mercredi, octobre 28, 2026

Marcel Grivel-Delillaz, 1946-2026

Marcel et moi nous sommes rencontrés pour la première fois à Chamonix, en mai 1971, lors d’une réunion d’organisation avant notre départ pour l’Australie, où nous allions enseigner le ski à Mt. Buller durant l’hiver austral. 

Nous nous sommes retrouvés mi-juillet dans cette petite station du Victoria, après un long périple de six semaines en mer, que j’avais effectué en compagnie de JP Chatellard. Marcel était un skieur passionné, débordant d’énergie et d’enthousiasme ; il a conservé cette intensité remarquable jusqu’à la fin du mois de septembre quand prit fin la saison de ski. 

Après cette expérience riche en bons moments, nous nous sommes quelque peu perdus de vue ; je savais simplement qu’il venait d’épouser Nadia et qu’il avait, par conséquent, choisi de ne pas nous accompagner pour une saison de plus dans l’hémisphère sud. 

Nos chemins devaient brièvement se croiser à nouveau, le 13 avril 1974, quand je suis tombé sur Marcel et Nadia à la salle de bal « Le Robinson » à Morzine, dans des circonstances mémorables. 

Après cela, il fallut attendre près de trois décennies pour que nous reprenions contact, au moment où, ayant pris ma retraite, j’ai eu le temps de renouer avec mes anciennes connaissances. Le ski, le VTT et nos souvenirs communs ont alimenté nos nombreuses conversations téléphoniques et nos échanges sur les réseaux sociaux. 

Enfin, le 14 octobre 2023, Evelyne et moi partagions un agréable déjeuner avec Marcel à Annemasse, près de Genève. Par la suite, nous avons continué à échanger par téléphone et via les réseaux sociaux ; notre dernière conversation remontant au 23 janvier de cette année, et notre dernier échange sur WhatsApp ce 24 septembre. 

Marcel a été emporté par un arrêt cardiaque ce 26 octobre, à peine un mois avant son 80e anniversaire le 30 novembre. Il laissera un grand vide auprès de sa famille et de tous ses amis amoureux de la montagne.

mardi, octobre 27, 2026

Socialisme et Économie « à la française »

La France, mon pays natal, présente une combinaison singulière : un socialisme confortable, des concepts économiques et financiers « élastiques », et une certaine réticence à affronter des réalités difficiles, voire douloureuses. Plus simplement, l’ensemble des acquis sociaux accumulés au fil du temps fonctionne comme un mécanisme irréversible — comparable au système de cliquet que l’on trouve sur un treuil, empêchant tout retour en arrière. 

Cet « effet cliquet » ne s’est pas mis en place du jour au lendemain ; il est issu du contrat social d’après-guerre, consolidé par des syndicats puissants et une culture politique où la rue est perçue comme l’arène la plus légitime et la plus efficace de l’expression démocratique. 

En d’autres termes, tout avantage social acquis au fil des ans est considéré comme intangible ; toute tentative — quelle qu’en soit la raison — de le remettre en cause déclenche quasi systématiquement des manifestations dans la rue, s’accompagnant parfois de dégradations, d’incendies et de pillages. On pourrait y voir une forme de prise d’otages, et c’est sans doute le cas. 

Ainsi, qu’il s’agisse de l’âge de départ à la retraite (62 ans), de la durée hebdomadaire du travail (35 heures) ou de tout un éventail d’autres acquis — sans oublier l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde —, toute idée de réforme ou de réduction est, en pratique, exclue. 

C’est, d’une certaine manière, comparable à la Constitution américaine : gravé dans le marbre et quasiment immuable. L’architecture sociale française, admirable à bien des égards, se heurte aujourd’hui à une économie mondiale qui valorise la flexibilité, l’innovation et une adaptation rapide — autant de qualités que le système français tend, au contraire, à étouffer. 

Pourtant, le monde qui nous entoure évolue ; chaque nation se retrouve en concurrence économique avec ses voisines, et ce filet de protection sociale, devenu un boulet, paralyse désormais un gouvernement français pris en otage par des mouvements sociaux qui menacent, à tout moment, de paralyser la nation tout entière. Les manifestations en France oscillent entre mobilisations pacifiques de grande ampleur et troubles violents. 

Ces deux formes s’inscrivent dans une longue tradition où la contestation publique fait office de contre-pouvoir. Changer cet état de fait exigerait un courage politique dont Emmanuel Macron — tout comme la droite traditionnelle avant lui — s’est montré cruellement dépourvu. 

