dimanche, février 08, 2026

Quand les vieux skieurs ont du mal à se relever (Deuxième partie)

En plus des facteurs abordés hier, le vieillissement affecte aussi l'oreille interne, les récepteurs articulaires et les voies nerveuses qui nous permettent de nous situer dans l'espace. Cela rend plus difficile la coordination de la séquence « rouler, planter, pousser » nécessaire pour se relever sur la neige. 

La diminution de l'équilibre est l'un des principaux facteurs de difficultés liées aux chutes chez les personnes âgées. Sur terrain plat, où la gravité cesse de nous aider, ce déficit devient encore plus évident. Même des athlètes âgés en bonne forme physique présentent des temps de réaction plus lents et une force « explosive » réduite, c'est-à-dire l'impulsion rapide nécessaire pour se relever. 

Il ne s'agit pas seulement de masse musculaire ; c'est le système nerveux qui fonctionne plus lentement et moins efficacement. Avec l'âge, les genoux, les hanches et la colonne vertébrale perdent en souplesse et en amplitude de mouvement. Se relever après une chute nécessite une rotation des hanches, une flexion des genoux et des chevilles, et la capacité de ramener le torse au-dessus du centre de gravité. 

Nos chaussures de ski bloquent les chevilles, de sorte que les hanches et les genoux doivent fournir un effort encore plus important, là où la raideur a tendance à s'installer. S'ajoute à cela la peur : les personnes âgées hésitent souvent, car elles veulent protéger inconsciemment leurs articulations ou craignent de retomber. 

Ce « frein mental » réduit la fluidité nécessaire pour se relever efficacement. Les moniteurs de ski qui travaillent avec des clients âgés soulignent qu'il leur est beaucoup plus difficile de se relever skis aux pieds, sauf si la pente est suffisamment raide pour aider à positionner les hanches au-dessus des pieds. Sur terrain plat, la seule solution est souvent de déchausser.

Les opérateurs d'héliski le savent, c'est pourquoi ils n'amènent plus de skieurs âgés, non pas parce qu'ils ne sont pas assez bons, mais parce qu'ils risquent de ne pas pouvoir se relever après une chute en neige profonde et ralentir inutilement le groupe. 

La conclusion évidente de cette brève discussion est donc d'éviter les chutes et, si cela arrive, de se rappeler que nous avons une chance incroyable de pouvoir encore skier à soixante-dix ans ou plus !

samedi, février 07, 2026

Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques

Hier après-midi, les conditions de ski n'étaient pas mieux que d’habitude, donc ma femme et moi avons regardé toute la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques. C'était la première fois depuis longtemps que nous faisions cela.

Nous avons apprécié certains numéros, comme la présentation des athlètes et le défilé de mode ou le costume le plus tarabiscoté est l'ennemi du bien, mais qui reste toujours un moment fort. Certains étaient un peu excessifs, mais c'est une question de goût personnel. Nous avons trouvé l'événement beaucoup trop long. Près de trois heures, alors que deux auraient suffi. 

J’ai plutôt aimé quand J.D. Vance et Israel se sont fait siffler. Nous avons apprécié le discours de Kirsty Coventry, du Zimbabwe, la nouvelle présidente du Comité international olympique (CIO) depuis juin 2025. 

Nous étions attristés de constater que des gens meurent toujours au Soudan, à Gaza et en Ukraine, tandis que des milliers d'autres s'amusent en Italie, mais je suppose que l'humanité est tout à fait capable de marcher et simultanément de continuer de regarder son smartphone …

Quand les vieux skieurs ont du mal à se relever (Première partie)

Après 70 ans, les skieurs ont de plus en plus de difficultés à se relever après une chute, surtout sur terrain plutôt plat. Ce problème est tel que les compagnies d'héliski déconseillent, voire interdisent, l’activité aux skieurs âgés. Au-delà de la baisse de masse musculaire, nous allons voir aujourd'hui ce qui se cache réellement derrière cette difficulté. 

La réponse est évidemment plus complexe que « moins musclé ». La perte musculaire est un facteur important, mais elle ne représente qu'une partie d'un changement plus global lié à l'âge, qui affecte la façon dont le corps bouge, se stabilise et est capable d’une force coordonnée.

Les recherches sur les personnes âgées et la capacité à se relever après une chute mettent en évidence plusieurs facteurs interdépendants qui rendent le fait de se relever du sol, surtout avec des chaussures de ski, sur la neige et avec les skis aux pieds, particulièrement difficile après 70 ans. 

