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lundi, octobre 26, 2026

Coups de fil « sous-marins »

Pendant des années, quand ma fille nous appelait au téléphone depuis la rue en utilisant ses AirPods d’Apple, nous entendions surtout un bruit de fond très agaçant, comme si elle se trouvait dans une baignoire remplie d’eau en mouvement. Nous le lui avions fait remarquer à maintes reprises, mais chaque fois, elle niait en bloc, étant incapable de percevoir ce bruit elle-même. 

Nous étions tout simplement épuisés par cette conversation qui revenait sans cesse ! Je ne sais pas si vous avez déjà entendu ce bruit quand vos proches ou vos amis vous appelait sur leur portable, mais pour ma part, après en avoir fait l’expérience à répétition avec ma propre fille, je me suis mis à étudier la question, d’abord pour m’assurer que je ne rêvait pas. 

J’ai donc cherché à comprendre l’origine de ce son irritant — ce bruit d’« eau qui clapote » ou d’immersion dans une baignoire — et j’ai découvert qu’il provenait, dans la grande majorité des cas, du système de réduction de bruit de ses AirPods. Mes recherches ont révélé que ce phénomène peut se produire avec de nombreux écouteurs sans fil, mais que les AirPods sont particulièrement concernés, en raison du fonctionnement de leurs microphones et de leurs algorithmes de traitement du son. 

Les AirPods utilisent des microphones orientés vers l’extérieur pour capter les bruits ambiants, permettant ainsi à la puce interne de les annuler ou de les filtrer lors des appels. Lorsque l’utilisateur se trouve en plein air, le vent ou les courants d’air qui balaient les petites grilles des microphones créent d’importantes turbulences. Plutôt que de transmettre ce bruit de vent intense directement à l’oreille, le processeur de signal numérique (DSP) des AirPods intervient pour supprimer ces fréquences en temps réel. 

Ce filtrage constant et très marqué génère un son sourd et tourbillonnant, qui rappelle le clapotis de l’eau dans une baignoire ou les variations de pression que l’on ressent sous l’eau. Par ailleurs, lors d’une marche rapide, chaque impact du talon propage de légères vibrations à travers le corps. De plus, ses cheveux ou ses vêtements peuvent effleurer les tiges ou les grilles des microphones des AirPods. 

L’algorithme de réduction de bruit tente alors d’isoler sa voix de ces petits chocs répétés et des bruits de frottement, ce qui altére davantage le son ambiant, lui donnant cette texture caractéristique d’« eau qui clapote ». En approfondissant mes recherches, j’ai découvert quelques solutions simples que ma fille pourra tester directement sur ses AirPods. Tout d’abord, activer la fonction « Isolement de la voix » (dans les réglages de l’iPhone) : pendant un appel, faire glisser le doigt vers le bas pour ouvrir le centre de contrôle, appuyer sur « Mode micro », puis sélectionner « Isolement de la voix ». 

Cette option utilise l’apprentissage automatique pour isoler spécifiquement la voix, éliminant ainsi la quasi-totalité des bruits ambiants, comme ceux causés par le vent. Ensuite, désactiver le « Mode Transparence » : si les écouteurs sont des AirPods Pro et que le « Mode Transparence » ou l’« Audio adaptatif » est activé, passer au mode standard (désactivé) lorsque le vent souffle fort ; cela permet de réduire le traitement agressif du signal microphonique transmis lors de l’appel. 

Enfin, nettoyer les grilles des microphones : avec le temps, de la poussière fine ou d’autres particules peuvent s’accumuler dans les petites grilles noires situées sur le boîtier des AirPods. Cela peut fausser les calculs des algorithmes concernant le vent, rendant le son encore plus étouffé. Des grilles propres garantissent un traitement audio optimal. Maintenant, taisez-vous et laissez vos interlocuteurs écouter : le son devrait être parfaitement clair !

 

lundi, octobre 12, 2026

Les vrais outils de persuasion (Troisième partie)

Pour affiner notre stratégie de persuasion, nous devons trouver ce bon « juste milieu » — l'élément manquant que je recherchais en posant ma question initiale. Voici le créneau dans lequel nous devons viser pour être là où il faut. Un manque d'affirmation de soi nous pousse à trop nous adapter, tandis qu'une exigence excessive suscite la résistance. Trop d'émotion dans notre ton risque de nous faire perdre en clarté stratégique. 

À l'inverse, une logique trop froide empêche de créer un lien avec l'interlocuteur. Il en va de même pour la parole : si nous ne pouvons pas nous taire, nous offrons à l'autre davantage d'occasions de formuler des objections. À l'inverse, une trop grande écoute peut nous faire manquer l'occasion de dire ce que nous voulons. Le juste milieu se situe donc quelque part entre ces extrêmes, en passant successivement de la clarté à l'empathie, puis à l'assurance, à la flexibilité et enfin au détachement. 

Ce dernier trait — le détachement — est peut-être le plus difficile à acquérir, mais aussi le plus puissant. Lorsqu'on est un vieux septuagénaire, comme c'est mon cas, on bénéficie parfois d'un avantage inexistant quelques décennies plus tôt. Nous avons accumulé des milliers d'expériences en matière d'influence : réussites, échecs, négociations, désaccords, malentendus, compromis et ces moments de révélation soudaine où l'on se dit : « Ah ! C'est exactement ce qui a amené cette personne à dire oui. » 

Nous avons en fait constitué un laboratoire personnel remarquable, une véritable base de données regroupant toute une vie de tentatives de persuasion. Désormais, au lieu de nous demander « Pourquoi n'ai-je pas obtenu ce que je voulais ? », nous devrions nous interroger : « Que se passait-il dans l'esprit de mon interlocuteur au moment où j'ai réussi — ou échoué — à l'influencer ? » 

C'est ainsi qu'avec le temps, nous pourrions élaborer notre propre théorie d'influence. C'est peut-être là l'élément insaisissable que je cherchais : non pas une formule magique pour contrôler autrui, mais une capacité, progressivement affinée, à savoir quand insister, quand écouter, quand faire une proposition, quand prendre du recul et quand laisser l'autre croire que la décision lui appartient entièrement. À mon avis, cela fait davantage appel au processus d'influence que de celui de la persuasion. 