Aujourd’hui, en s’inspirant des méthodes de Donald Trump, Marine Le Pen oserait peut-être franchir le pas, si toutefois elle parvenait à se faire élire — ce dont je continue, pour ma part, à douter. Le candidat suivant qui s’impose, le représentant de la gauche Jean-Luc Mélenchon, ne parviendrait probablement pas non plus à accomplir grand-chose s’il était élu, compte tenu d’un parlement divisé. 

Les gouvernements successifs — de gauche, de droite comme du centre — se sont heurtés à des difficultés pour réformer le système, car toute tentative de modifier ce mécanisme à cliquet suscite une résistance massive. Il reste incertain de savoir si les futurs dirigeants parviendront à surmonter cette dynamique. 

Si le système français, comme ce mécanisme à cliquet, a permis de préserver remarquablement les acquis sociaux, il a également instauré un équilibre politique au sein duquel tout changement est devenu quasi impossible. La question de savoir si cet équilibre peut perdurer dans un monde en mutation rapide auquel la France devra, tôt ou tard, faire face.

lundi, octobre 26, 2026

Coups de fil « sous-marins »

Pendant des années, quand ma fille nous appelait au téléphone depuis la rue en utilisant ses AirPods d’Apple, nous entendions surtout un bruit de fond très agaçant, comme si elle se trouvait dans une baignoire remplie d’eau en mouvement. Nous le lui avions fait remarquer à maintes reprises, mais chaque fois, elle niait en bloc, étant incapable de percevoir ce bruit elle-même. 

Nous étions tout simplement épuisés par cette conversation qui revenait sans cesse ! Je ne sais pas si vous avez déjà entendu ce bruit quand vos proches ou vos amis vous appelait sur leur portable, mais pour ma part, après en avoir fait l’expérience à répétition avec ma propre fille, je me suis mis à étudier la question, d’abord pour m’assurer que je ne rêvait pas. 

J’ai donc cherché à comprendre l’origine de ce son irritant — ce bruit d’« eau qui clapote » ou d’immersion dans une baignoire — et j’ai découvert qu’il provenait, dans la grande majorité des cas, du système de réduction de bruit de ses AirPods. Mes recherches ont révélé que ce phénomène peut se produire avec de nombreux écouteurs sans fil, mais que les AirPods sont particulièrement concernés, en raison du fonctionnement de leurs microphones et de leurs algorithmes de traitement du son. 

Les AirPods utilisent des microphones orientés vers l’extérieur pour capter les bruits ambiants, permettant ainsi à la puce interne de les annuler ou de les filtrer lors des appels. Lorsque l’utilisateur se trouve en plein air, le vent ou les courants d’air qui balaient les petites grilles des microphones créent d’importantes turbulences. Plutôt que de transmettre ce bruit de vent intense directement à l’oreille, le processeur de signal numérique (DSP) des AirPods intervient pour supprimer ces fréquences en temps réel. 

Ce filtrage constant et très marqué génère un son sourd et tourbillonnant, qui rappelle le clapotis de l’eau dans une baignoire ou les variations de pression que l’on ressent sous l’eau. Par ailleurs, lors d’une marche rapide, chaque impact du talon propage de légères vibrations à travers le corps. De plus, ses cheveux ou ses vêtements peuvent effleurer les tiges ou les grilles des microphones des AirPods. 

L’algorithme de réduction de bruit tente alors d’isoler sa voix de ces petits chocs répétés et des bruits de frottement, ce qui altére davantage le son ambiant, lui donnant cette texture caractéristique d’« eau qui clapote ». En approfondissant mes recherches, j’ai découvert quelques solutions simples que ma fille pourra tester directement sur ses AirPods. Tout d’abord, activer la fonction « Isolement de la voix » (dans les réglages de l’iPhone) : pendant un appel, faire glisser le doigt vers le bas pour ouvrir le centre de contrôle, appuyer sur « Mode micro », puis sélectionner « Isolement de la voix ». 

Cette option utilise l’apprentissage automatique pour isoler spécifiquement la voix, éliminant ainsi la quasi-totalité des bruits ambiants, comme ceux causés par le vent. Ensuite, désactiver le « Mode Transparence » : si les écouteurs sont des AirPods Pro et que le « Mode Transparence » ou l’« Audio adaptatif » est activé, passer au mode standard (désactivé) lorsque le vent souffle fort ; cela permet de réduire le traitement agressif du signal microphonique transmis lors de l’appel. 

Enfin, nettoyer les grilles des microphones : avec le temps, de la poussière fine ou d’autres particules peuvent s’accumuler dans les petites grilles noires situées sur le boîtier des AirPods. Cela peut fausser les calculs des algorithmes concernant le vent, rendant le son encore plus étouffé. Des grilles propres garantissent un traitement audio optimal. Maintenant, taisez-vous et laissez vos interlocuteurs écouter : le son devrait être parfaitement clair !

