mercredi, octobre 21, 2026

La révolte des lycéens français

Avant même les émeutes survenues en France le week-end dernier, beaucoup avait été dit et écrit sur la vague actuelle de manifestations dans les lycées français ; cela dit, les discussions dont j’ai eu connaissance semblent oublier certains points cruciaux. 

D’abord, je me demande pourquoi le gouvernement français est-il si réticent à comparer son système d’enseignement secondaire avec celui de ses voisins européens ? C’est pourtant là une question prioritaire : quelles sont concrètement, les performances de l’enseignement secondaire français par rapport à celles de l’Allemagne, de la Suisse, des Pays-Bas, de la Finlande, de la Suède, etc. ? 

Cette évaluation ne doit pas se limiter aux seuls résultats de tests scolaires, mais doit prendre en compte, de manière approfondie, les acquis scolaires (notamment en mathématiques et en lecture), les taux de décrochage, la répartition entre filières professionnelles et générales, l’accès à l’université, la rémunération et les conditions de travail des enseignants et le taux d’encadrement. 

N'oublions pas l’autonomie des établissements (par opposition à la centralisation), le nombre d’heures d’enseignement, les infrastructures scolaires, le chômage des jeunes après le secondaire, la satisfaction des élèves, la mobilité sociale, ainsi que la transition entre le monde scolaire et le marché du travail. 

Je dois dire que je suis assez frappé par le manque d’attention et d’importance accordés à de telles comparaisons dans le débat public. Par ailleurs, je me demande aussi pourquoi la France ne parvient pas à gagner en maturité en ne cherchant à résoudre ses problèmes que par des manifestations récurrentes assorties de violence. 

Je connais suffisamment mon pays natal pour savoir qu’il possède une forte tradition de contestation, de grèves et de manifestations ; que les élèves et étudiants ont toujours joué un rôle majeur dans les mouvements politiques et qu’il est arrivé, trop souvent, que les gouvernements français soient contraints de faire marche arrière face à une mobilisation populaire intense. 

En d’autres termes, la contestation n’est pas, en France, un outil politique exceptionnel, elle semble fait partie intégrante de la culture nationale, et elle s’avère souvent efficace ! Ne serait-il pas opportun que cet héritage révolutionnaire s’apaise quelque peu, permettant ainsi à la France de s’intégrer plus sereinement dans le concert des autres nations ?

Enfin, si l’on peut admettre que les adultes disposent d’un droit inhérent à manifester dans l’espace public, est-il justifié d’accorder ce même droit à des mineurs — compte tenu de leur développement physiologique et de leur expérience sociale — en les exposant directement aux forces de l’ordre ? Le droit d’un mineur à l’expression politique implique-t-il automatiquement le droit de participer physiquement à une manifestation susceptible de dégénérer en affrontements ? 

Par ailleurs, la société devrait-elle autoriser les mineurs à assumer les risques physiques et les responsabilités liés à des actes de désobéissance civile, tels que pratiqués par les adultes ? Personnellement, je ne le pense pas. Certes, un adolescent peut avoir des opinions — et peut-être même le désir légitime de les exprimer —, mais il existe une différence majeure entre le fait de porter une voix politique et celui de se retrouver au cœur d’une confrontation avec les forces de l’ordre. 

À mon sens, lorsqu’une manifestation politique expose des mineurs à des risques tels que des affrontements avec les unités anti émeutes, l’usage de gaz lacrymogènes, des projections d’objets ou d’autres dangers graves, pourquoi les parents et les autres adultes ne prendraient-ils pas la place physique des enfants, tout en veillant à ce que les revendications de ces derniers soient entendues sans être filtrées, en se faisant leurs porte-parole ?

mardi, octobre 20, 2026

Temps de voter !

Chez nous, le processus de vote pour les élections de mi-mandat n'a jamais été aussi rapide. Peut-être étions-nous impatients de précipiter un changement dans le paysage politique américain ; quoi qu'il en soit, nous avons reçu notre kit de vote par correspondance le 14 octobre et, dès le lendemain, nous avions déjà voté et déposé nos bulletins dans l'une des urnes prévues à cet effet. 

