mercredi, avril 22, 2026

La diplomatie selon Trump (Première partie)

Avant d'aborder la stratégie — ou son absence — qui est derrière les « marchés » que veut conclure Trump par le biais de négociations de haut niveau au niveau international, passons en revue les qualités requises pour bien négocier diplomatiquement. Cela implique une combinaison d'intelligence stratégique, d'empathie profonde et de résilience émotionnelle, afin de préserver de complexes relations et de sérieux enjeux, plutôt que de simples transactions commerciales. 

Voici donc quelques règles issues du bon sens. 

• Compréhension culturelle et empathie : Un bon diplomate doit comprendre les motivations, le contexte historique et les pressions internes qui animent la partie adverse. Cette empathie permet d'anticiper les arguments et de créer des solutions « gagnant-gagnant » qui permettent à toutes les parties de sauver la face. 

• Préparation et analyse rigoureuses : Les meilleurs négociateurs sont mieux préparés que leurs adversaires ; ils connaissent parfaitement les intérêts de leur propre pays et analysent toutes les données disponibles. 

• Patience et tempérament stratégique : La diplomatie exige la « patience d'un horloger » et j’en sais quelque chose moi qui ai fait l’école d’horlogerie de Cluses ! Cela requiert un tempérament calme et la faculté de bien se servir du silence, du « timing » et de pauses calculées pour faire avancer les objectifs sans paraître impulsif. 

• Écoute active : Les bons diplomates écoutent plus qu'ils ne parlent. L'écoute est un outil puissant pour déceler les motivations cachées, capter les signaux non verbaux et instaurer la confiance, plutôt que d’attendre son tour pour prendre la parole. • Intégrité et fiabilité : Pour bâtir des relations durables, un négociateur fait preuve d'honnêteté et d'équité, afin qu'on puisse lui faire une confiance absolue. 

• Flexibilité et créativité : Les négociateurs doivent pouvoir faire des compromis sans sacrifier les intérêts essentiels, en ouvrant des voies créatives et « hors des sentiers battus » pour briser les impasses. 

• Maîtrise de la communication : Cela n’implique pas que la maîtrise des langues, mais surtout le don d'utiliser un langage précis et mesuré pour être ferme sans offenser, ainsi que de savoir saisir subtilités et nuances. 

• Endurance et courage : Souvent, les négociations diplomatiques représentent des sessions de 12 à 16 heures sous haute pression, exigeant une résilience tant mentale que physique. 

En conclusion, la diplomatie de haut niveau est une relation à long terme, pas une transaction ponctuelle et isolée. Elle exige beaucoup de patience et un travail acharné ; elle ne saurait être déléguée à des individus inexpérimentés, aussi « intelligents » soient-ils. 

Idéalement, les négociateurs diplomatiques devraient puiser leurs compétences et leur expérience au sein du ministère des affaires étrangères, afin de maîtriser la complexité des relations internationales, la connaissance institutionnelle, et de bénéficier d'une confiance établie dans le temps auprès de leurs homologues étrangers. 

Malheureusement — et trop souvent —, les équipes de négociation se composent d'un mélange de professionnels de carrière et d’homme politiques, dépourvus de ce bagage essentiel. L’idée est de garantir que l'issue des négociations serve les intérêts nationaux et s'inscrive dans la durée, bien après que la question immédiate a été résolue. 

Demain, nous verrons si Trump est capable de telles missions et si les personnes qu’il charge d'accomplir ce travail en sont capables. Nous commencerons par évaluer les performances de Kushner et Witkoff par rapport aux critères que nous venons de passer en revue …

mardi, avril 21, 2026

Park City et l'autoroute 80

Quand nous nous sommes installés à Park City, pendant quatre ans, j’ai fait le trajet quotidien sur I-80 (Interstate 80) jusqu'à Salt Lake City. Je n'avais emprunté l'unique route à 2 voies précédente — la Route 40 — qu'une seule fois, en 1971 ; mais je dormais dans le bus à l'époque et n'en avais gardé aucun souvenir. 

Plus tard, en 1980, je suis retourné à Park City via l'I-80, sans toutefois savoir comment cet impressionnant tronçon d'autoroute avait vu le jour. Je sais désormais que l'I-80 a été achevée autour l'aéroport de Salt Lake City le 22 août 1986, tandis que mon trajet quotidien — entre Salt Lake City et Kimball Junction (Park City) — avait été fini en 1973. 

