samedi, juillet 11, 2026

Brûler ses vaisseaux (Troisième partie)

Comme toujours, dans tout ce qui n’est pas parfaitement évident, la vérité se situe à mi-chemin entre deux extrêmes ; une façon plus précise d'exprimer cette idée serait de dire que lorsque nous nous investissons pleinement dans un objectif important et que nous limitons sérieusement nos options, notre cerveau est obligé de mobiliser d’importantes ressources cruciales — qu'il s'agisse de l'attention, de la motivation, de la persévérance ou de la résolution de problèmes.

Tout ce savoir-faire va être nécessaire pour considérablement accroître nos chances de réussite. Toutefois, cela ne suffit pas pour garantir une issue positive, car la performance dépend également de notre préparation, de nos capacités, des circonstances extérieures et du maintien du stress dans une fourchette optimale. Ai-je même seulement évoqué la chance — ou l’absence de celle-ci ? 

Cette distinction permet aussi de comprendre pourquoi certains individus très performants créent délibérément un « point de non-retour » en annonçant publiquement un objectif, en investissant des ressources considérables ou en prenant un engagement ferme. Ils ne comptent pas uniquement sur leur cerveau pour garantir le succès ; ils utilisent leur engagement pour encourager un effort soutenu. 

Compte tenu de l'orientation philosophique de bon nombre de mes interrogations personnelles — qu'il s'agisse de la méditation, du développement personnel, du troisième âge ou de l’encombrement moral que représente le ressentiment —, on peut y voir un parallèle intéressant. Brûler les ponts sur le plan extérieur est une façon de renforcer l'engagement. 

Une autre approche, souvent plus durable, consiste à « brûler les ponts » intérieurement : il s'agit d'atteindre un stade où l'on ne souhaite plus faire marche arrière, car la voie choisie est en profonde adéquation avec nos valeurs et notre identité. Dans ce cas, la force motrice découle moins de la peur de l'échec que d'une adhésion totale et irrévocable à notre mission ou notre raison d'être. 

Les recherches suggèrent que ce type d'engagement intérieur aura tendance à être autant plus robuste que plus sain sur le plan psychologique qu'un engagement motivé uniquement par l'absence d'alternatives ; j’en suis aussi convaincu !

vendredi, juillet 10, 2026

Brûler ses vaisseaux (Deuxième partie)

 

Quand on coupe tous les ponts — c'est-à-dire que l'on supprime les alternatives et que l'on s'engage totalement dans un projet ou une tâche sans possibilité de marche arrière —, plusieurs mécanismes peuvent effectivement améliorer les performances et conduire à un résultat positif : 

L'attention se focalise. En l'absence de plan de secours, le cerveau consacre davantage de ressources cognitives à la tâche en cours plutôt qu'à envisager des voies de repli. 

La motivation s'accroît. Nous avons tendance à redoubler d'efforts lorsque les enjeux sont élevés. Les psychologues appellent parfois cela l'« effet d'engagement ». 

La persévérance se renforce. Les individus acceptent souvent davantage d'inconfort, de revers et d'incertitude lorsqu'ils perçoivent l'abandon comme impossible. 

La créativité peut être stimulée. Les contraintes peuvent amener les gens à inventer des solutions qu'ils n'auraient jamais explorées autrement. 

Certes, l'histoire regorge d'exemples où un engagement hors du commun a donné lieu à des réalisations exceptionnelles : entrepreneurs ayant tout investi dans une entreprise, explorateurs survivant contre toute attente ou athlètes surpassant les pronostics en compétitions.

Toutefois, la seconde partie de mon affirmation initiale — selon laquelle « notre cerveau veillera à ce que nous nous en sortions haut la main » — pourrait passer pour une boutade ou une exagération, voire s'avérer totalement fausse. En réalité, notre cerveau ne garantit rien de tel. 

Plusieurs facteurs viennent nuancer cette idée, car la relation entre stress et performance est souvent décrite par la loi de Yerkes-Dodson : « Une pression modérée améliore les performances, mais une pression excessive altère la mémoire, le jugement, la créativité et la motricité fine. » 

Cela signifie que la biologie a ses limites : aucun niveau d'engagement ne peut compenser un manque de savoir-faire, des limitations physiques, un manque de temps, des chances de réussite quasi nulles ou un dégoût profond. Par ailleurs, la peur peut devenir paralysante. Privées d'échappatoire, certaines personnes paniquent, ce qui étouffe leur détermination. 

