jeudi, mai 21, 2026

L’évolution de l’image d’Avoriaz (Deuxième partie)

L’expérience des rennes utilisés comme mascottes d’Avoriaz fut de courte durée quand on réalisa qu’ils ne parvenaient pas à trouver sur place une nourriture et un climat adaptés. Pire encore, quelques-uns s’enfuirent et durent être récupérés en Suisse voisine. Parallèlement, à mesure que la station gagnait en popularité, il fallut opérer une transition vers des traîneaux tirés par des chevaux, acheminés depuis la vallée avec leurs cochers-propriétaires. 

Cela explique pourquoi le logo représentant un renne fut abandonné, même si l’on aurait pu opter pour des silhouettes stylisées de skieurs, de snowboardeurs, d’alpinistes, de vététistes, etc., à la manière des pictogrammes olympiques. De plus, l’école de ski locale finit par céder aux pressions du syndicat national des moniteurs de ski français et adopta leur uniforme national. 

La ville de Morzine imposa également la fusion de son nom avec celui d’Avoriaz, entraînant la création d’un nouveau logo et l’abandon de toute l’identité visuelle propre à Avoriaz. Le « Festival du Film Fantastique » (festival de cinéma de science-fiction) ne fut lui aussi qu’une tentative fragile d’attirer les célébrités françaises vers la station ; il perdit sa raison d’être à mesure que l’offre d’hébergement se développait, mais sans offrir la qualité ni les équipements que recherchaient les skieurs aisés. 

La station devint alors le produit idéal pour les voyagistes, sacrifiant par là même la clientèle plus huppée visée à l’origine et accélérant la stagnation de la qualité de ses hébergements, qui ne répondait bientôt plus aux attentes d’une clientèle plus fortunée. Par ailleurs, l’identité d’Avoriaz se trouva diluée au sein du vaste domaine interconnecté des « Portes du Soleil », ce qui contribua également à brouiller son image singulière. 

L’« invasion britannique » — stimulée par l’installation d’un hub EasyJet à Genève sur les cendres de Swissair — n’arrangea rien à l’affaire, attirant sur les pistes des hordes de jeunes semant la zizanie. 

Avec un peu plus de soin et une meilleure stratégie, Avoriaz aurait pu demeurer une station de ski de prestige, à l’instar de Courchevel ou de Saint-Moritz en Suisse ; mais l’attrait du gain rapide et facile est sans doute ce qui a convaincu le promoteur Gérard Brémond de changer de cap pour s’orienter vers le tourisme de masse (notamment via le Club Med) et de modifier ses plans initiaux. 

La suite, comme on dit, appartient désormais à l’histoire ...

mercredi, mai 20, 2026

L'évolution de l'image d'Avoriaz (Première partie)

Dès sa création en 1963, la station de ski d'Avoriaz s’était dotée d'une très forte et unique image, qui la plaçait véritablement en avance sur son temps d'un point de vue marketing. Cette identité fut par la suite abandonnée — un peu par paresse, manque de réflexion et mauvaises décisions ; mais ce n’est que mon opinion. 

Ce qui demeure incontestable, c'est que l'image de marque originelle d'Avoriaz s'ancrait dans son architecture avant-gardiste, son caractère entièrement piétonnier, la promotion d'un concept de « repère de skieurs » symbolisé par son emplacement au sommet d'une falaise située plein sud, face au massif des Hauts-Forts, et par son architecture mimétique. 

Son logo était destiné à évoquer tout cela, avec cette calèche tirée par des rennes, élément autant exotique qu’un peu gratuit. Il est communément admis que le premier logo, représentant ce renne stylisé, fut conçu au milieu des années 1960 sous la direction de Gérard Brémond, le promoteur d'Avoriaz. 

Contrairement aux stations traditionnelles qui confiaient leur communication à des agences externes, l'identité graphique initiale d'Avoriaz fut créée directement au sein du Studio d'Architecture d'Avoriaz (dirigé par Jacques Labro, Jean-Jacques Orzoni et Jean-Marc Roques). 

Le choix du renne relevait en partie du hasard et découlait directement du concept d'une station totalement piétonne. En 1966, afin d'assurer les déplacements sur les pistes interdites aux voitures, Gérard Brémond fit venir de véritables rennes de Laponie pour tirer les quelques traîneaux disponibles ; c'est ainsi que l'animal devint instantanément le symbole graphique de la station. 

Le design original jouait sur l'ambiguïté visuelle : les lignes épurées et géométriques des bois du renne étaient tracées de manière asymétrique, faisant directement écho aux lignes brisées et à la silhouette des premiers bâtiments de la station (notamment l'Hôtel des Dromonts). Quelques années plus tard, pour la création d'affiches publicitaires et autres déclinaisons graphiques, des graphistes allaient maintenir cette identité visuelle unique et avant-gardiste. 

Le traitement de l'image de marque reflétait la modernité d'Avoriaz comme nulle autre station de ski à l'époque. Le personnel lui-même portait des uniformes aux couleurs noir et orange ! 

Un employé clé d'Avoriaz — le regretté François Fallin — s'est révélé être l’artiste essentiel qui a peint inlassablement, à la main, la majeure partie de la signalétique de la station de ski : des lettres blanches sur fond noir, bordées d'un liseré jaune et orange aux angles arrondis, assurant ainsi, durant de nombreuses années, une identité visuelle cohérente et unique… 

Demain, nous verrons pourquoi l'image de marque d'Avoriaz s'est dégradée et ce qu'il aurait fallu faire à la place …


mardi, mai 19, 2026

Revoir enfin l’Eurovision de la chanson

Le dernier Eurovision de la chanson que j'ai pu voir a dû se dérouler entre 1967 et 1975, mais cela reste assez flou pour moi. Comme mes parents n'ont eu la télévision qu'en 1967, ce n'est pas avant cette époque que j'ai commencé à regarder l'émission. 