Se relever du sol nécessite une séquence de mouvements que beaucoup d'entre nous cessent de pratiquer en vieillissant. Les kinés expliquent que se relever du sol exige une bonne mobilité des hanches, un engagement des muscles abdominaux, une stabilité des épaules et un contrôle de la rotation, autant de capacités qui diminuent avec l'âge, même chez des adultes actifs. 

Les chaussures et les skis amplifient ce problème : ils limitent la flexion de la cheville, réduisent l'effet de levier et empêchent de positionner les pieds sous le corps comme le font instinctivement les jeunes skieurs. Nous sommes donc confrontés à une combinaison de mobilité réduite, d'équilibre précaire, de réponse neuromusculaire diminuée, de manque de confiance en soi et d'un équipement de ski qui devient trop encombrant. 

La perte musculaire n'est qu'un facteur parmi d'autres ; nous aborderons donc le reste du problème plus profondément demain !

vendredi, février 06, 2026

Quand on descend une marche ... (Deuxième partie)

Ce qui a inspiré l’anecdote d’hier à propos de descendre et de monter des marches est le résultat d’une journée de ski avec ma fille, la veille. Pendant des années, j'ai toujours maintenu une avance confortable sur celle-ci dans des terrains et des conditions difficiles, mais à 78 ans, les choses sont en train de changer, car désormais, elle me talonne.

Pour moi, cela signifie que je vieillis et que cette « descente de marche » s’approche. Nous sommes tous deux de bons skieurs mais les conditions d'enneigement actuelles en Utah sont extrêmement difficiles, ce qui m'a donné l'idée de cette « montée et descente de marche ». Le ski est une façon viscérale de ressentir l’importance des changements de vitesse, de l'équilibre, du temps de réaction, de la concentration et de la confiance en soi dans des conditions de neige et de terrain sans cesse variées. 

C’est une activité où le corps connaît la vérité avant que l'esprit ne l'ait pleinement comprise. Pourtant à mon âge, j'adore toujours ce sport et reste encore à la recherche des terrains et des conditions difficiles. Ce n'est pas vrai pour tous ceux qui ont mon âge. La plupart ne fréquentent plus les pistes, et le reste ne peuvent plus suivre une femme de 43 ans en pleine forme qui skie depuis qu’elle est toute petite. 

Le fait qu'elle me « talonne » encore au lieu de me doubler et disparaître au loin et encore rassurant sur mon niveau, mais le jour où elle me rattrapera, ce ne sera pas seulement parce que je ralentis, ce sera qu'elle continuera de progresser. 

Elle est aujourd’hui sur cette lancée de force, d'expérience et de confiance. Elle s’améliore encore pendant que je m'adapte. C’est juste une passation de pouvoir, pas un échec personnel. Je vois ça avec lucidité, sans apitoiement, sans réaction défensive, ni déni de la réalité. J'ai simplement observé et tout cela a suscité une réflexion philosophique. Appelons cela une « montée de marche » mentale ! 

Bien sûr, l'état de la neige actuelle, peu épaisse, ondulée et dure, amplifie tout démesurément. Ces conditions glacées, caillouteuses et regelées affectent efforts et temps de réaction. En bonne neige poudreuse, ces écarts seraient moindres. 

Les conditions façonnent la performance plus que l'orgueil ne veut l'admettre. Un recul physique, même minime, peut être compensé par une progression dans un autre domaine, comme l’affinement de ma technique, une efficacité accrue et un plaisir de skier plus intense en compagnie de ma fille. 

Il ne s'agit pas de compensation, mais d'évolution. L’impression que cela m’a permis d’avoir n'était pas simplement un signe de vieillissement ; c'était un moment de réajustement. Et le fait que j'y réfléchisse avec autant de nuances ne signifie pas que je perds du terrain, mais simplement que je change de perspective !

jeudi, février 05, 2026

Quand on descend une marche ... (Première partie)

La vie n’est pas une expérience linéaire et avec le temps et l’âge, une « descente de marche » fait partie du décor. Je crois que, logiquement, pour chaque « descente de marche », nous devrons imaginer comment « remonter une marche » pour compenser. Si l'une est physique, celle qui compense peut être mentale, spirituelle, ou peut-être également physique, mais beaucoup plus facile à exécuter. 

Cela efface le sentiment de perte par un transfert égal vers quelque chose de différent. Cette idée qui m'est venue à l'esprit ce matin me semble étonnamment pratique. C’est peut-être une version personnelle de l'homéostasie, la façon dont les systèmes vivants maintiennent l'équilibre en ajustant un élément quand l'autre change. Dans ce cas, nous parlons du domaine émotionnel et existentiel liés au vieillissement, au changement et à la perte.

