jeudi, avril 30, 2026

Hubris et domination du marché (Première partie)

La manière dont Nokia a manqué de voir venir le tsunami de l'iPhone, ne cessera jamais de m’étonner, cela dès que le premier véritable smartphone a fait son apparition sur le marché en 2007, perdant ainsi sa position dominante. Depuis lors, les analystes attribuent la chute de Nokia à un mélange d'extrême hubris, d'une culture interne faisant fi des évolutions du marché, et d'une focalisation rigide sur le matériel au détriment des logiciels et des écosystèmes. 

L'entreprise a sous-estimé les écrans tactiles, surestimé son propre système d'exploitation Symbian et souffert de politique interne qui l'ont empêchée de réagir promptement aux menaces du marché, entraînant une chute de 90 % de sa valeur en bourse. En fait, Nokia était convaincue que son matériel, et surtout la robustesse de ses produits était largement mieux que l'iPhone, jugé « fragile ». L'ignorance déliberée de l'interface tactile était basée sur l'assomption que ses usagers préféraient les claviers physiques. 

De surcroît, le système d'exploitation Symbian de Nokia était vieux, peu pratique et inadapté à l'expérience moderne des écrans tactiles axés sur les applications ; il n’a pu rivaliser avec l'expérience d’utilisation qu’offrait iOS et Android. Pour ne rien arranger, la politique interne de Nokia marquée par une « culture de la peur » profondément enracinée et dysfonctionnelle a entravé l'innovation. Les cadres craignaient de donner de mauvaises nouvelles à la direction, tandis que les différents départements entraient en concurrence interne au lieu de collaborer, étouffant ainsi la réactivité et l'agilité nécessaires pour trouver des solutions adéquates. 

C'est là qu'est survenu le « dilemme de l'innovateur » : en tant que leader du marché, Nokia s'attachait à maximiser les profits tirés de sa gamme de téléphones traditionnels, déjà établie et prospère, plutôt que de risquer des investissements dans un nouveau modèle de smartphone, n’ayant pas fait ses preuves et à faible marge. Enfin, Nokia envisageait le téléphone comme un appareil autonome, sans saisir que la véritable force de l'iPhone résidait dans son système d'exploitation, toutes ses applis et son écosystème logiciel intégré. 

Bien qu'elle disposait de ressources massives en R&D et qu'elle ait, de fait, anticipé les menaces, la rigidité stratégique de Nokia l'a empêchée de réagir avant qu'il soit trop tard. Utilisateur du Palm Pilot depuis 1998, j'ai brièvement envisagé d'acquérir un Palm Treo — une gamme de smartphones initialement développée par Handspring, rachetée par la suite par Palm, Inc. C'était entre 2001 et 2002 ; j'ai finalement opté pour un smartphone Nokia, bien moins onéreux mais bien plus rudimentaire que l'iPhone. 

Demain, nous explorerons une histoire parallèle dans l'industrie du ski, celle des fixations Look et Salomon ...

mercredi, avril 29, 2026

Quelles sont nos valeurs ? (Troisième partie)

Lorsque les valeurs se traduisent en comportements, elles deviennent inoubliables ; dans cette optique, il est temps de voir comment nous pouvons y parvenir. Pour nous y aider, prenons nos valeurs (5 au maximum) et inscrivons-les sur une seule et même fiche, accompagnées de définitions claires et, pour chacune d'elles, d'un comportement spécifique. 

Soyons concis ; rappelons-nous que si cela ne tient pas sur une fiche, cela ne tiendra pas dans notre tête. Ensuite, nous devons les passer en revue chaque semaine, non pas comme un exercice moralisant, mais comme un exercice de recalibrage. Par exemple, posons-nous les questions suivantes : 

« À quels moments ai-je incarné ces valeurs cette semaine ? » 
« À quels moments les ai-je trahies ? » 
« Qu'ai-je appris ? » 

Les valeurs s'ancrent grâce à la répétition. Une fois ce degré de maîtrise atteint, il est temps de les mettre à profit pour prendre une décision concrète ; en effet, les valeurs prennent tout leur sens lorsqu'elles ont un coût. Lorsque vous invoquez une valeur pour dire non, pour choisir une voie, ou pour mettre fin à quelque chose — ou en commencer une nouvelle —, cette valeur s'intègre à votre identité. 

Mieux encore : transmettez-les à d’autres en expliquant comment nos valeurs favorisent la clarté et comment elles s'inscrivent dans notre propre récit. En fin de compte, les valeurs ne sont pas faites pour être mémorisées, mais pour être pratiquées. 

Nous ne « nous souvenons » pas de nos valeurs comme nous nous souvenons d'un numéro de téléphone ou d'une adresse ; nous les vivons jusqu'à ce qu'elles deviennent instinctives. Si nous les pratiquons suffisamment longtemps, elles se transforment en réflexes, façonnent notre intuition et guident nos décisions sans nécessiter le moindre effort conscient ; elles deviennent alors une part intégrante de notre caractère. 

Tel est le véritable objectif. Enfin, s'il vous manque encore une ou deux valeurs pour compléter votre liste de cinq, posez-vous la question suivante : « Quels sont les principes sur lesquels je refuse de transiger, même lorsque personne ne me regarde ? » Cela devrait vous permettre de les révéler. Essayez, et bonne chance !

mardi, avril 28, 2026

Quelles sont nos valeurs ? (Deuxième partie)

Aujourd'hui, nous allons classifier nos valeurs en trois niveaux » comme promis dans le blog précédent. C'est peut-être le moyen le plus efficace pour que nos valeurs s'ancrent durablement en nous et pour que nous en souvenions à tout moment. 

Commençons par le niveau 1 : nos valeurs fondamentales (exprimées en 3 à 5 mots). Ce sont celles qui sont non négociables, ou celles que nous défendrions coûte que coûte. 

Prenons les cinq valeurs séivantes à titre d'exemple (elles ne sont pas nécessairement les vôtres, mais servent juste d'illustration) : 

  •  Intégrité 
  • Persévérance 
  • Maîtrise 
  • Courage 
  • Créativité 

Cette liste est volontairement limitée ; si nous listons trop de valeurs, elles risquent de perdre leur sens. Le niveau suivant — le numéro 2 — consiste simplement à définir ce que chaque valeur représente pour vous. C'est souvent là que la plupart d'entre nous échouent. Une valeur sans définition n'est rien d'autre qu'un slogan. Par exemple : 

  • Intégrité → « Je dis la vérité, même lorsque cela est inopportun. » 
  • Persévérance → « Je n'abandonnerai jamais, quelles que soient les difficultés et le temps nécessaire. » 
  • Maîtrise → « Je ferai toujours un excellent travail, un travail dont je serai fier et qui s'inscrira dans la durée. » 
  • Courage → « Tant que je ne prends pas de risques excessifs, je ne me laisserai arrêter ni par la peur, ni par les menaces, ni par les influences extérieures. » 
  • Créativité → « J'aime améliorer les choses en innovant et en trouvant une meilleures façon de procéder. » 

Cette étape de reformulation rend la valeur mémorable, car elle devient véritablement la nôtre ; elle cesse d'être un simple mot tiré du dictionnaire. Enfin, il y a le niveau 3 : l'ancrage dans notre comportement. C'est l'ingrédient secret ; pour chaque valeur, il définit un comportement concret qui assure que nous l'adopterons au quotidien. Exemples : 

  • Intégrité → « Je ne mens jamais et je ne tiens pas de propos auxquels je ne crois pas. » 
  • Persévérance → « J’ai connu des échecs quand je n'ai pas respecté mon plan ; je ne recommencerai pas. » 
  • Maîtrise → « Puisque mon temps est mon plus grand trésor, je dois tout mettre en œuvre pour que tout soit parfait dès le départ. » 
  • Courage → « Ce trait de caractère a toujours porté ses fruits ; pourquoi devrais-je m'en priver ? » 
  • Créativité → « C’est là que réside mon plus grand savoir-faire ; je dois donc le mettre à profit à chaque occasion ! » 

Nous avons désormais complété ces trois niveaux. Dans le blog suivant, nous verrons comment mettre tout ça en pratique et en tirer parti …

lundi, avril 27, 2026

Quelles sont nos valeurs ? (Première partie)

Si on nous demandait à brûle-pourpoint, quelles sont nos valeurs, nous aurions peut-être bien du mal à répondre ; ou bien, si nous parvenions à en formuler quelques-unes, notre réponse manquerait sans doute de précision, ou nous risquerions d'en oublier d'importantes, le temps de rassembler nos idées, de réfléchir et de trouver une formulation que notre interlocuteur puisse comprendre. 

La question du jour est donc la suivante : « Comment identifier et garder nos valeurs à l'esprit en toute circonstance ? » La réponse est qu'il est bel et bien possible de définir avec précision et de mémoriser nos valeurs, à condition de les transformer et les faire passer de simples idées vagues en principes vécus, mis en pratique et incarnés, en leur donnant une structure suffisamment solide pour que notre esprit puisse s'en souvenir, même sous pression. 

Pour cela, nous devons commencer par bâtir une structure qui soit en phase avec notre mode de pensée — un mode de pensée « systémique », caractérisé par une vision d'ensemble (« sur le long terme ») et une grande clarté. De toute évidence, certaines valeurs nous échappent quand on nous interroge à l'improviste. 