Une même stratégie consistant à « brûler ses vaisseaux » peut galvaniser une personne tout en submergeant une autre. Certes, nous entendons souvent parler de ceux qui ont réussi grâce à leur engagement total. Nous entendons beaucoup moins parler de ceux qui, tout aussi engagés, ont échoué, perdu leurs économies ou subi de lourdes conséquences. 

Leurs histoires sont moins « vendeuses » et bien moins visibles. La prochaine fois, nous découvrirons ce qu'il en est réellement de ma théorie ; alors, restez à l'écoute !

jeudi, juillet 09, 2026

Brûler ses vaisseaux (Première partie)

Il m’est arrivé à maintes reprises de brûler mes vaisseaux. Si certaines tentatives se sont soldées par un échec, beaucoup d’autres ont abouti à des résultats positifs, voire excellents. 

Je me souviens, par exemple, avoir décidé d’intégrer l’internat du lycée de Cluses — un établissement réputé très dur — ; cette aventure avait parfaitement porté ses fruits pour moi. En revanche, mon expérience en tant que technicien du bureau d’études chez Odo, dans ce coin perdu qu’était Morez, au fin fond du Jura, fut marquée par le découragement et, finalement, l’échec. 

Il en a été de même lorsque je suis parti à Genève pour travailler comme mécanicien aéronautique chez TWA : je n’ai pas réussi à faire durer l’expérience bien longtemps. Même chose pour mon travail chez un géomètre à Saint-Gervais, aux pieds du mont Blanc, ou pour ce poste dans une petite entreprise de Cluses — un travail de métreur-verificateur, censé être saisonnier pour s’accorder avec mon activité de moniteur de ski, mais qui a ete incapable de susciter la moindre passion de ma part. 

Je me rappelle aussi avoir traversé en stop le désert australien de Nullarbor, une décision irréfléchie qui, par miracle, a bien tourné. De même, me lancer chez Look — que ce soit à Nevers ou aux États-Unis — ou partir plus tard m’installer dans l’Utah furent des décisions du type « couper les ponts » couronnées de succès, bien qu’elles aient comporté leur lot de souffrances et de défis. 

L’esprit d’aventure a toujours fait partie de mon ADN, pour le meilleur comme pour le pire. Je croyais autrefois que « brûler ses vaisseaux » ouvrait de nombreuses portes : la motivation pour réussir était si puissante qu’elle rendait l’échec impossible. 

Peut-on dire que, lorsque je m’engageais dans une entreprise très incertaine — presqu’une situation de vie ou de mort — mon cerveau veillerait d’une certaine manière à ce que je m’en sorte haut la main ? La réponse est peut-être oui, mais seulement jusqu’à un certain point. Cette idée reflète un phénomène psychologique bien réel, mais elle va au-delà de ce que les faits permettent d’affirmer. 

Demain, nous tenterons de comprendre pourquoi.

mercredi, juillet 08, 2026

La saga Spyder de Dave Jacobs (Deuxième partie) 

Au départ, Jacobs a commencé à concevoir des pulls de ski de course pour ses fils, convaincu que l'équipement alors disponible pour les jeunes skieurs laissait à désirer : il n'était ni assez rapide, ni suffisamment protecteur, et n'avait pas été pensé pour la course à ski. 

Plutôt que d'attendre que l'industrie se mette à ce niveau, il décida de créer lui-même un meilleur produit. Il  débuta son activité de vente par correspondance depuis sa maison à Boulder, proposant un pull de course conçu avec ce dont avaient besoin les jeunes coureurs. L'entreprise n'allait pas rester petite bien longtemps. 

Le tournant s'est produit quand Jacobs a dessiné un pantalon de ski bleu marine doté de protections jaunes côtelées. Les jeunes skieurs trouvaient que ces protections ressemblaient à des pattes d'araignée ; Jacobs, toujours à l'affût des bonnes idées, avait sauté sur l'idée. En 1978, il baptisait sa société « Spyder », en référence à la Ferrari Spyder, l'une de ses voitures préférées. 

Ce qui avait commencé comme une solution artisanale pour de jeunes skieurs en compétition a rapidement grandi en une entreprise mondiale de vêtements de ski. Jacobs a orienté Spyder vers de multiples perfectionnements en matière d'aérodynamisme et de science des matériaux, traquant les mêmes gains marginaux qui comptaient pour lui lorsqu'il était compétiteur : des fractions de seconde, des degrés de chaleur, des grammes de poids en moins.,  

Cette stratégie a payé et Spyder est devenu fournisseur officiel des équipes de ski des États-Unis et du Canada, équipant des athlètes au plus haut niveau, y compris lors des Jeux olympiques d'hiver. Collègues et concurrents ont longtemps classé Jacobs parmi ce cercle restreint de pionniers de la branche du ski qui ont bâti leur entreprise à l'image de leur façon de courir en identifiant un problème sur la piste et en refusant de s'en accommoder. 

