mercredi, mars 04, 2026

Réflexions olympique… (Troisième partie)

Si l’on examine les Jeux olympiques d’hiver les plus récents, de 1992 à nos jours, on constate des aventures très diverses et, du meilleur au pire, on peut être surpris, mais pas choqué. De manière générale, la transparence totale n’est pas la norme dans ce milieu et cela reflète peut-être la culture du secret qui règne au sein du CIO.

Parmi les sites olympiques d’hiver les plus exemplaires et responsables, un trio sort du lot : Vancouver 2010, PyeongChang (Corée du Sud) 2018 et Pékin 2022. Ces trois villes, à l’instar des plus performantes, se démarquent par leur comportement et leurs résultats. PyeongChang est sans doute le meilleure exemple et l’un des rares Jeux d’hiver à avoir dégagé un excédent financier confirmé, étayé par des chiffres parfaitement clairs. 

Le tableau devient encore plus intéressant lorsqu’on compare le budget de fonctionnement, les dépenses d’infrastructure et les retombées économiques. Sur le plan opérationnel, les Jeux ont généré un excédent confirmé de 55 millions de dollars, pour des recettes de 2,245 milliards de dollars et des dépenses de 2,190 milliards de dollars. 

Si l'on en croit les Chinois, les Jeux olympiques de Pékin 2022 présentent l'un des profils financiers les plus clairs et les plus inhabituels de ces manifestations sportives. Le comité d'organisation a dégagé un nouvel excédent, alors que le coût total des Jeux a largement dépassé les prévisions initiales. Les sources disponibles fournissent des chiffres solides, avec un excédent de 52 millions de dollars sur des recettes de 2,3 milliards. Le CIO a également annoncé qu'il verserait 10,4 millions de dollars de sa part de cet excédent au Comité olympique chinois. 

Vancouver, elle aussi, a affiché un bilan financier impeccable et documenté, offrant une image sans controverse. Les Jeux furent généralement considérés comme bien gérés financièrement, même si le constat varie selon que l'on considère les coûts opérationnels ou les dépenses d'infrastructure. Si le budget de fonctionnement a été équilibré, le budget d'infrastructure – qui comprenait les sites, les routes, les transports en commun et les améliorations urbaines – constitue un cas à part. 

Deux chiffres majeurs se distinguent : 603 millions de dollars pour le développement des sites, un montant conforme au budget, mais 554,3 millions de dollars dépensés par la seule Ville de Vancouver pour les infrastructures et les opérations liées aux Jeux. Mais comme pour la plupart des Jeux olympiques, les coûts d'infrastructure ont été pris en charge par le secteur public et ne sont donc pas inclus dans le calcul du seuil de rentabilité. 

Demain, nous nous pencherons sur les autres Jeux, notamment sur un aperçu de Milan 2026.

mardi, mars 03, 2026

Réflexions olympiques… (Deuxième partie)

 Aujourd'hui, nous allons examiner les résultats financiers des Jeux olympiques (principalement d'été). Nous commencerons par les Jeux olympiques de Los Angeles en 1984, un exemple de réussite frappant. Organisés sans fonds publics, ils allaient dégager un excédent de plus de 200 millions de dollars. Sans surprise, ils sont devenus le modèle d'organisation de Jeux à budget serré et financés par le secteur privé. 

Bien évidemment, cet exemple n'a pas été trop bien suivi. D'autres Jeux ont parfois atteint l'équilibre budgétaire ou s'en sont approchés, mais 1984 reste les seuls J.O. incontestablement rentables. Il y a donc eu de nombreux échecs. La plupart des Jeux depuis les années 1960 ont accusé des déficits considérables. Voici quelques exemples notoires, à commencer par Montréal 1976, dont le budget avait tellement explosé que la ville a mis 30 ans à rembourser sa dette. 

Cela aurait dû servir d'avertissement aux futurs hôtes, mais Athènes est également tombée dans le même piège, avec des dépassements de budget de plusieurs milliards et de nombreux sites abandonnés par la suite. Dans le cas de la Grèce, ces dépassements de coûts ont été le coup de grâce, aggravant les difficultés financières du pays. 

Au Brésil, les Jeux de Rio 2016 ont également connu d'importants dépassements de coûts, de nombreux sites étant tombés en désuétude quelques mois après la fin des Jeux et les retombées économiques à long terme ne s’étant pas concrétisées. Même les Jeux japonais de Tokyo 2020 (organisés en 2021), pourtant préparés avec soin, ont vu leurs coûts exploser en raison des retards liés à la COVID-19, sans parler de l'annulation des retombées touristiques attendues suite à l'interdiction d'accès au public. 