Si j'avais mis cela un peu mieux en pratique quand j'étais jeune, j'aurais vendu plus de cours de ski ainsi que beaucoup plus de matériel de ski, et je serais parti à la retraite encore plus tôt !

dimanche, octobre 11, 2026

Les vrais outils de persuasion (Deuxième partie)

La persuasion regorge de paradoxes, à l'instar de celui-ci : plus nous tentons de contrôler la soumission d'une personne, plus celle-ci risque de résister à ce contrôle. En réalité, pour être puissante et efficace, la persuasion doit se faire aussi discrètement que possible. Songez simplement à la différence entre : « Vous devriez faire ceci parce que... » et « Comment voyez-vous la situation ? » 

Si la seconde proposition semble plus faible et moins impérative, elle invite en revanche l'interlocuteur à élaborer lui-même le raisonnement. C'est là que tout se joue : une fois que les individus ont formulé une idée dans leur propre esprit et avec leurs propres mots, ils ne se contentent plus de recevoir l'argument d'un tiers. Ils s'investissent pleinement dans la création de la conclusion. 

C'est l'une des raisons pour lesquelles les bons négociateurs, les thérapeutes et les personnes avisées posent souvent des questions plutôt que d'imposer ou d'exiger des actions précises. Ils ont compris que l'objectif n'est pas nécessairement de forcer quelqu’un à accepter une idée ou un règlement, mais de l'impliquer dans l’adhésion à la proposition. Plus important encore, ce que j'évoquais hier comme mon « besoin impérieux » de convaincre, repose sur une série de variables décisives qui encadrent souvent notre demande. 

Voici comment cela se passe : supposons que nous ayons désespérément besoin que quelqu'un soit d'accord avec nous. S'il ignore la raison précise de ce besoin, il peut souvent le ressentir à travers les changements de notre ton ou si notre débit de paroles s’amplifie. 

Nous anticipons les objections avant même qu'elles ne surviennent. Nous nous attachons à certains mots et réagissons émotionnellement à une résistance supposée ; toute cette mise en scène finit par affaiblir notre influence et le résultat final. Il y a une immense puissance à pouvoir se dire : « Je préférerais vraiment que vous soyez d'accord avec moi, mais je n'en ai pas besoin. » 

Cette posture psychologique nous laisse l'espace nécessaire pour écouter, nous adapter et même nous retirer ; paradoxalement, elle rend souvent l'accord plus probable. On pourrait soutenir que le véritable objectif n'est pas la persuasion, et c'est là que mon propos initial m'aide à orienter la suite de la discussion. Comme je l'ai écrit, j'ai passé toute ma vie dans des situations où j'avais besoin qu'on me fournisse ce dont j’avais besoin et où je devais persuader quelqu’un de me l'accorder ou simplement d'accomplir l’action désirée. 

Cela dit, au fil des ans, j'ai réalisé que viser ce type de résultat était souvent improductif. Peut-être que vouloir une victoire totale n'était pas le bon critère ? Si, ​​au lieu de me demander « Comment amener cette personne à me donner tout ce que je veux ? », je m'étais plutôt demandé « Comment faire évoluer la situation, autant que possible, vers une issue mutuellement acceptable ? », j'aurais peut-être ouvert la voie à beaucoup plus de démarche productive, car plus réalisable. 

Ce changement, bien que subtil, est considérable : on cesse de vouloir « tout gagner » en se concentrant sur une résultat quasiment total. Il faut garder à l'esprit que la meilleure stratégie d'influence consiste parfois à concéder quelque chose qui nous coûte peu, mais qui a de la valeur pour l'interlocuteur. Pour clore cette discussion, nous approfondirons cette stratégie dans notre prochain article, restez à l'écoute !

samedi, octobre 10, 2026

Les vrais outils de persuasion (Première partie)

Pendant toute ma vie — et probablement parce que j'en ai passé la majeure partie dans la vente — j'ai passé beaucoup de temps à essayer de convaincre les gens et à maîtriser un peu toutes les formes possibles de persuasion, avec des résultats qui tombaient rarement à cent pour cent de mes objectifs. Il est vrai que nous apprenons énormément sur le terrain, en essayant et en se trompant. 

Aujourd'hui à la retraite et bien moins impliqué dans les négociations qu’autrefois, je m'interroge toujours sur l'orientation actuelle de la recherche et de la réflexion quant aux meilleures pratiques pour approcher et maîtriser cet art bien difficile à maîtriser. À première vue, ma réflexion aurait pu porter sur la question de base : « Comment devient-on plus persuasif ? » ; pourtant, ce n'était pas tout à fait la voie que je suivais ni le résultat que je cherchais.

En réalité, je me demandais s’il était possible de mieux comprendre, mettre en œuvre et améliorer le processus de persuasion en le transformant peut-être en quelque chose de bien plus puissant, prévisible et efficace que ce que je pratiquais auparavant. Cet élément insaisissable que j'essaie de décrire est, en fait, l'influence : la capacité d'infléchir la pensée ou le comportement d'une autre personne alors que nous n'exerçons aucun contrôle direct sur elle. 

Comme on peut l'imaginer, ce sujet a fait l'objet de recherches et de découvertes considérables ; or, l'une des conclusions les plus intéressantes est que l'influence ne repose pas essentiellement sur le fait d'avoir le meilleur argument — contrairement à ce que j'ai souvent pensé. Cela m'a poussé à approfondir le sujet, et j'ai découvert que la clé réside dans la compréhension de ce qui se passe dans la tête de notre interlocuteur entre le moment où il entend notre argument et celui où il décide de la suite à donner. 

Contrairement aux idées reçues, le premier obstacle est rarement d'ordre logique ou simpliste — comme dans l'enchaînement suivant : je présente des faits convaincants, l'individu les comprend, y adhère, puis passe à l'action. En réalité, le fonctionnement humain est loin d'être aussi linéaire ; les individus filtrent l'information à travers le prisme de leur personnalité, de leurs émotions, de leurs expériences passées, de leurs intérêts personnels, de la confiance qu’on projette et — point peut-être le plus important — de leur désir de préserver leur autonomie. 

Pour préciser les choses : si quelqu'un a le sentiment que vous cherchez à le rallier à votre point de vue, un phénomène curieux risque de se produire : il opposera davantage de résistance, précisément parce qu'il percevra là une menace pour sa liberté. Dans notre prochain blog, nous examinerons des stratégies alternatives pour mieux convaincre tous ceux qui ont besoin de l’être ...

mercredi, septembre 30, 2026

Plus d'humain au service clientèle ?

 

Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent à quel point le service clientèle par téléphone peut être exaspérant. Aux États-Unis, ce type de service est rarement assuré localement, mais provient de plus en plus des Philippines. 