À cette date, les 4 675 km d'autoroute (entre San Francisco et le New Jersey) devenait la plus longue autoroute du monde. La transformation de l'ancienne US-40 à deux voies en I-80 — qui compte majoritairement six voies — a constitué l'un des exploits d'ingénierie les plus ardus de l'histoire routière de l'Utah, en raison des parois étroites et abruptes du canyon de Parley. La chronologie de l'achèvement qui suit témoigne de l'ampleur des travaux requis, lesquels se sont échelonnés de 1962 à 1973. 

  • 1850 : Parley P. Pratt achève la route à péage du Golden Pass, marquant la première occasion pour les chariots de contourner le canyon d'Emigration, dont la pente était bien plus raide. 
  • Fin des années 1950 : Suite à l'adoption du Federal-Aid Highway Act de 1956, les plans visant à transformer l'US-40 en une autoroute à accès contrôlé sont mis en chantier. 
  • 1962 : Le tronçon reliant Wanship à Silver Creek est inauguré, offrant pour la première fois une véritable sensation d'« autoroute » à l'est de Kimball Junction. 
  • 1969–1970 (La Grande Fermeture) : La phase la plus perturbatrice du chantier. Une section de 5,5 miles (environ 8,8 km) du canyon de Parley a été totalement fermée à la circulation pendant neuf mois (du 1er octobre 1969 au 23 juillet 1970). Les automobilistes devaient effectuer un détour par le canyon d'Emigration ou le canyon de Weber pour rejoindre Park City. 
  • 1971 : Les voies en direction de l'ouest de ce tronçon du canyon ont été officiellement ouvertes en juillet, achevant ainsi l'aménagement à quatre voies « séparées » dans la partie inférieure du canyon. 
  • 1973 : Le dernier segment, situé entre le réservoir de Mountain Dell et Kimball Junction, a été achevé, reliant officiellement la vallée de Salt Lake à Park City par une autoroute à chaussées séparées à grande vitesse. 

La construction d'une autoroute moderne à travers un étroit corridor montagneux devait surmonter des obstacles nécessitant une puissante ingénierie, telle qu’un dynamitage massif du rocher. 

Pour loger six voies de circulation dans la partie inférieure du canyon, les ingénieurs durent utiliser des tonnes de dynamite afin de faire sauter les falaises abruptes de quartzite et de calcaire. 

C'est la raison pour laquelle on observe aujourd'hui des parois rocheuses verticales spectaculaires à l'entrée du canyon. Ce qui m'a toujours stupéfié, c'est que l'autoroute a été essentiellement construite au-dessus du ruisseau dans sa section inférieure ; d'énormes buses ont été installées et le cours d'eau a dû être dévié à plusieurs reprises pour faire place à la chaussée. 

La montée abrupte vers le sommet de Parley, une déclivité de 6 % pour passer de 1 400 à une altitude de 2 170 mètres posait un gros problème de sécurité pour les poids lourds. La conception de « rampes de sécurité » pour les camions en détresse, ainsi que de larges courbes fluides, s'est avérée essentielle pour prévenir les accidents qui étaient légion sur l'ancienne route US-40. 

Les travaux de construction menés en 1967 près de l'entrée du canyon avaient nécessité des quantités massives de remblais, qui ont failli ensevelir « Suicide Rock » un lieu emblématique local (lequel se trouve désormais bien plus bas par rapport à l'autoroute qu'il ne l'était à l'origine). Le sommet culminant à plus de 2 100 mètres, les équipes de chantier ne pouvaient travailler efficacement que quelques mois par an. 

De soudaines tempêtes de neige en montagne interrompaient fréquemment les travaux et endommageaient les chaussées fraîchement posées ; mais en fin de compte, ces efforts ont contribué à faire de Park City la station de ski la plus accessible au monde depuis un aéroport international !

lundi, avril 20, 2026

Un virage explosif ?

Imaginez que tu skies très, très vite. Disons, un virage de type slalom géant à grande vitesse : tu es dans la dernière phase de la courbe et ton pied extérieur se libère soudainement du ski. Non, je ne parle pas d'un déclenchement intempestif de ta fixation, mais bien de ta propre chaussure qui explose — ou mieux encore, qui se désintègre. 

Inutile de préciser que c'est le genre d'incident qu'on ne souhaite pas subir en pleine descente ; c'est pourquoi, il y a quelques jours, Head USA a annoncé le rappel volontaire d'environ 1 890 paires de chaussures de ski haut de gamme à travers l'Amérique du Nord. 