Il est également vrai que, si la plupart des gens ne parviennent pas à énoncer spontanément leurs valeurs, ils savent instinctivement qu'elles sont là, présentes en eux, sans pour autant les avoir nommées, organisées ou mises à l'épreuve en les formulant oralement ou par écrit. 

En effet, nos valeurs existent avant tout sous la forme de vérités ressenties, enfouies au plus profond de nous-mêmes et qui ne se présentent pas spontanément sous la forme de phrases toutes faites. Lorsque quelqu'un nous demande : « Quelles sont vos valeurs ? », il nous invite en réalité à traduire certains de nos instincts en mots ; c'est pourquoi l'exercice nous semble souvent si laborieux. 

La solution consiste à les extérioriser en appliquant une méthode fiable, qui consiste à classifier nos valeurs en trois niveaux. 

Demain, nous découvrirons en quoi consiste cette méthode ; ne manquez surtout pas cet épisode !

dimanche, avril 26, 2026

Ma courte carrière chez Odo

Tout frais diplômé de l’école d'horlogerie a Cluses en 1966, mon premier travail avait été dans la branche m’emmena au bureau d’études chez Odo, à Morez, dans le Jura. Cette entreprise fabriquait alors des pendules électriques était la propriété de la famille Odobez. 

Celle-ci est présente dans la vallée de la Bienne depuis le XVIIᵉ siècle et passe progressivement de l’agriculture et de la clouterie à l’horlogerie. En 1660–1800, les Odobez fabriquent des pièces mécaniques l’hiver dans le hameau de Tancua. En 1806 apparaît Jean‑Baptiste Odobez, dit Jean le Comtois, est artisan horloger à Tancua. 

Il est suivit en 1843 par François‑Désiré Odobez qui perfectionne le mouvement cage‑fer des comtoises et en 1885 la maison Odobez père et fils est créée à Morez pour y fabriquer des horloges comtoises. La société Odo proprement dite est fondée en 1920 par les fils de Léon Odobez, André et Roger, associés à la famille Moret‑ès‑Jean Barbaud. Tous industrialisent la production et modernisent l’entreprise. 

L’âge d’or d’Odo s’etendit de 1930 à 1970. En 1931, fut lancé le célèbre carillon Odo, présent dans d’innombrables foyers français. Ce fut un immense succès commercial. Il fut suivit en 1937 par le “Gai carillon” quand Odo avait commandé à Vincent Scotto, compositeur très populaire, une mélodie exclusive pour se distinguer du Westminster, un coup de génie marketing. J’ai du reste herite d’une telle pendule de mes parents, que j’ai toujours à Park City. 

Dans les années 1950 vint la diversification des produits Odo, avec les pendules électriques, les réveils à piles, les carillons muraux et les horloges comtoises modernisées. L’entreprise s’agrandit avec son usine rue Voltaire à Morez, et deux autres à Montmorot et à Domblans, comptant jusqu’à 300 employés en 1980. 

C’est à peut près l’époque où jeune diplômé de Cluses, j’arrive en 1966 comme technicien au bureau d’études. J’ai donc connu Odo au moment où elle était au sommet de sa puissance industrielle. 

J’aimais assez bien le travail au bureau d’études dirigée par Mr. Péricouche et je suis pris sous l’aile de Jeantet, un autre dessinateur. Malheureusement, je ne plaisais pas dans ce coin du Jura et n’y suis resté que quelques mois avant de m’attaquer à ce qui me dévorais déjà, une carrière dans le ski. Après mon départ, les choses commencent à aller mal pour Odo (je sais, j’aurai du rester!) 

Les causes du déclin sont bien documentées. D’abord il y a un effondrement du marché de l’horlogerie domestique. En effet, à partir des années 1970–80, les pendules murales, carillons et comtoises disparaissent des foyers, la demande s’effondrant. 

Les produits électroniques bon marché venus d’Asie rendent les productions jurassiennes trop coûteuses et c’est là qu’Odo tente de se diversifier en se lançant dans lunetterie, en prenant une licence avec la marque Bugatti, mais trop tard pour compenser la chute du marché horloger. 

En 2001 la famille Odobez vend l’entreprise, en 2005 les repreneurs d’Odo cesse définitivement leur activité et plus récemment en 2025, les bâtiments historiques de la rue Voltaire sont démolis. 

C’est ainsi qu’une page se tourne et qu’un livre se ferme sur l’une des plus grandes horlogeries françaises du XXᵉ siècle.

samedi, avril 25, 2026

Les véhicules électriques Rivian

Parmi les véhicules électriques (VE) fabriqués aux États-Unis figurent ceux de Tesla et de Rivian, bien que cette dernière marque soit minuscule par rapport à Tesla. Rivian a été fondée en 2009 par RJ Scaringe sous le nom de Mainstream Motors. Rapidement, Rivian a opéré un virage stratégique, passant des voitures de sport aux véhicules électriques axés sur l'aventure ; elle a ainsi lancé les modèles R1T et R1S en 2018, lesquels ont beaucoup gagné en popularité à Park City. 

À la suite d'une introduction en bourse massive en 2021 et d'un partenariat avec Amazon, l'entreprise a surmonté divers défis de production pour livrer plus de 40 000 véhicules, s'associant par ailleurs à Volkswagen en 2024 afin de soutenir son expansion prévue pour 2026 ainsi que le développement de son tout dernier modèle introduit en avril 2026, le R2, plus abordable et ciblé pour séduire un plus grand marché. 

Rivian propose une expérience haut de gamme, robuste et davantage axée sur « l'outdoor », se distinguant par une bonne qualité de fabrication et un intérieur luxueux, tandis que Tesla excelle avec son logiciel, son efficacité énergétique et ses infrastructures de recharge. Les véhicules Rivian (R1T, R1S et fourgons utilitaires) sont fabriqués aux États-Unis depuis 2017. Rivian est bien noté en matière de satisfaction de ses usagers, mais Tesla offre une technologie plus établie ainsi qu'un vaste réseau de service après-vente.

 Il est clair que Rivian est en train de grignoter une portion de la clientèle de Tesla, en particulier sur les marchés à forte tendance démocrate — comme la Californie — où une partie des consommateurs ne peut pas souffrir Elon Musk, le dirigeant de Tesla. En 2025, Tesla a produit environ 1 654 667 véhicules, contre 42 284 pour Rivian. 

La production totale de Tesla — constituée principalement des modèles 3 et Y, domine largement celle de Rivian, cette dernière ayant été pénalisée par ses travaux de mises au point de sa production ainsi que par un fléchissement de la demande pour les véhicules électriques. Selon les données du premier trimestre 2026, Tesla continue de dominer le marché des véhicules électriques, affichant des quantités de ventes nettement supérieurs à ceux de Rivian ; cette dernière maintient pour l'heure une présence de niche sur le segment du luxe, avant le lancement de son modèle R2. 

La présence de la marque en dehors des États-Unis se trouve au Canada et un petit peu en Europe, avec des efforts d'expansion actifs axés sur l'infrastructure de service ainsi que sur la planification de futurs lancements de véhicules. 

Bien que l'entreprise opère principalement en Amérique du Nord, elle a pris pied en Europe, l'objectif initial étant d’assurer l'entretien des fourgons de livraison électriques (EDV) de Rivian pour le compte d'Amazon. 

Récemment, Rivian a construit une station de recharge à Park City, un projet dont la réalisation a traîné sur deux ans. Ce long délai s'explique par la complexité des procédures d'autorisation liées aux infrastructures, la planification de la construction des emplacements choisis, ainsi que par les contraintes de capacité du réseau électrique. 

La station Rivian de Park City offre désormais 12 bornes de recharge rapide, mais je n’ai pas vu beaucoup d'utilisateurs la fréquenter depuis son ouverture il y a un mois. Il apparaît cependant que le coût élevé de l'essence devrait relancer les ventes de véhicules électriques aux États-Unis.

Chiffre d’affaire en baisse à Vail Resorts

Selon Vail Resorts ce conglomérat regroupant 42 stations de ski, cotée en bourse, le nombre de journées-skieur, les recettes des remontées mécaniques et d'autres indicateurs clés cumulés depuis le début de la saison nord-américaine, jusqu'au 19 avril 2026, ont enregistré une grosse baisse par rapport à la même période l'an passé (en date du 20 avril 2025). 

Cette contre-performance s'explique par « l'un des hivers les plus difficiles de l'histoire dans l'ouest des États-Unis », a déclaré Rob Katz, PDG de Vail Resorts, qui a également souligné des ventes de forfaits en baisse pour 2026-27. À l'échelle de l'Amérique du Nord, le nombre cumulé de journées-skieur a chuté de 14,9 %, tandis que le chiffre d'affaires total des remontées mécaniques a reculé de 5,6 %. La douceur des températures et le manque d'enneigement ont également pesé sur les autres sources de revenus. 

Les recettes des écoles de ski ont baissé de 12 %, celles de la restauration de 11,7 %, et celles de la vente au détail et de la location de matériel de 6,6 % par rapport à la même période l'an passé. C'est dans les Rocheuses que la fréquentation a subi l'impact le plus sévère, enregistrant une baisse de 25 % tant de la part des hivernants que de la clientèle locale. Ces chiffres vont dans le sens de mes propres observations à Park City, sur pistes comme en dehors. 

