Avant même les émeutes survenues en France le week-end dernier, beaucoup avait été dit et écrit sur la vague actuelle de manifestations dans les lycées français ; cela dit, les discussions dont j’ai eu connaissance semblent oublier certains points cruciaux.
D’abord, je me demande pourquoi le gouvernement français est-il si réticent à comparer son système d’enseignement secondaire avec celui de ses voisins européens ? C’est pourtant là une question prioritaire : quelles sont concrètement, les performances de l’enseignement secondaire français par rapport à celles de l’Allemagne, de la Suisse, des Pays-Bas, de la Finlande, de la Suède, etc. ?
Cette évaluation ne doit pas se limiter aux seuls résultats de tests scolaires, mais doit prendre en compte, de manière approfondie, les acquis scolaires (notamment en mathématiques et en lecture), les taux de décrochage, la répartition entre filières professionnelles et générales, l’accès à l’université, la rémunération et les conditions de travail des enseignants et le taux d’encadrement.
N'oublions pas l’autonomie des établissements (par opposition à la centralisation), le nombre d’heures d’enseignement, les infrastructures scolaires, le chômage des jeunes après le secondaire, la satisfaction des élèves, la mobilité sociale, ainsi que la transition entre le monde scolaire et le marché du travail.
Je dois dire que je suis assez frappé par le manque d’attention et d’importance accordés à de telles comparaisons dans le débat public. Par ailleurs, je me demande aussi pourquoi la France ne parvient pas à gagner en maturité en ne cherchant à résoudre ses problèmes que par des manifestations récurrentes assorties de violence.
Je connais suffisamment mon pays natal pour savoir qu’il possède une forte tradition de contestation, de grèves et de manifestations ; que les élèves et étudiants ont toujours joué un rôle majeur dans les mouvements politiques et qu’il est arrivé, trop souvent, que les gouvernements français soient contraints de faire marche arrière face à une mobilisation populaire intense.
En d’autres termes, la contestation n’est pas, en France, un outil politique exceptionnel, elle semble fait partie intégrante de la culture nationale, et elle s’avère souvent efficace ! Ne serait-il pas opportun que cet héritage révolutionnaire s’apaise quelque peu, permettant ainsi à la France de s’intégrer plus sereinement dans le concert des autres nations ?
Enfin, si l’on peut admettre que les adultes disposent d’un droit inhérent à manifester dans l’espace public, est-il justifié d’accorder ce même droit à des mineurs — compte tenu de leur développement physiologique et de leur expérience sociale — en les exposant directement aux forces de l’ordre ? Le droit d’un mineur à l’expression politique implique-t-il automatiquement le droit de participer physiquement à une manifestation susceptible de dégénérer en affrontements ?Par ailleurs, la société devrait-elle autoriser les mineurs à assumer les risques physiques et les responsabilités liés à des actes de désobéissance civile, tels que pratiqués par les adultes ? Personnellement, je ne le pense pas. Certes, un adolescent peut avoir des opinions — et peut-être même le désir légitime de les exprimer —, mais il existe une différence majeure entre le fait de porter une voix politique et celui de se retrouver au cœur d’une confrontation avec les forces de l’ordre.
À mon sens, lorsqu’une manifestation politique expose des mineurs à des risques tels que des affrontements avec les unités anti émeutes, l’usage de gaz lacrymogènes, des projections d’objets ou d’autres dangers graves, pourquoi les parents et les autres adultes ne prendraient-ils pas la place physique des enfants, tout en veillant à ce que les revendications de ces derniers soient entendues sans être filtrées, en se faisant leurs porte-parole ?