Ce rappel fait suite à des indices indiquant que la coque des chaussures peuvent se détériorer spontanément et se casser, transformant potentiellement une belle descente fluide en une chute spectaculaire. 

Le rappel concerne spécifiquement les matériaux de couleur jaune fluo utilisés dans la fabrication de la coque des chaussures. Selon la marque, ces composants peuvent devenir cassants et se fissurer, compromettant ainsi l'intégrité structurelle de la chaussure. 

Si l'idée de voir sa chaussure se désintégrer en plein virage a de quoi inquiéter n'importe quel skieur, la Commission américaine de sécurité des produits de consommation (CPSC) a confirmé qu'aucun blessé n'avait encore été signalé à ce jour. 

Au cours de mes années passées dans le secteur de la chaussure de ski, nous avions quelques demandes de remplacement de garantie pour nos chaussures cassées, mais d'après mes souvenirs, la rupture survenait généralement durant la période de stockage. 

Head agit de manière proactive pour retirer les modèles encore utilisés et alerter les propriétaires avant que cette « détérioration » ne conduise à un accident à ski. Étant donné que ces chaussures sont sur le marché depuis plus d'une décennie (commercialisées entre fin 2015 et début 2026), de nombreux skieurs pourraient encore les utiliser. 

Si tu habites en Amérique du Nord, n'hésite pas à vérifier si tu as des chaussures Head correspondantes au signalement ! 

dimanche, avril 19, 2026

Quand ce qui paraît facile est si difficile !

Récemment, j'ai vu avec un immense plaisir l’interview des vainqueurs de la Coupe du monde de ski alpin de cette année : Mikaela Shiffrin et Marco Odermatt. Cet entretien, conçu comme un podcast, était mené par Nick Fellows, l'intervieweur officiel de la FIS (voir vidéo en anglais ci-dessous) . C’est là que Mikaela a confié que, lorsque les gens la regardaient skier, ils avaient l'impression qu’elle skiait facilement et sans effort, quand il s'agissait en fait d'un travail acharné, une vérité que personne ne voyait. Je ne peux qu'être d'accord. 

Ce qu'elle voulait dire relève de ces vérités d'une simplicité trompeuse, qui n'ont de sens que pour ceux qui vivent leur savoir-faire intérieurement assez longtemps pour apprécier le fossé qui existe entre l'apparence de la maîtrise et le prix à payer pour l'atteindre. Étant moi-même profondément immergé dans le monde du ski, son commentaire me touche assez profondément. Voici ce que j'ajouterais, non pas pour la contredire, mais pour ajouter à son idée et brosser un tableau plus complet et plus honnête de la performance de haut niveau. 

Lorsque le ski semble « facile », c'est parce que le skieur a consacré des milliers d'heures à éliminer les frictions, les « bruits » parasites, les hésitations et les micro-erreurs. Par conséquent, quand nous observons le skieur, nous ne percevons que fluidité, équilibre, évidence et grâce. Mais ce qui nous échappe, ce sont les milliers de corrections invisibles effectuées chaque secondes, un système nerveux entraîné à anticiper le chaos, un corps qui a essuyé toutes sortes d'échecs et un esprit qui a appris à rester calme sous la pression. 

En réalité, l'absence d'effort n'est pas l'absence de travail, mais plutôt son intégration totale. De fait, quel que soit le domaine où nous excellons, plus nous progressons, plus les rouages ​​internes de notre travail deviennent invisibles. C'est là tout le paradoxe de la maîtrise : le débutant laisse transparaître son effort, l'expert le dissimule, et le maître l'efface purement et simplement. 

Dans le cas présent, Shiffrin et Odermatt skient d'une manière qui apaise notre cerveau quand nous les observons ; pourtant, au plus profond d’eux-mêmes, le travail est colossal : un contrôle de carres d'une précision infinitésimale, des appuis qu’il faut réajuster à chaque fraction de seconde, et une re-calibration constante de la trajectoire, du timing et du ressenti sur neige. Nous ne voyons que ce qui se passe en surface, mais Marco et Mikaela, eux, vivent les turbulences qui agissent en profondeur. 

