vendredi, octobre 30, 2026

S’attaquer aux projets qui nous rebutent …

Nous avons tous des projets qui nous hantent : des tâches dont nous savons qu’elles doivent être accomplies, qui nous taraudent chaque fois que nous passons devant, mais qui, pour une raison ou une autre, ne démarrent pas. Elles sont là, tels des juges silencieux, nous rappelant notre propension bien ancrée à la procrastination. 

Dans mon cas, récemment, il s’agissait de travaux de réparation à la maison — compliqués, comportant de multiples étapes et prenant beaucoup de temps. À chaque fois que je les voyais, j’éprouvais un mélange de culpabilité et d’agacement. Je pouvais bien sûr embaucher quelqu’un pour les faire, mais je savais aussi que je pourrais faire ça moi-même, à condition de briser la barrière psychologique. 

La première astuce que j’utilise est simple : j’arrête d’éviter la tâche et je la regarde droit dans les yeux. Je me dis que, si je pense que je suis compétent, c’est précisément le genre de travail que je devrais pouvoir faire. C’est une forme d’auto-responsabilisation — douce mais ferme — qui frôle parfois l’auto-culpabilisation. 

Le second outil qui me vient à l’esprit est la « technique du saucisson » : découper le projet en tranches fines et à ma portée. Une tâche qui semble insurmontable dans sa globalité devient étonnamment faisable quand on la fragmente en petites étapes autonomes. Et c’est alors que je me souviens de la sagesse de Lao Tseu : « Un voyage de mille lieues commence par un premier pas. »

Cette phrase est devenue mon déclencheur. Une fois ce premier pas franchi — aussi infime soit-il —, le projet perd son emprise sur moi. C’est ainsi que je me suis enfin attaqué à ces réparations que je redoutais depuis si longtemps. 

En fin de compte, les projets qui nous rebutent ne démarrent pas par pure volonté. Ils finissent par céder lorsque nous cessons de les fuir et commençons à les apprivoiser en les découpant en tranches, puis en effectuant ce premier petit pas. 

Une fois cette démarche entreprise, le projet que je détestais depuis des mois a enfin commencé à bouger — non pas parce qu’il est devenu plus facile, mais parce qu’il a enfin cessé de m’intimider.

jeudi, octobre 29, 2026

Plaque d’immatriculation « invisible »

Depuis 2026, la plaque d’immatriculation à l’avant des véhicules n’est plus obligatoire en Utah. Bien que cette pratique était largement tolérée auparavant, elle est désormais officielle, du reste l’État ne délivre plus qu’une seule plaque destinée à l’arrière du véhicule. 

Par ailleurs, les cyclistes qui transportent leurs vélos sur leur voiture utilisent souvent des porte-vélos fixés à l’attelage arrière. 

Or, presque toujours ce type d’installation masque la plaque d’immatriculation, empêchant sa lecture par les caméras des péages ou autres zones à accès payant. Dès lors, on peut se demander que fait la police à ce sujet ? Est-elle même consciente de cet état de fait ? 

Depuis l’apparition de ces porte-vélos, je me suis interrogé sur ce petit détail, problème, non seulement en Utah, mais aussi dans le reste des États-Unis et ailleurs. Mes recherches confirment que les forces de l’ordre sont bien au courant de la situation. Voici donc la réglementation concernant les États-Unis, ainsi que la manière dont la police traite cette question. 

En Utah, la règle de la plaque unique (en vigueur depuis 2026) ne modifie en rien les exigences de visibilité. La loi impose donc que la plaque soit clairement visible, non obstruée et éclairée la nuit, rendant une plaque masquée illégale. Ce problème est connu à l’échelle nationale, et les services de police y sont confrontés, la plaque arrière constituant le seul élément d’identification. 

En effet, les caméras de péage, les dispositifs de contrôle aux feux rouges ou de vitesse, les systèmes de lecture automatisée des plaques et les patrouilles de police dépendent tous exclusivement de cette visibilité. En pratique, la façon dont la police gère cette situation varie. Elle peut adresser des avertissements ou dresser des contraventions, notamment dans les États dotés de routes à péage ou de systèmes de lecture automatisée des plaques. 

Cela étant, l’application de la loi semble assez limitée à Park City, probablement en raison de l’importance qu’a le tourisme sur l’économie locale. Ailleurs, il m’a été rapporté que si un agent constate qu’une plaque est partiellement ou totalement masquée, il peut intercepter le véhicule et émettre une injonction de mise en conformité ou une amende pour défaut de visibilité en mettant en place des supports de plaque permettant de déplacer celle-ci à l’arrière du porte-vélos. 

