lundi, octobre 19, 2026

Qui a orchestré les émeutes en France ?

Ce qui m’a surpris lors des émeutes survenues en France samedi dernier, aura ete leur ampleur géographique et leur déclenchement précoce. Tout cela semble trahir un mouvement soigneusement planifié et orchestré.

La première question qui devrait s’imposer naturellement est de savoir qui a le plus à gagner d’une agitation d’une telle ampleur et d’une telle gravité ? À mon sens, la réponse est évidente : Marine Le Pen. Elle est, sans conteste, la principale bénéficiaire de cette situation alarmante ; à l’instar de Donald Trump, elle peut désormais se présenter comme la candidate naturelle de « l’ordre et la sécurité » en vue de la prochaine élection présidentielle. 

Par ailleurs, elle peut rejeter la responsabilité de tous ces troubles sur Jean-Luc Mélenchon, figure de l’extrémisme et de l’extrême gauche qui, dans ce contexte, fait office d’épouvantail idéal. Mais qui d’autre pourrait tirer les ficelles de cette révolte ? Qui, sinon le sinistre Vladimir Poutine et qui sait, des individus comme Trump et Musk ? C’est, du moins, ce que je pressens. 

D’une part, il est indéniable que la Russie mène, depuis longtemps, des opérations d’influence visant à déstabiliser les démocraties occidentales. Les services de renseignement français ont d’ailleurs alerté à maintes reprises sur l’existence de réseaux russes de désinformation qui attisent les tensions sociales ; de même, les médias d’État russes présentent souvent les troubles en France comme l’illustration parfaite du déclin de l’Occident. 

Certes, aucun lien avéré n’a été établi, à ce jour, entre ces émeutes et une quelconque direction, un financement ou une coordination en provenance de Russie ou d’ailleurs. Mon hypothèse n’est pas pour autant à rejeter — Poutine ayant à la fois le mobile, les antécédents et les moyens nécessaires —, mais je conviens qu’un mobile ne constitue pas, en soi, une preuve. 

En somme, si mon intuition paraît tout à fait plausible sur les plans émotionnel et géopolitique, elle demeure hypothétique et reste donc à prouver. Elle ne pourra être retenue que si elle est confirmée par le gouvernement français, ainsi que par les services de renseignement internationaux et les médias planétaires.

dimanche, octobre 18, 2026

Jacques Thomas, 1945-2026

C’est à Nevers, à l’usine Look, que j’ai rencontré Jacques Thomas pour la première fois en 1974. À l’époque, il travaillait sous la direction d’Eric Chevasson et assurait la promotion des fixations Look dans l’Oregon, l’État de Washington et l’Idaho. 

Son travail consistait à former le personnel des magasins et à animer des actions promotionnelles sur neige auprès des skieurs. 

Auparavant, ce Parisien passionné de ski avait débuté comme moniteur au Club Med en Suisse, avant d’enseigner à Woodstock Suicide Six (Vermont) puis de rejoindre Mammoth Mountain (Californie). 

Lorsque Look a mis fin à ses programmes de promotion internationale, il a rejoint Rossignol ; il a travaillé en Europe puis sur le circuit de la Coupe du monde, avant de revenir aux États-Unis pour s’occuper du World Pro Tour, nouant au passage une amitié avec Otto Tschudi. 

C’est ainsi qu’il s’est orienté vers la préparation de skis après s’être installé à Winter Park, dans le Colorado ; son atelier de préparation et de location a fini par devenir « Le Feet Lab » en 1998, un centre spécialisé dans la mise au point et le chaussant des chaussures de ski, où Jacques a acquis une solide réputation d’expert en la matière. 

Depuis notre première rencontre, je le croisais régulièrement lors de salons du ski ou même à Park City quand il venait visiter les lieux. Je l’ai aussi souvent vu à Winter Park durant mes années dans le Colorado, entre 1999 et 2006. Plus récemment, il avait passé le relais à sa fille Jacqueline pour se consacrer davantage à la pêche en mer, à San Carlos, au Mexique. 

Notre dernière conversation téléphonique remonte à environ un mois, à l’occasion de son 81e anniversaire. Il est décédé à Denver à la suite d’une intervention chirurgicale pour traiter des anévrismes situés au niveau de ses deux genoux. Il laisse un vide immense et irremplaçable dans le monde du ski en général, et dans l’art du « ski boot fitting » en particulier.

samedi, octobre 17, 2026

Une façon simplifiée de créer des vidéos ?

La création de vidéos est l'un de mes passe-temps favoris bien que cela me frustre souvent : l'élaboration du scénario, le tournage et, surtout, le montage prennent énormément de temps. 