Là-bas, ces personnes sont bien intentionnées et, pour la plupart, reconnaissantes d'avoir ce travail et font de leur mieux. Selon leur ancienneté, elles connaissent peu les problèmes pour lesquels elles doivent aider. 

De plus, selon leur accent et leur maîtrise de l'anglais, elles peuvent être difficiles, voire impossibles à comprendre. Bref, ce n'est facile pour personne à chaque bout du fil. 

Ces derniers temps, quand mon appel a été transféré aux Philippines, que mon problème n'a pas pu être résolu, que j'ai du demander à parler au chef ou qu'il faille attendre qu'une personne enfin qualifiée me rappelle, je me suis tourné vers l'Intelligence Artificielle pour obtenir des réponses à mes questions ou résoudre mes problèmes. 

Résultat : J’ai reçus des réponses correctes, allant toujours plus loin que ce que je demandais et de plus, par écrit et mieux que l'intervention humaine. Jusqu'ici tout s’est donc toujours parfaitement bien passé, et compte tenu des progrès constants que j'ai pu observer en matière d'IA, je ne peux qu’espérer que la situation s'améliore encore. 

Passons maintenant à la mauvaise nouvelle : dans un avenir proche, on peut parier que ce sera le début de la fin pour ces centres d'assistance client gérés par de vraies personnes, que ce soit aux États-Unis, aux Philippines ou encore au Maroc, si on habite en Europe …

samedi, septembre 19, 2026

Les langues étrangères, ma botte secrète !

S’il me fallait deviner, je dirais que les germes de mon attirance pour l'Amérique et la langue anglaise furent semés le jour où je suis tombé sur un magazine intitulé « Europe-Amérique » dans les années 1950 ; je l'ai dévoré dès que j’ai su lire. Il était publié par l'Economic Cooperation Administration (ECA), l'agence américaine chargée de gérer le plan Marshall. 

Par la suite, j'ai remporté un concours scolaire qui m'a emmené à Paris, Bruxelles, Stuttgart, Munich, Innsbruck, au col du Stelvio, au lac de Côme et jusqu'au siège de l'ONU à Genève. Cette expérience m'a donné le vertige, éveillant en moi le goût de l'internationalisme et une soif insatiable de découverte. 

L'automne suivant, alors que j'entrais au collège, j'ai commencé à apprendre l'anglais ; si mon assiduité initiale laissait à désirer, mon intérêt s'est soudainement cristallisé et a explosé durant mon service militaire obligatoire de 16 mois, période où je me suis procuré la méthode Assimil, véritable sésame français pour l'apprentissage des langues. C'est ainsi que j'ai appris l'anglais, en commençant par la célèbre phrase « My tailor is rich... ». 

Si bien qu'à ma libération, j'ai décroché un poste de mécanicien aéronautique chez TWA à Genève, où je faisais équipe avec des Suisses alémaniques avec qui je devais communiquer quotidiennement en anglais. Une bonne maîtrise de l'anglais courant m'a permis, sans diplômes, d'intégrer l'école de ski d'Avoriaz et de donner des cours à des élèves ne s'exprimant que dans la langue de Shakespeare. 

J'avais trouvé ma voie ; à mesure que je passais mes diplômes d’enseignement du ski et que je progressais en tant que moniteur bilingue, je me suis essayé à l'allemand en acquérant une deuxième méthode Assimil, toujours sans les enregistrements audio, car je ne possédais pas encore de lecteur de cassettes. Entre-temps, j'ai enseigné le ski en Australie pendant deux saisons — durant l'hiver austral — suivies de deux séjours en Allemagne où je me suis inscrit au Sprachinstitut de Tübingen pour des sessions de six semaines. 

Là-bas, j'ai peaufiné mes capacités de conversation, prêt à ajouter cette compétence à mon arc dès le début de la saison d'hiver. J'ai ensuite jugé opportun d'ajouter l'italien à mes acquis ; je me suis donc procuré un troisième volume Assimil, cette fois avec les cassettes, puisque je pouvais enfin le écouter ! L'italien étant très proche du français et du patois savoyard, je n'ai pas ressenti le besoin d'approfondir outre mesure son étude de cette langue, mais je l’ai bien revendiquée comme une atout supplémentaire. 

Cela a coïncidé avec le moment où j'ai décroché un superbe poste chez Look, précisément parce que je parlais quatre langues ! J'ai fini par utiliser l'italien — et par le perfectionner considérablement — lorsque j'ai travaillé pour la marque de chaussures de ski Lange et que j'ai commencé à passer énormément de temps dans l'usine italienne de l'entreprise. 

Plus tard, vers la fin de ma carrière, j'ai passé pas mal de temps au Japon, ce qui m'a incité à apprendre les bases du japonais, même si j'ai trouvé cet exercice extrêmement difficile. Il y a deux ans, pour préparer des vacances en Andalousie, je me suis mis à l'espagnol ; les efforts fournis et le plaisir que je retire de l'apprentissage de cette nouvelle langue me motivent aujourd'hui encore à poursuivre dans cette voie. 

Comme on peut le constater, tout mon temps consacré aux langues n'a pas été en vain !

jeudi, août 27, 2026

L'IA comme outil d'achat (Troisième partie)

Les informations sommaires recueillies auprès des artisans, conjuguées aux indications fournies par l'estimation générée par l'IA, m'ont incité à aller visiter le fabricant de clôtures situé à Provo, à une heure de route de Park City. 

J'ai enfin compris ce que les installateurs n'arrivaient pas à m'expliquer au sujet du produit ; ce n'était pas par manque de connaissances, mais parce que ce produit, fruit d'une ingénierie astucieuse, était commercialisé par des ingénieurs incapables de raconter toute l'histoire de leur création ou d'en expliquer clairement le potentiel.

J'ai alors pris conscience de ce qu'est la « malédiction de Park City » aux yeux de ceux qui ne vivent pas dans notre station mais y travaillent en permanence, au contact d'une clientèle plus que aisée qui semble se moquer des tarifs pratiqués. 

Notre environnement conditionne ces entrepreneurs à facturer systématiquement le prix maximal que le marché peut soutenir. Ce faisant, ils perdent de vue que tous leurs clients potentiels ne sont pas tous des millionnaires. 

Ils gagneraient à tenir compte de cette réalité — à savoir que des gens « ordinaires » peuvent aussi côtoyer les ultra-riches — et à laisser la porte entrouverte à une éventuelle demande de remise. 

