mardi, septembre 29, 2026

Le logement, indicateur d'inflation ?

Souvent, je me demande quel est le vrai poids du coût du logement dans l' indice des prix (IPC) américain, et si il est est sous-estimé compte tenu des prix fous de l'immobilier. Le coût apparemment inexorable du logement ne reflète-t-il pas notre endettement national et la véritable inflation qui nous frappe tous ? Il est vrai que la composante « logement » de l'IPC a un poids considérable. 

Elle représente environ 35 % de l'IPC global et plus de 42 % de l'IPC de base (qui exclut l'alimentation et l'énergie). Loin d'être sous-estimé, le logement est de loin le poste de dépense le plus important du panier de l'IPC. Cependant, si beaucoup, comme moi, ont le sentiment que l'IPC ne tient pas bien compte des prix de l'immobilier, c'est davantage dû à la méthode de calcul du logement qu'à son poids relatif. Aux États-Unis, le Bureau des statistiques du travail (BLS) considère l'accession à la propriété comme un investissement, et pas une dépense de consommation.

Par exemple, l'achat d'une maison à 600 000 dollars et son enchérissement à 800 000 dollars est considéré une plus-value mais pas une dépense courante. Pour mesurer le coût du logement pour les propriétaires sans considérer l'investissement, le BLS utilise le "loyer équivalent pour les propriétaires" (OER), qui représente environ 26,7 % de l'IPC. Par ses enquêtes, l'OER interroge les propriétaires : « Si vous deviez louer votre maison aujourd'hui, à quel prix la loueriez-vous ?» Dans ce cas, le loyer de la résidence principale représente les 7,7 % restants du poids du logement et suit les prix des loyers pratiqués. 

Étant donné que les propriétaires actuels avec un prêt à taux fixe sur 30 ans ne voient pas leurs mensualités (capital et intérêts) varier quand les prix de l'immobilier s'envolent, l'IPC exclut intentionnellement les prix de vente des maisons, les acomptes et le capital restant dû des prêts hypothécaires. Il est important de noter que les données de l'IPC sur le logement souffrent d'un décalage bien connu de 6 à 12 mois. 

Le BLS enquête sur les loyers en vigueur, mais la plupart des gens signent des baux de 12 mois. Lorsque les loyers du marché ou les prix des logements augmentent rapidement en temps réel, il faut beaucoup de temps pour que ces hausses se répercutent sur les loyers moyens actifs pris en compte par l'enquête de l'IPC. Quant à savoir si le coût du logement reflète fidèlement l'inflation et la dette publique, mon propos touche à un thème central de l'économie monétaire. 

La relation entre la dette publique, les prix des biens et l'inflation s'articule autour de quelques dynamiques clés : quand la dette publique augmente considérablement et que les banques centrales maintiennent des taux d'intérêt bas ou augmentent la masse monétaire, ces liquidités se dirigent souvent directement vers des actifs tangibles (immobilier, bourse). Les prix élevés des logements sont fréquemment un symptôme direct de la dépréciation de la monnaie et de la recherche de capitaux bon marché face à une offre limitée de terrains et de logements. 

Puis, quand les banques centrales relèvent les taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation générale, comme elles le font actuellement, les coûts d'emprunt s'envolent. Dans le secteur du logement, cela crée un « effet de blocage » : les propriétaires refusent de vendre leurs maisons à faible taux d'intérêt, ce qui réduit fortement l'offre et fait grimper les prix malgré la hausse des taux. S'agit-il de la « véritable » inflation à laquelle je fais allusion ? 

Pour quiconque souhaite acheter sa première maison, se lancer sur le marché locatif ou déménager, le coût du logement est effectivement le principal facteur de pression financière. Cependant, pour un propriétaire ayant souscrit un prêt immobilier à 3 % il y a plusieurs années (ou beaucoup moins en France), ses dépenses de logement restent stables, ce qui signifie que son taux d'inflation personnel est bien inférieur à celui des non-propriétaires. 

