Pour ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié, l’indice de Gini (ou coefficient de Gini) est un outil statistique servant à mesurer les inégalités économiques au sein d’une population. Un indice de zéro (0) correspond à une égalité parfaite, où chaque individu ou ménage perçoit exactement le même revenu. Un indice de un (1) représente une inégalité totale, où une seule personne perçoit la totalité des revenus tandis que les autres ne gagnent rien.
Ce n’est pas une mesure que vous verrez dans votre fil d’actualité ni dont parleront les hommes politiques ! Je me suis demandé s’il existait une corrélation entre ce qui est publié sous le nom d’« indice de bonheur » et cette mesure des inégalités. Il existe manifestement une corrélation entre l’indice de bonheur d’un pays et son indice de Gini. Toutefois, la relation n’est pas linéaire. Les recherches révèlent trois schémas différents selon le pays, la culture et le niveau d’inégalité.
Une vaste étude internationale portant sur 30 pays a montré qu’une forte inégalité est associée à une proportion moindre de gens heureux et à une proportion plus élevée de malheureux. L’ampleur de cet effet est comparable à celle de l’impact du revenu médian sur le bonheur. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit du « sens attendu » : plus d’inégalités signifient moins de bonheur. Cela dit, la relation n’est PAS toujours linéaire. D’importantes études ont mis en évidence une courbe en forme de U inversé entre inégalités et bonheur. Quand les inégalités sont faibles, les gens y voient généralement un signe d’opportunités et de mobilité sociale ascendante, et pensent que leur bonheur peut croître.En revanche, quand les inégalités deviennent élevées, la jalousie, la frustration et une mobilité réduite prennent le dessus, et le bonheur diminue. Ce schéma a été confirmé par des données longitudinales aux États-Unis et des données comparatives en Europe.
On peut donc dire qu’un certain niveau d’inégalité peut accroître le bonheur, mais qu’un excès d’inégalités le réduit. Une autre étude montre que le bonheur dépend de la manière dont les individus se comparent à leurs semblables (même sexe, même origine ethnique, etc.). Dans ce contexte, les personnes capables d’effectuer des comparaisons tant ascendantes que descendantes se sentent plus heureuses dans les pays où les inégalités sont fortes, car leur position relative y est plus claire. Lorsque les inégalités sont faibles, les comparaisons sont moins significatives et cet effet disparaît.
Cela signifie que les inégalités affectent aussi le bonheur par des facteurs psychologiques, et pas justes économiques. Comme on peut s’y attendre, l’effet des inégalités sur le bonheur varie considérablement selon les régions, la culture locale, les systèmes de protection sociale et les attentes en matière de mobilité.
En somme, il existe bien une corrélation, mais elle est complexe : lorsque les inégalités sont faibles, le bonheur peut augmenter et les inégalités sont perçues comme une source d'opportunités ; à l'inverse, lorsque les inégalités sont fortes, le bonheur diminue car les individus se sentent bloqués, envieux ou pessimistes quant à la mobilité sociale.
Cela explique pourquoi les pays nordiques (faible indice de Gini, niveau de bonheur élevé) obtiennent de bons résultats, alors que les pays marqués par de très fortes inégalités sont souvent moins bien classés, mais aussi pourquoi certains pays aux inégalités modérées peuvent tout de même afficher un niveau de bonheur élevé. La prochaine fois, nous approfondirons le sujet en examinant quelques pays en particulier...