Pour être précis, il leur suffirait de poser des questions telles que : « Qu'est-ce qui ne vous convient pas dans mon devis ? » ou « Est-ce le coût qui vous empêche de concrétiser le projet que je vous ai présenté ? ». 

S'ils parviennent aisément à tirer profit des ultra-riches, tant mieux pour eux ; mais ils finissent manifestement par perdre des occasions de travailler davantage en effrayant le commun des mortels, comme moi et beaucoup d'autres ...

mercredi, août 26, 2026

L'IA comme outil d'achat (Deuxième partie)

En effectuant des recherches en ligne, j'ai repéré trois ou quatre artisans qui semblaient capables de réaliser mes travaux et qui bénéficiaient d'une assez bonne réputation. J'avais ainsi rédigé une demande de devis et je la leur ai transmise. 

La première entreprise à répondre a envoyé un métreur ; celui-ci a pris les mesures rapidement et très approximatives, m'a montré quelques échantillons et m'a adressé son devis quelques jours plus tard. Le montant était aussi élevé que je le craignais, voire davantage — bon, une somme exorbitante, comme c'est souvent le cas pour les factures de travaux de nos jours. 

J'aurais pu acheter les matériaux et construire moi-même cette foutue clôture, mais j'estimais avoir passé l'âge de m'infliger une telle punition. 

Je me suis donc tourné vers mes outils d'IA favoris et j'ai demandé au robot d'analyser le devis en détail, en lui fournissant le fichier PDF contenant l'estimation et les conditions de l'entreprise. 

Il a généré une analyse décomposant le coût de ce type précis de clôture, soulignant les lacunes de l'offre et estimant le coût total de la main-d'œuvre en se basant sur les tarifs en vigueur dans une localité aussi chère que Park City. 

L'IA m'a indiqué la marche à suivre pour négocier étape par étape — en précisant ce qu'il fallait dire ou éviter de dire — et m'a suggéré de cibler une réduction de 25 %, tout en notant que je pourrais déjà m'estimer heureux d'obtenir une remise de 20 %. 

C'est ce que j'ai fait avec la meilleure offre reçue et, après quelques discussions, j'ai fini par atteindre mon objectif le plus bas. Merci l'IA ! Demain, je partagerai avec vous les enseignements tirés de cette première expérience approfondie de cette technologie impressionnante pour négocier ...

mardi, août 25, 2026

L'IA comme outil d'achat (Première partie)

Réaliser un achat d'envergure est complexe, cela implique une chaîne de composants et ce n'est jamais chose simple. Cela fait souvent intervenir diverses structures de prix indépendantes les unes des autres.

La construction, les grands projets ou les rénovations résidentielles en sont des exemples parfaits, tant ils intègrent une multitude d'éléments sujets à de nombreuses variations. S'ils ne sont pas bien gérés, ces projets peuvent voir leur coût final grimper en flèche, surtout compte tenu de leur caractère unique et occasionnel. 

Au début du mois, j'ai décidé de construire une clôture d’environ 80 mètres de long dans mon jardin. À l'extrémité sud de mon terrain se trouvait une vieille clôture en bois de 27 mètres de long et d’un mètre de hauteur. 

Vieille de 45 ans, elle était totalement pourrie et menaçait de s'effondrer, si bien qu'il me fallait impérativement intervenir. Bien que je n'ai jamais aimé cette clôture basse, elle avait le mérite de séparer commodément ma propriété de celle de mon voisin au sud. 

Comme toujours, une idée en entraînant une autre, je me suis dit : « Tant qu'à faire... » et j'ai décidé d'en faire une clôture plus haute d’un mètre quatre-vingt, capable de me protéger des chevreuils qui nous enquiquinent depuis 5 ou 6 ans. C'est ainsi qu'est né le projet. 

Demain, nous verrons comment j'ai fait appel à l'IA pour en estimer les coûts ...

lundi, juin 15, 2026

Comment mieux s’informer (Cinquième partie)

Nous souhaitons tous nous forger une opinion éclairée et nous allons aujourd'hui aborder une méthode qui nous permettra de dépasser les discours partisans. Nous partirons du problème, et non des positions, en nous posant les questions suivantes : 

  • « Quel est le problème sous-jacent ?» 
  • « Quels sont les intérêts des acteurs impliqués ?» 
  • « Quelles contraintes influencent leur comportement ?» 

Nous identifierons ensuite les compromis, et pas simplement la « bonne réponse ». Chaque problème réel comporte des prix à payer, des avantages, des gagnants et des perdants. Ainsi, une opinion éclairée repose sur l'analyse des compromis, et non sur la prise de parti. Rien n'est jamais tout noir ou tout blanc, et les erreurs sont inhérentes à la vie. 

Nous sommes alors prêts à distinguer les faits des interprétations, car les faits sont vérifiables, les interprétations sont des récits et les prédictions ne sont que des conjectures, alors que la plupart des médias ont tendance à mélanger les trois. En fin de compte, n'oublions pas que nous ne cherchons pas de « l’information », mais du sens, et le sens ne se mesure pas en quantité. 

Le sens découle plutôt du contexte, de la synthèse, de la réflexion, de la conversation et des cadres de référence. Si ce sujet de discussion nous intéresse, cela montre aussi que nous en avions déjà l'intuition. Ce qu'il nous faut construire et avec quoi nous sentir à l'aise, c'est une structure qui protège notre attention et canalise notre curiosité. 

Les ressources sont nombreuses ; choisissez-en quelques-unes où vous sentez à l’aise, que vous maîtrisez et tenez-vous-y. Bonne chance !

dimanche, juin 14, 2026

Comment mieux s’informer (Quatrième partie)

Dans cette section, nous verrons comment conserver un regard critique. Si nous cherchons une méthode pour y parvenir (sans devenir cynique), il faut savoir que la pensée critique n'est pas du scepticisme, mais une forme de curiosité structurée. Voici une méthode simple applicable à tout sujet : appelons-la « La méthode des 5 questions ». Face à une information, posons-nous les questions suivantes : 

  • « Est-ce important ou simplement urgent ?» 
  • « S'agit-il d'une information nouvelle ou de vieilles informations recyclées ?» 
  • « À quelle tendance de fond cela se rattache-t-il ?» 
  • « Quelles seraient les conséquences pour moi si j'ignorais cette information ?» 
  • « Quel est l'argument le plus convaincant contre la position présentée ?» 

Si une information ne répond pas aux trois premières questions, nous pouvons l'ignorer sans problème. Ensuite, pour tout sujet que nous souhaitons comprendre, nous appliquons la règle des « deux sources, deux perspectives » : 

Commençons par lire une source reconnue, puis une source externe ou contradictoire. 