Bien sûr, je savais que la chanteuse italienne Gigliola Cinquetti avait remporté le concours de 1964 pour l'Italie avec sa chanson « Non ho l'età ». Elle fut suivie par France Gall en 1965 avec « Poupée de cire, poupée de son » ; mais au-delà de ces dates, ma mémoire flanche. Peut-être ai-je regardé les éditions de 1967, 1968, et peut-être quelques autres encore, avant de déménager en Amérique en 1977, mais je ne m'en souviens plus vraiment. 

Ai-je même vu la prestation d'ABBA avec « Waterloo » en 1974 ? Je n'en suis pas sûr non plus. J'ai simplement le sentiment d'avoir aimé les quelques émissions que j'ai eu l'occasion de voir quand j'étais jeune et passionné par la culture pop ; mais depuis, le Concours Eurovision de la chanson a cessé de faire partie de mon univers musical. 

Ce n'est que le week-end dernier — en regardant une bonne partie de la 70e édition du concours à Vienne — que j'ai pu apprécier ce que la version de 2026 proposait au public, diffusée pour la première fois via YouTube. 

Je n'ai pas été emballé par toutes ces chansons « formatées » et sur produites, qui n'ont ne vont pas me motiver à regarder l'émission de l'année prochaine. Je dirais que la chanteuse bulgare Dara — qui a remporté le concours cette année avec son hymne festif « Bangaranga » — a livré la prestation la moins mauvaise de l'émission, mais cela ne veut pas dire grand-chose. 

Elle a devancé l'Israélien Noam Bettan — que j'ai trouvé vraiment médiocre — ainsi que l'Australienne Delta Goodrem, qui ont terminé respectivement deuxième et troisième. 

Comme beaucoup, je me suis demandé pourquoi l'Australie participait à l'Eurovision ; mais la raison est tout simplement que le pays des antipodes adore cette émission, et que cela s'explique par les efforts de diffusion de longue date du réseau australien SBS, qui retransmet l'événement depuis 1983. 

Voilà, vous savez désormais tout sur ma relation avec l’Eurovision de la chanson ! 

lundi, mai 18, 2026

Panne d'électricité solaire

Un onduleur est l’appareil qui convertit le courant continu qui sort des panneaux solaires en courant alternatif qui va alimenter notre maison et dont l’excédent va aller le réseau électrique public. Sans que nous le sachions, notre onduleur solaire est tombé en panne le 16 mars. 

L'onduleur est un composant essentiel qui agit comme le « cerveau » du système, assurant l'activation, la gestion et la surveillance de notre consommation d'électricité. J'aurais dû m'en apercevoir si j'avais pris la peine de consulter l'application de mon smartphone qui m'informe du fonctionnement de notre installation solaire ; mais, comme tout marchait bien, je ne m’en suis pas soucié. 

Ce n'est qu'en avril que j'ai vérifié l'application, et j’ai réalisé que plus rien ne fonctionnait. Quelques jours plus tard, j'ai reçu la facture mensuelle d'électricité, d’un montant trois fois supérieur à la normale. J'ai contacté l'entreprise qui avait installé le système et, dix jours plus tard, un technicien est venu remplacer l'onduleur défectueux et a rétabli le courant en provenance du soleil. 

Pour ceux d'entre vous qui envisagent l'installation de panneaux solaires, sachez qu'il existe deux méthodes pour convertir le courant : soit à l'aide d'un onduleur central — comme le nôtre — soit en équipant chaque panneau d'un onduleur individuel (une solution bien préférable car elle n’implique qu’un panneau au lieu du système complet !). 

Nous sommes désormais de retour en pleine production et remercions le soleil, notre installation solaire, ainsi que tous ceux qui ont conçu cette invention si pratique et si utile !

dimanche, mai 17, 2026

Mon potager

Notre potager est de taille modeste, moins de 25 m², mais représente quand même beaucoup de travail. Il faut l'aménager et l'aérer en début de saison, le clôturer, y mettre de l’engrais et irriguer régulièrement pendant nos longs étés qui sont parfois assez chauds. Alors, tous ces efforts en valent-ils vraiment la peine ? 

Pour l'instant, je dirais que oui, bien que je n’en sois pas trop sûr, car cela représente pas mal de travail et de dépenses. Que puis-je donc espérer de ce hobby que je poursuis depuis une vingtaine d'années ? 

Bon, ce qui y pousse n'est pas du diversifié ; nous nous concentrons sur la laitue, les fraises et les herbes aromatiques, étant donné la petite surface que nous avons et une brève saison de croissance en montagne. 

Cela dit, ce que nous récoltons est à la fois frais et délicieux. De plus, nous avons acquis suffisamment d’expérience au fil des ans et prenons plaisir à nous en occuper et à récolter. Je suis également devenu plus patient en m'occupant d'un potager, car il n'existe pas de raccourcis : il faut simplement laisser le temps au soleil et à l'eau de faire pousser tout ça. 

Ainsi, même si notre laitue, notre persil, notre romarin et nos fraises sont bien plus chers qu’au magasin, nous les apprécions d'autant plus qu'ils sont le fruit de notre travail et qu'ils sont délicieux ; c'est pourquoi j'ai décidé que si Dieu le veut je continuerai à cultiver notre potager jusqu'à je passe la barre des 80 ans ...

samedi, mai 16, 2026

L'effort de plus

Il est étonnant de constater comment, parfois, alors que nous sommes fatigués et que notre journée de travail est terminée, comment un petit effort supplémentaire peut tant accomplir de choses et, à coup sûr, venir enrichir notre bilan journalier. Cela m’a été confirmé il y a quelques jours, alors que je préparais notre potager : une corvée annuelle que je déteste. 

En m'appliquant vraiment, j’ai puisé des ressources, tant mentales que physiques, qui, une fois rendues ont fait toute la différence dans le résultat final. 

J'ai ignoré ces voix intérieures qui m'incitaient à arrêter le travail trop tôt, et à laisser le travail inachevé, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Sans trop savoir comment, j’ai rassemblé les ressources nécessaires pour donner ce fameux coup de collier supplémentaire. 