En conclusion, bien que le logement soit un poste de dépense important (35 % de l'indice), la méthodologie utilisée empêche l'IPC d’être en prise directe avec les prix de l’immobilier. Le résultat est un indice qui reflète une consommation de logement lissée et décalée, plutôt que le coût immédiat et brutal d'un achat immobilier sur le marché actuel.

lundi, septembre 28, 2026

Technique de laveurs de vitres

Notre maison est assez haute pour qu'il faille de longues et lourdes échelles pour nettoyer les vitres de sa façade sud. La principale raison pour laquelle nous faisons maintenant appel à des laveurs de vitres professionnels est que je n'ai plus la force physique de manier une échelle aussi lourde, et ma femme est terrifiée quand je suis dessus. 

Ainsi, chaque année, nous demandons à la même entreprise de laver toutes les fenêtres extérieures. Je m'occupe toujours de l'intérieur. 

Cette année, après avoir payé la facture en ligne, on m'a téléphoné pour voir si je voulais programmer un autre lavage le trimestre suivant, en assumant que j’allais prendre un abonnement trimestriel ou semi-annuel. 

L’employée essayait de me vendre un abonnement, comme le font tous les laveurs de vitres aujourd'hui, à l'instar des stations de lavage auto. Après tout, pourquoi ne pas doubler ou quadrupler le chiffre d'affaires ? Tout le monde essaie, non ? D'ailleurs, dans le secteur des services à domicile, les entreprises de nettoyage de vitres se tournent de plus en plus vers la formule d'abonnement. 

Les devis sont structurés en forfaits semestriels ou trimestriels. Si cette pratique sert principalement à générer plus de chiffre, elle repose également sur des considérations économiques et logistiques. Avec une clause de « lavage initial », les entreprises facturent généralement un supplément, parfois 1,5 fois le prix du premier nettoyage afin d'établir un tarif de référence, puis proposent un tarif réduit pour les nettoyages d'entretien suivants. 

Si un forfait offre une réduction fixe sur toutes les visites, il appartient au client de vérifier qu'il est réellement plus avantageux qu'un nettoyage à la demande. Bien sûr, si la maison est située à proximité de chemins de terre, de zones exposées au sel marin, au pollen ou à un chantier important, un programme trimestriel pourrait se justifier. Cependant, si la maison est protégée et propre, un nettoyage annuel reste l'option la plus économique. 

J'ai donc répondu à l’employée ainsi : « Vous savez, j'adore voir la saleté se déposer progressivement sur mes carreaux, qu'il s'agisse de traînées de poussière après une forte pluie, d'insectes qui s'y écrasent, ou d'oiseaux qui les frappent violemment quand ils y voient leur propre reflet, y laissant une marque et des plumes. Pour moi, cela rythme les cycles de la nature et, quand douze mois plus tard vient le moment du nettoyage annuel, cela a efficacement filtré toutes les conneries qui nous sont déversées quotidiennement dans ce monde malade.» 

Bang ! Au moment où j'écrivais ces derniers mots, un gros oiseau vient de percuter une grande fenêtre nettoyée il y a deux jours. Un bruit sourd et creux : le prix à payer pour avoir des vitres impeccables...

dimanche, septembre 27, 2026

Apprendre en apprenant (Cinquième partie)

Maintenant que nous savons comment recréer délibérément la faculté précise à laquelle l'alcool m'avait permis d'accéder il y a des années, nous allons découvrir un lien intrigant avec ma (ou votre) pratique de méditation. C'est là que tout devient un peu plus intéressant, car nous savons déjà ce que l'on ressent en entrant dans un état où la pensée analytique et volontaire se calme, tandis que l'attention reste présente. 

C'est très proche de ce que nous recherchons ici. Des recherches récentes portant spécifiquement sur la pleine conscience et pouvoir parler une seconde langue. Celles-ci ont révélé que la pleine conscience est positivement associée à cette performance, bien que les chercheurs soulignent que sa contribution directe semble relativement modeste.

Une autre étude menée auprès d’étudiants en langues étrangères a montré que le travail basé sur la pleine conscience favorisait une meilleure appréciation de soi, l'acceptation, le contrôle de l'attention et une réduction de l'anxiété liée à la prise de parole, même si certains bienfaits s'estompaient après la fin de l'intervention. Je ne chercherais donc pas à forcer un état de méditation profonde juste avant de parler. 