Nous devions choisir plusieurs candidats : un représentant à la Chambre (parmi les 434 qui siégeront au nouveau Congrès), un élu à la législature de l'État de l'Utah, ainsi que divers responsables du comté. 

Qu'avons-nous recherché ? De l'expertise, un bilan solide ou d'autres qualités classiques ? Pas vraiment ; notre préoccupation majeure était de ne surtout pas voter pour un républicain (du GOP). 

Nous considérons ces individus comme des fanatiques de Trump (du genre taliban) qui ont depuis longtemps abandonné tout bon sens et tout discernement au profit d'une vie de mensonges et d'hypocrisie, à l'image de leur chef — l'homme à la casquette rouge qui ne maîtrise plus ce qui sort de sa bouche. 

Reste à voir si nos efforts porteront leurs fruits ...

lundi, octobre 19, 2026

Qui a orchestré les émeutes en France ?

Ce qui m’a surpris lors des émeutes survenues en France samedi dernier, aura ete leur ampleur géographique et leur déclenchement précoce. Tout cela semble trahir un mouvement soigneusement planifié et orchestré.

La première question qui devrait s’imposer naturellement est de savoir qui a le plus à gagner d’une agitation d’une telle ampleur et d’une telle gravité ? À mon sens, la réponse est évidente : Marine Le Pen. Elle est, sans conteste, la principale bénéficiaire de cette situation alarmante ; à l’instar de Donald Trump, elle peut désormais se présenter comme la candidate naturelle de « l’ordre et la sécurité » en vue de la prochaine élection présidentielle. 

Par ailleurs, elle peut rejeter la responsabilité de tous ces troubles sur Jean-Luc Mélenchon, figure de l’extrémisme et de l’extrême gauche qui, dans ce contexte, fait office d’épouvantail idéal. Mais qui d’autre pourrait tirer les ficelles de cette révolte ? Qui, sinon le sinistre Vladimir Poutine et qui sait, des individus comme Trump et Musk ? C’est, du moins, ce que je pressens. 

D’une part, il est indéniable que la Russie mène, depuis longtemps, des opérations d’influence visant à déstabiliser les démocraties occidentales. Les services de renseignement français ont d’ailleurs alerté à maintes reprises sur l’existence de réseaux russes de désinformation qui attisent les tensions sociales ; de même, les médias d’État russes présentent souvent les troubles en France comme l’illustration parfaite du déclin de l’Occident. 

Certes, aucun lien avéré n’a été établi, à ce jour, entre ces émeutes et une quelconque direction, un financement ou une coordination en provenance de Russie ou d’ailleurs. Mon hypothèse n’est pas pour autant à rejeter — Poutine ayant à la fois le mobile, les antécédents et les moyens nécessaires —, mais je conviens qu’un mobile ne constitue pas, en soi, une preuve. 

En somme, si mon intuition paraît tout à fait plausible sur les plans émotionnel et géopolitique, elle demeure hypothétique et reste donc à prouver. Elle ne pourra être retenue que si elle est confirmée par le gouvernement français, ainsi que par les services de renseignement internationaux et les médias planétaires.

dimanche, octobre 18, 2026

Jacques Thomas, 1945-2026

C’est à Nevers, à l’usine Look, que j’ai rencontré Jacques Thomas pour la première fois en 1974. À l’époque, il travaillait sous la direction d’Eric Chevasson et assurait la promotion des fixations Look dans l’Oregon, l’État de Washington et l’Idaho. 

Son travail consistait à former le personnel des magasins et à animer des actions promotionnelles sur neige auprès des skieurs. 

Auparavant, ce Parisien passionné de ski avait débuté comme moniteur au Club Med en Suisse, avant d’enseigner à Woodstock Suicide Six (Vermont) puis de rejoindre Mammoth Mountain (Californie). 

Lorsque Look a mis fin à ses programmes de promotion internationale, il a rejoint Rossignol ; il a travaillé en Europe puis sur le circuit de la Coupe du monde, avant de revenir aux États-Unis pour s’occuper du World Pro Tour, nouant au passage une amitié avec Otto Tschudi. 