Nous lisons une analyse de gauche, puis une analyse de droite. Ce n'est pas pour « équilibrer » les choses, mais pour les recouper. 

Enfin, nous apprenons le principe de la « prise de conscience progressive » : lorsqu'un sujet est émotionnellement chargé, nous attendons 48 heures avant de nous forger une opinion, car la plupart des premières impressions sont erronées, incomplètes ou manipulées. 

Si cela vous semble un luxe, sachez que je n'ai pas non plus vraiment le temps de m’y consacrer ! Dans le prochain article, nous découvrirons une méthode pour se forger des opinions éclairées. Ce n'est donc pas fini.

samedi, juin 13, 2026

Comment mieux s’informer (Troisième partie)

Face au déluge d'informations qui nous assaille, il est évident que nous devons construire une architecture d'information personnelle. Au lieu de dire « Quels sont les bons médias ? », nous devrions nous demander « De quelles informations ai-je besoin pour bien vivre, penser clairement et agir de manière pertinente ?» 

Partant de là, nous devrions structurer nos sources d'information autour de ces questions. Cela commence par trois niveaux d'information fonctionnant comme un filtre efficace : 

Niveau 1 — Informations structurelles (à forte valeur ajoutée, sans bruit de fond) Il s'agit des forces à long terme qui façonnent notre monde, telles que la démographie, l'économie, la technologie, le climat, la géopolitique et les institutions. J’ai appris que de bonnes sources pour ces informations sont The Economist (hebdomadaire), le Financial Times (édition du week-end), Foreign Affairs (magazine, 6 numéros par an), MIT Technology Review (magazine bimestriel) et les podcasts longs (Ezra Klein, Sean Carroll, Conversations with Tyler). Actuellement, je ne suis abonné à aucun de ces médias et je ne les lis jamais, à l'exception occasionnellement de l’Economist. Il faudrait que je m'y intéresse sérieusement mais mon temps pour cela à d’énormes limites ! 

Niveau 2 — Analyses ciblées (pertinence moyenne, bruit de fond moyen) Ces analyses sont conçues pour nous aider à interpréter les événements sans nous y noyer : il s'agit de newsletters rédigées par des experts du domaine, des auteurs de Substack de confiance (plateforme de publication en ligne permettant aux auteurs, podcasteurs et créateurs de vidéos de publier du contenu directement auprès de leur public via des newsletters et un site web dédié). On trouve également des analyses explicatives de think-tanks (Brookings, RAND, CSIS) qu'il convient de survoler. 

Niveau 3 — Actualités quotidiennes (faible pertinence, bruit de fond élevé) C'est ce que j'utilise et, d'après les experts, c'est là que l'on peut se perdre dans les méandres d'informations. Un environnement de recherche apparemment simple qui peut conduire à une chaîne complexe et chronophage de découvertes connexes, rendant difficile d'arrêter d'explorer ou de revenir à sa tâche initiale. Parmi ces sites d'actualités quotidiennes, on peut citer AP News, Reuters, la BBC et NPR Morning Briefing. 

Ce sont des informations factuelles, sans sensationnalisme ni manipulation, et AP News ainsi que NPR font partie de mon menu médiatique quotidien et vont sans doute y rester. Dans le prochain article, nous essaierons de privilégier une approche critique directe et simple …

vendredi, juin 12, 2026

Comment mieux s’informer (Deuxième partie)

Hier, nous nous sommes interrogés sur la manière de trouver une méthode structurée et pratique pour recueillir des informations de qualité. Il ne s'agit pas nécessairement d'une liste de « meilleurs médias », mais d'identifier un système qui nous permette de rester informés sans nous noyer sous un flot d'informations. 

Or, aujourd'hui, dans notre quête d'informations de qualité, trois forces nous freinent : A. Le problème du flux incessant d'informations De loin le pire de tous, il s'agit d'un excès d'informations, diffusées de manière trop intensive. 

L'actualité n'est plus un résumé quotidien, mais un flux continu 24h/24 et 7j/7, optimisé pour susciter l'engagement plutôt que pour stimuler la réflexion et approfondir la compréhension. 

Ce flux crée une nouveauté constante, un contexte superficiel, une surcharge émotionnelle et l'illusion que tout est urgent. Résultat : notre cerveau est constamment en train de trier les informations sans avoir le temps de les digérer. B. Le problème de la fragmentation Chaque sujet est décomposé en micro-controverses, chacune engendrant ses propres complications. 

C'est la recette idéale pour se retrouver avec encore plus d'informations, des données éparpillées, moins de sens, plus d'incertitude et beaucoup moins de confiance. C. Le manque d'applicabilité Par « applicable », j'entends fournir les informations, les outils ou les éléments nécessaires pour obtenir un résultat concret et immédiat. 

Ceci étant dit, il est vrai que la plupart des actualités ne sont ni exploitables, ni pertinentes pour notre vie, et totalement déconnectées des tendances à long terme. Résultat : une fois la lecture terminée, nous avons l'impression que rien n'a vraiment changé. 

Pour remédier à ces problèmes, nous verrons dans notre prochain article comment développer une méthode bien plus efficace pour produire une information qui nous soit utile. Restez connectés !

jeudi, juin 11, 2026

Comment mieux s’informer (Première partie)

Force est de constater qu'il est de plus en plus difficile de trouver une information suffisamment pertinente pour susciter notre réflexion et bien nous aider à nous forger une opinion éclairée sur les enjeux quotidiens, qu'ils soient politiques ou sociétaux. L'information est si abondante qu'il devient de plus en plus ardu de distinguer ce qui est important, utile et surtout exploitable. 

C'est pourquoi je me demande s'il existe une meilleure façon d'accéder à l'essentiel sans avoir l'impression de perdre mon temps à me perdre dans des digressions qui ne font qu'accroître mes incertitudes sans améliorer ma compréhension. Où trouver les bons médias ? Comment conserver un regard critique ? 

J'ai le sentiment de décrire un sentiment partagé par beaucoup d'entre nous : l'impression que l'information abonde, mais que la compréhension est rare. Non pas par manque de curiosité ou d'intelligence, mais parce que l'environnement informationnel moderne est conçu pour fragmenter l'attention, amplifier le bruit ambiant et privilégier la réaction émotionnelle au détriment du jugement réfléchi. 