Son parcours, de la petite entreprise de vente par correspondance née sur sa table de cuisine jusqu'aux podiums olympiques, est devenu légendaire au sein de la communauté du ski. Malheureusement, après être passée entre les mains de divers fonds d'investissement et d'investisseurs incompétents, la marque a fini par disparaître ; c'est bien regrettable. 

En nous quittant, Jacobs laisse sa famille et  ses fils dont les débuts en compétition l'avaient inspiré de prendre aiguille et fil pour améliorer leur expérience. Sa légacie s'étend toutefois encore plus loin en touchant d'innombrables skieurs à travers le monde qui ont couru — en restant mieux protégés du froid, plus en sécurité et plus rapides — grâce à de l'équipement conçu selon les principes qu'il avait esquissés il y a des décennies. 

David Jacobs est un véritable visionnaire de l'industrie du ski ; il laissera un vide énorme. 

mardi, juillet 07, 2026

Dave Jacobs, 1933-2026 (Première partie)

 

L'ancien skieur alpin et entraîneur qui a fondé les vêtements de ski Spyder, vient de décéder au début du mois. Il avait 92 ans. La vie de Jacobs a été intimement liée au ski de compétition sous presque tous ses aspects, du portillon de départ jusqu'aux ateliers de fabrication. Il a débuté comme coureur en 1957 en remportant le championnat national de descente au Canada, exploit qui l'a propulsé parmi les meilleurs skieurs du pays à cette époque. 

Né à Montréal, Jacobs a commencé a skier à 13 ans. À 21 ans, il remportait le Kandahar du Québec et devenait membre de l'équipe nationale canadienne de 1957 à 1961. 

Il est ensuite passé de la compétition à l'entraînement, occupant le poste de chef entraîneur-chef à plein temps des skieurs canadiens de 1964 à 1966. À ce titre, Jacobs a travaillé en étroite collaboration avec une nouvelle génération d'athlètes canadiens, mettant à profit la technique acquise quand il courait. 

En 1965, Bob Lange avait contacté Jacobs pour savoir si l'équipe canadienne était prête à tester ses chaussures de ski. Après les avoir essayées, Dave Jacobs avait dit qu’elles étaient de « très mauvaises chaussures » et s’était rendu à l'usine de Dubuque (Iowa) pour suggérer plusieurs améliorations techniques. 

En juin 1966, trois paires de chaussures améliorées, étaient mises à la disposition de l'équipe canadienne lors d'un stage d'entraînement au mont Hood ; Gerry Rinaldi, Rod Hebron et Nancy Greene les avaient essayées et les avaient adorées. À Portillo, Jacobs réparait et modifiait sur place les Langes des skieurs tout en envoyant des rapports détaillés à l'usine. Ainsi, la chaussure évolua, gagnant en hauteur et en rigidité. 

C'est alors qu'elle se mit à séduire les skieurs de plus haut niveaux. Nancy Greene commença à remporter des victoires sur le tout nouveau circuit de la Coupe du monde avec ses Lange. C'est cette même année, en 1967, que fut fondée la société Lange-Jacobs Inc. qui ouvrit une petite usine à Saint-Jérôme, près de Montréal, pour y assembler les chaussures de ski. 

C'est aussi à cette époque que j'ai entendu parler de Jacobs pour la première fois. Après la fusion de son unité canadienne avec Lange USA en 1969, David s'installa à Boulder dans le Colorado. Il allait siéger au conseil d'administration et devenir vice-président de la société de 1969 à 1972. Durant cette période, il conçut la première chaussure de ski de compétition Lange, qui devint une référence en Coupe du monde et le modèle précurseur des chaussures de course Lange utilisées aujourd'hui. 

Toutefois, la contribution la plus marquante de Jacobs survint après la fin de sa carrière d'entraîneur et son activité chez Lange. C'est en effet en 1978, dans sa cuisine, à Boulder, qu'il lança ce qui allait devenir une entreprise de vêtements de sport de renommée mondiale. 

Restez avec nous pour découvrir la suite de l'histoire ...