C’est ainsi qu’il s’est orienté vers la préparation de skis après s’être installé à Winter Park, dans le Colorado ; son atelier de préparation et de location a fini par devenir « Le Feet Lab » en 1998, un centre spécialisé dans la mise au point et le chaussant des chaussures de ski, où Jacques a acquis une solide réputation d’expert en la matière. 

Depuis notre première rencontre, je le croisais régulièrement lors de salons du ski ou même à Park City quand il venait visiter les lieux. Je l’ai aussi souvent vu à Winter Park durant mes années dans le Colorado, entre 1999 et 2006. Plus récemment, il avait passé le relais à sa fille Jacqueline pour se consacrer davantage à la pêche en mer, à San Carlos, au Mexique. 

Notre dernière conversation téléphonique remonte à environ un mois, à l’occasion de son 81e anniversaire. Il est décédé à Denver à la suite d’une intervention chirurgicale pour traiter des anévrismes situés au niveau de ses deux genoux. Il laisse un vide immense et irremplaçable dans le monde du ski en général, et dans l’art du « ski boot fitting » en particulier.

samedi, octobre 17, 2026

Une façon simplifiée de créer des vidéos ?

La création de vidéos est l'un de mes passe-temps favoris bien que cela me frustre souvent : l'élaboration du scénario, le tournage et, surtout, le montage prennent énormément de temps. 

Il y a peu, un ancien camarade de l’école d’horlogerie de Cluses m'a envoyé la photo d'un homme très athlétique sur lequel il avait superposé mon visage, accompagnée de cette légende : « Un lion en laisse... Il est prêt à tout pour frimer !... » 

J'ai répliqué en envoyant une de mes photos prise deux jours plus tôt, après une intervention chirurgicale à la joue pour ôter un sarcome. 

J'y ai ajouté ce commentaire : « Arrête tes bêtises, Robert : regarde ce qui m'est arrivé à cause de ton lion ! » Il n'a pas désarmé et a répondu : « C'est quoi ça ?... Ta femme t'a mordu ??? » 

Ce soir-là, je suis tombé sur un reportage présentant « EyeTell », un nouveau procédé révolutionnaire de production cinématographique. Il s'agit d'une plateforme vidéo et d'un studio virtuel pilotés par l'IA, créés par Chad Hurley (cofondateur de YouTube) ; l'outil permet aux utilisateurs d'écrire, de choisir les acteurs, de réaliser, de générer, de monter et d'exporter des vidéos courtes et des histoires interactives créées par intelligence artificielle. 

N'étant pas du genre à baisser les bras, je me suis dit : « Accroche-toi bien, Robert, je vais te rendre la pareille ! » Le lendemain, après une prise en main rapide du site, j'ai consacré une minute ou deux à donner à EyeTell les instructions pour le scénario d'une courte vidéo, j'y ai intégré ces deux photos et j'ai lancé le processus. 

Il a fallu deux ou trois heures au système pour traiter les informations fournies ; j'ai fini par obtenir sept courtes vidéos racontant ma mésaventure imaginaire avec le lion. J'aurais pu peaufiner la narration, mais je l'ai enregistrée spontanément, en une seule prise ; j'ai ensuite monté la vidéo et l'ai mise en ligne sur YouTube. Cette étape finale ne m'a pris que 10 à 15 minutes. 

Pour vous donner une idée et un point de comparaison, je réalise depuis plus d’une décennie une vidéo de fin d’année qui me demande habituellement entre 65 et 100 heures de travail. C’est stupéfiant – non, c’est terrifiant de voir comment, avec un bon scénario et les bonnes photos ou vidéos, je peux tout faire en une heure (au moins 65 fois plus vite). 

Ce programme EyeTell n’est pas destiné au genre de bricolage que je fais pour m’amuser, mais aux longs métrages complets. Hollywood a de très bonnes raisons de s’inquiéter de l’IA ! 

vendredi, octobre 16, 2026

La curiosité et moi (Deuxième partie)

Pour moi, la curiosité n’est ni un passe-temps ni un intérêt passager. C’est plutôt un trait qui a contribué à faire de moi la personne que je suis. Je perçois la curiosité comme une impulsion et une volonté de prendre des risques ; elle m’a parfois poussé au-delà du confort ou de la prudence. Cette dimension rend la réflexion bien plus riche qu’une simple célébration de l’apprentissage.