Concernant Paris 2024, les résultats sont encore en cours d'évaluation, mais les premières analyses montrent que l'organisation des Jeux a été « loin d'être bon marché », avec des coûts avoisinant les 8,7 milliards de dollars. Ce bilan plutôt négatif explique pourquoi de moins en moins de villes souhaitent se porter candidates pour les Jeux olympiques. 

Les dépassements de coûts massifs en sont la principale raison, les Jeux olympiques dépassant systématiquement leurs budgets de manière significative. Par conséquent, les villes savent qu'elles prennent un risque financier considérable avec peu de chances de profit. Il y a ensuite la dette à long terme et les coûts d'entretien des infrastructures. Après les Jeux, les villes doivent entretenir les stades, les arènes, les réseaux de transport, les villages des athlètes et les infrastructures spéciales comme les pistes de bobsleigh, qui deviennent souvent des gouffres financiers. 

On observe également une résistance publique croissante, les habitants votant de plus en plus contre l'organisation des Jeux lors des référendums, car ils ne souhaitent pas de hausse d'impôts, de déplacements de population, de perturbations liées aux travaux et d'endettement à long terme. La population du Colorado, qui avait rejeté en masse les Jeux olympiques d'hiver de 1976 à Denver, en est un bon exemple. 

Enfin, le CIO s'est forgé une très mauvaise réputation en raison de ses exigences élevées concernant de nouveaux sites coûteux, du respect onéreux des nouvelles spécifications, de règles strictes en matière de marque, d’une sécurité omniprésente, de sa faible contribution financière et sa fâcheuse habitude de s'accaparer la majeure partie des recettes. Nous allons maintenant nous intéresser à certains des sites olympiques d'hiver les plus réussis de l'histoire récente et analyser leurs performances respectives...

lundi, mars 02, 2026

Réflexions olympiques… (Première partie)

Maintenant que les Jeux olympiques d'hiver sont terminés, l'heure est à l'introspection. Comme je l'ai souvent mentionné sur ce blog, les Jeux olympiques sont devenus une enorme machine à faire de l’argent, mais pas forcément pour tout le monde. 

Comme nous le soupçonnons tous, le Comité international olympique (CIO) et les principaux sponsors en sont les plus gros bénéficiaires, le CIO générant des milliards grâce à la diffusion (61 %) et au marketing (30 %). À l'inverse, les villes hôtes et les contribuables nationaux supportent la majeure partie du fardeau financier, devant souvent couvrir des coûts de construction, de sécurité et d'exploitation colossaux, fréquemment hors budget. 

C'est un divertissement onéreux, et même si vous ne le regardez pas, vous serez là pour payer ! Pourtant, cette fête du sport est, comme toujours, pilotée par nos chers politiciens. Les villes, ou désormais les régions, continuent de postuler malgré ces risques financiers considérables pour des raisons assez simples. C'est un jeu politique facile, qui apporte du prestige et est perçu comme un symbole de réussite internationale. 

De plus, les promoteurs immobiliers locaux font pression car ils en tirent profit quel que soit le résultat. Il est facile d'élaborer des projections économiques optimistes et des coûts abordables, bien avant l'événement. Les comités d'organisation et de candidature n'hésitent jamais à exagérer pour convaincre le public. 

À titre d'exemple, tous les Jeux olympiques depuis 1960 ont dépassé leur budget (à l'exception de Los Angeles en 1984), avec un dépassement moyen de 172 %. Montréal a mis 30 ans à rembourser sa dette olympique, tandis que Rio et Athènes se sont retrouvées avec des sites abandonnés et des difficultés économiques persistantes.

Ne parlons des tremplins de Prelegato pour Turin 2006, devenus de véritables gouffres financiers, et de la reconstruction de ceux-ci dans le Val di Fieme, encore plus éloignés par rapport à Milan. Enfin, il y a le discours sur « l'héritage », les villes et les sites hôtes se voyant promettre des bénéfices à long terme qui se concrétisent rarement. 

Dans un prochain épisode, nous analyserons plus en détail les montagnes russes financières des Jeux olympiques …

dimanche, mars 01, 2026

Gros avantage pour pas de vie après la mort

Y a-t-il des personnes décédées sur cette planète que vous ne pouviez absolument pas supporter ? Soit elles vous ont fait du mal, soit elles vous ont maltraité, soit elles ne supportaient tout simplement pas votre présence.