C'est précisément à ce moment-là que nous nous disons tous : « Elle est douée. Il est doué. Ça doit être facile pour eux. » Certes, le talent est bien réel, mais il n’est que l’étincelle ; ce que nous ne voyons pas, c’est le travail acharné, fastidieux, répétitif et solitaire qui transforme ce talent en force inéluctable. La maîtrise exige un rapport à l’inconfort que très peu de gens parviennent à développer et à maintenir. C’est là le point que Mikaela n’a pas exprimé à haute voix, mais c’est la pure vérité : la plupart d’entre nous refusent de prendre conscience de la difficulté du travail, car nous ne voulons pas endurer un tel niveau d’inconfort. 

Enfin, la maîtrise est une voie solitaire, et c’est précisément l’aspect dont on parle rarement. Plus l’ascension est élevée, peu sont ceux capables de comprendre véritablement ce qui est accompli ; ainsi, lorsque Mikaela affirme que les gens ne réalisent pas à quel point c’est difficile, elle ajoute : « La plupart des gens ne peuvent pas imaginer le monde dans lequel je vis. » Elle a bien raison. 

samedi, avril 18, 2026

Donald Trump, cet imparfait

Comme tout un chacun, Trump n'est pas parfait. Pour commencer sur une note positive, il faut lui reconnaître le mérite d'avoir transformé le temps — qui filait si vite avant qu'il ne soit notre dictateur — pour le faire littéralement s'immobiliser presque éternellement. 

Du côté négatif, Trump collectionne d’horribles traits de caractère que nous abordons maintenant. D’abord, c’est un grand impatient et je soupçonne qu'il manifeste des comportements liés au TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) chez l'adulte, incluant l'inattention, l'impulsivité et l'hyperactivité. Ses détracteurs citent ses interruptions fréquentes et sa faible capacité de concentration qu’une observation attentive du sujet semble confirmer. 

ll est clair que l'impatience n'est pas un trait souhaitable chez un chef d'État, car cela conduit souvent à des décisions hâtives, à un jugement erroné et à la détérioration des relations diplomatiques ou politiques, plutôt qu'à l'élaboration d'une stratégie réfléchie et à long terme. 

Si l’impatience peut parfois créer une urgence, elle provoque souvent des prises de risque excessives, des échecs stratégiques et un niveau de stress élevé au sein de l’administration, de la Nation et aujourd’hui du monde entier. 

Bien entendu, j'ai constaté, au fil de ses deux mandats, que son impatience pourrait n'être que la pointe de l'iceberg si l'on retournait le « glaçon Donald » sur lui-même. 

Au repos, son iceberg révèle un narcissisme et un égoïsme extrêmes. « Moi, moi, moi » : tel est son mantra. Bien qu’elle puisse être assimilée à son impatience, son impulsivité et un comportement erratique s'ensuivent, car il est incapable de maintenir sa concentration ou de suivre les protocoles établis, ce qui l'amène à opérer des changements politiques abrupts par le biais des réseaux sociaux. 

Bien sûr, en tant que fils de chair de Geppetto — le papa de Pinocchio — ses mensonges, sa malhonnêteté et son manque de véracité, documentés par des milliers de déclarations fausses ou trompeuses, enfoncent le clou de son manque de crédibilité. Viennent ensuite l'intimidation et l'attitude agressive, qu'il a sans doute apprises auprès de son père biologique et de la mafia new-yorkaise. 

Pour conclure, il se montre également vindicatif et animé par une volonté inlassable d'obtenir réparation contre ceux qu'il perçoit comme déloyaux ou hostiles. Tout cela lui vaut de remporter le « Prix de la Malveillance Satanique » — à défaut de figurer sur la liste des nommés pour le prix Nobel de la paix ! 

vendredi, avril 17, 2026

Ski de compétition et chanson …

Il y a des choses que j'aurais dû savoir il y a plus de soixante ans, mais il n'est jamais trop tard pour les connaître, pourvu que cela arrive avant de mourir. Il y a quelques jours, une très vieille chanson française m'est revenue en tête, et je me suis demandé si je pourrais la retrouver quelque part. Après quelques recherches infructueuses, j'ai sollicité l’aide de bons amis restés en France ; l'un d'eux m'a orienté directement vers la chanson en question, précisément sur YouTube. 

Par la même occasion — et à ma totale surprise —, j'ai découvert que Guy Périllat — célèbre membre de l'équipe de France de ski dans les années 60, médaillé de bronze aux Jeux olympiques de 1960, vainqueur de la plupart des descentes classiques en 1961, champion du monde de slalom géant en 1966 et médaillé d'argent derrière Killy aux Jeux de 1968 — avait enregistré quelques chansons, surfant sur la vague de ses succès sportifs et de sa notoriété nationale. 

