : Reginald Newell † et Yong Zhu.

En analysant des données mondiales du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, ils ont découvert que plus de 90 % de l'humidité se déplaçant des tropiques vers les pôles était concentrée dans des « filaments » étroits et rapides, couvrant moins de 10 % de la circonférence de la Terre. 

Avant que Newell et Zhu ne les nomment ainsi, ces tempêtes étaient bien connues des météorologues et des habitants des régions côtières, mais elles étaient généralement appelées « Pineapple Express » (Ananas express), en référence aux rivières atmosphériques qui prennent naissance près d'Hawaï et frappent la côte ouest des États-Unis. 

Certains les appelaient « Warm Conveyor Belts » (courants de transport chauds), un terme utilisé dans les années 1970 pour décrire le flux d'air chaud et humide au sein d'un cyclone. D'autres météorologues les appelaient « panaches d'humidité » ou « connexions tropicales », pour décrire les bandes de nuages ​​visibles sur les images satellite. 

Newell et Zhu ont choisi le terme « rivière atmosphérique » car ces bandes transportaient une quantité d'eau phénoménale : une seule rivière atmosphérique intense pouvait transporter environ 15 fois le débit moyen du Mississippi ! Demain, nous examinerons les événements météorologiques historiques liés à ce phénomène… 

lundi, décembre 29, 2025

Transparence des webcams ...

 Dans quelle mesure les webcams de stations de ski influencent-ils le choix des vacanciers ? Cela dépend de la période de l'année. Les vacances de Noël et du Nouvel An constituent un cas particulier, car la demande est toujours très forte à cette période et il est indispensable de réserver hébergement et vols à l'avance.

 
Que faire alors si l'on consulte la webcam de Park City, qu'on n'y voit pas de neige ou pas assez, et qu'on hésite maintenant à venir ? La décision n'est pas facile à prendre, même s'il faut abandonner hébergement et transport et les coûts associés qui sont pour la plupart irrécupérables. On garde alors toujours l'espoir, parfois illusoire, que la situation pourra changer à la dernière minute, « comme c'est déjà arrivé dans le passé ». 
 
De plus, un changement de décor est toujours bienvenu en début d'hiver, alors pourquoi ne pas y aller quand même ? Cette situation évoluera rapidement si la neige ne tombe pas en janvier. Consulter les webcams devient alors crucial pour prendre une décision et planifier des vacances de ski, même à la dernière minute. 
 
Ce qui est certain, c'est que les conditions d'enneigement dans les stations de ski n'ont jamais été aussi transparentes qu'aujourd'hui grâce aux webcams.