 

dimanche, octobre 25, 2026

Fromage à raclette américain ?

Pendant des années, je me suis estimé heureux de trouver de la raclette de marques comme Mifroma, Emmi (Suisse) et Livradois (France) sur les rayons des supermarchés américains. Comme la raclette importée est soumise à des règles d'origine strictes, ces grandes marques sont les seules qu’on trouve dans nos rayons fromage. 

Ces marques importées, classées ci-dessous selon leur pays d'origine consistent de raclettes suisses traditionnellement produites en Valais et en vallée de l'Emmental). Elles se distinguent par une texture dense et veloutée, ainsi que par un profil gustatif riche en saveurs, avec des notes de noisette et une légère touche sucrée ; elles conservent remarquablement bien leurs qualités une fois fondues. 

Quant aux raclettes françaises, provenant principalement de Savoie et d'Auvergne, elles ont tendance à être un peu plus souples et crémeuses, avec un arôme plus puissant et marqué, et une finale fruitée évoquant le terroir. Le revers de la médaille pour tous ces fromages est leur disponibilité irrégulière et leur prix exorbitant (environ 45 € le kg, voire plus contre 15-20 € chez vous). 

Pour remplacer cette raclette coûteuse, j'ai découvert la semaine dernière chez Costco le « Whitney », une alternative américaine vendue 28 € le kg. J'avais du mal à y croire et j'étais plutôt sceptique. 

Ce fromage est produit par Jasper Hill Farm à Greensboro Bend, dans le Vermont est un produit de type raclette au lait cru, maintes fois primé. 

Il doit son nom à Tim Whitney, employé de longue date et affineur chez Jasper Hill. C'est un fromage à pâte demi-ferme, de style alpin, élaboré à partir de lait de vache cru (de race Ayrshire de la ferme, nourri à l'herbe). Il est affiné pendant 3 à 6 mois dans les caves de Jasper Hill. 

Nous l'avons goûté l'autre soir et avons été agréablement surpris. Malgré sa couleur d'un blanc éclatant à la fonte et une légère émulsion visible sur les bords, il était savoureux et très digeste ; il pourrait bien devenir pour nous une alternative abordable aux versions alpines, à condition que Costco continue de l’offrir dans ses rayons !

samedi, octobre 24, 2026

Quoi faire des jours où rien ne va (Troisième partie)

Une question subsiste qu'il nous faut absolument aborder : si nous vivions dans un univers parfaitement lisse et idéal, où chaque journée serait parfaite, que deviendrions-nous, pauvres humains, en ayant tout ce que nous désirons — et bien plus encore ? Quel effet cela ferait-il de mener une existence d'une fluidité, d'une facilité et d'un bonheur ininterrompus ? Serait-ce enfin cette félicité que nous recherchons tous et que nous appelons « bonheur » ? 

J'en doute fort ! Nous nous ennuierions terriblement et très vite, nous deviendrions impossibles à satisfaire. Même si notre vie est bonne, un « jour sans », quelques difficultés, une souffrance légère ou une frustration intense restent une bénédiction : ils nous permettent d'apprécier pleinement l’agrément et la sérénité de tous les autres jours. 

Rappelons-nous donc que lorsqu'une journée moins agréable attire notre attention, nous devrions la considérer simplement — et sans drame — comme une ponctuation marquante au sein d'un texte fluide. Elle nous rappelle simplement la chance que nous avons de n'affronter que des traumatismes, des drames et des désagréments épisodiques. 

Il y a là une leçon plus profonde qui mérite, je pense, d'être explorée à mesure que nous vieillissons : le bonheur dépend peut-être moins du nombre de bons jours que nous accumulons que de notre capacité à les reconnaître. 

Nous pouvons passer beaucoup de temps à attendre un événement passionnant, une nouvelle réussite, une occasion spéciale ou une expérience exceptionnelle. Pendant ce temps, les jours ordinaires défilent presque inaperçus, souvent totalement ignorés. Pourtant, ce sont ces jours tranquilles qui représentent la plus grande partie de notre vie. 

Pas besoin de perfection pour être pleinement heureux ; un peu de « texture » et de rugosité nous aident à nous souvenir que le Formica a été créé sans le vouloir pour vite devenir ennuyeux et démodé ! 

Si nous parvenons à ancrer ce réflexe dans notre esprit, nous ferons un grand pas en avant ; cela nous rappellera au moins d'être infiniment reconnaissants pour tous ces autres jours qui nous semblent « ennuyeux » ! Nous ne pouvons pas nous garantir une vie exempte de « jours sans ». 