Le rapport du troisième trimestre (juin 2026) devrait confirmer ces données et préciser les résultats des ventes de forfaits pour la saison 2026-27 ...

vendredi, avril 24, 2026

La diplomatie selon Trump (Troisième partie)

L'incursion de JD Vance dans le domaine des relations diplomatiques a débuté lorsqu'il a prononcé un discours assez controversé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025, donnant le ton d'un style résolument conflictuel. Lors de cette réunion, il a interpellé ses alliés européens, les accusant d'ignorer la volonté démocratique, d'échouer sur la question de l'immigration et d'étouffer toute voix dissidente. 

Son allocution, qui mettait l'accent sur des perspectives populistes, a été qualifiée de « choc » ; elle a suscité la condamnation des responsables de l'UE tout en s'attirant les éloges des médias russes. Elle l'a clairement positionné comme l'antidote à l'art de la persuasion diplomatique classique. Ce fut la salve d'ouverture d'une série de revers sur la scène internationale qui ont amené l'opinion publique à s'interroger sur sa capacité à communiquer de manière intelligente.

J'ai lu son livre, Hillbilly Elegy, et j'en ai conclu qu'il n'avait rien appris de son enfance et de sa jeunesse difficiles. Envoyé en Hongrie pour soutenir le Premier ministre sortant, Viktor Orbán, il s'est ensuite rendu à Islamabad, où il a échoué à organiser un premier cycle de pourparlers avec les Iraniens. Comme l'a souligné la presse, le vice-président américain a, au cours de ces missions dignes de « Mission : Impossible », « bu jusqu'à la lie le calice empoisonné de la politique étrangère trumpiste ». 

Vance est rentré bredouille de ses deux missions à l'étranger, à la suite de l'échec des pourparlers concernant la guerre en Iran — tenus à Islamabad, au Pakistan, le 12 avril — et de la défaite retentissante du Premier ministre hongrois sortant Viktor Orbán, lors des élections législatives organisées en Hongrie ce même jour. 

Ces deux échecs successifs constituent « des revers majeurs pour le vice-président — largement considéré comme l'héritier présomptif de Trump — qui a été dépêché aux quatre coins du globe la semaine dernière pour entreprendre des missions dont les chances de succès étaient minces », analyse le Financial Times. Ceci d'autant plus que JD Vance, converti au catholicisme, est rentré à Washington juste à temps pour assister au bras de fer entre l'occupant de la Maison-Blanche et le pape Léon. 

Une fois de plus, Vance affiche une allure dure et résolue, mais cela est bien loin des qualités requises pour devenir un négociateur diplomatique efficace. À sa décharge — ainsi qu'à celle de Kushner et de Witkoff —, tous trois pâtissent d'un Département d'État exsangue, après le licenciement de 1 300 fonctionnaires en 2025 visant à réduire la bureaucratie à Washington. 

Les critiques — y compris des membres de l'Association du service extérieur américain — soutiennent que cette réorganisation, qui a frappé des bureaux stratégiques tels que ceux consacrés à la Syrie et aux droits de l'homme, a sapé le moral des troupes, tari l'expertise régionale et réduit l'efficacité de la diplomatie américaine. Pour l'heure, Vance n'a d'autre choix que de continuer à faire le dos rond tout en apprenant sur le tas — s'il entend conserver sa casquette de négociateur !

Le monde compte 399 million de journées-skieur !

Le nombre de journées-skieur à l'échelle mondiale a atteint un record de 399 millions au cours de la saison 2024-2025, dépassant le précédent sommet de 392 millions établi en 2018-2019, selon la 18e édition du *Rapport international sur le tourisme de neige et de montagne*, compilé par Laurent Vanat. Ce rapport couvre 68 pays et recense quelque 5 800 « domaines skiables extérieurs équipés et enneigés », dont 2 000 sont considérés stations de ski à part entière. 

Le cap des 399 millions représente une augmentation de 7,8 % des visites en glissement annuel et marque le total de fréquentation le plus élevé du XXIe siècle. Le rapport indique qu'après une chute de près de 50 % du nombre de journées-skieur à l'échelle mondiale lors de la saison « Covid 19 » en 2020-2021, le secteur a retrouvé son élan ; la plupart des marchés atteignent désormais, voire dépassent, leurs moyennes d'avant la pandémie. 

La fréquentation a progressé dans toutes les grandes régions, de 2023-2024 à 2024-2025, de nombreux pays — dont les États-Unis, l'Italie et la Russie — dépassant leurs moyennes précédent la crise sanitaire. Seuls le Japon et l'Allemagne n'auraient pas encore retrouvé leurs niveaux de fréquentation précédent la crise sanitaire. En termes de taille, les très grands domaines skiables (dont le rapport en recense 53) ont généré 22 % du total des visites en 2024-2025, tandis que les grands domaines (687) en ont enregistré 53 %. Les 4 099 petites stations restantes dans le monde ont totalisé 17 % des visites, tandis que les domaines de taille moyenne (961) en ont capté 8 %. 

Le modèle des forfaits saison (tels que les offres Epic ou Ikon) continue de façonner la demande, bien que le rapport suggère qu'il pourrait approcher d'un point d'inflexion aux États-Unis. Parallèlement, à l'échelle mondiale, la hausse des prix des forfaits vendus aux guichets pourrait dépasser celle du revenu par journée-skieur, exerçant ainsi une pression sur le rendement. Fait notable, la saison 2024-2025 a confirmé une tendance croissante du découplage entre fréquentation et enneigement naturel. 

Malgré un enneigement inférieur à la moyenne cette saison, certaines régions d'Europe et d'Amérique du Nord ont vus leur fréquentation se maintenir ou progresser, soutenue par la neige artificielle, l'efficacité des opérations et une forte demande. Sur les quelque 150 millions de skieurs recensés dans le monde, 33 % provenaient d'Asie et du Pacifique, 20 % des Amériques, 20 % d'Europe occidentale, 14 % des pays alpins (Autriche, France, Italie, Liechtenstein, Slovénie et Suisse), 11 % d'Europe de l'Est et d'Asie centrale, et 2 % du Moyen-Orient et d'Afrique. 

Assez de statistiques sur le ski pour aujourd'hui !

jeudi, avril 23, 2026

La diplomatie selon Trump (Deuxième partie)

En tant que membres de la famille et de l'entourage de Trump, il n'a pas fallu grand-chose pour transformer Jared Kushner et Steve Witkoff — deux promoteurs immobiliers — en négociateurs de stature internationale. 

Aujourd'hui, la capacité de ce duo à mener des négociations diplomatiques fait l'objet d'un débat intense, qui divise largement l'opinion entre les trumpistes — qui les considèrent comme de grands « négociateurs » — et les critiques, qui les trouvent hyper légers en matière de savoir-faire ainsi que d'avoir échoué sur d'importantes initiatives. 

Commençons par Jared Kushner : sa mission, au sein de la première administration Trump (2017-2021), consistait à élaborer les Accords d'Abraham, destinés à normaliser les relations entre Israël et plusieurs nations arabes. Au cours du second mandat (depuis 2025), il a travaillé sur les dossiers de Gaza, de la Russie et de l'Ukraine, ainsi que sur l'Iran ; il a par ailleurs été nommé Envoyé Spécial pour la paix à l'époque où Trump courrait après le prix Nobel. 

Il ne me semble pas avoir inventé la poudre. L'un des atouts majeurs de Kushner réside dans sa façon de faire deux choses à la fois : il aime gérer ses affaires immobilières tout en menant, parallèlement, des négociations diplomatiques pour le compte de son beau-père. Bien entendu, les partisans du mouvement MAGA le considèrent comme un « négociateur de classe internationale » doté d'une compréhension approfondie des questions politiques au Moyen-Orient. 

Des critiques plus avisés soutiennent toutefois que ses efforts diplomatiques — notamment en ce qui concerne l'Iran — ont été bâclés en raison d'un manque de compétence technique, ce qui a eu pour effet d'envenimer les conflits plutôt que de favoriser la paix ; de plus, ces initiatives auraient été entachées par ses vastes projets commerciaux avec les États du golfe Persique, auprès desquels sa société, Affinity Partners, a obtenu des financements. Voilà ce que l'on appelle des conflits d'intérêts en bonne et due forme !

Quant à Steve Witkoff, c'est avant tout un promoteur immobilier new-yorkais qui ne possédait aucune formation en politique étrangère ou en diplomatie avant 2025, date à laquelle il a été nommé Envoyé Spécial pour le Moyen-Orient et pour les missions de paix. Il a été chargé de jouer les médiateurs dans la guerre à Gaza, le conflit russo-ukrainien ainsi que dans les négociations avec l'Iran. Rubio — le fidèle toutou de Trump — lui attribue l’emploi de méthodes novatrices (?) pour faire progresser les intérêts des États-Unis. 

Il est décrit comme un négociateur « coriace » qui s'attache à comprendre les attentes de la partie adverse — une approche héritée de sa carrière dans l’immobilier — ce qui signifie, pour lui, que la diplomatie ne diffère en rien de la vente de maisons, d'appartements ou d’autre biens immobiliers. C’est précisément ce qui amène les critiques lucides à soutenir que Witkoff a confondu diplomatie et transaction immobilière, citant sa gestion « amateur » de dossiers complexes et techniques, tels que l’enrichissement nucléaire. 

