jeudi, mars 26, 2026

Don’t worry, be happy! ( Première partie )

Peut-être vous souvenez-vous de cette chanson de la fin des années 80 qui voulait dire : « Pas d’souci, soyez heureux ! », et vous conviendrez avec moi que le bonheur reste un critère de référence essentiel pour évaluer notre condition humaine. Des organisations telles que le "World Population Review" s'efforcent d'établir chaque année un « palmarès » du bonheur. 

Cette définition du bonheur est-elle valide ? Représente-t-elle quelque chose de significatif ou relève-t-elle de l'arbitraire ? Le World Population Review compile généralement les données issues du World Happiness Report (Rapport mondial sur le bonheur), publié par l'ONU. Si ces classements font preuve d'une rigueur statistique fiable, leur « validité » dépend entièrement de notre conception du bonheur. 

Aux yeux d'un philosophe, ils pourraient sembler arbitraires ; pour un économiste, en revanche, ils constituent un indicateur vital de la santé d'une société. Voici une analyse détaillée de la « validité » de ce palmarès. Ce type d'étude se veut davantage « évaluatif » qu'« affectif ». Il ne cherche pas à mesurer la fréquence des sourires ou des rires, mais s'appuie plutôt sur l'« échelle de Cantril ». Le principe est le suivant : on pose aux participants la question suivante : « Sur une échelle graduée de 0 à 10 — où 10 représente la meilleure vie pour vous et 0 la pire —, où vous situez-vous ? » 

Cette approche est de nature évaluative (elle mesure la satisfaction globale à l'égard de la vie) ; et évalue le degré de bonheur ressenti par une personne vis-à-vis de son existence, après mûre réflexion. À l'inverse, elle fait souvent abstraction du « bonheur affectif » (la joie éprouvée au quotidien). Il est tout à fait possible d'atteindre le score maximal de « 10 » sur cette échelle — parce que l'on est riche, en sécurité et en bonne santé — tout en s’ennuyant et en se sentant seul un mardi après-midi. Pour autant, ce rapport demeure extrêmement pertinent, car il met en lumière six piliers étroitement corrélés à l'existence d'une société stable et prospère : 

  1. Le PIB par habitant (sécurité financière) 
  2. Le soutien social (le fait de pouvoir compter sur l'aide d'autrui) 
  3. L'espérance de vie en bonne santé 
  4. La liberté de faire ses propres choix de vie 
  5. La générosité (dons caritatifs ou bénévolat) 
  6. La perception de corruption 

Pour les gouvernements, ce rapport constitue un véritable tableau de bord « valide ». Il leur montre que si la confiance envers les institutions (et, par extension, la perception de la corruption) vient à s'effriter, le sentiment de bien-être des citoyens s'effondrera à son tour, et ce, même si l'économie est en plein essor. C'est précisément la raison pour laquelle les pays nordiques (tels que la Finlande et le Danemark) occupent systématiquement les premières places du classement : ils ont bâti des sociétés fondées sur un « socle social élevé », au sein desquelles la crainte de basculer dans la pauvreté ou la maladie est quasi inexistante. 

Reste alors à se poser la question suivante : un tel rapport est-il, en fin de compte, arbitraire (faussé par des biais culturels) ? Du point de vue de la culture occidentale, ces indicateurs privilégient nos propres valeurs, telles que la « liberté de choix » individuelle et la « richesse ». En revanche, de nombreuses cultures orientales ou autochtones définissent le bonheur comme l'équanimité, l'harmonie ou l'absence de conflit, plutôt que comme la « quête » d'une vie placée au sommet de l'échelle sociale. 

Une personne issue d'une culture communautaire pourrait éprouver du « bonheur » à travers le sens du devoir et le sacrifice — des dimensions que l'« Échelle de Cantril » n'est pas conçue pour saisir. Il convient également d'évoquer ce que l'on nomme la « courbe en U » du bonheur selon l'âge. Ainsi, à 74 et 78 ans respectivement, mon épouse et moi-même nous situons statistiquement au « pic du bonheur ». 

Les recherches démontrent en effet que le bonheur tend à suivre une courbe en U : il est élevé durant la jeunesse, atteint un point bas — correspondant à la « crise de la quarantaine » — vers 40 ans, puis remonte progressivement après 60 ans, à mesure que nous nous affranchissons du stress lié au « devenir » pour embrasser la quiétude de l'« être ». 

Par conséquent, si cet outil s'avère pertinent pour mesurer l'« épanouissement humain », il demeure arbitraire lorsqu'il s'agit d'évaluer les « émotions humaines ». Si l'on observe le haut du classement, on y trouve les pays offrant la plus grande sécurité. En revanche, si l'on recherchait les nations les plus passionnées ou les plus joyeuses, on verrait sans doute des pays d'Amérique latine ou d'Afrique se hisser en tête de liste, et ce, malgré un PIB plus faible ou un taux de corruption plus élevé. 