Cela risquerait de nous faire trop nous replier sur nous-mêmes. Il vaut mieux envisager la méditation comme un moyen d'accéder à la détente et à l'ouverture nécessaires pour laisser couler la langue que nous apprenons en cessant de nous mettre les bâtons dans les roues. Il existe une technique qui pourrait nous être particulièrement utile ; appelons-la « flux de conscience ». 

Nous réglons un minuteur sur cinq minutes, nous commençons à parler espagnol et nous passons un pacte avec nous-mêmes : Pendant ces cinq minutes, l'objectif n'est pas la précision. L'objectif est la continuité ; nous pouvons même nous enregistrer, mais en nous interdisant d'écouter l'enregistrement immédiatement. Faites une autre séance le lendemain et, au bout d'une semaine complète. N’écoutons que le premier et le dernier enregistrement. 

Nous devrions alors faire une découverte fascinante : des expressions qui, au début, nécessitaient une construction consciente commencent à surgir automatiquement. C'est précisément la transition que je décrivais dans mon article précédent entre le passage de mots stockés en mémoire vers de véritables réflexes linguistiques. 

Et peut-être que la leçon la plus profonde à tirer de mon expérience avec l'alcool n'est pas « l'alcool m'a aidé à parler des langues ». Elle pourrait plutôt devenir : « Je possédais déjà plus de connaissances linguistiques que je ne pouvais en mobiliser, tant que je me souciais de la manière de les utiliser. » Si tel est le cas, l'objectif n'est pas d'introduire quelque chose dans notre cerveau, mais de neutraliser le « gardien » qui en bloque l'accès. 

Bonne chance si jamais vous décidiez d’essayer !

samedi, septembre 26, 2026

Apprendre en apprenant (Quatrième partie)

L'approche que j'envisage consiste est une routine qui dure de 10 à 15 minutes avant d'entamer une conversation en espagnol. Elle se déroule ainsi : 

  • 1. Deux minutes — relaxation physiologique S'asseoir confortablement et respirer lentement, en veillant à ce que l'expiration soit un peu plus longue que l'inspiration. Il ne s'agit pas de chercher à atteindre un état particulier, mais simplement de bien laisser le corps s'apaiser. 
  • 2. Trois minutes — immersion en espagnol Écouter un contenu en espagnol que l'on comprend déjà assez bien. Ne pas l'étudier, ne pas le répéter ni l'analyser. Se laisser simplement imprégner par la langue. C'est important, car cela permet d'activer l'immense réservoir d'expressions accumulées — comme c'est le cas pour moi grâce à l’influence des podcasts, livres, et conversations que je subis au quotidien. 
  • 3. Deux minutes — « s'autoriser à faire des erreurs » C'est peut-être l'étape la plus forte, car on se dit alors quelque chose comme : « Durante los próximos diez minutos, no estoy aprendiendo español. Estoy jugando con el español » Ou : « No necesito hablar correctamente. Necesito hablar » Ce qui signifie : « Pendant les 10 prochaines minutes, nous n'allons pas apprendre l'espagnol, nous allons simplement jouer avec la langue. » La nuance est considérable. 
  • 4. Cinq minutes — improvisation sans interruption Choisir un sujet d'une simplicité enfantine : « Qu'ai-je fait hier ? » « Que vais-je faire demain ? » « Décrire ma maison. » « Raconter une histoire imaginaire. » Ensuite, ne pas s'arrêter pour se corriger ; si un mot manque, le contourner. 

Si la conjugaison est incertaine, faire une approximation. Si un nom est oublié, décrire l'objet en question. Si des mots anglais ou français viennent à l'esprit, poursuivre l'exercice en trouvant une façon de les exprimer en espagnol. La règle doit être la suivante : ne jamais interrompre le flux de la parole pour corriger une phrase. 