Au Canada, la plupart des provinces imposent la même règle. Dans la plupart des pays européens ainsi qu’en Australie, deux plaques d’immatriculation sont exigées ; aucune obstruction n’est tolérée, et le déplacement de la plaque est obligatoire si un porte-vélos la masque. Voilà, vous savez désormais à quoi vous en tenir. Bonne route et bonne balade à vélo !

mercredi, octobre 28, 2026

Marcel Grivel-Delillaz, 1946-2026

Marcel et moi nous sommes rencontrés pour la première fois à Chamonix, en mai 1971, lors d’une réunion d’organisation avant notre départ pour l’Australie, où nous allions enseigner le ski à Mt. Buller durant l’hiver austral. 

Nous nous sommes retrouvés mi-juillet dans cette petite station du Victoria, après un long périple de six semaines en mer, que j’avais effectué en compagnie de JP Chatellard. Marcel était un skieur passionné, débordant d’énergie et d’enthousiasme ; il a conservé cette intensité remarquable jusqu’à la fin du mois de septembre quand prit fin la saison de ski. 

Après cette expérience riche en bons moments, nous nous sommes quelque peu perdus de vue ; je savais simplement qu’il venait d’épouser Nadia et qu’il avait, par conséquent, choisi de ne pas nous accompagner pour une saison de plus dans l’hémisphère sud. 

Nos chemins devaient brièvement se croiser à nouveau, le 13 avril 1974, quand je suis tombé sur Marcel et Nadia à la salle de bal « Le Robinson » à Morzine, dans des circonstances mémorables. 

Après cela, il fallut attendre près de trois décennies pour que nous reprenions contact, au moment où, ayant pris ma retraite, j’ai eu le temps de renouer avec mes anciennes connaissances. Le ski, le VTT et nos souvenirs communs ont alimenté nos nombreuses conversations téléphoniques et nos échanges sur les réseaux sociaux. 

Enfin, le 14 octobre 2023, Evelyne et moi partagions un agréable déjeuner avec Marcel à Annemasse, près de Genève. Par la suite, nous avons continué à échanger par téléphone et via les réseaux sociaux ; notre dernière conversation remontant au 23 janvier de cette année, et notre dernier échange sur WhatsApp ce 24 septembre. 

Marcel a été emporté par un arrêt cardiaque ce 26 octobre, à peine un mois avant son 80e anniversaire le 30 novembre. Il laissera un grand vide auprès de sa famille et de tous ses amis amoureux de la montagne.

mardi, octobre 27, 2026

Socialisme et Économie « à la française »

La France, mon pays natal, présente une combinaison singulière : un socialisme confortable, des concepts économiques et financiers « élastiques », et une certaine réticence à affronter des réalités difficiles, voire douloureuses. Plus simplement, l’ensemble des acquis sociaux accumulés au fil du temps fonctionne comme un mécanisme irréversible — comparable au système de cliquet que l’on trouve sur un treuil, empêchant tout retour en arrière. 

Cet « effet cliquet » ne s’est pas mis en place du jour au lendemain ; il est issu du contrat social d’après-guerre, consolidé par des syndicats puissants et une culture politique où la rue est perçue comme l’arène la plus légitime et la plus efficace de l’expression démocratique. 

En d’autres termes, tout avantage social acquis au fil des ans est considéré comme intangible ; toute tentative — quelle qu’en soit la raison — de le remettre en cause déclenche quasi systématiquement des manifestations dans la rue, s’accompagnant parfois de dégradations, d’incendies et de pillages. On pourrait y voir une forme de prise d’otages, et c’est sans doute le cas. 

Ainsi, qu’il s’agisse de l’âge de départ à la retraite (62 ans), de la durée hebdomadaire du travail (35 heures) ou de tout un éventail d’autres acquis — sans oublier l’un des filets de sécurité sociale les plus solides au monde —, toute idée de réforme ou de réduction est, en pratique, exclue. 

C’est, d’une certaine manière, comparable à la Constitution américaine : gravé dans le marbre et quasiment immuable. L’architecture sociale française, admirable à bien des égards, se heurte aujourd’hui à une économie mondiale qui valorise la flexibilité, l’innovation et une adaptation rapide — autant de qualités que le système français tend, au contraire, à étouffer. 

Pourtant, le monde qui nous entoure évolue ; chaque nation se retrouve en concurrence économique avec ses voisines, et ce filet de protection sociale, devenu un boulet, paralyse désormais un gouvernement français pris en otage par des mouvements sociaux qui menacent, à tout moment, de paralyser la nation tout entière. Les manifestations en France oscillent entre mobilisations pacifiques de grande ampleur et troubles violents. 

Ces deux formes s’inscrivent dans une longue tradition où la contestation publique fait office de contre-pouvoir. Changer cet état de fait exigerait un courage politique dont Emmanuel Macron — tout comme la droite traditionnelle avant lui — s’est montré cruellement dépourvu. 