On lui reproche d’avoir adopté des positions pro-russes lors des négociations, de n’avoir pas saisi les subtilités du protocole diplomatique et d’être perçu — tout comme Kushner — par certains comme un « agent d’influence israélien » poussant les États-Unis vers la guerre et soutenant Israël sans condition, plutôt que d’agir en tant que partie neutre. 

Ce duo plutôt incompétent incarne ce qu’on peu qualifier de « diplomatie transactionnelle », privilégiant les relations personnelles et leur « instinct » aux méthodes de négociation traditionnelles, bureaucratiques et pilotées par le Département d’État. Les partisans de Trump voient leur force dans la relation directe et privilégiée qu’ils entretiennent avec le Président, laquelle leur permet d’agir avec une autorité et une rapidité inaccessibles aux diplomates de carrière. 

Toutefois, s’ils ont contribué à l’obtention d’un cessez-le-feu et d’un échange d’otages à Gaza en 2025, leurs négociations sur des dossiers plus vastes — notamment avec l’Iran — ont été associées à une escalade de la violence régionale. Dans un prochain article, nous verrons si JD Vance s’avère un peu plus moins mauvais pour mener ce type de négociations diplomatiques…

mercredi, avril 22, 2026

La diplomatie selon Trump (Première partie)

Avant d'aborder la stratégie — ou son absence — qui est derrière les « marchés » que veut conclure Trump par le biais de négociations de haut niveau au niveau international, passons en revue les qualités requises pour bien négocier diplomatiquement. Cela implique une combinaison d'intelligence stratégique, d'empathie profonde et de résilience émotionnelle, afin de préserver de complexes relations et de sérieux enjeux, plutôt que de simples transactions commerciales. 

Voici donc quelques règles issues du bon sens. 

• Compréhension culturelle et empathie : Un bon diplomate doit comprendre les motivations, le contexte historique et les pressions internes qui animent la partie adverse. Cette empathie permet d'anticiper les arguments et de créer des solutions « gagnant-gagnant » qui permettent à toutes les parties de sauver la face. 

• Préparation et analyse rigoureuses : Les meilleurs négociateurs sont mieux préparés que leurs adversaires ; ils connaissent parfaitement les intérêts de leur propre pays et analysent toutes les données disponibles. 

• Patience et tempérament stratégique : La diplomatie exige la « patience d'un horloger » et j’en sais quelque chose moi qui ai fait l’école d’horlogerie de Cluses ! Cela requiert un tempérament calme et la faculté de bien se servir du silence, du « timing » et de pauses calculées pour faire avancer les objectifs sans paraître impulsif. 

• Écoute active : Les bons diplomates écoutent plus qu'ils ne parlent. L'écoute est un outil puissant pour déceler les motivations cachées, capter les signaux non verbaux et instaurer la confiance, plutôt que d’attendre son tour pour prendre la parole. • Intégrité et fiabilité : Pour bâtir des relations durables, un négociateur fait preuve d'honnêteté et d'équité, afin qu'on puisse lui faire une confiance absolue. 

• Flexibilité et créativité : Les négociateurs doivent pouvoir faire des compromis sans sacrifier les intérêts essentiels, en ouvrant des voies créatives et « hors des sentiers battus » pour briser les impasses. 

• Maîtrise de la communication : Cela n’implique pas que la maîtrise des langues, mais surtout le don d'utiliser un langage précis et mesuré pour être ferme sans offenser, ainsi que de savoir saisir subtilités et nuances. 

• Endurance et courage : Souvent, les négociations diplomatiques représentent des sessions de 12 à 16 heures sous haute pression, exigeant une résilience tant mentale que physique. 

En conclusion, la diplomatie de haut niveau est une relation à long terme, pas une transaction ponctuelle et isolée. Elle exige beaucoup de patience et un travail acharné ; elle ne saurait être déléguée à des individus inexpérimentés, aussi « intelligents » soient-ils. 

Idéalement, les négociateurs diplomatiques devraient puiser leurs compétences et leur expérience au sein du ministère des affaires étrangères, afin de maîtriser la complexité des relations internationales, la connaissance institutionnelle, et de bénéficier d'une confiance établie dans le temps auprès de leurs homologues étrangers. 

Malheureusement — et trop souvent —, les équipes de négociation se composent d'un mélange de professionnels de carrière et d’homme politiques, dépourvus de ce bagage essentiel. L’idée est de garantir que l'issue des négociations serve les intérêts nationaux et s'inscrive dans la durée, bien après que la question immédiate a été résolue. 

Demain, nous verrons si Trump est capable de telles missions et si les personnes qu’il charge d'accomplir ce travail en sont capables. Nous commencerons par évaluer les performances de Kushner et Witkoff par rapport aux critères que nous venons de passer en revue …

mardi, avril 21, 2026

Park City et l'autoroute 80

Quand nous nous sommes installés à Park City, pendant quatre ans, j’ai fait le trajet quotidien sur I-80 (Interstate 80) jusqu'à Salt Lake City. Je n'avais emprunté l'unique route à 2 voies précédente — la Route 40 — qu'une seule fois, en 1971 ; mais je dormais dans le bus à l'époque et n'en avais gardé aucun souvenir. 

Plus tard, en 1980, je suis retourné à Park City via l'I-80, sans toutefois savoir comment cet impressionnant tronçon d'autoroute avait vu le jour. Je sais désormais que l'I-80 a été achevée autour l'aéroport de Salt Lake City le 22 août 1986, tandis que mon trajet quotidien — entre Salt Lake City et Kimball Junction (Park City) — avait été fini en 1973. 

À cette date, les 4 675 km d'autoroute (entre San Francisco et le New Jersey) devenait la plus longue autoroute du monde. La transformation de l'ancienne US-40 à deux voies en I-80 — qui compte majoritairement six voies — a constitué l'un des exploits d'ingénierie les plus ardus de l'histoire routière de l'Utah, en raison des parois étroites et abruptes du canyon de Parley. La chronologie de l'achèvement qui suit témoigne de l'ampleur des travaux requis, lesquels se sont échelonnés de 1962 à 1973. 

  • 1850 : Parley P. Pratt achève la route à péage du Golden Pass, marquant la première occasion pour les chariots de contourner le canyon d'Emigration, dont la pente était bien plus raide. 
  • Fin des années 1950 : Suite à l'adoption du Federal-Aid Highway Act de 1956, les plans visant à transformer l'US-40 en une autoroute à accès contrôlé sont mis en chantier. 
  • 1962 : Le tronçon reliant Wanship à Silver Creek est inauguré, offrant pour la première fois une véritable sensation d'« autoroute » à l'est de Kimball Junction. 
  • 1969–1970 (La Grande Fermeture) : La phase la plus perturbatrice du chantier. Une section de 5,5 miles (environ 8,8 km) du canyon de Parley a été totalement fermée à la circulation pendant neuf mois (du 1er octobre 1969 au 23 juillet 1970). Les automobilistes devaient effectuer un détour par le canyon d'Emigration ou le canyon de Weber pour rejoindre Park City. 
  • 1971 : Les voies en direction de l'ouest de ce tronçon du canyon ont été officiellement ouvertes en juillet, achevant ainsi l'aménagement à quatre voies « séparées » dans la partie inférieure du canyon. 
  • 1973 : Le dernier segment, situé entre le réservoir de Mountain Dell et Kimball Junction, a été achevé, reliant officiellement la vallée de Salt Lake à Park City par une autoroute à chaussées séparées à grande vitesse. 

La construction d'une autoroute moderne à travers un étroit corridor montagneux devait surmonter des obstacles nécessitant une puissante ingénierie, telle qu’un dynamitage massif du rocher. 

Pour loger six voies de circulation dans la partie inférieure du canyon, les ingénieurs durent utiliser des tonnes de dynamite afin de faire sauter les falaises abruptes de quartzite et de calcaire. 

C'est la raison pour laquelle on observe aujourd'hui des parois rocheuses verticales spectaculaires à l'entrée du canyon. Ce qui m'a toujours stupéfié, c'est que l'autoroute a été essentiellement construite au-dessus du ruisseau dans sa section inférieure ; d'énormes buses ont été installées et le cours d'eau a dû être dévié à plusieurs reprises pour faire place à la chaussée. 

La montée abrupte vers le sommet de Parley, une déclivité de 6 % pour passer de 1 400 à une altitude de 2 170 mètres posait un gros problème de sécurité pour les poids lourds. La conception de « rampes de sécurité » pour les camions en détresse, ainsi que de larges courbes fluides, s'est avérée essentielle pour prévenir les accidents qui étaient légion sur l'ancienne route US-40. 

Les travaux de construction menés en 1967 près de l'entrée du canyon avaient nécessité des quantités massives de remblais, qui ont failli ensevelir « Suicide Rock » un lieu emblématique local (lequel se trouve désormais bien plus bas par rapport à l'autoroute qu'il ne l'était à l'origine). Le sommet culminant à plus de 2 100 mètres, les équipes de chantier ne pouvaient travailler efficacement que quelques mois par an. 

De soudaines tempêtes de neige en montagne interrompaient fréquemment les travaux et endommageaient les chaussées fraîchement posées ; mais en fin de compte, ces efforts ont contribué à faire de Park City la station de ski la plus accessible au monde depuis un aéroport international !

lundi, avril 20, 2026

Un virage explosif ?