Pour ceux d'entre nous qui pratiquent la méditation, nous verrons comment mettre à profit cette discipline pour soutenir nos efforts d'apprentissage linguistique ; ne manquez donc pas la conclusion de cette série dans le prochain article.

vendredi, septembre 25, 2026

Apprendre en apprenant (Troisième partie)

Quand j'étais jeune, l'un des éléments qui m'a beaucoup aidé à apprendre à converser en anglais et en allemand fut l'usage de l'alcool pour « délier ma langue » et me permettre une forme d'improvisation. Aujourd'hui, j'aimerais adopter une alternative bien moins invasive et non toxique — contrairement aux drogues ou à l'alcool — pour atteindre un état de relaxation maximale et d'absence de peur.

Cela permettrait aux mots et aux phrases de jaillir plus librement et naturellement de mon subconscient (nourri, par exemple, par mes leçons quotidiennes, mes lectures ou les podcasts que j'écoute en espagnol). Il est indéniable que la consommation d'alcool a souvent fait partie de ma jeunesse et de mes premières expériences. 

Bien que cette pratique ne m'ait rien apporté sur le plan des connaissances linguistiques, elle réduisait temporairement cette censure interne qui m'empêchait d'accéder aux connaissances déjà accumulées. Cette distinction est importante. Les recherches montrent systématiquement que l'anxiété est associée à de moins bonnes performances dans une langue étrangère. 

J'ai pris connaissance d'une analyse portant sur plus de 10 000 apprenants, qui a mis en évidence une corrélation négative à ce sujet. La question qui se pose désormais est la suivante : peut-on reproduire cet effet de « langue déliée » sans recourir à des stimulants comme l'alcool ? J'espère que oui et je pense que c'est tout à fait possible, et qu’entre autres moyens, ma pratique actuelle de la méditation pourrait constituer un excellent point de départ. 

Appelons cela une « routine de désinhibition pour l'espagnol » ! L'objectif n’est bien évidemment pas d'atteindre une relaxation totale synonyme de somnolence ou de passivité, mais plutôt un état plus subtil : une attention détendue, une autocritique fortement réduite et la pleine liberté d'improviser. 

En d'autres termes, nous voudrions que notre esprit conscient cesse de se demander sans cesse : « Est-ce le bon temps ? Est-ce le bon mot ? Suis-je en train de faire une erreur ? », pour laisser plutôt les connaissances accumulées grâce à nos lectures et nos écoutes émerger et s'exprimer librement au fil de la conversation ! 

Dans le prochain article, nous verrons comment élaborer une méthode pour y parvenir...

jeudi, septembre 24, 2026

Apprendre en apprenant (Deuxième partie)

Les idées sur l'apprentissage des langues que j'ai présentées hier pourraient en fait être poussées un peu plus loin : peut-être que l'objectif ultime n'est pas de « connaître l'espagnol », mais de développer suffisamment d'automatismes pour que l'espagnol « vienne tout seul » – à moi, ou à nous lorsque nous décidons d'apprendre une nouvelle langue. 

En fait, on peut observer trois étapes distinctes : 

  • 1. Identification : « Je comprends cette expression quand je l'entends ou la lis. » 
  • 2. Récupéreration : « Je connais cette expression et je peux la produire si j'y réfléchis. » 
  • 3. Réflexe : « L'expression sort avant même que je l'aie construite consciemment. » 

Il est évident que c'est cette troisième étape qui rend la conversation fluide. Cela explique aussi pourquoi une personne peut posséder un vocabulaire étonnamment vaste tout en peinant à s'exprimer ; je l'ai constaté lorsque j'apprenais l'allemand aux côtés de Japonais qui avaient un vocabulaire immense et une compréhension grammaticale parfaite, mais qui étaient totalement incapables de former la phrase la plus simple. 

C'est ce que j'aime dans mon concept de « blocs de mots courts », car il saisit quelque chose d'essentiel. J'aurais d'ailleurs pu les appeler « briques linguistiques » ou, de mieux encore, des « Lego linguistiques ». Chaque bloc est un élément que le cerveau peut récupérer d'un seul tenant, plutôt que de devoir s'efforcer de l'assembler mot à mot sous la pression de la conversation. 