S'agissait-il là du vestige d'une habitude observée en grandissant au sein de ma famille, ou d'un réflexe que j'ai instinctivement gardé tout au long de ma vie d'adulte ? 

C'est fort possible, mais quoi qu'il en soit, cette impulsion était bel et bien présente pour me donner une longueur d'avance le lendemain, quand j’ai repris le travail. Cela m’a tout simplement stupéfait et cet étonnement était bien justifié. Cela m'a fait prendre conscience qu’un tel « effort en plus » est rarement une question de force physique. 

C'est une question d'intention. C'est cette décision silencieuse d'aller de l'avant plutôt que de reculer, même quand personne nous voit et va nous féliciter. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle cela procure un sentiment si gratifiant en nous reconnectant à une part de nous-mêmes qui refuse de se contenter du strict minimum. S'agit-il également d'une expression de culpabilité ? C'est fort possible. 

Une part de nous qui croit encore à l'importance de bien faire les choses, non pas pour qu’on nous en félicite, mais parce que c’est ce qui nous construit et nous maintient au niveau auquel nous aspirons. En prenant de l’âge, je prends conscience que ces petits choix s'accumulent et finissent par constituer une sorte de signature personnelle dans la manière dont nous nous présentons, y compris dans l'exécution des tâches les plus banales. 

C'est peut-être pour cette raison précise qu’une telle réalisation est importante car elle me rappelle que je suis encore capable de cette petite poussée supplémentaire et de ce besoin discret à faire les choses correctement. Et en cela, j’y ai vu un véritable cadeau. En fin de compte, cet effort supplémentaire n'avait rien à voir avec mon potager. Il m'a simplement rappelé que nous avons toujours plus de ressources que nous l'imaginons — réserve que nous ne découvrons quand nous choisissons d'aller la puiser au plus profond de nous-mêmes.

vendredi, mai 15, 2026

La mentalité « 2CV »

Aussi peu croyable que cela puisse paraitre, j’ai énormément appris en possédant et en conduisant une Citroën 2CV. Elle a fait de moi un véritable obsédé de l’efficacité, grâce à sa motorisation modeste, à sa conception ingénieuse et à son design inspirant — littéralement, de la tête aux pieds. 

Tout au long de ma vie, elle a suscité en moi une soif d’efficacité dans les domaines les plus variés : de la conception architecturale à celle de toutes sortes d’objets et d’appareils. 

Grâce à cela, je suis devenu un consommateur bien plus avisé, tout en développant une quête inlassable du meilleur équilibre entre design et performance. Elle a agi comme une sorte de catalyseur, tout comme bien d’autres objets ou situations peuvent l’être pour d’autres personnes. 

Merci à toi, humble 2CV !

jeudi, mai 14, 2026

Le petit garçon visite la Chine

L’homme au QI d’un enfant de six ans, aux portes de la sénilité — celui qui adore tout démolir d’abord et réfléchir longtemps après, tout en ignorant les éléments de base d’arithmétique — est en Chine pour rencontrer et négocier avec Xi Jinping, le dirigeant chinois. 

Il s’agira d’y aborder une variété de sujets d’une importance capitale, notamment les échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine et, bien entendu, la sortie élégante – si possible – de cette guerre insensée américano-israélienne contre l’Iran. 

Il est fort probable que Xi affiche un sourire de façade pour mieux manipuler Trump, le flattant afin d’obtenir exactement ce qu’il désire, tout en laissant transparaître son mépris pour un homme qu’il ne respecte pas du tout. Dans ce contexte, ma confiance en une issue favorable pour les États-Unis est extrêmement faible. 

Nous aurions pu envoyer n’importe quel américain faisant la manche au bord d’une bretelle d’autoroute, pour arriver à un bien meilleur résultat et nous sortir du bourbier iranien en faisant preuve d’un minimum de bon sens — et espérer un résultat bien meilleur. 

Alors, comme dirait l’enfant de six ans : « On verra bien… »

mercredi, mai 13, 2026

L'esprit flagorneur

Souvent, je me demande pourquoi un dirigeant doté d'un cerveau qui marche engagerait des flagorneurs pour s'entourer, et ce que cela révèle sur le sens des affaires d'un tel individu. Bien entendu, nous savons tous qu'un dirigeant qui s'entoure de flagorneurs fait un choix stratégique — mais pas du tout judicieux. Et ce choix en dit bien plus long sur sa psychologie et ses insécurités que sur son sens des affaires. 

En réalité, les leaders embauchent des flagorneurs lorsque la protection de leur ego est plus importante que le bien de l'organisation. Si l'on ne tolère ni la dissidence, ni la remise en question, ni le fait d'avoir tort ou d'être contesté, on embauchera que des personnes qui pourraient vous menacer. Disons qu'il s'agit d'une sécurité émotionnelle déguisée en leadership. Ce type de leader, c'est Trump ; quant aux flagorneurs, ce sont Rubio, Kennedy ou Hegseth, pour n'en citer que quelques-uns. 

Si Trump avait la moindre confiance en lui, il s'entourerait de personnes fortes. Au lieu de cela, notre président, rongé par l'insécurité, embauche des personnes complaisantes qui lui apportent une validation constante, l'illusion de compétence, le sentiment de maîtriser la situation et une béquille psychologique. 

Il est vrai que s'entourer de flagorneurs facilite le quotidien. Il n'y a ni débats, ni résistances, ni vérités inconfortables à entendre. Le coût, cependant, est énorme : une multitude d'angles morts, d'erreurs stratégiques, de pensées de groupe et de stagnation. 

Un président comme Trump, qui s'entoure de flagorneurs, manifeste au moins l'un des traits suivants : un jugement déficient, car il est incapable de distinguer la compétence de la docilité, l'alignement de la flatterie, et la loyauté de la dépendance.

Une prise de décision fragile, puisque les mauvaises nouvelles sont filtrées, les risques dissimulés et les erreurs laissées sans contestation ; un manque de maturité stratégique, car les grands leaders savent qu'ils ont besoin de dissidence, de débats, de perspectives variées et de personnes qui osent leur dire : « Vous avez tort ». 