Il y a peu, un ancien camarade de l’école d’horlogerie de Cluses m'a envoyé la photo d'un homme très athlétique sur lequel il avait superposé mon visage, accompagnée de cette légende : « Un lion en laisse... Il est prêt à tout pour frimer !... » 

J'ai répliqué en envoyant une de mes photos prise deux jours plus tôt, après une intervention chirurgicale à la joue pour ôter un sarcome. 

J'y ai ajouté ce commentaire : « Arrête tes bêtises, Robert : regarde ce qui m'est arrivé à cause de ton lion ! » Il n'a pas désarmé et a répondu : « C'est quoi ça ?... Ta femme t'a mordu ??? » 

Ce soir-là, je suis tombé sur un reportage présentant « EyeTell », un nouveau procédé révolutionnaire de production cinématographique. Il s'agit d'une plateforme vidéo et d'un studio virtuel pilotés par l'IA, créés par Chad Hurley (cofondateur de YouTube) ; l'outil permet aux utilisateurs d'écrire, de choisir les acteurs, de réaliser, de générer, de monter et d'exporter des vidéos courtes et des histoires interactives créées par intelligence artificielle. 

N'étant pas du genre à baisser les bras, je me suis dit : « Accroche-toi bien, Robert, je vais te rendre la pareille ! » Le lendemain, après une prise en main rapide du site, j'ai consacré une minute ou deux à donner à EyeTell les instructions pour le scénario d'une courte vidéo, j'y ai intégré ces deux photos et j'ai lancé le processus. 

Il a fallu deux ou trois heures au système pour traiter les informations fournies ; j'ai fini par obtenir sept courtes vidéos racontant ma mésaventure imaginaire avec le lion. J'aurais pu peaufiner la narration, mais je l'ai enregistrée spontanément, en une seule prise ; j'ai ensuite monté la vidéo et l'ai mise en ligne sur YouTube. Cette étape finale ne m'a pris que 10 à 15 minutes. 

Pour vous donner une idée et un point de comparaison, je réalise depuis plus d’une décennie une vidéo de fin d’année qui me demande habituellement entre 65 et 100 heures de travail. C’est stupéfiant – non, c’est terrifiant de voir comment, avec un bon scénario et les bonnes photos ou vidéos, je peux tout faire en une heure (au moins 65 fois plus vite). 

Ce programme EyeTell n’est pas destiné au genre de bricolage que je fais pour m’amuser, mais aux longs métrages complets. Hollywood a de très bonnes raisons de s’inquiéter de l’IA ! 

vendredi, octobre 16, 2026

La curiosité et moi (Deuxième partie)

Pour moi, la curiosité n’est ni un passe-temps ni un intérêt passager. C’est plutôt un trait qui a contribué à faire de moi la personne que je suis. Je perçois la curiosité comme une impulsion et une volonté de prendre des risques ; elle m’a parfois poussé au-delà du confort ou de la prudence. Cette dimension rend la réflexion bien plus riche qu’une simple célébration de l’apprentissage.

D’une certaine manière, la curiosité est aussi un refus de cesser d’évoluer. C’est, à mes yeux, l’idée la plus forte, car elle relie le désir de découverte à celui de rester intellectuellement vivant. Par ailleurs, je vois en ce trait l’ennemi de la stagnation intellectuelle. En effet, il est très facile de devenir prisonnier de ses connaissances acquises, en croyant que ce que l’on sait déjà suffit. 

La curiosité remet en question cette complaisance. Elle nous rappelle que notre expérience, aussi vaste soit-elle, reste toujours incomplète et susceptible de s’enrichir. Elle nous garde également jeunes d’esprit : si nous ne pouvons arrêter le cours du temps, nous pouvons influencer la façon dont nous le vivons. Chaque jour, en continuant à poser des questions, à explorer des sujets inconnus et à revoir nos anciennes opinions, nous nous donnons la possibilité d’apporter quelque chose d’inattendu. 

De plus, la curiosité exige un peu d’humilité. Peut-être que la plus belle expression de la curiosité ne consiste pas à se demander « Comment prouver que j’ai raison ? », mais plutôt « Qu’est-ce qui pourrait m’échapper ? ». Cette question laisse la porte ouverte à l’apprentissage auprès d’autrui, y compris de ceux dont les opinions diffèrent des nôtres. 

Cela amène aussi une distinction utile : la curiosité ne signifie pas poursuivre toutes les questions ni ignorer toutes les limites. L’expérience et la connaissance de soi nous apprennent quand explorer, quand faire une pause et quand respecter les risques. Le défi consiste à préserver cette soif de découverte sans pour autant mettre en péril ce qui compte vraiment. 