Avant d'approfondir notre recherche de solutions, voici un bref résumé de ce qui serait possible pour y voir plus clair. Restreindre nos sources d'information, structurer notre consommation d'actualités et adopter une méthode réfléchie pour se forger une opinion, en s'affranchissant du flux incessant d'informations. 

C'est ce que nous commencerons à explorer dans notre prochain article.

mercredi, juin 03, 2026

Un bel outil de communication (Deuxième partie)

Voici une série de questions pratiques pour clarifier les choses quand une conversation s'envenime. 

Courtes et neutres, elles sont conçues pour apaiser les tensions, inviter à la réflexion et maintenir un dialogue courtois et constructif : 

  • « Que voulez-vous dire par là ?» Cette question témoigne de curiosité, et non de confrontation. Elle aide l'autre personne à développer ses idées. 
  • « Peux-tu clarifier ton point de vue ?» Elle ouvre la porte à l'explication et montre que nous sommes à l'écoute. 
  • « Pourquoi est-ce important pour toi ?» Elle déplace le débat de l'argument vers les valeurs ou les préoccupations sous-jacentes. 
  • « Je ne suis pas sûr(e) de comprendre — pourriez-vous reformuler ?» Cette question permet de gagner du temps, de réduire la tension et d'inviter à reformuler. 
  • « Quel résultat te semblerait juste ?» Cette réponse permet de passer du conflit à la résolution de problèmes. 
  • « Comment cette situation va t’affecter personnellement ?» On humanise le problème, le rendant moins abstrait et plus empathique. Recommandations importantes : Le ton est primordial : posons la question calmement, sans sarcasme. 

Le timing est crucial : utilisons cette technique de questionnement dès qu’on sent que la conversation s’envenime. Le suivi est essentiel : après avoir posé la question, écoutons activement et ne nous précipitons jamais pour répondre. 

Ces conseils sont de simples soupapes de sécurité conversationnelles. Ils ne solutionnent pas les désaccords, mais les empêchent de dégénérer. Pour conclure, voici une méthode simple, étape par étape, à appliquer en temps réel dès qu’une conversation commence à se tendre. Utilisons la comme une formule de désescalade : 

  1. Faire une pause et respirer. Avant de répondre, prendre son temps. Même juste 2 secondes apaiserons les tensions. 
  2. Clarifier en douceur. Poser une question neutre : « Que veux-tu dire par là ?» Cela ralentit le rythme et manifeste de la curiosité plutôt qu’une confrontation. 
  3. Explorer les sentiments et inviter l’interlocuteur à les partager : « Pourquoi est-ce important pour vous ?» Cela déplace l’attention du conflit vers des valeurs sous-jacentes. 
  4. Reformuler ce que nous avons entendu : « Vous avez donc le sentiment d’être ignoré(e) ?» Reformuler montre que nous écoutons activement, même si nous ne sommes pas d’accord. 
  5. Orienter vers les solutions Demandons : « Quelle solution te semblerait équitable ?» Cela fait passer la conversation du conflit à la résolution de problèmes. 
  6. Conclure avec respect en terminant calmement : « J’apprécie ton explication ; voyons comment nous pouvons trouver une solution.» 

Cela nous montre une excellente alternative à la technique colérique et insultante qu’utilise Trump, car elle renforce la dignité tout en maintenant le dialogue ouvert. Nous avons maintenant de tous les outils nécessaires pour essayer cette méthode. Bonne chance !

mardi, juin 02, 2026

Un bel outil de communication (Première partie)

 Voici une excellente stratégie pour désamorcer la plupart des conflits : poser des questions simples comme : « Que veux-tu dire ? », « Pourquoi penses-tu ainsi ? », « Je ne comprends pas bien ?», etc. 

Lorsqu’une tension s’installe, qu’elle soit réelle ou perçue, il est facile de faire dégénérer une conversation en un échange déplaisant et conflictuel. Certaines questions sont posées dans le but de provoquer, que ce soit involontairement, sous l’effet du stress ou par pure méchanceté. 

Il me semble bon de répondre par une question visant à clarifier la situation ou à gagner du temps. En effet, ces questions de clarification peuvent se révéler étonnamment efficaces dans les conversations tendues, et voici pourquoi : elles ralentissent le rythme lorsque les émotions sont fortes, car on a souvent tendance à parler plus vite et plus fort.

Un simple « Que voulez-vous dire ?» crée une pause, offrant à chacun un moment de répit. Cela recentre aussi la conversation : au lieu de contre-attaquer ou de se défendre, on invite l’autre personne à s’expliquer. Cela transforme la dynamique de la confrontation en exploration. De plus, ces questions permettent de valider un point de vue sans pour autant l'approuver. 

En effet, demander « Pourquoi penses-tu de cette manière ? » montre qu'on écoute, même si on ne partage pas cet avis. Cette simple reconnaissance contribue à apaiser les tensions. Comme mentionné plus haut, ces questions peuvent nous faire gagner du temps. Par exemple, dire « Je ne comprends pas bien » est une façon délicate de dire : « J'ai besoin d'un moment avant de répondre. » 

Cela évite les réactions impulsives qui dégénèrent souvent en conflit. Enfin, elles révèlent les intentions de provocation, car la question de clarification va montrer que nous avons décelé cette intention et que nous l'avons désamorcée avec tact. En théorie de communication, cette approche est appelée écoute active ou questionnement défensif. 

C'est une façon de transformer des désaccords potentiels en dialogue. Le ton est essentiel : les mêmes mots peuvent paraître curieux ou sarcastiques selon la façon dont ils sont énoncés. Bien que cette stratégie astucieuse ne garantisse pas l'accord, elle permet souvent d'éviter que les conversations ne dégénèrent et de un climat de respect mutuel. 

Dans le prochain article, nous passerons en revue une série de questions pour des situations spécifiques, alors restez connectés …

vendredi, avril 24, 2026

La diplomatie selon Trump (Troisième partie)

L'incursion de JD Vance dans le domaine des relations diplomatiques a débuté lorsqu'il a prononcé un discours assez controversé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025, donnant le ton d'un style résolument conflictuel. Lors de cette réunion, il a interpellé ses alliés européens, les accusant d'ignorer la volonté démocratique, d'échouer sur la question de l'immigration et d'étouffer toute voix dissidente. 

Son allocution, qui mettait l'accent sur des perspectives populistes, a été qualifiée de « choc » ; elle a suscité la condamnation des responsables de l'UE tout en s'attirant les éloges des médias russes. Elle l'a clairement positionné comme l'antidote à l'art de la persuasion diplomatique classique. Ce fut la salve d'ouverture d'une série de revers sur la scène internationale qui ont amené l'opinion publique à s'interroger sur sa capacité à communiquer de manière intelligente.