D’une certaine manière, la curiosité est aussi un refus de cesser d’évoluer. C’est, à mes yeux, l’idée la plus forte, car elle relie le désir de découverte à celui de rester intellectuellement vivant. Par ailleurs, je vois en ce trait l’ennemi de la stagnation intellectuelle. En effet, il est très facile de devenir prisonnier de ses connaissances acquises, en croyant que ce que l’on sait déjà suffit. 

La curiosité remet en question cette complaisance. Elle nous rappelle que notre expérience, aussi vaste soit-elle, reste toujours incomplète et susceptible de s’enrichir. Elle nous garde également jeunes d’esprit : si nous ne pouvons arrêter le cours du temps, nous pouvons influencer la façon dont nous le vivons. Chaque jour, en continuant à poser des questions, à explorer des sujets inconnus et à revoir nos anciennes opinions, nous nous donnons la possibilité d’apporter quelque chose d’inattendu. 

De plus, la curiosité exige un peu d’humilité. Peut-être que la plus belle expression de la curiosité ne consiste pas à se demander « Comment prouver que j’ai raison ? », mais plutôt « Qu’est-ce qui pourrait m’échapper ? ». Cette question laisse la porte ouverte à l’apprentissage auprès d’autrui, y compris de ceux dont les opinions diffèrent des nôtres. 

Cela amène aussi une distinction utile : la curiosité ne signifie pas poursuivre toutes les questions ni ignorer toutes les limites. L’expérience et la connaissance de soi nous apprennent quand explorer, quand faire une pause et quand respecter les risques. Le défi consiste à préserver cette soif de découverte sans pour autant mettre en péril ce qui compte vraiment. 

Pour clore notre discussion sur ce sujet, j’ajouterais cette phrase à notre réflexion : « Ma curiosité ne m’a peut-être pas toujours conduit sur les chemins les plus sûrs, mais elle m’a évité de confondre la route que je connais avec la seule route qui vaille la peine d’être empruntée. » 

C’est là, je crois, l’essence même d’une vie façonnée par la curiosité : cette volonté de continuer à découvrir, même après des décennies d’expérience ...

jeudi, octobre 15, 2026

La curiosité et moi (Première partie)

Il me semble avoir toujours été une personne curieuse. Bon, cela n’a rien d’inhabituel : nous naissons tous curieux. Mais ma curiosité a toujours eu un appétit immense — insatiable, devrais-je dire. Parfois, elle a failli me coûter la vie alors que je me lançais dans des expérimentations périlleuses. 

Pourtant, ni ces frayeurs ni les quelques fois où j’ai franchi certaines limites n’ont réussi à dompter ce trait vorace de ma personnalité. 

La curiosité a souvent une connotation négative, comme si être curieux revenait à être indiscret ou fouineur, mais si c’est là le prix à payer pour étancher ma soif de découverte, qu’importe ? 

Avec le recul, je crois que la curiosité m’a été extrêmement bénéfique. Elle a contribué à façonner la personne que je suis aujourd’hui, avec tous mes défauts et mes qualités, et j’ai appris à accepter les uns comme les autres. En fait, j’irais même plus loin : pour moi, la curiosité est l’un des indicateurs de l’intensité avec laquelle nous vivons. Elle nous garde en éveil, ouverts à de nouvelles possibilités et avides d’apprendre. 

C’est peut-être ce que l’on appelle l’apprentissage tout au long de la vie, ou la formation continue. Quel que soit le terme employé, je ne vois aucune raison de m’arrêter tant qu’il reste des questions à poser, des choses à découvrir et des idées à remettre en question. Ce n’est pas la première fois que j’aborde ce sujet. 

Dans un prochain article, nous explorerons plus en profondeur le formidable trésor que représente la curiosité.