Juste après sa médaille aux Jeux de Squaw Valley en 1960 et son exceptionnelle saison 1960-1961, Périllat s’était laissé tenter par une carrière de chanteur. Ce fut une brève incursion dans le monde de la musique pop, marquée par l'enregistrement d'un EP en 1961 chez Polydor ; on y trouvait notamment le titre « L'amour me brûle », dont le texte avait été écrit par Ralph Bernet (l'un des paroliers de Johnny Hallyday) et la musique composée par Danyel Gérard, un autre chanteur français. Cette chanson était tout à fait emblématique du début des années 60 (dans le style « crooner »). 

À l'époque, la « Périllat-mania » battait son plein en France, au point que les maisons de disques cherchèrent à capitaliser sur son image de « gendre idéal » et de héros national. Si sa carrière sur les pistes fut légendaire, sa carrière de chanteur ne resta qu'une simple curiosité qui s'est évanouie assez rapidement. 

Ce disque se trouve encore aujourd'hui chez les collectionneurs de vinyles ; il est souvent recherché davantage pour la photo du champion figurant sur la pochette que pour ses qualités musicales. S'il s'était consacré un peu plus au ski au lieu de se laisser distraire par cette escapade dans le show-business, il aurait peut-être battu Killy ! 

jeudi, avril 16, 2026

Envie ou Jalousie ? (Troisième partie)

Souvent, la jalousie est confondue avec l'envie. J'aime appeler ces deux émotions des « cousines », car elles sont étroitement liées ; toutes deux découlent, en effet, d'un sentiment de malaise et d'insécurité. Pourtant, elles sont distinctes : l'envie implique de désirer ce qu’un autre possède, tandis que la jalousie implique la peur de perdre, au profit d'autrui, ce que nous possédons déjà. 

En fait, l'envie est la douleur ressentie lorsqu'une autre personne possède quelque chose que nous désirons. Par exemple, j'ai éprouvé de l'envie pendant cet hiver en voyant toute la belle neige dont mes amis profitaient dans les Alpes, alors que nous subissions une terrible sécheresse dans les Rocheuses nord-américaines. L'envie relève du désir et de la comparaison, pas de la perte. Elle peut porter sur le talent, la beauté, la liberté, les relations, le mode de vie, les opportunités et, bien sûr, un ski de rêve ! 

L'envie est fondamentalement une relation de personne à personne : nous désirons quelque chose que quelqu'un possède. En revanche, comme nous l'avons déjà évoqué, la jalousie est la peur de perdre, au profit de quelqu'un d'autre, une chose que nous possédons déjà. La jalousie relève de la menace, et non du désir. L'envie se traduit par « Je veux ce que tu as », tandis que la jalousie se traduit par « Je crains de perdre ce que j'ai ».

Cette distinction est ancienne ; elle se retrouve à travers les cultures, les langues, et évoque ce moteur caché qui anime le consumérisme. En tant que sentiment, l'envie attire notre attention vers l'autre personne ; elle suscite le désir, la comparaison et l'auto-évaluation, et peut soit motiver notre développement personnel, soit déclencher un sentiment de honte. 

La jalousie, quant à elle, attire notre attention vers une forme de menace, générant vigilance, instinct de protection et insécurité ; elle peut également renforcer les liens ou créer des conflits. Ces deux sentiments activent des tensions psychologiques différentes. L'envie est synonyme d'aspiration et de comparaison, tandis que la jalousie est liée aux attachements et à la menace qui pèse sur eux. 

Si vous éprouvez de l'envie, la question qui se pose devient la suivante : « Quel désir, en moi, vient d'être éveillé ? » Tout comme la jalousie, l'envie devient alors une carte pour nous guider, mais pas un sujet de jugement moral. Bien que ces deux sentiments puissent se révéler constructifs s'ils sont bien gérés, l'envie et la jalousie ne sont pas identiques ; c'est pourquoi l'envie est plus susceptible d'être perçue négativement par rapport à la jalousie. 

Toutes deux agissent comme des signaux importants révélant des désirs inassouvis, plutôt que comme des failles morales intrinsèques ; toutefois, l'envie est plus fréquemment associée à des comportements indésirables, négatifs et destructeurs. J'espère que mon explication ne vous a pas rendu envieux en vous coupant toute envie d’être jaloux !