La corruption de Trump et d’Infantino

En mettant de côté fierté nationale et préjugés (après tout, je suis citoyen américain), que dire du scandale déclenché par Trump auprès de la FIFA ? Alors que la plupart des Américains ressentaient une fierté nationale et l’instinct de défendre « notre équipe », l’affaire Trump-FIFA relevait fondamentalement d’une ingérence politique dans une instance juridictionnelle sportive internationale, de la volonté de la FIFA de contourner ses propres règles et des conséquences néfastes pour l’équité de la compétition.

La question centrale n’était pas de savoir si le carton rouge infligé à Balogun était sévère ; il s’agissait simplement du fait qu’un chef d’État s’est permit de pressuriser avec succès la FIFA pour annuler une sanction qui, selon le règlement, ne pouvait faire l’objet d’aucun appel. C’est pourquoi les instances mondiales du football ont réagi aussi vivement. 

Pour ceux qui ignoraient les faits ou ne s’en souviennent pas : Trump a personnellement appelé le président de la FIFA, Gianni Infantino, pour lui demander de réexaminer le carton rouge de Folarin Balogun. Il a aussi agi hypocritiquement en ignorant que le cas de Balogun relevait précisément de la citoyenneté par le droit du sol, une pratique que Trump dénonce pourtant avec véhémence. 

En réponse, la FIFA a annulé la suspension automatique d’un match en invoquant l’article 27 — une clause rarement utilisée permettant une suspension discrétionnaire des mesures disciplinaires. Furieux, l’UEFA, la Belgique, d’anciens responsables de la FIFA ainsi que de nombreux joueurs et entraîneurs ont condamné cette décision, la qualifiant d’« inédite », d’« incompréhensible » et de « ligne rouge franchie ». 

Les critiques soutiennent que cette annulation a porté atteinte à l’intégrité du tournoi et créé un précédent dangereux en matière d’influence politique sur l’arbitrage et les procédures disciplinaires ; je partage entièrement ce point de vue. Le scandale ne concerne pas Balogun (le joueur), mais l’avenir de l’équité sportive. 

Les petits pays de football (comme la Belgique) ne disposent pas d’un tel levier d’influence. Trump a fait preuve d’un jugement désastreux et chronique en suivant son instinct : il a donné une mauvaise image de l’équipe américaine et a suscité un tel ressentiment que la Belgique a remporté la victoire sous le coup de la colère, alors même que les Américains étaient, sur le papier, très compétitifs. 

Son intervention a mis en lumière un système à deux vitesses : d’un côté, des nations puissantes capables d’influencer les résultats et, de l’autre, le reste du monde contraint d’accepter des décisions qu’il ne peut contester. Ce déséquilibre est précisément ce que la gouvernance mondiale du sport est censée empêcher ; il ne s’agit pas là de politique footballistique ordinaire, mais d’une crise de gouvernance et d’une hypocrisie flagrante. 

Bien mal acquis ne profite jamais !

lundi, juillet 06, 2026

À quelle vitesse les ans nous font-ils vieillir ? (Deuxième partie)

Après avoir examiné les risques de mortalité et les performances physiques, nous aborderons aujourd'hui la fonction des organes et les marqueurs biologiques. Des recherches récentes, portant sur des milliers de protéines, de métabolites et de marqueurs d'ADN, ont montré que le vieillissement se déroulait par à-coups plutôt qu'à un rythme parfaitement constant. 

Certaines études ont identifié des transitions biologiques majeures autour de 

40-45 ans

60-65 ans

75-80 ans

L'âge exact varie selon les études, mais le constat général est que les systèmes biologiques subissent souvent des périodes d'accélération plutôt qu'un déclin régulier. Le vieillissement double-t-il donc à 70 ans ? 

Pas vraiment. Une description plus juste serait de dire que le rythme de déclin de nombreuses fonctions corporelles s'accélère après 70 ans, et souvent encore après 80 ans et 90 ans. Si l'on tentait d'exprimer cela mathématiquement, il n'existe pas de coefficient multiplicateur unique. 

Le tableau ci-contre en donne une illustration conceptuelle simplifiée. Certaines personnes semblent échapper à ce processus, ce qui témoigne d'une grande variabilité chez les gens âgées. À 80 ans, on trouve des individus qui ont besoin d'une aide au quotidien, d’autres qui font de la randonnée en montagne, qui skient régulièrement, qui voyagent à l'étranger et qui apprennent de nouvelles langues. 

Cette différence s'explique souvent par la génétique (peut-être 20 à 30 %), l'activité physique pratiquée tout au long de la vie, les antécédents de tabagisme, la composition corporelle, l'engagement social, la stimulation cognitive, la qualité du sommeil et tout simplement la chance ! En fait, chez les octogénaires en bonne santé et actifs, la trajectoire ressemble souvent à celle de personnes 10 à 15 ans plus jeunes. 