Aujourd’hui, en s’inspirant des méthodes de Donald Trump, Marine Le Pen oserait peut-être franchir le pas, si toutefois elle parvenait à se faire élire — ce dont je continue, pour ma part, à douter. Le candidat suivant qui s’impose, le représentant de la gauche Jean-Luc Mélenchon, ne parviendrait probablement pas non plus à accomplir grand-chose s’il était élu, compte tenu d’un parlement divisé. 

Les gouvernements successifs — de gauche, de droite comme du centre — se sont heurtés à des difficultés pour réformer le système, car toute tentative de modifier ce mécanisme à cliquet suscite une résistance massive. Il reste incertain de savoir si les futurs dirigeants parviendront à surmonter cette dynamique. 

Si le système français, comme ce mécanisme à cliquet, a permis de préserver remarquablement les acquis sociaux, il a également instauré un équilibre politique au sein duquel tout changement est devenu quasi impossible. La question de savoir si cet équilibre peut perdurer dans un monde en mutation rapide auquel la France devra, tôt ou tard, faire face.

lundi, octobre 26, 2026

Coups de fil « sous-marins »

Pendant des années, quand ma fille nous appelait au téléphone depuis la rue en utilisant ses AirPods d’Apple, nous entendions surtout un bruit de fond très agaçant, comme si elle se trouvait dans une baignoire remplie d’eau en mouvement. Nous le lui avions fait remarquer à maintes reprises, mais chaque fois, elle niait en bloc, étant incapable de percevoir ce bruit elle-même. 

Nous étions tout simplement épuisés par cette conversation qui revenait sans cesse ! Je ne sais pas si vous avez déjà entendu ce bruit quand vos proches ou vos amis vous appelait sur leur portable, mais pour ma part, après en avoir fait l’expérience à répétition avec ma propre fille, je me suis mis à étudier la question, d’abord pour m’assurer que je ne rêvait pas. 

J’ai donc cherché à comprendre l’origine de ce son irritant — ce bruit d’« eau qui clapote » ou d’immersion dans une baignoire — et j’ai découvert qu’il provenait, dans la grande majorité des cas, du système de réduction de bruit de ses AirPods. Mes recherches ont révélé que ce phénomène peut se produire avec de nombreux écouteurs sans fil, mais que les AirPods sont particulièrement concernés, en raison du fonctionnement de leurs microphones et de leurs algorithmes de traitement du son. 

Les AirPods utilisent des microphones orientés vers l’extérieur pour capter les bruits ambiants, permettant ainsi à la puce interne de les annuler ou de les filtrer lors des appels. Lorsque l’utilisateur se trouve en plein air, le vent ou les courants d’air qui balaient les petites grilles des microphones créent d’importantes turbulences. Plutôt que de transmettre ce bruit de vent intense directement à l’oreille, le processeur de signal numérique (DSP) des AirPods intervient pour supprimer ces fréquences en temps réel. 

Ce filtrage constant et très marqué génère un son sourd et tourbillonnant, qui rappelle le clapotis de l’eau dans une baignoire ou les variations de pression que l’on ressent sous l’eau. Par ailleurs, lors d’une marche rapide, chaque impact du talon propage de légères vibrations à travers le corps. De plus, ses cheveux ou ses vêtements peuvent effleurer les tiges ou les grilles des microphones des AirPods. 

L’algorithme de réduction de bruit tente alors d’isoler sa voix de ces petits chocs répétés et des bruits de frottement, ce qui altére davantage le son ambiant, lui donnant cette texture caractéristique d’« eau qui clapote ». En approfondissant mes recherches, j’ai découvert quelques solutions simples que ma fille pourra tester directement sur ses AirPods. Tout d’abord, activer la fonction « Isolement de la voix » (dans les réglages de l’iPhone) : pendant un appel, faire glisser le doigt vers le bas pour ouvrir le centre de contrôle, appuyer sur « Mode micro », puis sélectionner « Isolement de la voix ». 

Cette option utilise l’apprentissage automatique pour isoler spécifiquement la voix, éliminant ainsi la quasi-totalité des bruits ambiants, comme ceux causés par le vent. Ensuite, désactiver le « Mode Transparence » : si les écouteurs sont des AirPods Pro et que le « Mode Transparence » ou l’« Audio adaptatif » est activé, passer au mode standard (désactivé) lorsque le vent souffle fort ; cela permet de réduire le traitement agressif du signal microphonique transmis lors de l’appel. 

Enfin, nettoyer les grilles des microphones : avec le temps, de la poussière fine ou d’autres particules peuvent s’accumuler dans les petites grilles noires situées sur le boîtier des AirPods. Cela peut fausser les calculs des algorithmes concernant le vent, rendant le son encore plus étouffé. Des grilles propres garantissent un traitement audio optimal. Maintenant, taisez-vous et laissez vos interlocuteurs écouter : le son devrait être parfaitement clair !

