dimanche, septembre 20, 2026

Le bonus du pardon (Première partie)

Il y a quelques mois, j'ai pris une décision radicale : pardonner, une fois pour toutes, ceux qui, selon moi, m'avaient fait du tort au cours de ma vie, pour des motifs variés tels que l'humiliation, la trahison, le harcèlement ou le vol. 

Dans mon esprit, ce pardon s'appliquait aux actes malveillants ou désagréables subis, à condition qu'ils ne revêtent pas un caractère criminel ou ne soient pas jugés répugnants par notre société. Par exemple, je ne pouvais pardonner à Biden et Trump d'avoir laissé Netanyahou massacrer tant de gens, détruire Gaza et permettre à des colons terroristes d'harceler les Palestiniens de Cisjordanie ; en revanche, je peux pardonner à un patron, un collègue ou un voisin de s'être comporté comme un imbécile.

Toutefois, tout comme pour le linge sale où certaines taches sont plus tenaces que d'autres et exigent davantage de temps pour disparaître, le pardon demande plus ou moins de temps selon l'impact que nous avons laissé certains actes avoir sur nous ; c'est un processus qui, pour moi du moins et dans certains cas, est toujours en cours. Cela dit, je suis aujourd'hui très satisfait de ma décision. 

Plus encore, avec le recul, j'ai l'impression d'être un homme nouveau ; je me sens mieux dans ma peau et, surtout, considérablement soulagé, mentalement plus léger, plein d'énergie et littéralement libéré de ce qui constituait, en fait, un fardeau permanent. À vrai dire, j'ai du mal à croire qu'abandonner le ressentiment, l'amertume et l'hostilité puisse opérer une telle purification et une telle libération en moi. 

J'ai alors compris qu'il était justifié de mettre fin à ce ressentiment envahissant par le pardon, en adoptant une attitude mature et en nous élevant bien au-dessus de la personne ou de l'expérience que nous avons pardonnée. C'est là tout le bonus que nous garantit l'acte de pardonner. Ce geste. simple mais souvent très difficile, allège considérablement notre fardeau et nous élève. 

C'est assez impressionnant et cela constitue une excellente raison de mettre fin au cycle interminable des récriminations. Demain, nous approfondirons le sujet et explorerons le fonctionnement concret de ce processus ...

samedi, septembre 19, 2026

Les langues étrangères, ma botte secrète !

S’il me fallait deviner, je dirais que les germes de mon attirance pour l'Amérique et la langue anglaise furent semés le jour où je suis tombé sur un magazine intitulé « Europe-Amérique » dans les années 1950 ; je l'ai dévoré dès que j’ai su lire. Il était publié par l'Economic Cooperation Administration (ECA), l'agence américaine chargée de gérer le plan Marshall. 

Par la suite, j'ai remporté un concours scolaire qui m'a emmené à Paris, Bruxelles, Stuttgart, Munich, Innsbruck, au col du Stelvio, au lac de Côme et jusqu'au siège de l'ONU à Genève. Cette expérience m'a donné le vertige, éveillant en moi le goût de l'internationalisme et une soif insatiable de découverte. 

L'automne suivant, alors que j'entrais au collège, j'ai commencé à apprendre l'anglais ; si mon assiduité initiale laissait à désirer, mon intérêt s'est soudainement cristallisé et a explosé durant mon service militaire obligatoire de 16 mois, période où je me suis procuré la méthode Assimil, véritable sésame français pour l'apprentissage des langues. C'est ainsi que j'ai appris l'anglais, en commençant par la célèbre phrase « My tailor is rich... ». 

Si bien qu'à ma libération, j'ai décroché un poste de mécanicien aéronautique chez TWA à Genève, où je faisais équipe avec des Suisses alémaniques avec qui je devais communiquer quotidiennement en anglais. Une bonne maîtrise de l'anglais courant m'a permis, sans diplômes, d'intégrer l'école de ski d'Avoriaz et de donner des cours à des élèves ne s'exprimant que dans la langue de Shakespeare. 

J'avais trouvé ma voie ; à mesure que je passais mes diplômes d’enseignement du ski et que je progressais en tant que moniteur bilingue, je me suis essayé à l'allemand en acquérant une deuxième méthode Assimil, toujours sans les enregistrements audio, car je ne possédais pas encore de lecteur de cassettes. Entre-temps, j'ai enseigné le ski en Australie pendant deux saisons — durant l'hiver austral — suivies de deux séjours en Allemagne où je me suis inscrit au Sprachinstitut de Tübingen pour des sessions de six semaines. 

Là-bas, j'ai peaufiné mes capacités de conversation, prêt à ajouter cette compétence à mon arc dès le début de la saison d'hiver. J'ai ensuite jugé opportun d'ajouter l'italien à mes acquis ; je me suis donc procuré un troisième volume Assimil, cette fois avec les cassettes, puisque je pouvais enfin le écouter ! L'italien étant très proche du français et du patois savoyard, je n'ai pas ressenti le besoin d'approfondir outre mesure son étude de cette langue, mais je l’ai bien revendiquée comme une atout supplémentaire. 