Pour clore notre discussion sur ce sujet, j’ajouterais cette phrase à notre réflexion : « Ma curiosité ne m’a peut-être pas toujours conduit sur les chemins les plus sûrs, mais elle m’a évité de confondre la route que je connais avec la seule route qui vaille la peine d’être empruntée. » 

C’est là, je crois, l’essence même d’une vie façonnée par la curiosité : cette volonté de continuer à découvrir, même après des décennies d’expérience ...

jeudi, octobre 15, 2026

La curiosité et moi (Première partie)

Il me semble avoir toujours été une personne curieuse. Bon, cela n’a rien d’inhabituel : nous naissons tous curieux. Mais ma curiosité a toujours eu un appétit immense — insatiable, devrais-je dire. Parfois, elle a failli me coûter la vie alors que je me lançais dans des expérimentations périlleuses. 

Pourtant, ni ces frayeurs ni les quelques fois où j’ai franchi certaines limites n’ont réussi à dompter ce trait vorace de ma personnalité. 

La curiosité a souvent une connotation négative, comme si être curieux revenait à être indiscret ou fouineur, mais si c’est là le prix à payer pour étancher ma soif de découverte, qu’importe ? 

Avec le recul, je crois que la curiosité m’a été extrêmement bénéfique. Elle a contribué à façonner la personne que je suis aujourd’hui, avec tous mes défauts et mes qualités, et j’ai appris à accepter les uns comme les autres. En fait, j’irais même plus loin : pour moi, la curiosité est l’un des indicateurs de l’intensité avec laquelle nous vivons. Elle nous garde en éveil, ouverts à de nouvelles possibilités et avides d’apprendre. 

C’est peut-être ce que l’on appelle l’apprentissage tout au long de la vie, ou la formation continue. Quel que soit le terme employé, je ne vois aucune raison de m’arrêter tant qu’il reste des questions à poser, des choses à découvrir et des idées à remettre en question. Ce n’est pas la première fois que j’aborde ce sujet. 

Dans un prochain article, nous explorerons plus en profondeur le formidable trésor que représente la curiosité. 

mercredi, octobre 14, 2026

Rester motivé (Deuxième partie)

Pour ceux d'entre nous qui sont plus âgés et ont des décennies d'expérience, il suffit de se remémorer ces moments où nous nous sentions extraordinairement motivés. Que pensions-nous alors ? Pourquoi croyions-nous que c'était possible ? Que nous disions-nous ? La motivation n'est pas une force extérieure mystérieuse et inédite ; nous possédions déjà notre propre mode d'emploi pour la générer ! 

Ne voyons pas la marée basse comme un échec ; c'est peut-être là le secret le plus important. Comme de part sa nature la motivation connaît des hauts et des bas, nous ne devrions jamais interpréter chaque baisse de régime en nous disant « Il y a quelque qui cloche avec moi » ; cela ne ferait qu'ajouter un second problème au premier. 

Il vaut mieux simplement constater : « Voilà, la vague se retire. Cela fait partie du cycle. » Nous n'en voulons pas à l'océan parce que la marée est basse ; nous nous préparons simplement pour la vague suivante. Cette perspective est merveilleusement libératrice. Peut-être que ma métaphore initiale était un peu mal choisie : la motivation n'est peut-être pas, en soi, une vague qui va et vient ; c'est plutôt l'enthousiasme qui alimente cette motivation qui ressemble à une vague. 

Au fond, notre motivation peut gagner en stabilité et devenir une décision : celle de poursuivre ce qui compte vraiment pour nous, même quand l'enthousiasme s'est éloigné temporairement. On pourrait dire que nous disposons alors de deux moteurs distincts : l'enthousiasme nous pousse à dire « Je veux faire ça ! », tandis que notre engagement nous rappelle « Je continue à le faire, même si je n'en ai pas particulièrement envie. » 

En fin de compte, les personnes les plus accomplies ne sont peut-être pas celles qui connaissent les plus grandes vagues de motivation, mais celles qui ont appris à avancer pendant les creux de vagues tout en restant prêtes à bien profiter des sommets.