Imaginez que tu skies très, très vite. Disons, un virage de type slalom géant à grande vitesse : tu es dans la dernière phase de la courbe et ton pied extérieur se libère soudainement du ski. Non, je ne parle pas d'un déclenchement intempestif de ta fixation, mais bien de ta propre chaussure qui explose — ou mieux encore, qui se désintègre. 

Inutile de préciser que c'est le genre d'incident qu'on ne souhaite pas subir en pleine descente ; c'est pourquoi, il y a quelques jours, Head USA a annoncé le rappel volontaire d'environ 1 890 paires de chaussures de ski haut de gamme à travers l'Amérique du Nord. 

Ce rappel fait suite à des indices indiquant que la coque des chaussures peuvent se détériorer spontanément et se casser, transformant potentiellement une belle descente fluide en une chute spectaculaire. 

Le rappel concerne spécifiquement les matériaux de couleur jaune fluo utilisés dans la fabrication de la coque des chaussures. Selon la marque, ces composants peuvent devenir cassants et se fissurer, compromettant ainsi l'intégrité structurelle de la chaussure. 

Si l'idée de voir sa chaussure se désintégrer en plein virage a de quoi inquiéter n'importe quel skieur, la Commission américaine de sécurité des produits de consommation (CPSC) a confirmé qu'aucun blessé n'avait encore été signalé à ce jour. 

Au cours de mes années passées dans le secteur de la chaussure de ski, nous avions quelques demandes de remplacement de garantie pour nos chaussures cassées, mais d'après mes souvenirs, la rupture survenait généralement durant la période de stockage. 

Head agit de manière proactive pour retirer les modèles encore utilisés et alerter les propriétaires avant que cette « détérioration » ne conduise à un accident à ski. Étant donné que ces chaussures sont sur le marché depuis plus d'une décennie (commercialisées entre fin 2015 et début 2026), de nombreux skieurs pourraient encore les utiliser. 

Si tu habites en Amérique du Nord, n'hésite pas à vérifier si tu as des chaussures Head correspondantes au signalement ! 

dimanche, avril 19, 2026

Quand ce qui paraît facile est si difficile !

Récemment, j'ai vu avec un immense plaisir l’interview des vainqueurs de la Coupe du monde de ski alpin de cette année : Mikaela Shiffrin et Marco Odermatt. Cet entretien, conçu comme un podcast, était mené par Nick Fellows, l'intervieweur officiel de la FIS (voir vidéo en anglais ci-dessous) . C’est là que Mikaela a confié que, lorsque les gens la regardaient skier, ils avaient l'impression qu’elle skiait facilement et sans effort, quand il s'agissait en fait d'un travail acharné, une vérité que personne ne voyait. Je ne peux qu'être d'accord. 

Ce qu'elle voulait dire relève de ces vérités d'une simplicité trompeuse, qui n'ont de sens que pour ceux qui vivent leur savoir-faire intérieurement assez longtemps pour apprécier le fossé qui existe entre l'apparence de la maîtrise et le prix à payer pour l'atteindre. Étant moi-même profondément immergé dans le monde du ski, son commentaire me touche assez profondément. Voici ce que j'ajouterais, non pas pour la contredire, mais pour ajouter à son idée et brosser un tableau plus complet et plus honnête de la performance de haut niveau. 

Lorsque le ski semble « facile », c'est parce que le skieur a consacré des milliers d'heures à éliminer les frictions, les « bruits » parasites, les hésitations et les micro-erreurs. Par conséquent, quand nous observons le skieur, nous ne percevons que fluidité, équilibre, évidence et grâce. Mais ce qui nous échappe, ce sont les milliers de corrections invisibles effectuées chaque secondes, un système nerveux entraîné à anticiper le chaos, un corps qui a essuyé toutes sortes d'échecs et un esprit qui a appris à rester calme sous la pression. 

En réalité, l'absence d'effort n'est pas l'absence de travail, mais plutôt son intégration totale. De fait, quel que soit le domaine où nous excellons, plus nous progressons, plus les rouages ​​internes de notre travail deviennent invisibles. C'est là tout le paradoxe de la maîtrise : le débutant laisse transparaître son effort, l'expert le dissimule, et le maître l'efface purement et simplement. 

Dans le cas présent, Shiffrin et Odermatt skient d'une manière qui apaise notre cerveau quand nous les observons ; pourtant, au plus profond d’eux-mêmes, le travail est colossal : un contrôle de carres d'une précision infinitésimale, des appuis qu’il faut réajuster à chaque fraction de seconde, et une re-calibration constante de la trajectoire, du timing et du ressenti sur neige. Nous ne voyons que ce qui se passe en surface, mais Marco et Mikaela, eux, vivent les turbulences qui agissent en profondeur. 

C'est précisément à ce moment-là que nous nous disons tous : « Elle est douée. Il est doué. Ça doit être facile pour eux. » Certes, le talent est bien réel, mais il n’est que l’étincelle ; ce que nous ne voyons pas, c’est le travail acharné, fastidieux, répétitif et solitaire qui transforme ce talent en force inéluctable. La maîtrise exige un rapport à l’inconfort que très peu de gens parviennent à développer et à maintenir. C’est là le point que Mikaela n’a pas exprimé à haute voix, mais c’est la pure vérité : la plupart d’entre nous refusent de prendre conscience de la difficulté du travail, car nous ne voulons pas endurer un tel niveau d’inconfort. 

Enfin, la maîtrise est une voie solitaire, et c’est précisément l’aspect dont on parle rarement. Plus l’ascension est élevée, peu sont ceux capables de comprendre véritablement ce qui est accompli ; ainsi, lorsque Mikaela affirme que les gens ne réalisent pas à quel point c’est difficile, elle ajoute : « La plupart des gens ne peuvent pas imaginer le monde dans lequel je vis. » Elle a bien raison. 

samedi, avril 18, 2026

Donald Trump, cet imparfait

Comme tout un chacun, Trump n'est pas parfait. Pour commencer sur une note positive, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir transformé le temps — qui filait si vite avant qu'il ne soit notre dictateur — pour le faire littéralement s'immobiliser presque éternellement. 

Du côté négatif, Trump collectionne d’horribles traits de caractère que nous abordons maintenant. D’abord, c’est un grand impatient et je soupçonne qu'il manifeste des comportements liés au TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) chez l'adulte, incluant l'inattention, l'impulsivité et l'hyperactivité. Ses détracteurs citent ses interruptions fréquentes et sa faible capacité de concentration qu’une observation attentive du sujet semble confirmer. 

ll est clair que l'impatience n'est pas un trait souhaitable chez un chef d'État, car cela conduit souvent à des décisions hâtives, à un jugement erroné et à la détérioration des relations diplomatiques ou politiques, plutôt qu'à l'élaboration d'une stratégie réfléchie et à long terme. 

Si l’impatience peut parfois créer une urgence, elle provoque souvent des prises de risque excessives, des échecs stratégiques et un niveau de stress élevé au sein de l’administration, de la Nation et aujourd’hui du monde entier. 

Bien entendu, j'ai constaté, au fil de ses deux mandats, que son impatience pourrait n'être que la pointe de l'iceberg si l'on retournait le « glaçon Donald » sur lui-même. 

Au repos, son iceberg révèle un narcissisme et un égoïsme extrêmes. « Moi, moi, moi » : tel est son mantra. Bien qu’elle puisse être assimilée à son impatience, son impulsivité et un comportement erratique s'ensuivent, car il est incapable de maintenir sa concentration ou de suivre les protocoles établis, ce qui l'amène à opérer des changements politiques abrupts par le biais des réseaux sociaux. 

Bien sûr, en tant que fils de chair de Geppetto — le papa de Pinocchio — ses mensonges, sa malhonnêteté et son manque de véracité, documentés par des milliers de déclarations fausses ou trompeuses, enfoncent le clou de son manque de crédibilité. Viennent ensuite l'intimidation et l'attitude agressive, qu'il a sans doute apprises auprès de son père biologique et de la mafia new-yorkaise. 

Pour conclure, il se montre également vindicatif et animé par une volonté inlassable d'obtenir réparation contre ceux qu'il perçoit comme déloyaux ou hostiles. Tout cela lui vaut de remporter le « Prix de la Malveillance Satanique » — à défaut de figurer sur la liste des nommés pour le prix Nobel de la paix ! 

vendredi, avril 17, 2026

Ski de compétition et chanson …

Il y a des choses que j'aurais dû savoir il y a plus de soixante ans, mais il n'est jamais trop tard pour les connaître, pourvu que cela arrive avant de mourir. Il y a quelques jours, une très vieille chanson française m'est revenue en tête, et je me suis demandé si je pourrais la retrouver quelque part. Après quelques recherches infructueuses, j'ai sollicité l’aide de bons amis restés en France ; l'un d'eux m'a orienté directement vers la chanson en question, précisément sur YouTube. 

Par la même occasion — et à ma totale surprise —, j'ai découvert que Guy Périllat — célèbre membre de l'équipe de France de ski dans les années 60, médaillé de bronze aux Jeux olympiques de 1960, vainqueur de la plupart des descentes classiques en 1961, champion du monde de slalom géant en 1966 et médaillé d'argent derrière Killy aux Jeux de 1968 — avait enregistré quelques chansons, surfant sur la vague de ses succès sportifs et de sa notoriété nationale. 