C'est probablement ma façon de rejeter le mythe du déclin qui considère le vieillissement ou ses revers comme une descente inéluctable. Mon idée reconnaît la « descente de marche » mais refuse de lui laisser définir toute une trajectoire. À sa place, je propose une adaptation ascendante qui n'est pas du déni, mais un réajustement. 

J'aime cette idée car elle correspond à la nature dynamique de la vie. Les limitations physiques ne doivent pas nécessairement stopper la croissance ; elles peuvent signaler le début d'une autre forme d’épanouissement. Une perte dans un domaine peut ouvrir un gain dans un autre, non pas pour compenser, mais pour bien redistribuer l'énergie. 

Cela pourrait refléter notre évolution naturelle. Par exemple, un coureur ayant des problèmes de genoux devient nageur, une personne qui perd son endurance physique approfondit sa vie intellectuelle ou créative, ou encore le nouveau retraité épuisé par une dure vie de travail qui devient philosophe. Je ne fais que articuler consciemment cet instinct. 

Alors qu'un « descente de marche » est souvent perçue comme imposée, ce concept la reformule comme une opportunité d’en « remonter une », quelque chose d'intentionnel, de riche et d'autonome. Cela seul peut atténuer le sentiment de perte. Bien sûr, il ne s'agit pas de faire comme si le déclin n'avait pas lieu. Il s'agit de refuser qu'il devienne toute l'histoire. 

Cela doit être vu comme un outil concret, et non pas comme une philosophie qui commencerait par constater la descente de marche. Il s'agit plutôt d’en remonter une dans un contexte où toutes deux coexistent sans ressentiment. Disons un contrepoids émotionnel, une idée profondément humaine, lucide, mais sans fatalisme. 

La réalité du vieillissement est respectée tout en préservant l'épanouissement. Elle évite ainsi le piège de vouloir « gagner » contre le temps au lieu de s'adapter avec grâce et créativité. Je suis tellement reconnaissante que cette pensée me soit venue à l'esprit. 

Demain, je vous raconterai comment cette idée m’est passée par la tête.

mercredi, février 04, 2026

L'apprenti diagnostiqueur (Deuxième partie)

Jouer au diagnostiqueur et échouer est chose courante. Cette pratique, à mon avis, relève davantage de l'art que de la science et est liée à plusieurs facteurs importants. Le premier est que notre cerveau aime les coupables évidents. Par exemple, lorsqu'un appareil tombe en panne, il est satisfaisant d'identifier une seule cause. 

Un nouvel appareil a été installé ? C'est forcément lui le responsable. Nous sommes programmés pour préférer les explications simples aux systèmes complexes. Il est très difficile de réfléchir en profondeur aux systèmes, car ils sont intrinsèquement compliqués. 

La plupart des problèmes concrets impliquent des interactions entre plusieurs éléments. Pour revenir à l'histoire du thermostat d'hier, de nombreux éléments sont en jeu, outre le thermostat lui-même : la chaudière, l'électronique, le câblage, les conduits et les différents capteurs. Pourtant, notre intuition ignore ces autres composants. 

C'est la même chose quand on se trompe en diagnostiquant des problèmes mécaniques, des bugs informatiques ou même les conflits interpersonnels. De plus, ce qui est familier devient vite invisible. Notre chaudière fonctionnait parfaitement depuis douze ans ; en tant que fidèle servante, elle faisait partie du décor. Le thermostat était la nouveauté, c'est donc lui qui a été incriminé. 

C'est le biais de « présomption de bon fonctionnement » : nous faisons confiance à ce que nous connaissons. Tout cela pour dire que mon expérience récente illustre parfaitement la manière dont la plupart des professionnels de l'ingénierie, de la médecine et de l'aviation décrivent les erreurs de diagnostic. 

Ils mettent en garde contre l'ancrage sur une seule explication trop tôt et le « biais de confirmation » qui consiste à ne prendre en compte que les éléments qui confirment notre hypothèse initiale. On ne peut sortir de ce cercle vicieux qu'en prenant du recul et en élargissant notre perspective. 