Même si je ne sais pas surfer et que j'aurais aimé utiliser une analogie avec le ski, cela nous offre une très belle formule pour clore nos réflexions : « N'essayez pas de vivre en permanence sur la crête de la vague de motivation. Apprenez à surfer ! »

mardi, octobre 13, 2026

Rester motivé (Première partie)

Pour ceux d'entre nous qui ont besoin d’être motivés pour vivre, tout comme un grille-pain a besoin d'être branché, la motivation est comme une vague : elle va et vient, et lorsqu'elle s'éloigne, rien ne va plus. Alors, quels sont les trucs et astuces pour la raviver ? Cette métaphore met en lumière une distinction importante : le secret ne réside peut-être pas à maintenir sa motivation au top niveau, mais dans notre aptitude à saisir la prochaine vague — et à savoir quoi faire pendant la marée basse. 

Souvent, nous considérons la motivation comme un préalable à l'action où celle-ci lance l'action, qui à son tour engendre des résultats. Pourtant, dans la pratique, l'enchaînement s'opère fréquemment dans le sens inverse : l'action conduit au progrès, le progrès apporte de la satisfaction, et c'est cette dernière qui crée la motivation. Ce renversement de perspective constitue peut-être un des « ingrédients secrets » les plus utiles, car il nous évite d'attendre la vague de manière passive.

Il est vrai que lorsque la motivation s'évanouit, nous avons souvent tendance à dire : « Je m'y remettrai quand ma motivation reviendra. » C'est une attitude risquée, car la motivation peut s'éloigner de plus en plus ; et comme chacun sait « loin des yeux, loin du cœur ». Il vaut mieux, au contraire, abaisser considérablement le seuil de reprise en se disant : « Je vais y travailler cinq minutes » ou « Je vais juste lire deux pages ». 

L'objectif n'est pas d'accomplir la tâche en totalité, mais simplement de relancer la machine. Bien souvent, ces cinq minutes se transforment en vingt ; mais même si ce n'est pas le cas, nous avons rompu l'inertie. Une autre astuce efficace, lorsque la motivation est au plus bas, consiste non pas à réduire l'objectif final, mais à abaisser le point de départ. 

Au lieu de se dire « Je dois faire du sport », on se dit « Je vais d'abord enfiler mes baskets ». Notre cerveau oppose bien moins de résistance au démarrage qu'à l'idée de s'engager dans un projet complet ! Enfin, une dernière technique consiste à rendre l'activité attrayante, par exemple en écoutant sa musique préférée pendant l'exercice ou en se préparant un excellent café au moment d'écrire. 

Par ailleurs, la motivation devient fragile lorsqu'une activité se transforme en obligation ; il convient alors de se rappeler pourquoi nous la pratiquons. Pas pour une raison superficielle, mais pour une raison plus profonde. Par exemple, « Je veux apprendre l'espagnol » devient « Je veux éprouver le plaisir de pouvoir communiquer parfaitement avec tous les Latinos de Park City ». 

Demain, nous conclurons en approfondissant encore davantage ce sujet ; alors, soyez au rendez-vous !

 Ces dernières semaines, à l'approche des élections de mi-mandat, les panneaux électoraux ont commencé à envahir la plupart des jardins de Park City. L'un d'eux se distingue nettement : il est apolitique et se concentre sur ce qui fait vivre notre communauté, suffisamment de neige pour l’hiver ! 

« Votez pour Super El Niño » est une campagne communautaire et marketing pleine d'humour, lancée par Ski Utah en en prévision de la saison 2026-2027 pour rassembler skieurs et surfeurs après un hiver précédent médiocre et sans neige. Ski Utah est l'association professionnelle des stations du ski dans notre État, dirigée par Nathan Rafferty. 

L’idee, cette saison, est de nous offrir une parenthèse ludique et apolitique loin de l'agitation électorale, en unissant résidents et visiteurs autour d'un bel espoir commun : d'abondantes chutes de neige. Cette campagne amusante coïncide avec des prévisions météorologiques annonçant un phénomène El Niño puissant, voire « super », dans le Pacifique. 

Toutefois, comme le dit l'adage : « Fais attention à ce que tu souhaites, car cela risque de t'arriver », une grosse quantité de neige risquerait peut-être de se transformer en un excès problématique, à l'image de ce qui s'est passé l'été dernier et de ce qui continue de se produire à Portillo, au Chili !

lundi, octobre 12, 2026

Les vrais outils de persuasion (Troisième partie)

Pour affiner notre stratégie de persuasion, nous devons trouver ce bon « juste milieu » — l'élément manquant que je recherchais en posant ma question initiale. Voici le créneau dans lequel nous devons viser pour être là où il faut. Un manque d'affirmation de soi nous pousse à trop nous adapter, tandis qu'une exigence excessive suscite la résistance. Trop d'émotion dans notre ton risque de nous faire perdre en clarté stratégique. 