Juste après sa médaille aux Jeux de Squaw Valley en 1960 et son exceptionnelle saison 1960-1961, Périllat s’était laissé tenter par une carrière de chanteur. Ce fut une brève incursion dans le monde de la musique pop, marquée par l'enregistrement d'un EP en 1961 chez Polydor ; on y trouvait notamment le titre « L'amour me brûle », dont le texte avait été écrit par Ralph Bernet (l'un des paroliers de Johnny Hallyday) et la musique composée par Danyel Gérard, un autre chanteur français. Cette chanson était tout à fait emblématique du début des années 60 (dans le style « crooner »). 

À l'époque, la « Périllat-mania » battait son plein en France, au point que les maisons de disques cherchèrent à capitaliser sur son image de « gendre idéal » et de héros national. Si sa carrière sur les pistes fut légendaire, sa carrière de chanteur ne resta qu'une simple curiosité qui s'est évanouie assez rapidement. 

Ce disque se trouve encore aujourd'hui chez les collectionneurs de vinyles ; il est souvent recherché davantage pour la photo du champion figurant sur la pochette que pour ses qualités musicales. S'il s'était consacré un peu plus au ski au lieu de se laisser distraire par cette escapade dans le show-business, il aurait peut-être battu Killy ! 

jeudi, avril 16, 2026

Envie ou Jalousie ? (Troisième partie)

Souvent, la jalousie est confondue avec l'envie. J'aime appeler ces deux émotions des « cousines », car elles sont étroitement liées ; toutes deux découlent, en effet, d'un sentiment de malaise et d'insécurité. Pourtant, elles sont distinctes : l'envie implique de désirer ce qu’un autre possède, tandis que la jalousie implique la peur de perdre, au profit d'autrui, ce que nous possédons déjà. 

En fait, l'envie est la douleur ressentie lorsqu'une autre personne possède quelque chose que nous désirons. Par exemple, j'ai éprouvé de l'envie pendant cet hiver en voyant toute la belle neige dont mes amis profitaient dans les Alpes, alors que nous subissions une terrible sécheresse dans les Rocheuses nord-américaines. L'envie relève du désir et de la comparaison, pas de la perte. Elle peut porter sur le talent, la beauté, la liberté, les relations, le mode de vie, les opportunités et, bien sûr, un ski de rêve ! 

L'envie est fondamentalement une relation de personne à personne : nous désirons quelque chose que quelqu'un possède. En revanche, comme nous l'avons déjà évoqué, la jalousie est la peur de perdre, au profit de quelqu'un d'autre, une chose que nous possédons déjà. La jalousie relève de la menace, et non du désir. L'envie se traduit par « Je veux ce que tu as », tandis que la jalousie se traduit par « Je crains de perdre ce que j'ai ».

Cette distinction est ancienne ; elle se retrouve à travers les cultures, les langues, et évoque ce moteur caché qui anime le consumérisme. En tant que sentiment, l'envie attire notre attention vers l'autre personne ; elle suscite le désir, la comparaison et l'auto-évaluation, et peut soit motiver notre développement personnel, soit déclencher un sentiment de honte. 

La jalousie, quant à elle, attire notre attention vers une forme de menace, générant vigilance, instinct de protection et insécurité ; elle peut également renforcer les liens ou créer des conflits. Ces deux sentiments activent des tensions psychologiques différentes. L'envie est synonyme d'aspiration et de comparaison, tandis que la jalousie est liée aux attachements et à la menace qui pèse sur eux. 

Si vous éprouvez de l'envie, la question qui se pose devient la suivante : « Quel désir, en moi, vient d'être éveillé ? » Tout comme la jalousie, l'envie devient alors une carte pour nous guider, mais pas un sujet de jugement moral. Bien que ces deux sentiments puissent se révéler constructifs s'ils sont bien gérés, l'envie et la jalousie ne sont pas identiques ; c'est pourquoi l'envie est plus susceptible d'être perçue négativement par rapport à la jalousie. 

Toutes deux agissent comme des signaux importants révélant des désirs inassouvis, plutôt que comme des failles morales intrinsèques ; toutefois, l'envie est plus fréquemment associée à des comportements indésirables, négatifs et destructeurs. J'espère que mon explication ne vous a pas rendu envieux en vous coupant toute envie d’être jaloux !

mercredi, avril 15, 2026

Hé, je suis jaloux ! (Deuxième partie)

Après avoir défini ce qu'est la jalousie, nous pourrions nous demander d'où elle vient. La première question qui saute à l'esprit est de savoir si le sentiment de jalousie est inné ? La réponse semble être OUI, et ce, de manière profonde. À travers les cultures, les âges et même les espèces, la jalousie se manifeste selon des schémas prévisibles. L'un d'eux est d'ordre évolutif : elle nous sert à protéger la cellule familiale traditionnelle et à garantir l'investissement parental, tout en maintenant notre rang social, en prévenant toute perte de ressources. 

Il ne s'agit pas d'une défaillance morale, mais d'un système d'alarme ancestral qui peut, dans le contexte de la vie et de la culture modernes, se déclencher par erreur. Par ailleurs, la jalousie n'est pas égale par tout le monde ; certains d'entre nous l’éprouvent plus fortement que d'autres. C'est là que le sujet devient intéressant. J'ai découvert que la jalousie ne se résume pas à la situation elle-même, mais qu'elle dépend de notre mode de pensée et de la manière dont nos émotions nous affectent.

Certaines dispositions personnelles — notamment notre style d'attachement — peuvent amplifier la jalousie. Par exemple, si c’est l’anxiété qui nous attache, nous ressentons la jalousie avec une intensité maximale. Si l'attachement nous affecte moins, le sentiment est refoulé, mais demeure bel et bien présent. À l'inverse, si notre attachement n’est pas névrosé, nous ressentons de la jalousie, mais celle-ci ne nous submerge pas. La stabilité de notre estime de soi influe également sur nos sentiments. 

Quand j'étais jeune, mon estime de moi était fragile, ce qui a provoqué chez moi d'innombrables accès de jalousie. Avec l’âge et quand le succès est arrivé, j’ai gagné beaucoup plus d'assurance, ce sentiment s’est alors estompé. Il est évident que si notre identité est étroitement liée à une relation, à un rôle social ou professionnel, à un savoir-faire particulier ou à une profession spécifique, toute menace pesant sur ces domaines est susceptible de déclencher la jalousie. 

Certains d'entre nous sont programmés pour être influencés par des questions de hiérarchie et d'appartenance avec une intensité supérieure à la moyenne ; ceux-ci ressentent les moindres variations d'attention ou de statut comme on sentirait un courant d'air dans une pièce. Enfin, notre cerveau apprend en permanence et identifie des schémas récurrents ; ainsi, nos expériences passées de perte ou de trahison lui enseignent que la jalousie peut servir de garde-fou pour garantir que ces situations ne se reproduisent plus jamais. 

J'ajouterais que si nous avons connu la pauvreté à un moment donné de notre existence — comme ce fut mon cas —, nous avons développé un sentiment de pénurie. Ainsi, si nous considérons que l'amour est rare, que les opportunités sont rares et que l'attention est rare. La jalousie devient une réaction par défaut. Pour conclure, je propose une meilleure façon d'envisager la jalousie. Ne la traitons pas comme un problème, mais comme une donnée. 

La jalousie répond toujours à l'une de ces questions : 

  • Qu'ai-je peur de perdre ? 
  • Quelle part de mon identité se sent menacée ? 
  • Quelle richesse rare suis-je en train de percevoir ? 
  • Quelle histoire suis-je en train de me raconter sur ce que je vaut ? 
  • Quelle ancienne blessure passée est réactivée ? 

Si nous arrivons à nous entraîner au décodage de ces différents signaux, la jalousie que nous ressentons devient une carte plutôt qu'un piège. Demain, nous parlerons de l'envie, cette cousine bien spéciale de la jalousie...

mardi, avril 14, 2026

Hé, je suis jaloux ! (Première partie)

Souvent, je me demande ce qui déclenche le sentiment de jalousie. Est-ce inné ? Et quelles dispositions le rendent-elles plus intense chez certains individus ? D'après ce que j'ai ressenti et observé, je dirais que la jalousie ne pointe pas son nez au hasard et ce n'est pas non plus un défaut. C'est l'un des systèmes émotionnels les plus anciens développés au cours de notre évolution, un signal qui nous incite à protéger ce que nous considérons comme essentiel : nos relations, notre statut, notre sentiment d'appartenance, notre identité et notre sécurité.

J'ai éprouvé suffisamment de jalousie au cours de ma vie pour bien connaître ce monstre insidieux, qui surgissait chaque fois que je ne me sentais pas suffisamment sûr de moi. En étudiant un peu ce sentiment, on peut comprendre ce que la jalousie cherche à protéger, elle devient alors beaucoup moins mystérieuse. J'ai pris le temps d'examiner cette émotion compliquée, et j'ai découvert qu'il existe des situations humaines qui la déclenchent à coup sûr. 

