Quand j’ai su qu’il était tombé vingt centimètres de neige pendant la nuit, je me suis dit « Sautons sur l’occasion pour aller faire quelques virages ! » Ne pouvant pas skier le matin, j’ai reporté ça à l’après-midi, persuadé qu’il resterait de la bonne poudreuse en altitude.
Depuis le télésiège, tout semblait prometteur : traces croisées, certes, mais invitantes. Mais dès que mes skis ont touché la surface, ce fut tout autre chose. Ce qui ressemblait à de la poudreuse s’était transformé en véritable plâtre bien compact, du genre neige lourde qui s’agrippe aux skis et force à durement négocier chaque virage.
J’ai quitté ce secteur et suis allé ailleurs, pour y retrouver le même genre de neige. Pourtant, quelque chose en moi a tourné ma déception en curiosité. Au lieu de lutter contre ces conditions défavorables, je les ai acceptées comme un problème à résoudre. Très vite, j’ai trouvé le moyen d’y prendre plaisir. Le défi s’est transformé en récompense.
C’est là que j’ai vraiment réalisé que toutes ces années passées à skier m’ont permis d’accumuler d’infinies sensations bien ancrées sous la plante de mes pieds – d’infimes variations de pression, d’angle de carres et d’équilibre, auxquels je ne pense pas consciemment, mais sur lesquelles je m’appuie constamment.Mes yeux, eux aussi, ont été entraînés par les milliers de descentes et de terrains variés qu’ils ont du décrypter en repérant opportunités et dangers bien avant qu’ils viennent à mon contact. Dans des conditions difficiles, ces deux systèmes – vue et sensations au niveau des pieds – se mettent à dialoguer. Mes pieds reconnaissent les échos de situations passées et proposent discrètement des solutions.
Mes yeux scrutent l’horizon et choisissent la trajectoire qui offre les meilleures chances de réussite à ces solutions. Quand ces deux sens se mettent d’accord, même une neige épouvantable, le tout devient un jeu. La frustration se dissipe, remplacée par un sentiment d’adéquation, de présence et de fluidité.
Et c’est là que je me suis souvenu, une fois de plus, qu’il n’existait pas de mauvais moment à ski, mais une myriade d'instants différents – chacun ajoutant une nouvelle dimension à la maîtrise du mouvement, aux souvenirs et à la joie qui me donnent envie d’y revenir.