Enfin, un dernier trait caractéristique est le leadership fondé sur la peur : puisque Trump a besoin de flatteries pour fonctionner, il ne dirige pas, il gère sa propre anxiété. Les flagorneurs ne se rassemblent pas autour des leaders forts, mais autour de ceux qui ont besoin d'eux ; et ce besoin constitue le véritable problème.

mardi, mai 12, 2026

Un bon coup sur le genou

Pour marquer le 1er mai, nous sommes arrivés en fin d'après-midi à San Francisco. Alors que nous gravissions l'une des nombreuses rues raides de la ville, je n'ai pas eu de meilleure idée que de lever les yeux pour admirer un détail architectural victorien. Mon pied droit a heurté un obstacle, j'ai perdu l'équilibre et suis tombé directement sur mon genou gauche. 

Lorsqu'une telle chute se produit, la douleur est toujours intense. En effet, tomber sur le genou peut causer de graves blessures, du genre fractures de la rotule, déchirures ligamentaires ou méniscales, et de sévères contusions, entraînant souvent un enflement immédiat, des ecchymoses et une incapacité à prendre appui sur la jambe. 

Dans mon cas, une ecchymose sanglante était bien visible sur la rotule, mais la bête que je suis a continué à arpenter les rues en hauts et en bas. Je me sentais mieux quand je me suis couché, mais je me suis réveillé à minuit, saisi par une douleur intense, particulièrement à l'arrière du genou. J'ai médité, n'ai pris aucun médicament et ai fini par me rendormir. 

Le lendemain matin, mon genou était à la fois raide et enflé ; j'ai donc pris un antidouleur et décidé malgré tout de faire une marche de plus de 12 km à destination et à travers le Golden Gate Park. 

Vive au début, la douleur s'est progressivement estompée en fil de journée, et j'ai pensé être tiré d'affaires. La nuit s'est bien passée, mais le matin suivant, la douleur et la raideur de mon genou étaient de nouveau intenses. 

J'ai avalé un autre antidouleur et suivi ma femme et ma fille pour une randonnée dans le comté de Marin, vers le mont Tamalpais — connu localement sous le nom de « Mount Tam » — en empruntant un sentier de VTT. 

Peu à peu, l'horrible douleur a disparu et après 10 km, en fin de journée, tout semblait aller bien. À partir de ce jour-là, une douleur se manifestait le matin, mais s'effaçait rapidement dès que l'activité reprenait et que la circulation sanguine s'activait. 

Si j'avais écouté mon corps, je serais resté à la maison, j'aurais appliqué une poche de glace sur mon genou, surélevé ma jambe et j'aurais probablement souffert bien davantage. Tout cela pour démontrer que, lorsque rien n'est cassé, l'activité physique favorisant la circulation sanguine constitue un bien meilleur remède que le repos forcé !

lundi, mai 11, 2026

Le Comté de Marin en Californie

J’ai toujours eu un faible pour Sausalito et le comté de Marin, tous deux situés au nord de San Francisco. Non seulement les vues sur la ville depuis ce rivage sont uniques et époustouflantes, mais elles offrent également un appréciable répit face à l’agitation de la vie urbaine. 

Je me suis trouvé à maintes reprises à Sausalito au fil des ans, et cela a toujours ete pour moi l’endroit idéal pour m’émerveiller devant la magnifique cité qui se dresse de l’autre côté du pont du Golden Gate. 

Si j’avais la chance inouïe de vivre dans la région de San Francisco, choisirais-je de m’installer dans la ville elle-même ou chez sa voisine d’en face, au-delà du pont ? Oui, sans doute. Je resterais fidèle à ce « faible » que j’évoquais dans l’introduction de ce billet de blog. 

Y serais-je heureux ? Fort probablement ! Cela pourrait-il se réaliser un jour, de mon vivant ? Après tout, pourquoi pas… 


En attendant, notre fille, qui vit à San Francisco, profite d’une vue incroyable, absolument unique en son genre !


dimanche, mai 10, 2026

San Francisco, la ville progressiste

Aujourd'hui, notre fille nous a guidés à travers une visite entièrement pédestre de San Francisco. Enfin, peut-être pas « entièrement » à pied, mais nous y reviendrons. Notre promenade matinale a débuté au Golden Gate Park de San Francisco qui, couvrant plus de 412 hectares, est plus vaste que Central Park à New York. 

Ce site emblématique abrite des attractions telles que le Jardin de thé japonais, le Jardin botanique de San Francisco et le Conservatoire des fleurs. Notre plus longue marche de l'après-midi nous a conduits à l'Embarcadero — un autre lieu incontournable pour tout visiteur de cette ville, situé au bord de l'eau — suivie d'un délicieux dîner chez Dasha, un restaurant russe. 

Le retour à la maison allait toutefois rester l'attraction principale de la journée, puisque nous sommes montés à bord d'un taxi sans chauffeur de Google-Waymo. Ces taxis autonomes existent depuis 2021. En 2024, il y en avait 300 il y a deux ans et aujourd’hui plus de 800 ! 

Celui qui est illustré dans la vidéo ci-dessous nous a ramenés en haut de la colline, jusqu'au charmant appartement de notre fille, qui offre une vue imprenable sur le centre-ville de San Francisco et l'East Bay.

Cette course en Waymo fut une première pour nous, une expérience qui nous a confortés dans l'idée que les voitures autonomes deviendront bientôt la norme pour nous autres baby-boomers qui, autrement, ne seraient plus en mesure de conduire, mais qui bénéficieront grâce à l'IA d'un prolongement salutaire de notre autonomie ! 

samedi, mai 09, 2026

En longeant la côte Pacifique

Nous avions parcouru la Route 1 de Californie pour la première fois du nord au sud en 2022, et ce 1er mai dernier, nous avons réitéré l'expérience, cette fois du sud au nord. 

Il est important de noter que la Highway 1 de Californie, dans sa traversée de Big Sur, a rouvert intégralement le 14 janvier 2026, après avoir été fermée pendant trois ans provoquée par de graves glissements de terrain et des effondrements de la chaussée survenus début 2023. 