Presque tous les cas de figure entrent dans l'une des catégories suivantes. D'abord, la menace pesant sur une importante relation, qu'elle soit amoureuse, familiale ou amicale. Par exemple, lorsqu'une autre personne accapare l'attention alors que nous pensons qu'elle devrait nous revenir, lorsque notre partenaire semble attiré par quelqu'un d'autre, ou lorsqu'un ami s'investit davantage auprès d'un autre. Ce sont là des cas classiques ; la jalousie que nous ressentons agit alors tel un chien de garde, veillant sur ce qui nous est rattaché. 

Ensuite, il existe une forme de jalousie que nous admettons rarement : la menace pesant sur notre statut ou notre identité. Dans ce cas de figure, un collègue reçoit des éloges pour un travail dans lequel nous excellons habituellement, ou une nouvelle personne intègre notre cercle social en faisant valoir une compétence pour laquelle nous sommes nous-mêmes reconnus. Autre exemple : un collègue qui réussit dans un domaine étroitement lié à notre spécialité. 

Dans toutes ces situations, notre jalousie agit pour protéger l’identité singulière ou la supériorité qui nous est propre. Une autre catégorie concerne les menaces pesant sur nos ressources, qu'elles soient émotionnelles, sociales ou matérielles. Par exemple,quand quelqu’un décroche le poste que nous espérions, lorsqu'un frère ou une sœur reçoit une plus grande part d'héritage, ou lorsqu'un collègue bénéficie d'un accès privilégié auprès du grand patron. 

Enfin, il y a la menace pesant sur notre sentiment d'appartenance. Nous sommes des animaux sociaux, et nous ne supportons pas d'être exclus du groupe. Ainsi, nous éprouvons de la jalousie lorsque nous sommes tenus à l'écart de projets ou d'une équipe, lorsque nous ne sommes pas invités à une fête, lorsque nous voyons d'autres personnes tisser des liens sans nous, ou encore lorsque nous avons le sentiment d'être remplacés au sein d'un groupe de travail. Cela nous signale que nous sommes socialement marginalisés. 

Voilà qui pose les bases des causes de la jalousie ; dans le prochain article, nous verrons comment celle-ci s'insinue en nous.

lundi, avril 13, 2026

Théocratie et armes nucléaires (Troisième partie)

Tout comme je perçois la religion, je considère personnellement la théocratie comme profondément irrationnelle, et cela m'inquiète lorsqu'un tel régime se retrouve armé de l'arme nucléaire. Puisqu'une théocratie repose sur des croyances « irrationnelles », elle devient le sujet d'intenses débats philosophiques et politiques. 

Or, d'aucuns voient dans la foi religieuse une forme de connaissance légitime. Sur la base d'analyses issues de la philosophie politique et d'exemples historiques, la théocratie est généralement considérée comme bâtie sur des fondements métaphysiques, plutôt que empiriques ou rationnels. 

Pour certains, la croyance mystique n'est pas irrationnelle, mais plutôt « non rationnelle » ou « instinctive », car elle opère en dehors du champ de la logique empirique et de la vérification scientifique ; elle est souvent perçue comme une réalité expérientielle, interne ou subjective, plutôt que comme une contradiction directe à la réalité objective. 

Parlons de sémantique et du serpent qui se mord la queue ! On prétend qu'il s'agit d'une expérience instinctive, c'est-à-dire d'une chose qui ne saurait être validée ou réfutée par des preuves logiques. Je ne suis absolument pas convaincu par cet argument — et je ne suis pas le seul —, car de nombreux critiques soutiennent que la religion organisée instrumentalise les croyances mystiques pour asseoir un contrôle social, maintenir une hiérarchie et imposer la conformité. 

Les doctrines religieuses sont conçues pour préserver la solidarité sociale ou conforter le pouvoir des élites, plutôt que pour refléter une vérité objective. De surcroît, les croyances religieuses sont inculquées dès le plus jeune âge, avant même que l'esprit critique ne soit pleinement développé, créant ainsi un « angle mort » dans le processus de pensée de l'individu. 

Il existe également un autre « outil » : celui de la peur (celle de l'enfer, notamment) et le réconfort qu'elle procure — bien plus que les preuves tangibles —, faisant de la religion une « imposture » destinée à maintenir les fidèles sur le « droit chemin ». Enfin, la religion sert souvent à combler les lacunes de la connaissance en invoquant « Dieu » dès lors que la science ne dispose pas de réponse immédiate ; une approche illogique pour appréhender la réalité. 

Tandis que les critiques dénoncent comme hypocrites le fait qu'Israël ne soit pas signataire du TNP, qu'il détient l'arme nucléaire et qu'il formule des exigences à l'égard de l'Iran, ses défenseurs rétorquent que la sécurité d'Israël est menacée par une nation ayant appelé à sa destruction, faisant de cette question une affaire de survie plutôt qu'une simple hypocrisie juridique. 

Pourtant, la sinistre réputation d'Israël a été « acquise » au fil de près de huit décennies de mauvais traitements infligés au peuple palestinien. Je conclurai en disant que de voir des individus comme Bibi et l'Ayatollah armés de l'arme nucléaire ne me procure aucune tranquillité d'esprit. Je sais aussi que ce n'est guère mieux que les deux impies que sont Trump et Poutine !

dimanche, avril 12, 2026

Théocratie et armes nucléaires (Deuxième partie)

La question de savoir si une théocratie — ou une pseudo-théocratie — devrait avoir accès aux armes nucléaires fait l'objet d'un débat intense parmi les experts en sécurité internationale, les théologiens et les politologues. 

Le consensus au sein de la plupart des instances internationales et des États démocratiques est que la prolifération nucléaire, sous tout régime non démocratique ou fortement idéologique, présente des risques considérables ; certains soutiennent toutefois que la nature spécifique d'une théocratie soulève des défis singuliers. 

La politique d'« opacité nucléaire » (Amimut) d'Israël est généralement tolérée en raison de son alliance stratégique avec l'Occident, de sa non-adhésion au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et de sa perception en tant qu'acteur responsable et non agressif — à l'exception, bien entendu, de son actuel dirigeant déjanté, Bibi Netanyahu. 

À l'inverse, l'Iran se voit refuser l'accès aux armes nucléaires car, en tant que signataire du TNP, il est accusé de violer ses engagements, suscitant ainsi des contraintes internationales et des craintes quant à une prolifération régionale des armements.

Ainsi, lorsque l'on compare l'Iran à Israël, on constate que le premier a eu le tort de signer le TNP, tandis qu'Israël qui a hypocritement refusé de le faire, a accumulé un arsenal nucléaire et continue de jouir d'une image irréprochable aux yeux de la communauté judéo-chrétienne, laquelle feint d'ignorer son statut nucléaire. Il y a manifestement quelque chose qui cloche dans ce tableau ! 

Demain, nous approfondirons la question du prétexte religieux et de son interprétation abusive lorsque les circonstances l'exigent …

samedi, avril 11, 2026

Théocratie et armes nucléaires (Première partie)

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran soulève la question de savoir si une théocratie devrait avoir accès aux armes nucléaires. À mon sens, ce n'est pas une bonne idée. Il s'agit, bien entendu, d'un sujet de débat intense parmi les experts en sécurité internationale, les théologiens et les politologues. Mais avant même d'aborder ce débat, Israël et l'Iran ne sont-ils pas tous deux de véritables « théocraties » ? 

Comme l'Iran est un pays musulman jugé par des cultures judéo-chrétiennes, tout le monde en Occident semble d’accord de dire que c’est une théocratie. Depuis la révolution de 1979, le pays fonctionne comme une « République islamique » régie par une doctrine connue sous le nom de *Vilayat-e faqih* (la « Tutelle du juriste »), qui confie l'autorité politique et juridique suprême aux mains d'un haut dignitaire religieux chiite, le Guide suprême. 

À l'inverse, la civilisation occidentale détourne le regard, ne percevant Israël que comme une république parlementaire démocratique et non comme une théocratie. Bien qu'il se définisse comme un « État juif et démocratique » et qu'il intègre la loi religieuse (*Halakha*) dans les questions relatives au statut personnel — telles que le mariage et le divorce —, il ne possède pas de chef religieux suprême et est doté d'une Knesset élue démocratiquement. Toutefois, l'influence du Rabbinat orthodoxe sur la législation demeure un sujet de débat. Admettons donc qu’Israël soit juste un peu théocratique. C'est ici que réside le point délicat. 

On estime généralement qu'Israël posséderait environ 100 têtes nucléaires, bien que les estimations varient de 80 à plus de 300. Israël maintient une politique d'ambiguïté nucléaire, ne confirmant ni ne démentant ses capacités en la matière. On pense qu'il a produit suffisamment de plutonium pour fabriquer 100 à 200 armes, pouvant être acheminées par avions, missiles ou sous-marins. 

Dans ce contexte, Israël maintient une politique d'« opacité nucléaire » (ne confirmant ni ne démentant l'existence de son arsenal) principalement afin d'assurer une dissuasion stratégique sans déclencher de course régionale aux armements, sans s'exposer à des sanctions internationales et sans enfreindre les lois américaines sur la non-prolifération. 

