jeudi, août 06, 2026

Un rare mois complet de vacances !

Il y a cinquante ans, je travaillais encore pour les fixations Look et, pour la seconde et dernière fois de ma carrière, je profitais d'un mois entier de congés annuels, avantage que les Français trouvent tout à fait normal et auquel ils sont très attachés. J’en garde d’autant plus un souvenir marquant en raison de la forte canicule de cet été-là. 

Je me souviens d’avoir travaillé juste avant, en juillet chez Look, avec de jeunes cadres de notre distributeur américain venu collaborer sur un manuel technique destiné aux techniciens de ski dans une chaleur suffocante. Tout comme moi, Peter Juen et Ted Travis ruisselaient de sueur et peinaient à comprendre l'absence de climatisation dans l’usine toute neuve que les propriétaires de Look venaient de faire construire. 

Pourtant, la canicule de 1976 n'a rien à voir avec celle de cet été en France. Bien qu'elle ne soit pas encore terminée, la canicule de 2026 aura battu tous les records et s'est révélée bien plus intense que celle de 1976 — même si cette dernière reste gravée dans les mémoires des anciens en raison de la sécheresse extrême et des répercussions socio-économiques qu'elle a engendrées.

En termes d'intensité thermique, 2026 l'emporte largement avec un pic national à 30 °C, contre 25,5 °C en 1976 (indice thermique sur 24 heures). Quant à l'étendue géographique, les chaleurs de 1976 touchaient surtout le nord, l'ouest et le centre de la France, le sud étant moins affecté. À l'inverse, en 2026, la canicule a touché plus de 40 % du pays, avec des records historiques dépassant les 40 °C dans de nombreuses régions (Strasbourg 40,4 °C, Noirmoutier 40,1 °C). 

Les nuits furent bien plus chaudes qu'en 1976 avec des températures nocturnes supérieures à 20 °C sur 75 % du territoire, avec jusqu'à 10 nuits chaudes consécutives à Paris et ces nuits tropicales ont considérablement aggravé la sensation de chaleur. 

Enfin, la sécheresse de 1976 fut exceptionnelle, marquée par l'assèchement des cours d'eau, un déficit pluviométrique de 50 à 70 % et une crise agricole majeure qui exacerba les tensions entre le président Valéry Giscard d’Estaing et son Premier ministre, Jacques Chirac. Si la canicule n'en fut pas l'unique cause, elle a porté à son paroxysme un conflit latent, aboutissant finalement à la démission de Chirac. 

Nous ignorons encore quelles seront les répercussions politiques de l'épisode de 2026, mais il est fort probable que nous en entendions parler dans les mois à venir. Il est certain que dès à présent, la sécheresse commence à se manifester, qu’elle n’a pas encore dit son dernier mot et ces jours derniers, le torrent de la Dranse dans mon patelin d’origine, s'est retrouvé à sec par endroits — un phénomène inédit. 

En conclusion, la canicule de 1976 a marqué les esprits, principalement en raison de son intensité et de ses conséquences politiques, mais elle fut aussi une année exceptionnelle pour les vins français, malgré (ou grâce à) la sécheresse estivale extrême. 

Toutefois, la canicule de 2026 s'avère nettement plus sévère en termes de températures en battant des records historiques, en engendrant des nuits tropicales inédites et en atteignant une intensité sans commune mesure avec les épisodes du XXe siècle, sans oublier une saison des feux de forêt d'une violence et d'une ampleur records.

mercredi, août 05, 2026

Lutter contre le changement climatique (Deuxième partie)

Hier, nous avons examiné les outils dont nous disposons pour faire progresser significativement la lutte contre le changement climatique et identifier les méthodes les plus efficaces. Aujourd'hui, nous essaierons de les classer selon leur impact à long terme. Commençons donc. 

