Pierrot s'est éteint le 23 juin, à l'âge de 78 ans. Nous avons grandi ensemble, fréquentant la même école primaire, mais je ne le connaissais presque pas. Je n'ai jamais joué avec lui. Fils de Julien et Olga, il était l'aîné des trois enfants du boulanger de notre village.
Si j'écris ces lignes, ce n'est pas simplement parce que nous avons grandi à la même époque, mais parce que nos enfances se sont déroulées dans deux univers bien distincts. Il ne semblait pas être un élève brillant ; un jour, ses parents ont sans doute dû lui dire : « Tu seras boulanger comme ton père et, un jour, tu reprendras l'affaire familiale... », sans jamais lui demander ce qu'il aimait ou ce qu'il aurait voulu devenir — pompier, menuisier, pilote d'avion ou dentiste.Je suis à peu près certain que cette question n'a jamais été posée et qu'aucune autre option ne lui a été offerte. Certes, mes parents ne m'ont jamais posé cette question non plus. Je me demande ce qu’il aurait voulu faire si il avait eu libre choix ?
Pourtant, après qu'il fut mit au boulot à 14 ans c’est comme cela qu’il a passé sa vie à pétrir et cuire le pain pour nourrir les gens du village, ainsi que le nombre croissant de touristes de passage.
Au fil des ans, je l'ai souvent vu servir la clientèle derrière son comptoir, quand sa femme Henriette ou sa mère n'étaient pas disponibles. Sans bonnes raisons et sans expériences précédentes communes, nos échanges se limitaient aux banalités : « Bonjour, merci, au revoir ». À l'heure de la retraite, it était alors épuisé, il a fermé sa boulangerie tout en continuant à habiter la même maison ; il complétait sa retraite et ses économies en vendant du bois de chauffage qu'il préparait pour les touristes.
Est-il parti heureux, épanoui, après avoir réalisé tous ses rêves ? Je l'ignore et n'aurai jamais la réponse à cette question. Adieu, Pierrot !