À l'inverse, une logique trop froide empêche de créer un lien avec l'interlocuteur. Il en va de même pour la parole : si nous ne pouvons pas nous taire, nous offrons à l'autre davantage d'occasions de formuler des objections. À l'inverse, une trop grande écoute peut nous faire manquer l'occasion de dire ce que nous voulons. Le juste milieu se situe donc quelque part entre ces extrêmes, en passant successivement de la clarté à l'empathie, puis à l'assurance, à la flexibilité et enfin au détachement. 

Ce dernier trait — le détachement — est peut-être le plus difficile à acquérir, mais aussi le plus puissant. Lorsqu'on est un vieux septuagénaire, comme c'est mon cas, on bénéficie parfois d'un avantage inexistant quelques décennies plus tôt. Nous avons accumulé des milliers d'expériences en matière d'influence : réussites, échecs, négociations, désaccords, malentendus, compromis et ces moments de révélation soudaine où l'on se dit : « Ah ! C'est exactement ce qui a amené cette personne à dire oui. » 

Nous avons en fait constitué un laboratoire personnel remarquable, une véritable base de données regroupant toute une vie de tentatives de persuasion. Désormais, au lieu de nous demander « Pourquoi n'ai-je pas obtenu ce que je voulais ? », nous devrions nous interroger : « Que se passait-il dans l'esprit de mon interlocuteur au moment où j'ai réussi — ou échoué — à l'influencer ? » 

C'est ainsi qu'avec le temps, nous pourrions élaborer notre propre théorie d'influence. C'est peut-être là l'élément insaisissable que je cherchais : non pas une formule magique pour contrôler autrui, mais une capacité, progressivement affinée, à savoir quand insister, quand écouter, quand faire une proposition, quand prendre du recul et quand laisser l'autre croire que la décision lui appartient entièrement. À mon avis, cela fait davantage appel au processus d'influence que de celui de la persuasion. 

Si j'avais mis cela un peu mieux en pratique quand j'étais jeune, j'aurais vendu plus de cours de ski ainsi que beaucoup plus de matériel de ski, et je serais parti à la retraite encore plus tôt !

dimanche, octobre 11, 2026

Les vrais outils de persuasion (Deuxième partie)

La persuasion regorge de paradoxes, à l'instar de celui-ci : plus nous tentons de contrôler la soumission d'une personne, plus celle-ci risque de résister à ce contrôle. En réalité, pour être puissante et efficace, la persuasion doit se faire aussi discrètement que possible. Songez simplement à la différence entre : « Vous devriez faire ceci parce que... » et « Comment voyez-vous la situation ? » 

Si la seconde proposition semble plus faible et moins impérative, elle invite en revanche l'interlocuteur à élaborer lui-même le raisonnement. C'est là que tout se joue : une fois que les individus ont formulé une idée dans leur propre esprit et avec leurs propres mots, ils ne se contentent plus de recevoir l'argument d'un tiers. Ils s'investissent pleinement dans la création de la conclusion. 

C'est l'une des raisons pour lesquelles les bons négociateurs, les thérapeutes et les personnes avisées posent souvent des questions plutôt que d'imposer ou d'exiger des actions précises. Ils ont compris que l'objectif n'est pas nécessairement de forcer quelqu’un à accepter une idée ou un règlement, mais de l'impliquer dans l’adhésion à la proposition. Plus important encore, ce que j'évoquais hier comme mon « besoin impérieux » de convaincre, repose sur une série de variables décisives qui encadrent souvent notre demande. 

Voici comment cela se passe : supposons que nous ayons désespérément besoin que quelqu'un soit d'accord avec nous. S'il ignore la raison précise de ce besoin, il peut souvent le ressentir à travers les changements de notre ton ou si notre débit de paroles s’amplifie. 

Nous anticipons les objections avant même qu'elles ne surviennent. Nous nous attachons à certains mots et réagissons émotionnellement à une résistance supposée ; toute cette mise en scène finit par affaiblir notre influence et le résultat final. Il y a une immense puissance à pouvoir se dire : « Je préférerais vraiment que vous soyez d'accord avec moi, mais je n'en ai pas besoin. » 

Cette posture psychologique nous laisse l'espace nécessaire pour écouter, nous adapter et même nous retirer ; paradoxalement, elle rend souvent l'accord plus probable. On pourrait soutenir que le véritable objectif n'est pas la persuasion, et c'est là que mon propos initial m'aide à orienter la suite de la discussion. Comme je l'ai écrit, j'ai passé toute ma vie dans des situations où j'avais besoin qu'on me fournisse ce dont j’avais besoin et où je devais persuader quelqu’un de me l'accorder ou simplement d'accomplir l’action désirée. 