Mais nous pouvons œuvrer pour une vie où les jours de déprime ont moins d'emprise sur notre esprit, tandis que les jours heureux diffusent une lumière bien plus chaleureuse dans notre cœur.

vendredi, octobre 23, 2026

Quoi faire des jours où rien ne va (Deuxième partie)

Maintenant que nous savons et acceptons que les « jours sans » font partie intégrante de notre vie, pourquoi ne pas tirer parti de leur présence occasionnelle ? Peut-on sérieusement envisager d’en profiter ? 

C'est en tout cas ce que je pense, et ce que j'essaie de faire — quand je suis capable de m’en rappeler. En réalité, ce sont de belles occasions pour cultiver la patience, renforcer notre résilience, découvrir ce qui compte vraiment et nous rappeler que nous sommes tout à fait capables de surmonter les inévitables aléas de l'existence. 

Nous n'avons peut-être pas choisi l'épreuve, mais si nous sommes astucieux, nous pouvons souvent trouver plein de bonnes choses a en retirer. 

Du moins, c'est ce que je m'efforce de faire. Avec un peu d'entraînement, nous pourrions même apprendre à apprécier ces journées ordinaires que nous jugions autrefois ennuyeuses. 

Une matinée paisible, une routine familière, une conversation agréable ou simplement une journée sans mauvaises nouvelles peuvent tous contribuer à une excellente journée. Ce que nous qualifions de journée sans histoire est peut-être, en réalité, une assez bonne journée que nous n’avons tout simplement pas su apprécier. 

Alors, la prochaine fois qu'un où rien ne va frappe à la porte, ouvrons-lui, cherchons bien les pépites que nous pouvons glaner et rappelons-nous que cette pointe de pessimisme n'est qu'une visiteuse de passage, et pas une résidente permanente. 

Et pourquoi ne pas aller encore plus loin en éprouvant de la gratitude pour ces journées ordinaires, sans imprévus, voire jugées ennuyeuses ? Elles comptent peut-être parmi les plus grands luxes que la vie puisse nous offrir ! 

Forts de ce constat, nous conclurons cette série en nous demandant à quoi ressemblerait notre vie si chaque journée était fluide, sans accroc, tout simplement parfaite. Restez donc avec nous !

jeudi, octobre 22, 2026

Quoi faire des jours où rien ne va ? (Première partie)

Que se passerait-il si nos vies étaient toujours fluides, faciles et heureuses ? Ne finirions-nous pas par nous ennuyer terriblement, voire par considérer notre bonheur comme allant de soi ? Après tout, comment apprécier pleinement le soleil si l'on n'a jamais connu de journée nuageuse ? 

Même lorsque tout va bien, une journée difficile, quelques obstacles, une légère souffrance ou une frustration intense peuvent s'avérer utiles. Ils nous rappellent la valeur de tous ces autres jours où tout coule parfaitement, où nous nous sentons bien et où la vie n’exige pas d'efforts. 

Parfois, nous avons besoin d'un petit accroc sur le chemin pour réaliser à quel point nous sommes chanceux. Alors, la prochaine fois qu'une journée moins bonne nous démoralise, pourquoi ne pas essayer de voir les choses différemment en restant positif ? Au lieu d’y voir une perturbation majeure, voyons cela comme la ponctuation d’un texte. 

Ce pourrait être une virgule nous invitant à faire une pause, un point-virgule nous rappelant que l'histoire se poursuit, ou même un point d'exclamation sur un élément négligé. Bien entendu, cela ne signifie pas qu'il faille apprécier chaque difficulté, faire semblant de ne pas avoir mal ou accepter passivement des circonstances que nous pourrions changer. 

Certains problèmes exigent une action, certaines déceptions nécessitent du temps pour guérir et certaines expériences sont tout simplement douloureuses. Mais il y a une différence entre traverser une journée difficile et la laisser nous convaincre que tout se met à aller mal. La difficulté consiste peut-être à acquérir un nouveau réflexe : quand frustration, déception ou découragement nous tombent soudainement dessus. 

Nous les reconnaissons, nous y faisons face du mieux que nous pouvons avant de nous rappeler qu'il ne s'agit que d'un moment passager dans une perspective bien plus vaste. Nous ne sommes pas obligés de transformer chaque désagrément en drame ou chaque contretemps en verdict sur notre bonheur. 

Nous pouvons même aller plus loin en tirant parti de ces « jours sans », et c’est que nous allons découvrir dans un prochain blog...