C'est là la véritable compétence : non pas simplement réparer une pièce défectueuse, mais reconnaître une façon de penser trop étroite. En fin de compte, mon histoire est un parfait rappel que la plupart des problèmes ne sont pas isolés, mais relationnels. Le thermostat ne fonctionnait pas mal tout seul ; il était en interaction avec un autre élément que j'avais oublié de prendre en compte !

mardi, février 03, 2026

L'apprenti diagnostiqueur (Première partie)

Quel que soit le problème à résoudre, poser le bon diagnostic n'est pas toujours simple. Ces derniers mois, j'ai eu des difficultés après avoir installé de nouveaux thermostats Google-Nest, et à plusieurs reprises, j'étais tellement concentré sur ces appareils que j'ai oublié qu'il faut être deux pour danser le tango. 

Dans ma myopie, j'avais négligé le fait que ma chaudière pouvait aussi jouer un rôle dans ce que je pensais être le dysfonctionnement de mes thermostats. Cela m'a donc amené à examiner la chaudière et, pour faire court, j'ai finalement déterminé qu'elle était bien la source de mes problèmes. 

J'ai déjà vécu une situation similaire avec des chaussures de ski, où le problème n'était pas le « canting », mais leur positionnement longitudinal sur mes skis, ou encore avec la préparation des skis, quand l’obstacle était ma technique. 

On apprend toujours beaucoup de nos diagnostics hâtifs. N'est-ce pas une erreur courante que nous commettons tous lorsque nous essayons de résoudre un problème ? Nous sommes tellement obsédés par un élément que nous oublions qu'il peut être intimement lié à un autre dans l'ensemble du système ? 

Ce que je viens de décrire est l'un des pièges cognitifs les plus universels dans lesquels nous tombons. C'est ce qu'on appelle la « vision tunnel ». Lorsque quelque chose ne fonctionne pas, l'esprit se concentre instinctivement sur le composant le plus évident ou le plus récemment modifié. 

Dans ce cas précis, les nouveaux thermostats étaient les nouveaux venus, brillants et suspects, et ont donc eu toute mon attention. Pendant ce temps, la chaudière, « vieille servante fidèle », m’a totalement échappé. 

Si vous souhaitez découvrir les causes de cette étrange façon de penser, lisez le blog de demain ...

lundi, février 02, 2026

Quand Salomon s’est mit à la chaussures de ski (Deuxième partie)

Le manque de performance de ses chaussures à entrée arrière a rendu Salomon vulnérable aux critiques des skieurs expérimentés, des vendeurs de magasins et de la presse spécialisée. Ce groupe, majoritairement masculin à l'époque, a soudainement et fermement rejeté le concept de la chaussure à entrée arrière, au point que le bureau d'étude Salomon n'a eu ni le temps ni la latitude nécessaires pour améliorer le concept.

Ce revirement a été au grand dam d'innombrables utilisateurs qui appréciaient la praticité et la simplicité de ce mode d’entrée, ainsi que des loueurs ayant un grand parc de matériel. On peut même dire que cela a probablement freiné la croissance du ski. 

Probablement aveuglé par ses efforts pour lancer son propre ski, Salomon a manqué l'occasion de rester la marque dominante sur le marché des chaussures. À la fin des années 1980, les chaussures à entrée arrière étaient largement adoptées par une grande majorité de skieurs, et Salomon était considéré comme le leader du marché dans cette catégorie, notamment pour la conception de chaussures axées sur le confort et le coté pratique, donc celles que la grande majorité des skieurs recherchaient. 

Lorsque le concept de la chaussure à entrée arrière est tombé en désuétude au début des années 1990, et que l'entreprise s'est empressée d'acquérir San Giorgio (un achat précipité d'une marque italienne de second rang fabriquant des chaussures à quatre boucles), Salomon a dû réapprendre à fabriquer ce type de chaussures, et par conséquent, est passé de leader à non compétitif, après le milieu des années 1990. 

Ce fut l'un des déclins les plus spectaculaires de l'histoire des équipementiers de ski, bien qu'il n'ait jamais été quantifié publiquement. Le marché actuel des chaussures de ski est totalement fragmenté entre Lange, Tecnica, Nordica, Atomic, Dalbello et Salomon, aucune marque ne détenant une part de marché écrasante. 

Certes, Salomon est redevenue une marque de chaussures respectée, notamment avec des modèles comme les X-Pro et S/Pro, mais n'a jamais retrouvé la position dominante qu'elle occupait à l'époque des chaussures à entrée arrière. 

La marque est restée forte et a même connu une croissance dans d'autres catégories (skis, vêtements, chaussures et trail running), mais elle est désormais bien plus associée au trail running et aux chaussures de plein air qu'aux chaussures de ski. Un revirement surprenant pour un pionnier !