Ce « secret de Polichinelle » permet à Israël de dissuader ses adversaires tout en s'affranchissant des obligations politiques inhérentes au statut d'État doté de l'arme nucléaire. Une forme de manœuvre sournoise et malhonnête, à mon avis. Demain, nous poursuivrons en nous penchant tout particulièrement sur l'Iran, sur le rapport entre la religion et les armes de destruction massive, et sur la question de savoir si ces deux pays devraient ou non être empêchés de posséder de telles armes ; restez donc à l'écoute ...

vendredi, avril 10, 2026

Mise à jour sur la saison hivernale

 

Juste quelques observations supplémentaires : 

J’ai traversé trois pénuries de neige au cours de mon existence et de mes 72 saisons de ski : la première en 1963-1964, en France, puis dans l’Ouest américain durant la saison 1976-1977 — alors que je vivais encore à New York — et enfin, lors de cette saison hivernale 2025-2026. 

Quelle conclusion en tirer ? D’une part, un hiver avec peu ou pas de neige est totalement démoralisant. Il suscite des interrogations telles que : « Un hiver normal reviendra-t-il un jour ? » Il jette le doute sur l’avenir du ski et ferme la porte à toute perspective optimiste. Certes, nous ressentons l’exact opposé des habitants de la Nouvelle-Angleterre, de l’Europe ou d’Hokkaidō, qui ont bénéficiés d’un merveilleux enneigement ; mais nous sommes, hélas, bien incapables de partager leur allégresse… 

Bien entendu, au regard de ce qui se joue actuellement à Gaza, en Iran, au Liban, au Soudan et en Ukraine, ces considérations paraissent bien dérisoires … 

Parallèlement, nous savons tous que tout est cyclique — le bon comme le moyen ou le mauvais — et nous tentons de nous rappeler que les situations difficiles vont et viennent, tout comme le bon et le médiocre. Il est donc permis d’espérer que des meilleures périodes finiront par revenir ; toutefois, nous devrons garder à l’esprit que l’excellence, la normalité et la détérioration sont toutes trois indissociables de ce même cycle. 

Enfin, il nous est impossible d’occulter cet élément qui nous ramène brutalement à la réalité — cet « éléphant dans la pièce » que constitue le changement climatique. Cette tendance sournoise, non seulement n’est pas prête de nous quitter, mais risque fort de s’accentuer : elle rendra l’excellence moins probable et la normalité moins satisfaisante, tandis que les années exceptionnelles se feront plus rares et que les circonstances désastreuses tendront à devenir la nouvelle norme. 

jeudi, avril 09, 2026

Les répercussions du changement

Aujourd'hui, inspirés par le livre que nous avons évoqué précédemment, nous allons explorer la manière dont les bouleversements majeurs et inattendus de l'existence peuvent souvent nous transformer, nous amenant à découvrir de nouvelles orientations imprévues, ainsi que des opportunités de croissance intérieure. 

C'est un sujet qui me passionne tout particulièrement, car j'ai une propension naturelle à raisonner en termes de systèmes, de schémas et de trajectoires à long terme. Je ne me contente pas de constater que le changement s’est produit ! Je souhaite comprendre comment ce changement peut me transformer, modifier ma personnalité et mon identité. Je cherche également à déterminer si un changement s'avère bénéfique ou néfaste, et comment nous pouvons l'intégrer harmonieusement de manière cohérente dans nos vies. 

Je suis par ailleurs curieux de savoir quelles compétences peuvent nous rendre plus adaptatifs que simplement réactifs. Ce qui suit constitue un système d'analyse permettant d'aborder ces questions. Il est fondé sur le fait que tout changement, choisi ou imposé, engendre quatre niveaux de répercussions. En analysant chacun d'eux, nous obtenons une vision d'ensemble complète. Tout commence par les répercussions externes. 

  • Qu'est-ce qui a objectivement changé dans notre vie ? Un emploi, un lieu de résidence, une relation, un ensemble de routines ou une série de contraintes. Il s'agit là du niveau le plus évident, mais aussi du moins intéressant. 
  • Viennent ensuite, comme on peut s'y attendre, les répercussions internes. Par exemple, qu'est-ce qui a changé dans notre identité ? Des éléments comme la confiance en soi, la vision du monde, le sentiment d'enrichissement ou la tonalité émotionnelle. C'est à ce stade que nous abordons véritablement le récit d'une vie transformée. 
  • Arrivent ensuite nos explications qui illustrent ce changement. Le percevons-nous comme une perte, une libération, un accident, une fatalité ou simplement comme une leçon ? En tant qu'êtres humains, nous ne vivons pas au cœur des événements eux-mêmes, mais à travers ces histoires qui nous inspirent. 
  • Ce processus s'achève par un quatrième niveau, celui des répercussions en termes de savoir-faire. Quelles nouvelles capacités ont émergé en nous ? Des qualités comme la résilience, la finesse de perception, l'intuition, la faculté d'adaptation ou notre compétence à identifier des schémas qui se répètent. Ce dernier niveau offre la possibilité de laisser s'exprimer nos propres forces, nous qui avons passé nos vies entières à transformer tous ces changements subis en savoir-faire. 

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais ce cadre d'analyse me convient, car il reflète ma façon naturelle de penser. Une pensée structurée par niveaux, analytique, fondée sur l'expérience, porteuse de sens et orientée vers la recherche d'un certain sentiment de maîtrise et de contrôle. Elle permet, en outre, de transformer n'importe quel changement — passé ou futur — en un sujet que nous pouvons examiner, évaluer et dont nous pouvons tout apprendre.

mercredi, avril 08, 2026

Décrocher mon diplôme de moniteur de ski

Il y a un peu plus de cinquante ans, j'obtenais enfin mon diplôme de moniteur de ski français, à l'issue d'un stage de formation de quatre semaines à Chamonix. Entre le diplôme d’auxiliaire et le national j’avais dépensé 2 100 Francs. Aujourd’hui, le coût global est entre 15 000 € et 25 000 € sur l'ensemble du cursus (qui dure en moyenne 4 à 6 ans). 

Depuis, la formation des moniteurs au sein de l'École nationale de ski et d'alpinisme (ENSA) a connu une profonde transformation, passant du statut d'artisanat montagnard traditionnel à celui de profession hautement qualifiée en éducation sportive. D'abord, le bagage scolaire et les exigences ont considérablement évolué. 

Dans les années 1970, la formation était accessible à des candidats ne justifiant que d'un niveau d'instruction primaire. Le diplôme de plus haut niveau était alors une validation de maîtrise technique. Bon nombre de moniteurs étaient des « gens du pays » — agriculteurs, employés de commerce ou artisans durant les mois d'été — pour qui le ski constituait un savoir-faire inné plutôt que le fruit d'une formation encadrée.

Aujourd'hui, bien qu'aucun diplôme universitaire ne soit requis pour s'inscrire, la complexité des examens théoriques (anatomie, physiologie, théorie du ski et aspects juridiques de la profession) exige un niveau de compréhension équivalent, au minimum, à celui du baccalauréat. Le cursus est désormais intégré au système LMD (Licence-Master-Doctorat) en termes de crédits de formation, reflétant ainsi la sophistication croissante de la profession. 

Vient ensuite la maîtrise des langues étrangères. Dans les années 1970, les compétences linguistiques étaient, au mieux, rudimentaires et souvent limitées à quelques phrases clés utilisées pour mener un cours (telles que l’expression comique « Pliez les genoux », « Suivez-moi » ou « Ça fera 50 euros ! »). L'enseignement était essentiellement visuel et reposait sur l'imitation. Aujourd'hui, la connaissance et la maîtrise d'une langue étrangère sont devenues un élément clé de la profession. 

L'examen final (comprenant l'« Eurotest » et un test spécifique de compétence linguistique) exige une vraie maîtrise. Compte tenu de l'internationalisation de la clientèle, le moniteur doit souvent jongler entre l'anglais (qui est obligatoire) et, fréquemment, une seconde langue comme le néerlandais ou le portugais — afin d'expliquer des concepts techniques complexes et d'assurer la sécurité. 

Viennent ensuite ce que j'ai toujours considéré comme une lacune majeure du cursus français, les compétences techniques et pédagogiques. À mon époque, l'accent était principalement mis sur le « schuss » et le virage « Christiania ». L'approche pédagogique était directive et standardisée : le moniteur faisait la démonstration, et l'élève reproduisait le geste. On brossait sur la sécurité, c’est tout. 

Aujourd'hui, l'avènement des skis paraboliques a révolutionné l'enseignement, en mettant davantage l'accent sur les virages coupés (carving) plutôt que sur les virages dérapés (un « dérapage » très discutable!) Sur le plan pédagogique, on a désormais recours à une méthode par laquelle le moniteur s'adapte à la psychologie de l'élève, à son niveau d'énergie et à ses objectifs personnels. De plus, les moniteurs d'aujourd'hui sont, en plus du ski alpin, formés au snowboard, au télémark, au ski de fond et au ski adapté. 

Enfin, la sécurité est désormais prise au sérieux. Si dans les années 70 la connaissance du milieu montagnard était empirique, transmise par les « vieux », le ski hors-piste n’était guère réglementé et les outils de secours (comme les détecteurs de victimes d'avalanches) étaient rares, aujourd'hui la formation du moniteur intègre des cours approfondis en nivologie, en météorologie et en gestion du risque d'avalanche. L'utilisation adéquate des détecteurs de victimes d'avalanches (DVA), des sondes et des pelles fait l'objet d'un examen rigoureux. 

Ainsi, comme vous pouvez le constater, c'est un véritable bond en avant en matière de compétences qui est proposé aux skieurs ayant besoin — ou l'envie — d’aller à l’école de ski !