  1. L'éducation et la culture scientifique, même si leur impact se fait sentir à long terme, sont une étape nécessaire qui doit constituer le socle de nos efforts pour endiguer le changement climatique. N’oublions pas dans ce domaine une lutte continue et robuste contre la désinformation ! 
  2. Des incitations économiques encourageant les choix plus propres, comme les crédits d'impôt et les rabais pour les énergies renouvelables ou les appareils qui les utilisent. 
  3. L'innovation technologique peut englober des domaines aussi variés que la fusion froide, les énergies thermiques et la transformation de matières dangereuses et autres déchets en nouvelles sources d'énergie. 
  4. Les politiques gouvernementales et la coopération internationale sont essentielles. En effet, les actions individuelles des pays sont vaines et inefficaces si le monde entier n’agit pas de concert. Sans un mouvement unanime, rien ne fonctionnera. 
  5. Donner l'exemple fonctionne bien pour les familles et devrait l'être également à l'échelle planétaire. Dénoncer les pratiques néfastes doit aussi faire partie des outils à utiliser. 
  6. La pression des consommateurs et les boycotts peuvent être efficaces s'ils sont bien expliqués, parfaitement compris et respectés. 
  7. Il est préférable de privilégier un activisme public pacifique et continu plutôt que des révoltes violentes, qui n'ont que peu d'impact positif sur l'environnement et causent souvent des dommages sociaux supplémentaires. 

Le changement climatique pose un problème classique d'action collective. Si tous les pays agissent, chacun a intérêt à laisser les autres supporter une plus grande part des coûts. Pour surmonter ce dilemme, il est nécessaire de faire de l'action climatique non seulement une obligation morale, mais aussi un atout économique et politique.

L'histoire montre que les sociétés évoluent plus rapidement lorsque la responsabilité environnementale s'allie à la prospérité, à la sécurité et au progrès technologique, plutôt que de s'appuyer uniquement sur la persuasion morale. En fin de compte, cette question relève autant de la nature humaine que des sciences du climat : comment convaincre les acteurs économiques ?

mardi, août 04, 2026

Lutter contre le changement climatique (Première partie)

Nous n’avons qu'une seule planète, et pourtant plus de 200 nations partagent la responsabilité de son avenir. Bien que la quasi-totalité des gouvernements reconnaissent l'importance de protéger l'environnement, leur volonté et leur capacité d'agir varient considérablement. Certains privilégient la croissance économique, la sécurité nationale ou des considérations politiques aux politiques climatiques, tandis que d'autres manquent tout simplement des ressources financières nécessaires à la transition. 

Le défi est donc non seulement scientifique, mais aussi politique, économique et moral. Dès lors, comment faire bouger les choses ? L'histoire nous enseigne qu'aucune approche isolée n'est suffisante. Le progrès résulte généralement d'une combinaison de facteurs.

En théorie, l'éducation est sans doute l'outil le plus puissant à long terme. Elle modifie la façon dont les générations futures pensent, votent, consomment et innovent ; malheureusement, son action est très lente. Donner l'exemple peut s'avérer étonnamment influent. Lorsqu'un pays, une ville ou une entreprise démontre que la réduction des émissions peut rimer avec prospérité économique, d'autres sont plus enclins à suivre son exemple. 

La chute spectaculaire du coût des panneaux solaires et de l'énergie éolienne est en partie due aux investissements précoces des pays qui ont prouvé que ces nouvelles technologies pouvaient, de façon surprenante, fonctionner efficacement à grande échelle. Cela dit, les incitations économiques sont souvent plus efficaces que les arguments moraux. Les entreprises et les consommateurs sont sensibles aux prix. 

Les taxes carbone, les systèmes d'échange de quotas d'émission, les crédits d'impôt pour les technologies propres et les subventions aux énergies renouvelables ont généralement produit des changements mesurables, car ils alignent les objectifs environnementaux sur les intérêts financiers. Il est vrai que la pression des consommateurs et les boycotts peuvent influencer le comportement des entreprises, surtout lorsqu'ils mobilisent un grand nombre de personnes. 

Les entreprises réagissent souvent plus rapidement que les gouvernements à l'évolution des préférences des consommateurs. Cependant, les boycotts ne sont généralement efficaces que s'ils sont largement soutenus, ce qui nécessite une explication claire et une parfaite compréhension. En théorie, les accords internationaux comme l'Accord de Paris contribuent à établir des objectifs communs et à encourager la transparence, mais ils reposent en grande partie sur des engagements volontaires et la pression des pairs plutôt que sur la contrainte. 