Cette fermeture, qui s'étendait sur environ 90 miles (145 km), fut l'une des plus longues de l'histoire de la route ; des équipes ont travaillé sans relâche pour réparer les dégâts sur des sites tels que Paul's Slide et Regent's Slide. 

Cette fois-ci, le trajet fut un peu moins spectaculaire, car nous roulions du côté de la colline plutôt que de profiter pleinement des vues plongeantes sur la mer, mais l'expérience n'en resta pas moins passionnante. La circulation était fluide, bien que le brouillard matinal, présent sur de nombreux tronçons, ait quelque peu voilé l’attrait du paysage. 

Néanmoins, le voyage ne fut jamais ennuyeux, ce qui confirme une fois de plus la beauté des paysages californiens. Nous sommes arrivés à San Francisco en fin d'après-midi, après avoir gravi les rues escarpées du quartier où réside notre fille. Nous étions ravis de la retrouver et de lui remettre personnellement sa voiture, en excellent état. 

Ce soir, alors que nous nous promenions dans le quartier, j’ai trouvé le moyen de chuter sur mon genou gauche alors que j’admirai un détail d’architecture en l’air. On verra ce qui vas se passer … 

Nous étions également enchantés d'être arrivés à bon port, sains et saufs, après avoir parcouru les 2 000 km séparant notre maison de notre destination. Quant à moi — le conducteur —, j'étais ravi que le voyage soit terminé !

vendredi, mai 08, 2026

Des Alabama Hills à la mer …

Les Alabama Hills, collines qui se trouvent au-dessus de Lone Pine, en Californie — se situent entre cette petite ville et l'imposante chaîne de la Sierra. 

Les Alabama Hills constituent un massif de collines et de formations rocheuses uniques que nous avons visité jeudi matin ; elles sont, depuis très longtemps, un lieu de tournage prisé pour les productions cinématographiques ainsi que les séries télé, en particulier pour les westerns se déroulant dans un cadre typiquement sauvage et isolé. 

Pourquoi l'incongruité du nom « Alabama » ? Parce que les collines voisines ont été baptisées en l'honneur du CSS “Alabama”, un navire de guerre confédéré déployé durant la guerre de Sécession américaine. 

Lorsque la nouvelle des exploits du navire parvint aux prospecteurs californiens sympathisants de la cause confédérée, ceux-ci donnèrent le nom du navire à de nombreuses concessions minières ; ce nom finit par s'étendre à l'ensemble du massif. 

Le site devint alors un lieu de prédilection pour les tournages hollywoodiens. Les premiers films connus pour y avoir été tournés sont deux œuvres aujourd'hui disparues : “Water, Water Everywhere” et “Cupid, the Cowpuncher”, tous deux tournés en 1919 et sortis au début de l'année 1920. Depuis lors, des centaines de films y ont été réalisés. 

S'ensuivit un long trajet sur une série de routes de montagne spectaculaires, sinueuse et tortueuses — par endroits effrayamment étroites et peu souvent protégées par des glissières de sécurité — menant jusqu'à Bakersfield ; l'itinéraire se fit ensuite plus paisible en direction du Pacifique, offrant un paysage dominé par l'agriculture et les derricks de pétrole. 

C'est sur la côte Pacifique que notre périple de la journée prit fin — faute de continent pour aller plus loin — à Cambria, une petite ville côtière située sur la Route 101. Une journée bien remplie, faite de conduite et de découvertes intéressantes.


jeudi, mai 07, 2026

Un parc national de plus

Nous avons visité de nombreux parcs nationaux américains et, sans tomber dans le piege de les « collectionner », il est toujours tentant d'en ajouter un de plus à la liste. C'est précisément ce que j'ai fait cette fois-ci en ajoutant le parc national de la Vallée de la Mort (Death Valley) à notre palmarès personnel. 

Non pas que j'aie jamais entendu dire grand-chose de bon sur cet endroit, mais parce qu'il se trouve être l'un des favoris des visiteurs français, et je voulais comprendre ce qui, aux yeux de mes frères gaulois, faisait le charme de ce lieu. C’est vrai que, mis à part Zabriskie Point et les dunes de sable, je n'ai pas été tellement impressionné. Je ne sais toujours pas pourquoi mes compatriotes sont si épris de ce parc. 

Je soupçonne que cela tienne au fait qu'en juillet 1966, un aventurier français et ancien parachutiste nommé Jean-Pierre Marquant — alors âgé de 28 ans — a réussi à parcourir à pied plus de 160 km à travers la Vallée de la Mort, bravant des températures estivales extrêmes et records, oscillant entre 38 à 54 °C ; un exploit dont de nombreux experts prédisaient qu'il lui serait fatal. 

Cette anecdote a sans doute laissé une empreinte indélébile dans l'esprit des touristes français. Nous avons terminé cette deuxième journée sur la route à Lone Pine, en Californie. Fondée dans les années 1860 en tant que centre d'approvisionnement pour les mines d'or et d'argent, Lone Pine était à l'origine une ville pionnière, rude et turbulente. 

Elle fut décimée par un violent tremblement de terre en 1872. Plus tard, elle devint le « Far West d'Hollywood », servant de décor principal au tournage de centaines de westerns classiques dans Alabama Hills, juste entre la bourgade et la Sierra. 

Aujourd'hui, son économie repose sur le tourisme ; la ville fait office de porte d'entrée vers le mont Whitney (le plus haut sommet de nos 48 États contigus a 4 421 m ) et les Alabama Hills. Elle devrait logiquement prospérer grâce aux randonneurs, aux amateurs de plein air et aux passionnés d'histoire du cinéma. 

On peut toutefois se demander si les services locaux, les activités minières et d'extraction, ainsi que les infrastructures d'hébergement suffisent à soutenir la communauté, d'autant qu'une part non négligeable de la population est constituée de fonctionnaires. Quoi qu'il en soit — du moins à mes yeux —, la ville semble se mourir lentement, paraissant incapable de tirer parti d’un cadre montagneux d'une beauté époustouflante.


mercredi, mai 06, 2026

Retour à Las Vegas !