 

dimanche, octobre 25, 2026

Fromage à raclette américain ?

Pendant des années, je me suis estimé heureux de trouver de la raclette de marques comme Mifroma, Emmi (Suisse) et Livradois (France) sur les rayons des supermarchés américains. Comme la raclette importée est soumise à des règles d'origine strictes, ces grandes marques sont les seules qu’on trouve dans nos rayons fromage. 

Ces marques importées, classées ci-dessous selon leur pays d'origine consistent de raclettes suisses traditionnellement produites en Valais et en vallée de l'Emmental). Elles se distinguent par une texture dense et veloutée, ainsi que par un profil gustatif riche en saveurs, avec des notes de noisette et une légère touche sucrée ; elles conservent remarquablement bien leurs qualités une fois fondues. 

Quant aux raclettes françaises, provenant principalement de Savoie et d'Auvergne, elles ont tendance à être un peu plus souples et crémeuses, avec un arôme plus puissant et marqué, et une finale fruitée évoquant le terroir. Le revers de la médaille pour tous ces fromages est leur disponibilité irrégulière et leur prix exorbitant (environ 45 € le kg, voire plus contre 15-20 € chez vous). 

Pour remplacer cette raclette coûteuse, j'ai découvert la semaine dernière chez Costco le « Whitney », une alternative américaine vendue 28 € le kg. J'avais du mal à y croire et j'étais plutôt sceptique. 

Ce fromage est produit par Jasper Hill Farm à Greensboro Bend, dans le Vermont est un produit de type raclette au lait cru, maintes fois primé. 

Il doit son nom à Tim Whitney, employé de longue date et affineur chez Jasper Hill. C'est un fromage à pâte demi-ferme, de style alpin, élaboré à partir de lait de vache cru (de race Ayrshire de la ferme, nourri à l'herbe). Il est affiné pendant 3 à 6 mois dans les caves de Jasper Hill. 

Nous l'avons goûté l'autre soir et avons été agréablement surpris. Malgré sa couleur d'un blanc éclatant à la fonte et une légère émulsion visible sur les bords, il était savoureux et très digeste ; il pourrait bien devenir pour nous une alternative abordable aux versions alpines, à condition que Costco continue de l’offrir dans ses rayons !

samedi, octobre 24, 2026

Quoi faire des jours où rien ne va (Troisième partie)

Une question subsiste qu'il nous faut absolument aborder : si nous vivions dans un univers parfaitement lisse et idéal, où chaque journée serait parfaite, que deviendrions-nous, pauvres humains, en ayant tout ce que nous désirons — et bien plus encore ? Quel effet cela ferait-il de mener une existence d'une fluidité, d'une facilité et d'un bonheur ininterrompus ? Serait-ce enfin cette félicité que nous recherchons tous et que nous appelons « bonheur » ? 

J'en doute fort ! Nous nous ennuierions terriblement et très vite, nous deviendrions impossibles à satisfaire. Même si notre vie est bonne, un « jour sans », quelques difficultés, une souffrance légère ou une frustration intense restent une bénédiction : ils nous permettent d'apprécier pleinement l’agrément et la sérénité de tous les autres jours. 

Rappelons-nous donc que lorsqu'une journée moins agréable attire notre attention, nous devrions la considérer simplement — et sans drame — comme une ponctuation marquante au sein d'un texte fluide. Elle nous rappelle simplement la chance que nous avons de n'affronter que des traumatismes, des drames et des désagréments épisodiques. 

Il y a là une leçon plus profonde qui mérite, je pense, d'être explorée à mesure que nous vieillissons : le bonheur dépend peut-être moins du nombre de bons jours que nous accumulons que de notre capacité à les reconnaître. 

Nous pouvons passer beaucoup de temps à attendre un événement passionnant, une nouvelle réussite, une occasion spéciale ou une expérience exceptionnelle. Pendant ce temps, les jours ordinaires défilent presque inaperçus, souvent totalement ignorés. Pourtant, ce sont ces jours tranquilles qui représentent la plus grande partie de notre vie. 

Pas besoin de perfection pour être pleinement heureux ; un peu de « texture » et de rugosité nous aident à nous souvenir que le Formica a été créé sans le vouloir pour vite devenir ennuyeux et démodé ! 

Si nous parvenons à ancrer ce réflexe dans notre esprit, nous ferons un grand pas en avant ; cela nous rappellera au moins d'être infiniment reconnaissants pour tous ces autres jours qui nous semblent « ennuyeux » ! Nous ne pouvons pas nous garantir une vie exempte de « jours sans ». 

Mais nous pouvons œuvrer pour une vie où les jours de déprime ont moins d'emprise sur notre esprit, tandis que les jours heureux diffusent une lumière bien plus chaleureuse dans notre cœur.