Cela a coïncidé avec le moment où j'ai décroché un superbe poste chez Look, précisément parce que je parlais quatre langues ! J'ai fini par utiliser l'italien — et par le perfectionner considérablement — lorsque j'ai travaillé pour la marque de chaussures de ski Lange et que j'ai commencé à passer énormément de temps dans l'usine italienne de l'entreprise. 

Plus tard, vers la fin de ma carrière, j'ai passé pas mal de temps au Japon, ce qui m'a incité à apprendre les bases du japonais, même si j'ai trouvé cet exercice extrêmement difficile. Il y a deux ans, pour préparer des vacances en Andalousie, je me suis mis à l'espagnol ; les efforts fournis et le plaisir que je retire de l'apprentissage de cette nouvelle langue me motivent aujourd'hui encore à poursuivre dans cette voie. 

Comme on peut le constater, tout mon temps consacré aux langues n'a pas été en vain !

vendredi, septembre 18, 2026

Une belle épitaphe !

Chaque jour, notre promenade zigzague pendant un peu de 400 mètres à travers le cimetière de Park City, où nous ne manquons jamais d’apprécier le grand calme enfin à l’écart de la circulation matinale. Là, il m'est souvent arrivé de songer aux épitaphes et, pourquoi pas, à celle qui me conviendrait le mieux quand j’en aurai besoin d’une ! 

C'est ainsi que j'ai été séduit par quelques vers d'une chanson de Georges Moustaki : « Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer. » 

Je trouve que ces mots possèdent une simplicité désarmante — un art que Moustaki maîtrisait à merveille : une vérité nue, dénuée de pathos ou de grande rhétorique, mais qui offre un sourire presque philosophique face à la condition humaine. 

« Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer. » En guise d'épitaphe, c'est remarquablement juste. 

Ces mots expriment trois choses essentielles : une confiance en la vie — tant qu'elle est là, il faut la vivre, la savourer et l'accueillir comme un terrain de jeu propice à l'apprentissage et aux liens ; une acceptation sereine de la mort — non pas comme une menace, mais comme un repos naturel, inévitable et presque doux ; et enfin, une philosophie de la légèreté — sans tragédie ni drame, simplement une façon de dire : « J'ai fait mon bonhomme de chemin ; j'ai vécu ; maintenant, je me repose. » 

Ce n'est ni sombre ni fataliste. Au contraire, c'est une manière d'affirmer que certains d'entre nous ont choisi de vivre pleinement, de profiter de l'existence, d'apprendre et d'aimer, et que ce qui suit n'est qu'un retour au calme. 

Cela semble taillé sur mesure pour moi, qui adore réfléchir sur la vie, le bien-vieillir, la croissance continue et la façon de transformer mes années restantes en un vrai crescendo plutôt qu'en un déclin. Ces mots sonnent juste : ils pourraient témoigner du fait que nous avons joué le jeu jusqu'au bout ! 

jeudi, septembre 17, 2026

Qui désire une fuite de plus ?

À peine dix jours après avoir fini nouvelle clôture qui protège mon jardin, mon voisin coté l'ouest m'a envoyé un SMS assez agressif. Il affirmait que mon entrepreneur et son équipe avaient dû endommager sa conduite d'arrosage, provoquant une forte fuite d’eau sur sa propriété qu'il attribuait directement à leur négligence au cours des travaux.

Lors de la rencontre qui a suivit, il semblait fermement convaincu que sa canalisation souterraine avait été touchée par l’excavation des trous recevant les poteaux. Bien que je comprenne ses soupçons, je n'étais pas convaincu à 100 %. Cela s'expliquait par le fait que, malgré la pente du terrain (entre 5 et 10 %), il me semblait étrange que l'eau n’ai pas suivit une trajectoire diagonale descendante. 

Selon les soupçons de mon voisin, pour des raisons mystérieuses défiant les lois élémentaires de l'hydrologie et de la gravité, la fuite devait s'écouler perpendiculairement à la ligne de pente. 

De plus, en testant cette fuite, l'eau a jaillit à près de deux mètres du poteau et de la zone de rupture présumée, carrément chez le voisin,, alors qu'elle aurait dû apparaître près du poteau de clôture. 

À la suite de notre entrevue, j'ai proposé de creuser autour du poteau d'angle, près de la clôture mais au niveau du point de fuite, afin de vérifier l'existence et l'emplacement d'une éventuelle fissure ou cassure sur le tuyau en PVC. Quoi qu'il en soit, j'ai promis de le tenir au courant. Le lendemain, il m'a fallu environ une heure et demie pour creuser un trou d'une surface de quelques pieds carrés et d'une profondeur de 45 cm. 

J'ai fini par atteindre la tuyauterie en PVC blanc dans un environnement parfaitement sec. Cependant, contrairement à ce que mon voisin m'avait dit, la conduite n'était pas ininterrompue : elle présentait un raccord en T vers la zone de fuite, située à près de deux mètres de là et à 45 cm de profondeur — un endroit où aucun des ouvriers montant la clôture n'aurait pu affecter cette zone de la canalisation. 