Voci un petit résumé de notre tout dernier périple sur les routes a débuté fin avril ; nous nous étions donné pour mission d'acheminer la voiture de notre fille pour la toute dernière étape d'un voyage transcontinental entamé en octobre 2025. Cette fois, nous avons commencé par une première étape reliant Park City à Las Vegas, dans le Nevada. 

Je me suis rendu à Las Vegas — cette ville folle si emblematique de l’amérique — plus de vingt fois, et j'y ai passé près de 120 jours durant les salons annuels de l'industrie du ski. Je pensais bien connaître le coin mais c'était sans compter sur le fait que ma dernière visite remontait à vingt ans, en 2006, avec pour objectif — entre autres — d'assister à un concert d'Elton John dans l'un des casinos de la ville. 

Lorsque nous sommes arrivés sur place en fin d'après-midi, ce 28 avril, je n'en croyais pas mes yeux : la ville avait tellement changé qu'elle en était devenue méconnaissable. Et ce n'est pas tout : l'enregistrement s'effectue désormais comme dans les aéroports, via des bornes automatiques, sans la moindre interaction humaine. 

Le système s'est avéré inopérant, non seulement pour nous, les « vieux », mais aussi pour la plupart des clients, totalement déconcertés par l'impossibilité d'accomplir sans problème cette simple formalité. Nous étions tout bonnement furieux — et à juste titre. 

Nous avons fini par obtenir nos clés, poser nos affaires dans la chambre, et nous nous sommes rendus dans un hôtel voisin pour assister au spectacle “KÀ”, cette production inédite du Cirque du Soleil qui défie les lois de la gravité et propulse l'aventure vers de nouveaux sommets. 

Nous nous sommes laissés émerveiller par un décor théâtral dynamique, avec un lors qu'un empire tout entier surgit sur la scène colossale de "KÀ" avecet qu'un ballet captivant d'acrobaties aériennes qui enveloppait toute l’audiencee le public. 

Ce spectacle a largement compensé la désastreuse expérience d'enregistrement vécue à notre hôtel et a presque suffi à rendre le voyage digne d'intérêt. Je n'irais peut-être pas jusqu'à affirmer que Las Vegas vaut les six heures et demie de route depuis chez nous... mais l'avenir nous le dira ! 

mardi, mai 05, 2026

D'une côte à l'autre

Mon premier voyage américain d'une côte à l'autre remonte à 1971 ; à peine arrivé d'Australie, je suis montais à bord d'un bus Greyhound à Los Angeles et j'ai voyagé de ville en ville jusqu'à New York, avant de me rendre à Montréal pour y prendre mon vol de retour vers la France.
Je ne me doutais pas que ce voyage serait le précurseur d’une série de longs périples sur les routes américaines pendant plus de 55 ans. Le deuxième grand voyage, auquel participaient ma femme et nos deux jeunes enfants turbulents (alors âgés de 5 et 3 ans), nous a conduits de Chappaqua, dans l'État de New York, jusqu'à Park City — notre nouvelle terre promise — en 1985.
Entre 2007 et 2012, nous avons effectué quelques trajets en voiture entre l'Utah et Berkeley, en Californie, où notre fille venait de décrocher son premier emploi. En 2012, j'ai accompagné ma fille en Californie alors qu'elle troquait sa petite voiture pour un break plus confortable. En novembre de cette même année, après avoir obtenu un poste au sein de l'administration fédérale à Washington, notre fille a ramené sa voiture dans l'Utah ; ma femme et moi avons ensuite pris le relais pour la conduire jusqu'en Virginie, où elle s'était installée.
Ce n'est qu'en octobre 2025 — alors que la situation commençait à se dégrader sous l'ère Trump — que notre fille a quitté ce poste qu’elle aimait tant pour retourner en Californie. Nous avons gardé sa voiture dans notre garage, avec l'intention de la ramener à San Francisco au printemps suivant.
C'est précisément ce que nous avons fait entre avril et mai, profitant ainsi de l'occasion pour faire un détour par Las Vegas, la Vallée de la Mort, la côte Pacifique et pour remonter une seconde fois vers le nord par la Highway 5, le long du littoral californien.
Si l'on fait le total de tous ces trajets, on atteint un chiffre de 22 000 km. Il serait peut-être un peu présomptueux de dire que la boucle est bouclée, mais nous avons ainsi découvert une grande partie de l'Amérique au fil des années, et sommes ravis de l'avoir fait. Dans nos prochains blogs, nous vous raconterons les aventures vécues lors de cette ultime étape ...

lundi, mai 04, 2026

Outil modernes pour planifier un voyage

Par le passé, quand j’organisais un voyage c’était 20 % de planification contre 80 % d’improvisation ; mais je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, ce processus a lui aussi été carrément retourné ! 

Dans le prochain article de ce blog, vous découvrirez le récit de notre récent voyage en Californie, au cours duquel nous avons livré la voiture de notre fille — celle-là même que nous avions conduite l'automne dernier de Washington, D.C., jusqu'à Park City. Cette fois-ci, notre mission consistait à acheminer le véhicule jusqu'à San Francisco, après avoir effectué quelques détours pour visiter des lieux inédits et revisiter d'autres endroits qui nous avaient beaucoup plu. 

Pour échafauder ce plan, j'ai commencé, dix jours avant le départ, à jongler avec Google Maps afin de déterminer nos étapes et nos lieux d'hébergement, d'évaluer la durée des trajets et d'esquisser une sorte d'itinéraire. Soucieux de ne rien laisser au hasard, j'ai même sollicité l'avis d'une IA pour obtenir une certaine forme de validation ; n'ayant pas réussi à l'obtenir, j'ai dû me remettre plusieurs fois à la tâche.