J'ai lu son livre, Hillbilly Elegy, et j'en ai conclu qu'il n'avait rien appris de son enfance et de sa jeunesse difficiles. Envoyé en Hongrie pour soutenir le Premier ministre sortant, Viktor Orbán, il s'est ensuite rendu à Islamabad, où il a échoué à organiser un premier cycle de pourparlers avec les Iraniens. Comme l'a souligné la presse, le vice-président américain a, au cours de ces missions dignes de « Mission : Impossible », « bu jusqu'à la lie le calice empoisonné de la politique étrangère trumpiste ». 

Vance est rentré bredouille de ses deux missions à l'étranger, à la suite de l'échec des pourparlers concernant la guerre en Iran — tenus à Islamabad, au Pakistan, le 12 avril — et de la défaite retentissante du Premier ministre hongrois sortant Viktor Orbán, lors des élections législatives organisées en Hongrie ce même jour. 

Ces deux échecs successifs constituent « des revers majeurs pour le vice-président — largement considéré comme l'héritier présomptif de Trump — qui a été dépêché aux quatre coins du globe la semaine dernière pour entreprendre des missions dont les chances de succès étaient minces », analyse le Financial Times. Ceci d'autant plus que JD Vance, converti au catholicisme, est rentré à Washington juste à temps pour assister au bras de fer entre l'occupant de la Maison-Blanche et le pape Léon. 

Une fois de plus, Vance affiche une allure dure et résolue, mais cela est bien loin des qualités requises pour devenir un négociateur diplomatique efficace. À sa décharge — ainsi qu'à celle de Kushner et de Witkoff —, tous trois pâtissent d'un Département d'État exsangue, après le licenciement de 1 300 fonctionnaires en 2025 visant à réduire la bureaucratie à Washington. 

Les critiques — y compris des membres de l'Association du service extérieur américain — soutiennent que cette réorganisation, qui a frappé des bureaux stratégiques tels que ceux consacrés à la Syrie et aux droits de l'homme, a sapé le moral des troupes, tari l'expertise régionale et réduit l'efficacité de la diplomatie américaine. Pour l'heure, Vance n'a d'autre choix que de continuer à faire le dos rond tout en apprenant sur le tas — s'il entend conserver sa casquette de négociateur !

jeudi, avril 23, 2026

La diplomatie selon Trump (Deuxième partie)

En tant que membres de la famille et de l'entourage de Trump, il n'a pas fallu grand-chose pour transformer Jared Kushner et Steve Witkoff — deux promoteurs immobiliers — en négociateurs de stature internationale. 

Aujourd'hui, la capacité de ce duo à mener des négociations diplomatiques fait l'objet d'un débat intense, qui divise largement l'opinion entre les trumpistes — qui les considèrent comme de grands « négociateurs » — et les critiques, qui les trouvent hyper légers en matière de savoir-faire ainsi que d'avoir échoué sur d'importantes initiatives. 

Commençons par Jared Kushner : sa mission, au sein de la première administration Trump (2017-2021), consistait à élaborer les Accords d'Abraham, destinés à normaliser les relations entre Israël et plusieurs nations arabes. Au cours du second mandat (depuis 2025), il a travaillé sur les dossiers de Gaza, de la Russie et de l'Ukraine, ainsi que sur l'Iran ; il a par ailleurs été nommé Envoyé Spécial pour la paix à l'époque où Trump courrait après le prix Nobel. 

Il ne me semble pas avoir inventé la poudre. L'un des atouts majeurs de Kushner réside dans sa façon de faire deux choses à la fois : il aime gérer ses affaires immobilières tout en menant, parallèlement, des négociations diplomatiques pour le compte de son beau-père. Bien entendu, les partisans du mouvement MAGA le considèrent comme un « négociateur de classe internationale » doté d'une compréhension approfondie des questions politiques au Moyen-Orient. 

Des critiques plus avisés soutiennent toutefois que ses efforts diplomatiques — notamment en ce qui concerne l'Iran — ont été bâclés en raison d'un manque de compétence technique, ce qui a eu pour effet d'envenimer les conflits plutôt que de favoriser la paix ; de plus, ces initiatives auraient été entachées par ses vastes projets commerciaux avec les États du golfe Persique, auprès desquels sa société, Affinity Partners, a obtenu des financements. Voilà ce que l'on appelle des conflits d'intérêts en bonne et due forme !

Quant à Steve Witkoff, c'est avant tout un promoteur immobilier new-yorkais qui ne possédait aucune formation en politique étrangère ou en diplomatie avant 2025, date à laquelle il a été nommé Envoyé Spécial pour le Moyen-Orient et pour les missions de paix. Il a été chargé de jouer les médiateurs dans la guerre à Gaza, le conflit russo-ukrainien ainsi que dans les négociations avec l'Iran. Rubio — le fidèle toutou de Trump — lui attribue l’emploi de méthodes novatrices (?) pour faire progresser les intérêts des États-Unis. 

Il est décrit comme un négociateur « coriace » qui s'attache à comprendre les attentes de la partie adverse — une approche héritée de sa carrière dans l’immobilier — ce qui signifie, pour lui, que la diplomatie ne diffère en rien de la vente de maisons, d'appartements ou d’autre biens immobiliers. C’est précisément ce qui amène les critiques lucides à soutenir que Witkoff a confondu diplomatie et transaction immobilière, citant sa gestion « amateur » de dossiers complexes et techniques, tels que l’enrichissement nucléaire. 

On lui reproche d’avoir adopté des positions pro-russes lors des négociations, de n’avoir pas saisi les subtilités du protocole diplomatique et d’être perçu — tout comme Kushner — par certains comme un « agent d’influence israélien » poussant les États-Unis vers la guerre et soutenant Israël sans condition, plutôt que d’agir en tant que partie neutre. 

Ce duo plutôt incompétent incarne ce qu’on peu qualifier de « diplomatie transactionnelle », privilégiant les relations personnelles et leur « instinct » aux méthodes de négociation traditionnelles, bureaucratiques et pilotées par le Département d’État. Les partisans de Trump voient leur force dans la relation directe et privilégiée qu’ils entretiennent avec le Président, laquelle leur permet d’agir avec une autorité et une rapidité inaccessibles aux diplomates de carrière. 