Je suis sûr que vous les trouveriez tous au paradis si vous cherchiez bien (l'enfer n'existe pas). Bien sûr, vous avez depuis longtemps pardonné tous ces tristes individus, mais vous êtes quand même heureux et soulagé de ne plus jamais voir leur frimousse. 

Imaginez maintenant qu'une vie après la mort soit possible et qu’à votre résurrection, tous ces imbéciles vous accueillent en ricanant. En seriez-vous ravi ? Croyez-vous qu’ils auraient fait amende honorable ? N’y comptez pas trop ! En bref, votre séjour au Paradis serait gâché et ruiné pour l’éternité par ces affreux jojos, pas vrai ? 

Alors, réjouissez-vous, comme je l’ai découvert, qu’il n’y a pas de vie après la mort !

samedi, février 28, 2026

Park City Mountain, le point à mi-saison

Notre charmante ville de Park City compte deux stations de ski concurrentes. Deer Valley (appelons-la DEAR Valley, car elle est très chère, voire hors de prix) et l'autre, que j'appellerais « Fail Valley » par souci de symétrie. En réalité, son nom est Park City Mountain (PCM), et c'est là que je skie le plus souvent. 

Le surnom « Fail Valley » que je lui ai donné repose sur trois raisons. Premièrement, la symétrie ; deuxièmement, comme je l'ai dit, « Fail » est la prononciation allemande de « Vail », nom de Vail Resorts (VR), sa société mère, et signifie « échouer » au sens de ne rien réussir, si ce n'est soutirer de l'argent aux clients et les décevoir en masse. 

Eh oui, PCM fait tout « pas assez et bien trop tard ». Ses efforts en matière d'enneigement artificiel sont « récalcitrants », car Vail Resorts est bien trop près de ses sous pour investir. Non seulement la station peine à entretenir ses remontées mécaniques, mais néglige également l'entretien de ses pistes, envahies par une végétation massive, et de pousses d’arbres et n'effectue pas l'élagage aussi régulièrement qu'il le faudrait par avarice.

 C'est catastrophique lorsque la neige est si mince, comme cette saison, car cette végétation devient alors très dangereuse. Ses remontées mécaniques sont pour la plupart anciennes et lentes (à pinces fixes) et seraient plus dignes d'un musée (le Kazakhstan et l'Ouzbékistan achètent des remontées mécaniques débrayables d'occasion aux Alpes pour équiper leurs pistes ; ils ne s'intéressent plus aux systèmes à pinces fixes !).

Cependant, il y a du bon par rapport au passé : le nouveau parking aux Canyons est spacieux et propre. Mais là encore, VR a dû acheter des nids-de-poule en gros pour les placer stratégiquement sur les voies d'accès et de sortie. Incroyable ! Impossible de rater ça. De plus, une fois à l'intérieur, il est assez difficile de trouver la sortie et une meilleure signalisation faciliterait grandement celle-ci en toute sécurité. 

Par ailleurs, les télésièges s'arrêtent sans cesse, ce qui annule l'avantage des chaises débrayables (je commence à comprendre l'obsession de VR pour les télésièges à pinces fixes – le jeu de mots est volontaire). Et tant qu'on parle de télésièges, la mise en place d’un télésièges à 8 place pour Silverlode est une autre mauvaise idée. 

Vu la façon de faire fonctionner ses remontées mécaniques, VR ne pourra pas contrôler huit skieurs qui partent et arrivent en même temps sans bloquer la marche de sa remontée ou embarquement et débarquement entraîneront encore plus d'arrêts qu'actuellement (effet domino amplifié). 

Mon idée d'une déviation reliant le pied de Silverlode à un départ abaissé de Motherlode, plus bas dans le vallon et atteignant Puma Ridge, serait bien meilleure. Enfin, j'espère que VR proposera l'année prochaine un forfait plus attractif pour les seniors. 

Sinon, je risque de quitter Fail Valley pour DEAR Valley ! 

vendredi, février 27, 2026

Mourir en faisant ce qu'on aime !

C’est une expression que j'ai souvent entendu à propos de skieurs décédant sur les pistes. Attention, je ne parle pas d'accidents tragiques du genre avalanches, collisions, dévissages sur pistes raides, etc., mais de « mort naturelle », le plus souvent due à un arrêt cardiaque sur la piste. Bien sûr, dire « Il est mort en faisant ce qu'il aimait » est en réalité une réaction défensive, pas une vérité littérale. 

Cela peut s’appliquer à la victime, si l'hypothèse est correcte (ce que nous ne vérifions généralement pas), mais c'est tragique pour le veuf ou la veuve et les proches qui doivent gérer la situation dans un moment imprévu et délicat. Quand quelqu'un s'effondre sur une piste de ski suite à une crise cardiaque, les personnes qui l’entourent cherchent instinctivement une explication pour atténuer le choc. 