Entre-temps, j'ai également recherché des divertissements — une escale étant prévue à Las Vegas, et nous voulions aussi en profiter pour découvrir au moins un nouveau Parc National. J'ai ainsi établi un budget prévisionnel rapide sur un tableur (en tenant compte du coût élevé de l'essence, puisque nous n'utiliserions pas d’auto électrique pour ce voyage aller simple), et j'ai, bien entendu, acheté nos billets d'avion pour le vol retour vers la maison. Tout un programme ! 

Trop de choix en toutes directions, et il a fallu beaucoup de temps pour digérer le tout et laisser mûrir l’ensemble en un plan parfaitement ficelé. Ce qui est certain, c'est que la technologie a considérablement rallongé un processus de décision déjà complexe mais quand même assez disproportionné pour une simple balade en auto !

dimanche, mai 03, 2026

Simple et facile, compliqué et difficile

Ce n’est pas que je sois nostalgique, mais j’ai le sentiment que par le passé — quand j’étais jeune — la vie semblait simple et facile, alors qu’aujourd’hui, notre réalité s’est transformée en une existence compliquée et difficile. Est-ce parce que nous sommes confrontés à trop de choix, que nous subissons la pression du temps, que nous sommes victimes de la peur de manquer quelque chose (FOMO), ou pour autre chose ? 

Je suis presque sûr de ne pas être le seul à ressentir ça, comme semblent le confirmer mes discussions avec de nombreuses personnes ainsi que diverses études sociologiques. La vie est objectivement plus complexe qu’elle ne l’était il y a cinquante ans. Bien qu’une pointe de nostalgie puisse teinter ce point de vue, celui-ci repose sur plusieurs évolutions psychologiques et sociologiques mesurables. Tout d’abord, il y a ce que l’on appelle le « paradoxe du choix ». 

Autrefois, si je voulais acheter une paire de chaussures de ski, je me rendais dans un magasin spécialisé et je choisissais parmi, peut-être, trois marques. Aujourd’hui, il existe 15 marques, 100 modèles et des milliers d’avis en ligne à consulter. Avoir trop d’options ne nous rend pas plus libres ; cela nous paralyse. Nous passons plus de temps à « optimiser » notre décision qu’à profiter du résultat, ce qui engendre une « fatigue décisionnelle ». 

De surcroît, nous sommes devenus les prisonniers de la connectivité. Hier, lorsque je quittais mon domicile, j’étais injoignable. La vie comportait des zones de repli naturelles où rien n’était attendu de ma part. Aujourd’hui, nous sommes accessibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour chacune de nos responsabilités. Entre la gestion des SMS et des courriels, la mise à jour de logiciels et la consultation de notre fil d’actualité, notre espace mental est constamment occupé par divers processus d’arrière-plan.

Nous ne sommes jamais véritablement « hors ligne », ce qui confère à la vie un sentiment de pesanteur. Pour ne rien arranger, la technologie a éliminé les périodes d’« attente » qui, jadis, servaient d’amortisseurs. Par exemple, lorsque j’écrivais une lettre, je devais patienter une semaine avant de recevoir une réponse. Je me rendais à pied à ma banque pour vérifier mon solde ou consulter mes transactions. Tous ces moments m’obligeaient à ralentir ; désormais, tout est instantané. 

Cette « compression de l’espace-temps » impose un rythme effréné. Nous nous sentons sous pression, non pas parce que nous avons davantage de choses à faire, mais parce que l’on attend de nous que nous les fassions sur-le-champ. Il existe une différence subtile, mais vitale, entre complexité et complication. Une horloge est compliquée, mais c'est un système clos : si un engrenage tourne, un autre suit. La vie moderne, elle, est plus complexe. Elle est interconnectée. Un conflit survenant dans un autre hémisphère peut modifier le prix de l'énergie utilisée pour chauffer notre maison ou recharger notre perceuse. 

Tout est lié à tout le reste d'une manière qui semble imprévisible et, par conséquent, difficile à maîtriser. Certes, on pourrait soutenir que la vie était « plus simple » par le passé, car nous étions moins impliqués dans un nombre plus restreint de choses. Nous acceptions ce que disait le médecin du quartier, ce qu'imprimait le journal local et ce qui était disponible au magasin du coin. Aujourd'hui, nous disposons de plus de pouvoir, de plus d'informations et de bien plus d'options ; mais le « prix à payer » pour ce pouvoir réside dans l'effort constant que demande sa gestion. 

Mieux vaut rester en super forme, car nous avons tous beaucoup de pain sur la planche … Bonne chance !

samedi, mai 02, 2026

Hubris et domination du marché (Troisième partie)

Nokia a connu un échec total en perdant l'intégralité de son leadership sur le marché des smartphones, finissant par céder cette activité, ce qui a marqué la fin de la marque en tant que leader du secteur. Fondée en 1865 par l'ingénieur des mines Fredrik Idestam, Nokia était une papeterie à ses débuts en Finlande. 

En 1967, la papeterie Nokia fusionnait avec des entreprises spécialisées dans le caoutchouc et les câbles ; ce n'est que vers les années 70 et 80 que l'entreprise opérait un virage stratégique majeur vers l'électronique et la téléphonie mobile, créant la filiale Mobira Oy en 1979, lançant son premier téléphone de voiture, le Mobira Senator, en 1982. Elle sortit ensuite son premier téléphone portable, le Mobira Cityman 900, en 1987, avant de recentrer ses activités sur les télécommunications au début des années 1990. 

C'est à cette époque que Jorma Ollila, PDG de 1992 à 2006 fut accusé d’être resté « trop longtemps » (14 ans) aux commandes de l'entreprise finlandaise. Il avait pourtant fait de Nokia le premier fabricant mondial de téléphones, mais l'entreprise a peiné d’effectuer la transition vers les smartphones, prenant du retard avec son logiciel Symbian et ne parvenant pas à réagir efficacement au lancement de l'iPhone. Ollila fut remplacé au poste de PDG par Stephen Elop (2010-2014), lequel fera l'objet de vives critiques pour sa stratégie qui mit fin à Nokia en le vendant à Microsoft.