Cela dit, au fil des ans, j'ai réalisé que viser ce type de résultat était souvent improductif. Peut-être que vouloir une victoire totale n'était pas le bon critère ? Si, ​​au lieu de me demander « Comment amener cette personne à me donner tout ce que je veux ? », je m'étais plutôt demandé « Comment faire évoluer la situation, autant que possible, vers une issue mutuellement acceptable ? », j'aurais peut-être ouvert la voie à beaucoup plus de démarche productive, car plus réalisable. 

Ce changement, bien que subtil, est considérable : on cesse de vouloir « tout gagner » en se concentrant sur une résultat quasiment total. Il faut garder à l'esprit que la meilleure stratégie d'influence consiste parfois à concéder quelque chose qui nous coûte peu, mais qui a de la valeur pour l'interlocuteur. Pour clore cette discussion, nous approfondirons cette stratégie dans notre prochain article, restez à l'écoute !

Une façon simplifiée de créer des vidéos ?

La création de vidéos est l'un de mes passe-temps favoris bien que cela me frustre souvent : l'élaboration du scénario, le tournage et, surtout, le montage prennent énormément de temps. 

Il y a peu, un ancien camarade de l’école d’horlogerie de Cluses m'a envoyé la photo d'un homme très athlétique sur lequel il avait superposé mon visage, accompagnée de cette légende : « Un lion en laisse... Il est prêt à tout pour frimer !... » 

J'ai répliqué en envoyant une de mes photos prise deux jours plus tôt, après une intervention chirurgicale à la joue pour ôter un sarcome. 

J'y ai ajouté ce commentaire : « Arrête tes bêtises, Robert : regarde ce qui m'est arrivé à cause de ton lion ! » Il n'a pas désarmé et a répondu : « C'est quoi ça ?... Ta femme t'a mordu ??? » 

Ce soir-là, je suis tombé sur un reportage présentant « EyeTell », un nouveau procédé révolutionnaire de production cinématographique. Il s'agit d'une plateforme vidéo et d'un studio virtuel pilotés par l'IA, créés par Chad Hurley (cofondateur de YouTube) ; l'outil permet aux utilisateurs d'écrire, de choisir les acteurs, de réaliser, de générer, de monter et d'exporter des vidéos courtes et des histoires interactives créées par intelligence artificielle. 

N'étant pas du genre à baisser les bras, je me suis dit : « Accroche-toi bien, Robert, je vais te rendre la pareille ! » Le lendemain, après une prise en main rapide du site, j'ai consacré une minute ou deux à donner à EyeTell les instructions pour le scénario d'une courte vidéo, j'y ai intégré ces deux photos et j'ai lancé le processus. 

Il a fallu deux ou trois heures au système pour traiter les informations fournies ; j'ai fini par obtenir sept courtes vidéos racontant ma mésaventure imaginaire avec le lion. J'aurais pu peaufiner la narration, mais je l'ai enregistrée spontanément, en une seule prise ; j'ai ensuite monté la vidéo et l'ai mise en ligne sur YouTube. Cette étape finale ne m'a pris que 10 à 15 minutes. 

Pour vous donner une idée et un point de comparaison, je réalise depuis plus d’une décennie une vidéo de fin d’année qui me demande habituellement entre 65 et 100 heures de travail. C’est stupéfiant – non, c’est terrifiant de voir comment, avec un bon scénario et les bonnes photos ou vidéos, je peux tout faire en une heure (au moins 65 fois plus vite). 

Ce programme EyeTell n’est pas destiné au genre de bricolage que je fais pour m’amuser, mais aux longs métrages complets. Hollywood a de très bonnes raisons de s’inquiéter de l’IA ! 

samedi, octobre 10, 2026

Les vrais outils de persuasion (Première partie)

Pendant toute ma vie — et probablement parce que j'en ai passé la majeure partie dans la vente — j'ai passé beaucoup de temps à essayer de convaincre les gens et à maîtriser un peu toutes les formes possibles de persuasion, avec des résultats qui tombaient rarement à cent pour cent de mes objectifs. Il est vrai que nous apprenons énormément sur le terrain, en essayant et en se trompant. 

Aujourd'hui à la retraite et bien moins impliqué dans les négociations qu’autrefois, je m'interroge toujours sur l'orientation actuelle de la recherche et de la réflexion quant aux meilleures pratiques pour approcher et maîtriser cet art bien difficile à maîtriser. À première vue, ma réflexion aurait pu porter sur la question de base : « Comment devient-on plus persuasif ? » ; pourtant, ce n'était pas tout à fait la voie que je suivais ni le résultat que je cherchais.