Grâce à mon calme, à ma patience et à mon travail manuel, je lui ai clairement prouvé que sa conclusion hâtive était totalement erronée. Dire qu'il était plutôt gêné ne serait pas une exagération !

mercredi, septembre 16, 2026

Quand l'âge nous enrichit

Comme je l'ai souvent évoqué sur ce blog, le processus de vieillissement peut nous entraîner dans diverses directions selon la manière dont nous l’abordons, indépendamment de notre situation particulière — qu'elle soit économique, sociale, physique ou mentale, ou encore une combinaison de tous ces facteurs.

Ainsi, quelle que soit notre situation à ce stade de la vie, nous pouvons voir le « verre du vieillissement » à moitié plein ou à moitié vide. Comme je l'ai souvent admis, vieillir est une étape brutale ; ce n'est pas pour les « mauviettes ». Vouloir garder la pleine maîtrise de nos attitudes, de nos attentes et de nos objectifs va à contre-courant d’une période de la vie qui exige une énergie soutenue, que nous ne sommes pas toujours prêts à fournir. 

J'ai constaté que cet état d'esprit mène souvent à un épuisement total donc une approche qui ne me convient pas du tout. Je perçois donc mon avancée en âge comme une aventure continue : je n'ai pas d'autre choix que de réagir avec vigueur en adoptant des idées, des projets et des actions qui me forcent à sortir de ma coquille et à me réinventer — un processus qui, presque à chaque fois, me surprend et me régénère. 

La fin du parcours se transforme alors en un moment fort, une apothéose, une fois que j'aurai pu accomplir tout ce qui était possible compte tenu de mes capacités et de l'énergie qu'il me restait. C'est, à mes yeux, une façon idéale d'aborder la vieillesse et de tirer le meilleur parti de notre dernier acte !

mardi, septembre 15, 2026

Le concert de Céline Dion à Paris

Bien que le retour de Céline Dion sur scène ait été précédé d'une campagne marketing percutante et soignée, nous avons pu regarder son concert de deux heures du 12 septembre sur notre grand écran grâce à des images filmées par des fans dans le public — ce qu'on appelle communément du « bootleg » — plutôt que via une diffusion officielle. 

La vidéo avait été tournée par des spectateurs présents à son spectacle parisien. Nous n'avons pas particulièrement aimé les tenues de la star (elle a changé de costume au moins cinq fois) ni par sa coiffure : le chignon lui donnait une allure sévère et, à mon avis, faisait trop ressortir ses traits de visage. 

Malgré la qualité amateur du film, nous avons trouvé que les tentatives de Céline Dion pour engager son public manquaient de naturel et ne suscitaient pas l'enthousiasme que l'on aurait pu attendre de la part de l’audience. 

Bien qu'elle se soit montrée très émouvante par moments, elle est tombée dans le piège de se prendre, elle et son spectacle, un peu trop au sérieux. Quant à la qualité de la prestation, les chansons en anglais étaient dans l'ensemble excellentes — en particulier « All by Myself » —, alors que les titres en français de Jean-Jacques Goldman passaient moins bien, tant sur le plan du contenu que de l'interprétation. 

Ma femme a un peu plus apprécié le spectacle que moi, mais aucun de nous n'aurait été tenté d'assister à l'un de ses concerts suivants, même si nous nous étions trouvés à Paris à ce moment-là et avions pu obtenir des billets. Le 14 septembre, la vidéo n'était plus disponible sur YouTube ... 

lundi, septembre 14, 2026

La question oubliée du 11 septembre

Quand j'ai appris la nouvelle des attentats terroristes du 11 septembre, je prenais mon petit-déjeuner à Vail, dans le Colorado, après ma course à pied matinale. En apprenant ce qui se passait à New York, la première pensée qui m'est venue à l'esprit fut : « Des années d'humiliation et de châtiment infligées à la population palestinienne sont la cause de ces attaques ».

Dans son ensemble, l'Amérique n'a pas perçu cette aspect de l'attaque dévastatrice. Animée par sa conviction d'être dans son bon droit et par un sentiment d'exceptionnalisme profondément ancré, elle s'est indignée : « Comment a-t-on pu nous attaquer de la sorte ? C'est totalement injuste, nous ne méritions absolument pas un tel traitement. » 

Je n'ai entendu nulle part la question : « Pourquoi nous a-t-on infligé ce châtiment atroce ? » Certes, se demander « pourquoi » aurait été logique, mais cette interrogation a été manifestement absente de notre réaction nationale. Du moins, c'est ainsi que je l'ai perçu. 

Il n'y a eu aucune analyse approfondie a posteriori, mais plutôt une immédiate guerre de vingt ans — jugée « bien méritée » — pour venger cette attaque, d'abord contre l'Afghanistan, suivie presque simultanément d'une autre, tout aussi coûteuse en vies humaines et en ressources, contre l'Irak. 

Une tragédie pour tous, mais aussi un rappel puissant : pour tirer les leçons d'une catastrophe, il faut toujours remonter à la cause profonde de celle-ci en posant une question toute simple : « Pourquoi ? »