Demain, nous passerons en revue les chiffres réels... 

mercredi, mars 25, 2026

Skier au nord de l’enfer …

Ces deux derniers jours, j’ai fait un effort particulier pour aller skier, afin de constater par moi-même l’état des pistes de ski à Park City Mountain. Dimanche, j’ai skié sur le versant Park City et j’ai pu faire quelques belles descentes autour du télésiège Thaynes ; le lundi, j’ai décidé d’explorer le versant Canyons, mais j’ai été déçu de constater que le télésiège Ninety-nine-90 venait tout juste d’être fermé en raison des risques d’avalanche. 

Déçu, je suis rentré chez moi, devant skier dans une « soupe » parmi les pires que j’aie jamais rencontrées. C’était presque l’enfer ; c’est pourquoi j’ai intitulé cet épisode : « Un peu au nord de l’enfer ! » Franchement, je me sens terriblement désolé pour nos visiteurs qui ont dû skier dans d’épouvantables conditions.

J’ai consulté le calendrier de Ski Utah et j’ai vu que Park City prévoyait toujours de rester ouvert jusqu’au 20 avril, histoire de devancer son voisin Deer Valley d’une journée seulement (ce dernier prévoit de fermer le 19 avril). 

À mon avis, le ski ne pourra guère se pratiquer alors que sur de la neige « virtuelle » — du moins à Park City, qui étale sa neige artificielle aussi finement que possible pour économiser un peu plus ! J’ai également remarqué que Snowbasin, une station à une heure de chez nous, par respect pour sa clientèle, avait déjà fermé le 22 avril. 

Lors de ma dernière remontée en télésiège ce jour-là, j’ai discuté avec un homme âgé d’origine indienne qui, au vu des conditions actuelles, m’a dit qu’il ne voyait pas plus que cinq années de ski restant à Park City ; il a ajouté : « Quand la Terre sera fichue, des voix s’élèveront pour dire qu’il n’a fallu que 2 000 ans à l’espèce humaine pour détruire la planète… Quel gâchis ! »

mardi, mars 24, 2026

Utiliser son intuition (Troisième Partie)

Consigner ses intuitions dans un journal de bord est peut-être le meilleur outil qui existe pour développer notre système perceptif. Il ne s’agit pas ici de tenir un journal intime relatant notre vie quotidienne, mais bien d’entraîner, de développer et d’exploiter cette faculté de perception. Ainsi, chaque fois que nous ressentons une forte intuition, notons-la en une seule phrase, du genre : « J’ai le pressentiment que X va se produire. » 

Ajoutons-y ensuite la sensation physique ressentie, la tonalité émotionnelle et le contexte, puis cessons d’y penser. Plus tard, lorsque l’issue des événements sera claire, revenons à votre journal pour indiquer si l’intuition s’est avérée correcte, incorrecte, partiellement correcte ou indéterminée. Nous créerons ainsi une boucle de rétroaction — un mécanisme similaire à celui par lequel les sportifs affinent leurs réflexes ! 

Si nous faisons preuve de persévérance, nous commencerons à discerner des constantes : quelles sensations sont corrélées à l’exactitude du pressentiment ? Quelles émotions faussent l’intuition ? Quels contextes affûtent ou, au contraire, brouillent notre perception ? C’est de cette manière que l’intuition cesse d’être un simple coup de chance pour devenir une faculté qu’on développe par l’entraînement. Enfin, avant de clore cette discussion, voyons comment distinguer « l'intuition » de « l'anxiété ». C’est peut-être là le savoir-faire le plus crucial. L’intuition véritable et la peur génèrent des sensations très similaires, mais elles possèdent des « saveurs » distinctes. 

Le tableau ci-dessus illustre ces différences : Pour finir, s’il est agréable de célébrer nos réussites, il s’avérera encore plus instructif d’analyser nos erreurs. Lorsqu’une intuition se révèle exacte, il est tentant de se contenter de savourer celle-ci ; pourtant, c’est en se posant les bonnes questions que l’on progresse véritablement. Lorsque l’intuition a fonctionné à la perfection, demandons-nous d’abord : « Quelle sensation cela m’a-t-il procurée ? 