En réalité, je me demandais s’il était possible de mieux comprendre, mettre en œuvre et améliorer le processus de persuasion en le transformant peut-être en quelque chose de bien plus puissant, prévisible et efficace que ce que je pratiquais auparavant. Cet élément insaisissable que j'essaie de décrire est, en fait, l'influence : la capacité d'infléchir la pensée ou le comportement d'une autre personne alors que nous n'exerçons aucun contrôle direct sur elle. 

Comme on peut l'imaginer, ce sujet a fait l'objet de recherches et de découvertes considérables ; or, l'une des conclusions les plus intéressantes est que l'influence ne repose pas essentiellement sur le fait d'avoir le meilleur argument — contrairement à ce que j'ai souvent pensé. Cela m'a poussé à approfondir le sujet, et j'ai découvert que la clé réside dans la compréhension de ce qui se passe dans la tête de notre interlocuteur entre le moment où il entend notre argument et celui où il décide de la suite à donner. 

Contrairement aux idées reçues, le premier obstacle est rarement d'ordre logique ou simpliste — comme dans l'enchaînement suivant : je présente des faits convaincants, l'individu les comprend, y adhère, puis passe à l'action. En réalité, le fonctionnement humain est loin d'être aussi linéaire ; les individus filtrent l'information à travers le prisme de leur personnalité, de leurs émotions, de leurs expériences passées, de leurs intérêts personnels, de la confiance qu’on projette et — point peut-être le plus important — de leur désir de préserver leur autonomie. 

Pour préciser les choses : si quelqu'un a le sentiment que vous cherchez à le rallier à votre point de vue, un phénomène curieux risque de se produire : il opposera davantage de résistance, précisément parce qu'il percevra là une menace pour sa liberté. Dans notre prochain blog, nous examinerons des stratégies alternatives pour mieux convaincre tous ceux qui ont besoin de l’être ...

vendredi, octobre 09, 2026

Une auto plutôt chère

Il n'y a pas si longtemps, je pensais connaître toutes les voitures produites sur terre, donc je n'ai pas été trop surpris de m'interroger sur un modèle que je n'arrivais pas à identifier, il y a quelques matins de cela, alors que je vaquais à quelques occupations sur Main Street, à Park City. 

J'ai demandé à un passant de quel modèle il s'agissait alors qu'il prenait l’auto en photo ; il m'a répondu : « C'est une Aston Martin Valhalla ! » Je lui ai alors demandé : « Savez-vous combien coûte ce petit bijou ? » Il a répliqué : « Non, mais je peux vous dire que c'est bien au-dessus de mes moyens ! »

Depuis, j'ai fait mes propres recherches et découvert que l'Aston Martin Valhalla est l'une des supercars hybrides les plus sophistiquées et exclusives jamais construites : un bolide hybride rechargeable à moteur central combinant une aérodynamique issue de la Formule 1, un châssis en fibre de carbone et un V8 biturbo de 4,0 litres associé à trois moteurs électriques, le tout développant une puissance combinée de 1 064 ch et un couple de 1100 Nm. 

Elle est dotée d'une cellule de survie et de panneaux de carrosserie en fibre de carbone assurant une aérodynamique active, capable de générer plus de 600 kg d'appui aérodynamique à environ 240 km/h. Elle dispose de portes en élytre (ou portes papillon), qui pivotent sur une charnière fixée près du montant avant. À l'ouverture, la porte se déploie simultanément vers le haut et vers l'extérieur, offrant un large accès à l'habitacle tout en conférant à la voiture une allure caractéristique de supercar. 

Bien entendu, le véhicule est équipé d'une transmission intégrale avec vectorisation du couple sur l'essieu avant, et sa production est limitée à 999 exemplaires dans le monde. Elle peut passer de 0 à 100 km/h) en 2,5 secondes et atteindre une vitesse de pointe de 350 km/h. Le prix de ce monstre aux États-Unis est de 1 051 700 dollars tandis qu'il s'établit à 850 000 livres au Royaume-Uni et à 980 000 euros dans le reste de l'Europe. Eh oui, une « bonne affaire » à moins d'un million ! 

