Il y a cinquante ans, je travaillais encore pour les fixations Look et, pour la seconde et dernière fois de ma carrière, je profitais d'un mois entier de congés annuels, avantage que les Français trouvent tout à fait normal et auquel ils sont très attachés. J’en garde d’autant plus un souvenir marquant en raison de la forte canicule de cet été-là.
Je me souviens d’avoir travaillé juste avant, en juillet chez Look, avec de jeunes cadres de notre distributeur américain venu collaborer sur un manuel technique destiné aux techniciens de ski dans une chaleur suffocante. Tout comme moi, Peter Juen et Ted Travis ruisselaient de sueur et peinaient à comprendre l'absence de climatisation dans l’usine toute neuve que les propriétaires de Look venaient de faire construire.
Pourtant, la canicule de 1976 n'a rien à voir avec celle de cet été en France. Bien qu'elle ne soit pas encore terminée, la canicule de 2026 aura battu tous les records et s'est révélée bien plus intense que celle de 1976 — même si cette dernière reste gravée dans les mémoires des anciens en raison de la sécheresse extrême et des répercussions socio-économiques qu'elle a engendrées.
En termes d'intensité thermique, 2026 l'emporte largement avec un pic national à 30 °C, contre 25,5 °C en 1976 (indice thermique sur 24 heures). Quant à l'étendue géographique, les chaleurs de 1976 touchaient surtout le nord, l'ouest et le centre de la France, le sud étant moins affecté. À l'inverse, en 2026, la canicule a touché plus de 40 % du pays, avec des records historiques dépassant les 40 °C dans de nombreuses régions (Strasbourg 40,4 °C, Noirmoutier 40,1 °C).Les nuits furent bien plus chaudes qu'en 1976 avec des températures nocturnes supérieures à 20 °C sur 75 % du territoire, avec jusqu'à 10 nuits chaudes consécutives à Paris et ces nuits tropicales ont considérablement aggravé la sensation de chaleur.
Enfin, la sécheresse de 1976 fut exceptionnelle, marquée par l'assèchement des cours d'eau, un déficit pluviométrique de 50 à 70 % et une crise agricole majeure qui exacerba les tensions entre le président Valéry Giscard d’Estaing et son Premier ministre, Jacques Chirac. Si la canicule n'en fut pas l'unique cause, elle a porté à son paroxysme un conflit latent, aboutissant finalement à la démission de Chirac.
Nous ignorons encore quelles seront les répercussions politiques de l'épisode de 2026, mais il est fort probable que nous en entendions parler dans les mois à venir. Il est certain que dès à présent, la sécheresse commence à se manifester, qu’elle n’a pas encore dit son dernier mot et ces jours derniers, le torrent de la Dranse dans mon patelin d’origine, s'est retrouvé à sec par endroits — un phénomène inédit.
En conclusion, la canicule de 1976 a marqué les esprits, principalement en raison de son intensité et de ses conséquences politiques, mais elle fut aussi une année exceptionnelle pour les vins français, malgré (ou grâce à) la sécheresse estivale extrême.
Toutefois, la canicule de 2026 s'avère nettement plus sévère en termes de températures en battant des records historiques, en engendrant des nuits tropicales inédites et en atteignant une intensité sans commune mesure avec les épisodes du XXe siècle, sans oublier une saison des feux de forêt d'une violence et d'une ampleur records.