À quel moment précis ai-je perçu ce signal pour la première fois ? Quel était le véritable ‘signal’ dissimulé sous le "bruit" ambiant ? » À l’inverse, lorsqu’une intuition s’avère erronée, interrogeons-nous : « Quelle émotion s’est fait passer pour de l’intuition ? Quel indice corporel m’a induit en erreur ? Qu’avais-je envie de croire ? » 

C’est la méthode la plus efficace pour affiner notre intuition et en faire un indicateur de plus en plus fiable. Il s’agit là d’un sujet à la fois complexe et insaisissable ; ne soyez donc pas surpris si je découvre, dans un avenir proche, des outils encore plus efficaces ou pertinents. En attendant, nous disposons de suffisamment d’éléments pour nous mettre au travail. 

Ainsi, pour ceux d’entre vous qui sont intéressés, je propose de faire le point sur nos progrès respectifs d’ici un an. Bonne chance à tous !

lundi, mars 23, 2026

Utiliser son intuition (Deuxième Partie)

Avoir de l'intuition est une chose ; l'utiliser efficacement en est une autre. Alors, comment bien utiliser cette ressource ? Les spécialistes affirment que tout part d’une grande « base de données » — ce que l'on pourrait également qualifier de forme « d’apport » ou d'« input ». En réalité, l'intuition est aussi bonne que la qualité des données sur lesquelles elle repose. 

Les champions d'échecs possèdent une intuition « parfaite » du jeu, car ils ont mémorisé des milliers de configurations possibles. À l'inverse, un novice ne dispose que d'une intuition « limitée » ou « erronée », sa base de données étant encore vierge. Nous devons aller au-delà de la simple expérience de l'instant présent pour, au contraire, tirer des enseignements de chaque moment vécu. Ne nous contentons pas d'agir ; analysons.

Si vous occupez un poste de manager, ne vous limitez pas à animer une réunion ; demandez-vous systématiquement : « Quels sont les trois signaux subtils que j'ai laissés échapper ? » Cette démarche permet d'alimenter le subconscient avec des données de meilleure qualité. Par ailleurs, prenons le temps d’étudier des études de cas ou des « bilans post-action ». 

Notre cerveau a la capacité de s'approprier les expériences d'autrui pour les intégrer à sa propre bibliothèque intuitive. De plus, avant de prendre une décision, projetez-nous six mois plus tard et imaginons que le projet a échoué. Interrogez alors votre instinct : « Qu'est-ce qui a mal tourné ? » Cet exercice contraint notre intuition à traquer les signaux d'alarme subtils que nous aurions tendance à ignorer. 

L'étape suivante consiste à travailler sur le « récepteur » afin d'en accroître la sensibilité. Les scientifiques désignent par le terme d'« intéroception » cette capacité — ou, plutôt, ce talent — à percevoir ses propres signaux internes. Les personnes dotées d'une conscience intéroceptive aiguë — c'est-à-dire capables de ressentir avec précision les battements de leur cœur ou cette sensation de « papillons dans le ventre » — prennent toujours de meilleures décisions intuitives. 

Il est possible de développer cette aptitude en pratiquant des exercices de « balayage corporel » (body scan) : il s'agit de s'accorder une pause d'introspection de deux minutes lors de moments exempts de stress. Quelles sensations éprouvons-nous au niveau de la poitrine ? de l'estomac ? de la mâchoire ? Il existe également l'exercice de la « décision éclair » : confronté à un choix anodin (comme le choix d'un restaurant), on s'accorde très exactement trois secondes pour trancher. On observe alors la sensation physique suscitée par ce choix « instantané ». 

Cette sensation est-elle « lourde » ou « légère » ? Avec le temps, nous apprendrons ainsi à reconnaître la « signature » physique d'une bonne intuition. Il nous reste à calibrer la « boucle de rétroaction » ; or, au sein de celle-ci, le pire ennemi de l'intuition est le biais de rétrospection — ce sentiment de s'être « toujours douté de la chose » qui s'avère souvent être un mensonge. 

Pour progresser, nous devons nous mettre à l'épreuve en tenant un « journal de l'intuition » : nous y consignons nos pressentiments dès qu'ils surviennent, en y incluant les sensations physiques ressenties. Par exemple : « J'ai rencontré le nouveau prestataire aujourd'hui. J'avais l'estomac noué, bien que son CV soit irréprochable. Je vais l'engager, mais je surveillerai le budget de très près. » 

Par la suite, il nous faudra évaluer les résultats en relisant ce journal tous les trois mois. Notre instinct avait-il vu juste, ou ne s'agissait-il que d'anxiété ? Ce processus permet à notre cerveau de s'« affiner », afin de distinguer la véritable intuition du simple bruit émotionnel. Demain, nous verrons comment assurer le suivi de nos diverses intuitions et comment les mesurer…

dimanche, mars 22, 2026

Utiliser son intuition (Première Partie)

Récemment, j'ai eu la preuve flagrante qu'une forte intuition, ressentie avec intensité peu de temps auparavant, s'avérait fondée. Il s'agissait d'une recommandation pour un parodontiste, faite par mon dentiste traitant. Mon sentiment négatif à l'égard de ce spécialiste s'est confirmé, me faisant prendre conscience de l'importance d'écouter nos instincts ; mais pouvons-nous vraiment nous y fier ?