Un grand espoir, souvent considéré comme un pari risqué, réside dans l'innovation technologique, qui devrait à terme être l'un des principaux moteurs du changement. Les nouvelles technologies deviennent attractives lorsqu'elles sont plus propres et moins chères. L'adoption rapide des véhicules électriques, des batteries améliorées et des énergies renouvelables illustre comment l'innovation peut transformer les marchés sans exiger de sacrifices de la part de tous. 

Pour conclure cette liste d'outils, il y a toujours la protestation publique et la désobéissance civile, qui ont historiquement attiré l'attention sur des problèmes importants et parfois accéléré des changements politiques. Leur efficacité dépend du maintien du soutien du public. Les mouvements pacifiques ont généralement un bilan plus positif à long terme que les révoltes violentes, qui polarisent souvent les sociétés et détournent l'attention du problème de fond. 

Demain, nous tenterons de déterminer quels outils semblent les plus efficaces…

lundi, août 03, 2026

Altitude et température

Montagnard et skieur, j'ai toujours pensé que la règle concernant la variation de température en fonction de l'altitude était de 6 °C pour 1 000 mètres. N'en n’étant pas tout à fait sûr, j'ai décidé d'approfondir le sujet, qui prend de l’importance au moment où le réchauffement climatique s'intensifie. Voici ce que j'ai découvert, en commençant par les causes du phénomène. 

La température baisse avec l'altitude tout simplement parce que la pression atmosphérique diminue, ce qui entraîne une détente et un refroidissement de l'air. Abordons maintenant les chiffres relatifs à ce que l'on appelle le gradient thermique normal (ou gradient adiabatique). En degrés Celsius, elle baisse d'environ 6,5 °C par tranche de 1 000 mètres. Par exemple, si l'on gravit un dénivelé montagneux de 2 000 mètres, on peut généralement s'attendre à ce qu'il fasse environ 13 °C de moins en atteignant le sommet. 

Bien entendu, si la valeur de 6,5 °C pour 1 000 mètres constitue la moyenne standard, les conditions réelles s'écartent souvent de cette règle. Prenons d'abord en compte l'humidité. Si l'air est sec, il se refroidit plus rapidement en s'élevant à un taux d'environ 9,8 °C pour 1 000 mètres. 

En revanche, si l'air se refroidit jusqu'à atteindre son point de rosée et que l'humidité se condense pour former des nuages ​​ou du brouillard, de la chaleur latente est libérée dans l'air environnant. Ce phénomène ralentit le refroidissement, ramenant le taux à environ 5 °C pour 1 000 mètres. 

Il y a aussi les inversions de température. Si celle-ci diminue normalement avec l'altitude, une inversion produit l'effet inverse, de l'air plus chaud venant surplomber une masse d'air froid. Ce phénomène est très courant dans les vallées de montagne (comme celle de l’Arve entre Cluses et Sallanches) en hiver ou lors des nuits claires et sans vent : l'air froid et dense s'accumule au fond de la vallée, tandis que les zones plus élevées, comme Megève, restent nettement plus chaudes. 

Pour finir, la topographie du terrain et le vent jouent également un rôle. Les parois rocheuses sombres et les zones alpines exposées peuvent chauffer considérablement sous l'effet du rayonnement solaire direct, créant ainsi des microclimats chauds en altitude qui s'écartent du gradient thermique habituel de l'air libre. 

À l'inverse, des vents alpins violents peuvent rabattre des masses d'air froid (phénomène connu sous le nom de vents catabatiques) ou accentuer l'effet de refroidissement éolien, donnant une sensation de froid bien plus intense que ne le laisserait supposer le gradient thermique ambiant. 

Voilà, vous savez désormais tout sur cette relation complexe entre altitude et température !

dimanche, août 02, 2026

Les erreurs sont les briques qui bâtissent la sagesse

Un ami me l’a récemment rappelé alors que je partageais une caricature sur le fait de vieillir et de gagner en sagesse. Il a dit : « Je fais encore beaucoup d’erreurs », et j’ai réalisé que la sagesse ne survient pas après les erreurs, mais à travers celles-ci. 

Sans erreurs, la sagesse n’a pas de terreau pour se développer. Chaque faux pas nous apporte un nouvel éclairage, une perspective différente sur nous-mêmes, une nouvelle occasion de mieux comprendre le monde. La sagesse n’est ni une quantité fixe ni une destination finale ; c’est une construction que nous bâtissons sans cesse, brique imparfaite après brique imparfaite. 