Toutefois, s’ils ont contribué à l’obtention d’un cessez-le-feu et d’un échange d’otages à Gaza en 2025, leurs négociations sur des dossiers plus vastes — notamment avec l’Iran — ont été associées à une escalade de la violence régionale. Dans un prochain article, nous verrons si JD Vance s’avère un peu plus moins mauvais pour mener ce type de négociations diplomatiques…

mercredi, avril 22, 2026

La diplomatie selon Trump (Première partie)

Avant d'aborder la stratégie — ou son absence — qui est derrière les « marchés » que veut conclure Trump par le biais de négociations de haut niveau au niveau international, passons en revue les qualités requises pour bien négocier diplomatiquement. Cela implique une combinaison d'intelligence stratégique, d'empathie profonde et de résilience émotionnelle, afin de préserver de complexes relations et de sérieux enjeux, plutôt que de simples transactions commerciales. 

Voici donc quelques règles issues du bon sens. 

• Compréhension culturelle et empathie : Un bon diplomate doit comprendre les motivations, le contexte historique et les pressions internes qui animent la partie adverse. Cette empathie permet d'anticiper les arguments et de créer des solutions « gagnant-gagnant » qui permettent à toutes les parties de sauver la face. 

• Préparation et analyse rigoureuses : Les meilleurs négociateurs sont mieux préparés que leurs adversaires ; ils connaissent parfaitement les intérêts de leur propre pays et analysent toutes les données disponibles. 

• Patience et tempérament stratégique : La diplomatie exige la « patience d'un horloger » et j’en sais quelque chose moi qui ai fait l’école d’horlogerie de Cluses ! Cela requiert un tempérament calme et la faculté de bien se servir du silence, du « timing » et de pauses calculées pour faire avancer les objectifs sans paraître impulsif. 

• Écoute active : Les bons diplomates écoutent plus qu'ils ne parlent. L'écoute est un outil puissant pour déceler les motivations cachées, capter les signaux non verbaux et instaurer la confiance, plutôt que d’attendre son tour pour prendre la parole. • Intégrité et fiabilité : Pour bâtir des relations durables, un négociateur fait preuve d'honnêteté et d'équité, afin qu'on puisse lui faire une confiance absolue. 

• Flexibilité et créativité : Les négociateurs doivent pouvoir faire des compromis sans sacrifier les intérêts essentiels, en ouvrant des voies créatives et « hors des sentiers battus » pour briser les impasses. 

• Maîtrise de la communication : Cela n’implique pas que la maîtrise des langues, mais surtout le don d'utiliser un langage précis et mesuré pour être ferme sans offenser, ainsi que de savoir saisir subtilités et nuances. 

• Endurance et courage : Souvent, les négociations diplomatiques représentent des sessions de 12 à 16 heures sous haute pression, exigeant une résilience tant mentale que physique. 

En conclusion, la diplomatie de haut niveau est une relation à long terme, pas une transaction ponctuelle et isolée. Elle exige beaucoup de patience et un travail acharné ; elle ne saurait être déléguée à des individus inexpérimentés, aussi « intelligents » soient-ils. 

Idéalement, les négociateurs diplomatiques devraient puiser leurs compétences et leur expérience au sein du ministère des affaires étrangères, afin de maîtriser la complexité des relations internationales, la connaissance institutionnelle, et de bénéficier d'une confiance établie dans le temps auprès de leurs homologues étrangers. 

Malheureusement — et trop souvent —, les équipes de négociation se composent d'un mélange de professionnels de carrière et d’homme politiques, dépourvus de ce bagage essentiel. L’idée est de garantir que l'issue des négociations serve les intérêts nationaux et s'inscrive dans la durée, bien après que la question immédiate a été résolue. 

Demain, nous verrons si Trump est capable de telles missions et si les personnes qu’il charge d'accomplir ce travail en sont capables. Nous commencerons par évaluer les performances de Kushner et Witkoff par rapport aux critères que nous venons de passer en revue …

mardi, avril 07, 2026

Ce qu'on apprend en lisant (Deuxième partie)

Il est en réalité très facile d’apprécier un livre comme « The Other Side of Change » de Maya Shankar et en ressortir avec le sentiment qu’on s’est souvenu de rien de ce que nous avons lu. Et cette sensation d’apport nul ne témoigne pas d’un échec de ma part à comprendre, mais constitue plutôt un indice quant à la manière dont mon esprit traite les idées qui lui sont proposées. 

Tentons d’explorer cette question de style de communication, pour ensuite offrir une approche plus efficace pour réfléchir et débattre des conséquences du changement. Les récits présentés dans ce livre ne s’inscrivent dans aucun cadre structuré. Toutefois, la lecture en fut agréable et émotionnellement touchante, mais difficile à restituer et cognitivement insaisissable. 

Je dois avoir davantage besoin de cadres conceptuels, de systèmes et de processus remplis de sens. Un livre qui n’offre pas explicitement ces éléments laisse généralement peu d’empreinte durable chez moi. Pour commencer, le sujet abordé (le changement) est par nature trop universel. Lorsqu’un livre décrit des expériences que nous avons vécues en profondeur et nombre d’entre nous ont mené une vie jalonnée de réinventions, d’adaptations et de résilience à cet égard, les idées exposées peuvent nous sembler être du « déjà vu ». 

En conséquence, notre esprit réagit ainsi : « Oui, oui, j’ai déjà vécu ça, c’est pas nouveau ! » Il est vrai que la familiarité nuit à la mémorisation. Une autre façon d’analyser l’impact des livres sur notre esprit consiste à dire que, sans frottements, il n’y a pas de rétention. Nous avons tous tendance à mieux retenir les idées qui nous bousculent, nous provoquent ou contredisent nos a priori. Lorsque le ton d’un livre est doux, bienveillant et non conflictuel, il ne vient pas heurter notre vision du monde, ne nous incite pas, sans provocation, à redoubler d’attention. 

On pourrait dire qu’une lecture agréable ne génère presque aucune tension cognitive et ne laisse que peu de traces en nous. Un livre trop facile à lire agit davantage comme un miroir que comme un outil d’ouverture d’esprit. S’agissant précisément du thème du « changement », un ouvrage devrait être à la fois philosophique (pourquoi le changement est-il important ?), psychologique (comment le changement affecte-t-il l’identité ?) et pratique (comment naviguer à travers le changement ?). 

Ce livre couvrait les deux premiers aspects, mais m’a laissé sur ma faim quant au troisième. Dans un prochain article de ce blog, nous reviendrons sur le sujet de cet ouvrage pour explorer, cette fois-ci, la manière concrète de débattre des conséquences du changement.