Et comment savoir avec certitude s'il s'agit de prémonitions valides ou pas ? Aujourd'hui, l'intuition est prise beaucoup plus au sérieux et n'est plus considérée comme un phénomène « ésotérique ». En sciences cognitives, elle est reconnue sous le nom de « reconnaissance rapide de schémas » (RAP). 

Notre cerveau est capable de prédire à grande vitesse, en comparant constamment une certaine situation à une immense banque de données interne d'expériences passées, délivrant un « verdict » avant même que notre esprit conscient n'ait fini de traiter le tout. Tout cela est prodigieusement intéressant, mais comment développer ce « muscle » ? 

Eh bien, les spécialistes affirment qu'il faut se concentrer sur trois domaines : la base de données (notre expérience), le récepteur (notre corps) et le filtre (notre logique). Demain, nous explorerons chacun de ces éléments afin de mieux exploiter le pouvoir de l'intuition ; alors, ne manquez pas de revenir lire la suite !

samedi, mars 21, 2026

Gâteau glacé à Park City !

Dimanche après-midi dernier, j'ai skié — ou plutôt, je devrais dire fait du patin à glace — sur les pistes de Park City Mountain, en compagnie de ma fille ; et nous avons eu de la chance à bien des égards. Celle, notamment, de ne pas percuter un arbre ou des rochers, de ne pas chuter et de dévisser la pente comme un mannequin inanimé sans arrêt alors que nous étions constamment sur de la glace vive. Imaginez la scène : nous avancions « à la grâce de Dieu » ! 

Une expérience si exécrable que je n'en avais jamais vécu de pareille en 72 saisons de ski, aux quatre coins du globe, de l'Australie à Zermatt ! 

C'est dire le sérieux de la situation. De la glace bleue était visible un peu partout — y compris sur les bosses — la surface n’étant pas seulement lisse, mais d'une dureté extrême qui ne permettait pas aux carres d’accrocher. 

Ce n'est que sur les sections peu inclinées que le passage des skieurs avait suffisamment râpé la neige pour la transformer en semoule, facilitant un peu notre « patinage ». 

Comme la combinaison du bruit et des vibrations était un peu trop pour nos nerfs délicats, nous nous sommes efforcés d'être « expéditifs » et de ne pas nous attarder sur les zones les plus dures ; ce qui aurait pu donner à quiconque nous observait la fausse impression que nous étions parfaitement « à l'aise » sur ce terrain maudit. 

Pour la petite histoire, j'ai toujours pensé — et affirmé sans me gêner — que le ski sur glace exigeait d’être extrêmement bref, je maintiens ce postulat ! En réalité, nous étions tout simplement terrifiés et nous voulions en finir le plus rapidement possible avec nos descentes. Cela dit, nous sommes restés sur les pistes jusqu'à l'heure de fermeture, explorant toutes les options disponibles dans l'espoir de trouver de meilleures conditions... mais celles-ci n'étaient pas au rendez-vous. 

Au terme de cette journée, nous nous sentions comme les survivants que nous étions devenus ...

vendredi, mars 20, 2026

Subaru Outback 2026

J’en ais toujours « pincé » pour Subaru, en tout cas de 1975 à 2022, date à laquelle j'ai opéré un virage décisif vers la voiture électrique. Subaru s'apprêtait alors à lancer son propre modèle, la Solterra — développée semble-t-il à contrecœur par Toyota —, mais je ne l'ai pas suffisamment aimée pour l'acheter.
Pourtant, les Subaru ont toujours occupé une place privilégiée dans mon cœur ; et c’est pourquoi j'ai donc été fort déçu lorsque j'ai aperçu le nouveau modèle Outback 2026. À mes yeux qui apprécient un bon design, ce n'était qu'une horrible boîte montée sur quatre roues !

Cette voiture comporte par ailleurs bien trop de détails superflus et distrayants, plaqués un peu partout pour lui donner un air « cool » — une tentative qui échoue lamentablement. C'est typiquement le cas où « moins, c'est plus ». 

J'ai ressenti une forme de sentiment de trahison, trouvant par là même une justification à mon manque de loyauté pour la marque japonaise. J'ai beau être âgé, je reste toujours bien capable de m’adapter !