Par ailleurs, lorsque je dis que ma grammaire est « lamentable », ce n'est pas forcément un problème que je vais simplement remettre à plus tard. À mon insu, la grammaire pourrait bien devenir plus facile une fois que j'aurai mémorisé suffisamment de blocs. Après avoir entendu des centaines de fois des structures comme « quiero que... », « tengo que... », « me gustaría... », « ¿por qué no...? », etc., les modèles de conjugaison et de syntaxe commencent à devenir familiers, presque sans étude délibérée. 

Pour conclure, il se peut que la grammaire apprise en contexte finit par ne plus être tant une chose que l'on mémorise, mais plutôt quelque chose qui nous semble « juste » au moment où elle nous échappe spontanément. Demain, nous poursuivrons avec la technique permettant de « booster » l'apprentissage d'une langue étrangère ; alors, surtout, ne manquez pas ce rendez-vous !

mercredi, septembre 23, 2026

Apprendre en apprenant (Première partie)

Quand j’ai choisir d’apprendre l'espagnol, j’ai appris beaucoup plus que je ne l’espérai. Ce n’était pas la première langue étrangère que j’apprenais. Après le français — ma langue maternelle, sans oublier le patois savoyard parlé par mes parents —, je me suis tourné vers l'anglais, l'allemand, l'italien, le japonais (un parcours inachevé) et, désormais, l'espagnol. 

En chemin, j'ai rencontré de nombreux défis et, point peut-être plus important, j'ai appris certaines choses sur la manière dont nous apprenons réellement les langues. Je suis désormais convaincu que l'une des clés pour parler couramment réside dans l'apprentissage et la maîtrise de courtes séquences de mots : ces expressions, tournures de phrases et constructions idiomatiques qui composent les phrases de notre quotidien. 

Plutôt que de construire chaque phrase mot à mot, nous acquérons progressivement ces petites briques linguistiques — telles des pièces de Lego assemblées — et apprenons à les mobiliser en tant qu'unités. C'est sur cet aspect que je concentre aujourd'hui l'essentiel de mes efforts. Mes compétences en grammaire et en conjugaison restent, pour le dire gentiment, déplorables !

Mais je suis de plus en plus convaincu qu'il n'est pas nécessaire de tout maîtriser d'emblée. Je travaillerai la grammaire plus tard, tout en commençant par me constituer un répertoire d'expressions suffisamment vaste pour bien communiquer, réagir et entretenir une conversation. 

Cette fois-ci, une autre différence notable entre en jeu : l'IA. Disposer d'un partenaire de conversation (un robot, disons le) toujours disponible, patient et sans jugement change considérablement la donne. Cela dissipe en grande partie la peur paralysante de commettre des erreurs face à un interlocuteur humain qui maîtrise parfaitement la langue. Avec l'IA, je peux expérimenter, me ridiculiser, poser dix fois la même question et réessayer sans éprouver la moindre gêne. 

Toutefois, l'IA ne peut pas supprimer l'aspect le plus ardu de l'apprentissage d'une langue : la patience. Elle peut accélérer l'exposition, la pratique et la correction, mais elle ne saurait précipiter par magie la transformation qui doit s'opérer au sein du cerveau. Les mots et les expressions doivent d'abord être reconnus, puis compris, mémorisés et, enfin, mobilisés assez rapidement pour se transformer en réaction spontanée. 

C'est peut-être là l'aspect le plus fascinant de ce parcours : faire passer ce que l’on connaît du cerveau à la bouche. Il existe un monde entre le fait de reconnaître une expression lorsqu'on l'entend et celui de la voir surgir spontanément entre nos lèvres, au moment précis où l'on en a besoin. 

Ainsi, apprendre une langue ne consiste peut-être pas tant à remplir son cerveau de mots qu’à se constituer progressivement un répertoire de réflexes linguistiques — ces petits blocs de langage qui, à force d’exposition et de répétition, cessent d’être perçus comme des éléments appris pour devenir tout simplement des expressions qui sortent toutes seules. 

À mon âge déjà bien avancé, je découvre que cette transformation exige de la patience. Mais je découvre aussi que le cerveau est encore capable de me surprendre. Et c’est là, une leçon plutôt encourageante. Demain, nous verrons comment faire progresser ces éléments ...