Parallèlement, Jean Beyl — l'inventeur des premières fixations de ski de marque Look — est lui aussi resté trop longtemps aux commandes, devenant un frein pour l'entreprise ; en effet, le savoir-faire requis pour concevoir ses inventions (créativité, passion, expertise technique approfondie) étaient en conflit avec celles nécessaires développement l’entreprise à grande échelle (délégation, rigueur opérationnelle, marketing stratégique, gestion financière). Bien que visionnaire à sa manière, 

Beyl a toujours eu du mal à passer du statut de « faiseur » à celui de « dirigeant » ; pratiquant le micro-management, il créait des goulots d'étranglement dans le processus décisionnel et entretenait un véritable « syndrome du fondateur », une situation où l'organisation se retrouvait bridée par son style de gestion, son ego, ses relations amoureuses avec de jeunes allemandes et son refus de déléguer. Malgré tout, l'entreprise Look a survécu. 

Ayant lancé sa « série 9 » trop tard pour en tirer profit, l'entreprise fit faillite ; elle fut alors rachetée pour un franc symbolique* par Bernard Tapie, un raider français dont l'unique objectif était de se remplir les poches, ce qui conduisit à une nouvelle revente rapide, suivie d'une longue période d'incertitude, jusqu'à ce que les skis Rossignol reprennent les rênes. 

Ces derniers simplifièrent la gamme avec intelligence, la transformant en un complément à leur propre ligne de skis plutôt que de vendre l'intangible « sécurité. » Ainsi, contrairement à Nokia, la marque Look ne disparut pas, mais poursuivit sa route, avançant à son rythme, opérant une transition progressive.

L'iPhone, quant à lui, fut un véritable « tsunami » qui métamorphosa l'industrie en l'espace de deux ou trois ans. Bien qu'il existe des parallèles entre ces deux histoires, leurs dénouements furent radicalement différents : Nokia ne changea de mains qu'une fois qu'il fut trop tard, tandis que Look profita de périodes de flottement engendrées par la succession de deux ou trois propriétaires différents. 

Par ailleurs, la nature même du secteur du ski reste particulièrement unique, marqué par une forte saisonnalité, une trésorerie courte et délicate de trois mois, ainsi qu'un nombre restreint de pratiquants (environ 75 à 100 millions de skieurs à la fin des années 2000 ?). 

De surcroît, l'écart colossal de taille entre téléphones portables et fixations de ski représente une différence de volume de ventes mille fois supérieure, et constitue un facteur dont l'importance ne saurait être surestimée, bien que ces deux marchés aient tous deux une portée mondiale … 

*Contrairement au rachat de Salomon par Adidas en 1997, pour un montant de 1,4 milliard de dollars.

vendredi, mai 01, 2026

Hubris et domination du marché (Deuxième partie)

Quand il s'agit de comparer la manière dont l'iPhone a supplanté Nokia à ce que Salomon a fait subir à Look dans l'industrie du ski, je ne peux m'exprimer que sur la base de mon expérience personnelle en tant qu'ancien employé de Look. Je pense notamment à la façon dont Salomon a acquis sa prééminence sur les fixations de ski Look dans les années 1970, un processus qui a culminé avec le lancement, à la fin de cette décennie, de la série S727. 

Cette évolution présente un parallèle indéniable avec l’absorption du marché de Nokia par Apple, car elle illustre un pivot technologique : le passage d'une conception établie, fortement axée sur l'ingénierie, vers une solution centrée sur l'utilisateur — plus fonctionnelle et mieux acceptée — qui a redéfini les standards de l'industrie. Dès les années 1960, Look s'imposait comme le leader des fabricants de fixations de ski, très fiable, performant et prestigieux, grâce à son modèle Nevada - N17.

Salomon, toutefois, a changé la donne en transformant le concept assez abstrait de « sécurité à ski » en produits résolument orientés vers l'utilisateur. La différence majeure résidait dans l'hubris de l'inventeur de Look, Jean Beyl, qui ne croyait ni à la nécessité de financer un bureau d’étude musclé, ni à celle d'être à l'écoute de son marché ; une attitude qui contrastait fortement avec l'ouverture d'esprit et le bon sens dont faisait preuve Georges Salomon, menant ainsi leurs entreprises respectives dans des directions radicalement opposées. 

Les fixations Look nécessitaient souvent installation et ajustements plus compliqués sur les skis, ainsi que des réglages chaussures plus minutieux ; mais, plus important encore, elles s'avéraient assez peu pratiques à l'usage sur neige. Salomon a commencé par simplifier son ingénierie, rendant la fabrication moins coûteuse et concevant des fixations plus faciles à installer et à régler en magasin, pour finalement offrir un produit bien plus simple d'utilisation pour le consommateur final. 

Après des années de tâtonnements avec ses séries 404 et 505 — puis 555 —, Salomon a progressivement introduit plusieurs innovations « révolutionnaires ». Tout d'abord la 444, une fixation de milieu de gamme offrant une facilité de chaussage et déchaussage inégalée ; puis son frein à ski fonctionnel, qui a rendu les lanières de sécurité obsolètes ; et enfin, le lancement à la fin des années 1970 de la Salomon S727, qui a sonné le glas de la marque Look.

Contrairement à Look, qui à cause du « barrage » de brevet qu’avait posé Salomon et de la configuration de ses fixations à pivot avait tardé à intégrer le frein à ski par rapport à Salomon, qui faisait figure de pionnier en intégrant une technologie de freins élégante qui en plus attachait les skis ; celle-ci s'est rapidement imposée comme le standard remplaçant les lanières de sécurité traditionnelles. 

Par la suite, au niveau de l’atelier, est apparu le système de « prémontage », dont les vis de fixation étaient déjà solidaires des fixations, prêtes à être insérées dans les trous prévus à cet effet — sans oublier ses gabarits de montage, bien plus pratiques. Salomon a su se mettre à la place de l'utilisateur final (qu'il s'agisse des employés de magasins ou des consommateurs), là où Look s'y refusait purement et simplement. 

Demain, nous examinerons les similitudes, mais aussi les différences fondamentales, entre ces deux trajectoires ...