Plutôt que de redouter les erreurs, nous devons donc les accueillir comme faisant partie intégrante du cheminement vers d’avantage de sagesse. Non pas parce qu’elles sont plaisantes, mais parce qu’elles sont fécondes. Elles nous permettent de continuer à apprendre, à nous ajuster et à rester en phase avec le monde. 

En ce sens, la sagesse n’est jamais achevée, elle a sans cesse besoin de toutes nos erreurs, petites et grandes — et c’est précisément ce qui rend la vie intéressante.

samedi, août 01, 2026

La peur la plus difficile à surmonter ?

Nous craignons tous des choses différentes. Ce qui effraie une personne peut en laisser une autre totalement indifférente, car chacun de nous possède un seuil de tolérance différent face à l'incertitude et au risque. Certains — y compris ceux dont le métier consiste à prendre des risques — s'habituent tellement au danger que ce qui semblait autrefois intimidant finit par devenir une simple routine. 

En vieillissant, l'expérience nous apprend souvent à accepter que de nombreux événements échappent à notre contrôle. Pourtant, la logique seule ne suffit pas à dissiper la peur, et bien des angoisses nous accompagnent tout au long de notre vie. 

Parmi ces peurs, l'une d'elles se distingue par son intensité particulière : il ne s'agit pas de la peur de mourir, mais de celle d'avoir tort. Admettre que l'on a commis une erreur, fait preuve d'un mauvais jugement ou entretenu une croyance erronée peut s'avérer extrêmement difficile, car cela remet en cause notre fierté, l'image que nous avons de nous-mêmes et, parfois même, notre identité. 

C'est peut-être là l'un des plus grands défis psychologiques auxquels nous sommes confrontés. Si certains apprennent à reconnaître leurs erreurs avec humilité, beaucoup passent leur vie à défendre des opinions dont ils savent, au fond d'eux-mêmes, qu'elles ne sont peut-être plus fondées. 

Paradoxalement, la volonté d'admettre que l'on a tort n'est pas un signe de faiblesse, mais bien l'une des marques les plus évidentes de sagesse et d'épanouissement personnel.

vendredi, juillet 31, 2026

Merci Total Energies !

Nous traversons actuellement une période caniculaire à Park City. Si les températures sont loin d'être insupportables comparées à celles que connaissent la vallée de Salt Lake et bien d'autres endroits, nous avons eu la chance, jusqu'ici, d'être épargnés par la fumée, à l'exception de deux ou trois jours en juin. 

Toutefois, face aux ravages climatiques qui frappent le monde entier — des gigantesques incendies de forêt en Europe aux inondations survenant un peu partout —, le réchauffement climatique reste plus que jamais cet immense problème que tout le monde semble ignorer délibérément. Bien sûr, personne ne parle de ce qui afflige actuellement la planète et menace de causer la perte de l'humanité, les regards étant braqués sur les conflits aux quatre coins du globe et les excentricités des politiciens. 

Pourtant, le retour de bâton est inévitable : les actions passées — en particulier le pillage effréné de notre planète par l'humanité — finiront par nous rattraper tous, et ce que nous vivons aujourd'hui n'en est qu'un avant-goût. Et ce, alors même que de nombreux acteurs de l'industrie des combustibles fossiles ont tenté, pendant des décennies, de nous convaincre qu'il était impossible d'établir un lien de cause à effet entre l'utilisation de ces énergies et le réchauffement climatique, sous prétexte que les modèles de projection étaient trop incertains.

Or, il a été récemment démontré que l'une de ces entreprises, ExxonMobil (anciennement Esso), disposait de ses propres modèles internes prédisant des trajectoires de réchauffement cohérentes avec celles annoncées par les modèles universitaires et gouvernementaux indépendants. Ce qu'ils savaient réellement sur les modèles climatiques contredisait donc ce qu'ils nous avaient fait croire. 

C'est pourquoi j'ai pris une habitude : lors de nos promenades matinales, si mon interlocuteur me dit « Encore une journée qui va etre chaude ! », je réponds systématiquement : « Merci ExxonMobil ! ». Vous n’aurez qu’à traduire, « Merci Total Energies ! »