En réalité, le vieillissement ressemble moins à une voiture qui s'use kilomètre par kilomètre qu'à un barrage qui retient l'eau. Pendant des décennies, de minuscules défauts s'accumulent sans que cela n'ait d'effet visible. Puis, à mesure que les réserves diminuent, chaque défaut supplémentaire a un impact plus important. 

La résilience du corps – sa capacité à se remettre d'une maladie, d'une blessure, du stress ou d'un manque de sommeil – décline. De nombreux gérontologues considèrent la perte de résilience comme l'un des principaux indicateurs du vieillissement avancé. 

C'est pourquoi une type de 30 ans peut se remettre d'une mauvaise chute, d'une grippe ou d'une nuit blanche en quelques jours, tandis qu'à 80 ans, le même incident peut avoir des conséquences qui traînent pendant des semaines, voire des mois. 

Ainsi, la remarque de mon ami n'est pas littéralement exacte, mais elle illustre un phénomène réel : après 70 ans environ, et plus encore après 80 ans, de nombreux aspects du vieillissement deviennent de plus en plus non linéaires, car les réserves et la capacité de réparation du corps diminuent. 

Le corps ne vieillit pas nécessairement « deux fois plus vite », mais les effets du vieillissement deviennent progressivement plus visibles et plus importants.

dimanche, juillet 05, 2026

À quelle vitesse les ans nous font-ils vieillir ? (Première partie)

Un ami me disait souvent : « À 70 ans, notre corps vieillit deux fois plus vite qu’avant… » Je me suis toujours demandé si cette expression populaire française recelait une part de vérité et, si oui, si le coefficient « deux » était correct à 70 ans, mais de combien fallait-il l’augmenter à 75, 80, 85, 90 ans et au-delà ? 

Je me suis demandé s’il existait des études sur ce sujet, quelles étaient les mesures objectives et quelles en étaient les conclusions. Après quelques recherches, j’ai vite compris que l’adage de mon ami contenait une part de vérité, mais pas au sens littéral de « vieillir deux fois plus vite à 70 ans ». Les chercheurs qui étudient le vieillissement ont constaté que ce processus n’est pas linéaire. 

De nombreux aspects de la physiologie humaine déclinent progressivement pendant des décennies, puis s’accélèrent à certains âges. Cependant, cette accélération varie selon les paramètres mesurés. Il existe en réalité au moins quatre façons de mesurer le vieillissement : Le risque de mortalité (probabilité de décès au cours d’une année donnée) Les performances physiques (force, équilibre, vitesse de marche, endurance) 

La fonction des organes (cœur, poumons, reins, système immunitaire, etc.) Les marqueurs biologiques (ADN, protéines, inflammation, modifications cellulaires) Ces catégories ou aspects ne vieillissent pas tous simultanément. Concernant le risque de mortalité, l’une des découvertes les plus sérieuses en démographie est la loi de Gompertz, qui remonte aux années 1820. Elle démontre qu’après l’âge adulte, le risque de décès augmente de façon quasi exponentielle avec l’âge. 

On peut estimer que ce risque double tous les 7 à 9 ans après la quarantaine. Par exemple, si une personne en bonne santé de 60 ans présente un certain risque annuel de décès, ce risque est environ deux fois plus élevé à 68-69 ans, quatre fois plus élevé à 76-78 ans, et huit fois plus élevé à 84-87 ans. Cela ne veut pas dire que le corps vieillit deux fois plus vite ; cela signifie que les conséquences du vieillissement cumulé deviennent de plus en plus apparentes. 

En termes de capacités physiques, plusieurs fonctions corporelles déclinent à un rythme accéléré, à commencer par la masse et la force musculaires. Après 30 ans, la masse musculaire diminue lentement (environ 3 à 8 % par décennie), mais après 60-70 ans, la perte s'accélère souvent considérablement, la force diminuant plus rapidement que la masse musculaire elle-même. 

C'est pourquoi beaucoup de personnes constatent qu'à 80 ans, elles peuvent perdre en un an la force qu'elles auraient perdue en plusieurs années à 50 ans. La vitesse de marche et l'équilibre diminuent progressivement jusqu'à environ 70 ans, puis le déclin s'accentue après 75-80 ans. Ces mesures figurent parmi les meilleurs indicateurs de santé et de longévité futures. 

Demain, nous aborderons l'impact du vieillissement sur les fonctions organiques et d'autres marqueurs biologiques …