Dire « il est mort en faisant ce qu’il aimait » permet de diminuer le caractère aléatoire de l’événement, de lui conférer une certaine dignité et de rassurer tout le monde en montrant que la personne n’a pas souffert dans un lit d’hôpital. Il y a aussi une dimension culturelle : le ski, l’escalade ou la voile sont des activités chargées de mythologie. 

Ceux qui les pratiquent en parlent souvent comme une aspiration, et non comme un simple loisir. Ainsi, lorsqu’une personne décède dans ce contexte, le récit s’écrit presque de lui-même. Ce n’est pas que le sentiment soit faux ; il est simplement incomplet. Je me souviens de deux personnes décédées de cette manière.

L'un était Max Marolt, représentant des fixations Look lorsque je suis arrivé en Amérique en 1977, une figure emblématique du ski et de la politique à Aspen, décédé à 67 ans d'une crise cardiaque alors qu'il skiait à Las Leñas en Argentine le 28 juillet 2003. L'autre était le champion et « testeur » des skis Rossignol, Adrien Duvillard, décédé à ski sur sa station natale de Megève, au Mont d'Arbois, le 14 février 2017 à l'âge de 82 ans. 

J'aimerais moi aussi mourir ainsi, mais je ne pense pas que ma femme serait ravie !

jeudi, février 26, 2026

La bizarrerie du ski … (Troisième partie)

Après avoir abordé de nombreux aspects du ski rarement évoqués, je propose d'essayer de comprendre pourquoi ce sport peut devenir dangereux avec l'âge. En fait, cela s'explique en grande partie par son apparente facilité et la sensation de liberté qu'il procure. Comme nous l’avons vu précédemment, le ski cache souvent notre véritable état physique et mental jusqu'au moment où nous en avons le plus besoin. 

Il y a cette « illusion du rechargement de batterie », le télésiège nous offre l'occasion de nous reposer et de nous ressourcer, sans que nous ressentions la fatigue progressive qui nous avertit qu’il est temps de s’arrêter. Nous pensons être en pleine forme, jusqu'à ce que ce ne soit plus le cas. Nous savons tous que notre temps de réaction diminue avec l'âge ; ainsi, même un infime retard dans la correction de notre équilibre, le contrôle de nos carres, le transfert de notre poids et nos réactions aux variations du terrain et aux conditions de neige peuvent transformer une petite erreur en chute grave.

Comme la plupart des seniors le savent bien, les chutes ne sont ni souhaitables ni bonnes à un âge avancé ! De plus, le ski exige des réactions instantanées, or l'âge les ralentit et le côté ludique du sport masque cette réalité. Enfin, notre force décline plus vite que notre confiance. Notre esprit se souvient de nos performances passées, mais notre corps n'est pas toujours capable de les reproduire, ce qui peut engendrer un décalage dangereux. 

L'adrénaline, combinée au froid, nous donne une fausse impression de performance. Nous nous sentons plus vifs, plus forts et plus confiants que nous ne le sommes réellement. À grande vitesse, les petites erreurs sont amplifiées et, à 50-65 km/h, une erreur de 1 % se transforme rapidement en un problème majeur. De plus, la vision et le sens du relief se dégradent subtilement avec l'âge, rendant une faible luminosité, des conditions neigeuses et une vitesse élevée beaucoup plus difficiles à bien appréhender. 

Enfin, la fatigue nous frappe d'un coup, car le ski la dissimule si bien que, lorsqu'elle se présente, elle arrive souvent plus vite que nous n'avons le temps de réagir. Nos jambes flanchent, notre équilibre est en désarroi, notre attention se relâche et nos réflexes disparaissent. C'est à ce moment-là que la plupart des accidents se produisent, lors de la dernière descente, pendant la dernière heure ou lors de cette maudite « dernière piste ». 

En conclusion, il est indéniable que le ski donne l'impression d'être un sport de jeunes, même à un âge avancé, car il est particulièrement bon à dissimuler les signes habituels de fatigue liés au vieillissement. Voilà le grand paradoxe, nous ne nous sentons jamais essoufflés, nos muscles ne brûlent pas, pas plus de transpiration que de douleur, nous ne voyons pas la fatigue arriver, nous nous sentons toujours dans la peau d’un skieur de 25 ans jusqu’à ce que notre corps nous rappelle qu’on est un peu plus vieux. 

C’est là le danger. Essayons tous de bien nous souvenir de ces dures réalités !