On m'a aussi dit que les modèles d'occasion se vendaient encore plus cher, alors je ne suis pas près d’en ramener une à la maison ...

jeudi, octobre 08, 2026

Le danger de l’abondance de choix(Quatrième partie)

Tout cela nous conduit à un paradoxe fascinant : un nombre restreint d’options est de nature à brider la créativité, tandis qu'une profusion de choix risque de l'étouffer. Cela veut dire que la créativité s'épanouira entre contrainte et liberté. Une interprétation intéressante pour faire avancer notre réflexion serait d'envisager un « budget de choix ». Cette idée ne vient pas de moi — elle m’a été suggérée par une autre source — mais je me suis dit : « Quelle excellente idée ! » 

D'ordinaire, l’idée de budget s’applique aux finances, mais pourquoi ne pas appliquer cette mesure pour nos décisions, sachant que chaque choix, même anodin, consomme une petite quantité d'énergie mentale et un temps limité qui devraient eux-aussi faire l’objet d’un budget. 

Quelle chemise porter ? Dans quel restaurant aller ? Quel podcast écouter ? Quel itinéraire emprunter ? Quelle marque choisir ? À quel e-mail répondre en premier ? Laquelle de ces 47 versions acheter ? 

Prises individuellement, ces décisions sont certes triviales, mais elles occupent une place considérable dans notre vie et consomment temps et ressources. La sagesse consisterait donc peut-être, en partie, à établir des choix par défaut. 

Cela pourrait se traduire comme toujours prendre le même petit-déjeuner, conserver une garde-robe réduite, avoir juste quelques restaurants favoris, une poignée de sources d'information fiables, un nombre limité de loisirs et une routine d'exercice prédéfinie. 

À cela s'ajouterait une règle simple : « Je ne remplace un objet ou une pratique que lorsque je n’en ai plus besoin ou qu'il me lâche ou me crée des problèmes. » Sans oublier sans doute l'une des règles les plus puissantes : « Une fois que j'ai pris une décision suffisamment bonne, j’arrête de chercher quelque chose de mieux. » Ce principe puissant permettrait de nous attaquer directement au phénomène du FOMO (la peur de manquer quelque chose). 

En approfondissant cette réflexion, nous pouvons voir au final que mon idée initiale mène vers une perspective plus profonde que le simple constat selon lequel « trop de choix m’épuise ». Cela soulève évidemment la question de la véritable nature de la liberté, que nous avons tendance à définir ainsi : « Je peux tout choisir. » 

Peut-être devrions-nous plutôt la définir comme suit : « Je ne suis pas obligé de tout envisager. » La première option nous offre un menu infini, tandis que la seconde nous apporte la sérénité dont nous avons tous besoin. Gardant cela à l'esprit, vous avez désormais toutes les cartes en main pour maîtriser et gérer l'immense éventail de choix qui continueront de vous assaillir au quotidien !

mercredi, octobre 07, 2026

Le danger de l’abondance de choix (Troisième partie)

Limiter délibérément nos choix peut-il nous rendre plus heureux, plus libres et même plus créatifs ? Je le crois, et je pense que c'est peut-être la conclusion la plus intéressante de notre réflexion sur la malédiction d’avoir trop de choix. Restreindre volontairement nos choix pourrait bien accroître notre liberté. Cela peut sembler contradictoire, à moins de distinguer la liberté de son potentiel par rapport à l'indécision. 

Si nous avons 10 000 possibilités devant nous, nous avons l’illusion d'une liberté illimitée. Mais si le fait de choisir parmi ces options dévore notre temps et notre attention, suscite de l'anxiété et nous laisse douter du bien-fondé de notre décision, nous pouvons nous sentir moins libres qu'une personne ayant délibérément réduit ses options à trois. Imaginez que vous décidiez de ne fréquenter que cinq restaurants. Cela peut passer pour une privation, mais un phénomène intéressant se produit : la nécessité de choisir disparaît.

Nous n'avons plus besoin de passer 30 minutes à lire des critiques, comparer des menus, regarder des photos et nous demander s'il existe mieux ailleurs. Nous choisissons simplement et, puisque nous avons cessé de comparer, nous pouvons bien apprécier le repas. Ce principe peut s'appliquer à bien d'autres domaines : vêtements, voyages, technologies, livres, loisirs et même amitiés. 

Une fois que nous cessons de comparer sans cesse ce que nous avons avec ce que nous pourrions avoir, ce que nous possédons devient plus satisfaisant. En fait, en faisant preuve d'un minimum de bon sens, le bonheur ne dépend pas uniquement de ce que nous possédons, mais aussi, en partie, de la place que nous laissons à comparer dans notre vie — moins il y en a, mieux c'est. 

Limiter le nombre de comparaisons peut nous rendre notre liberté ! Supposons que nous décidions de ne pas examiner chaque nouvel appareil électronique (téléphone, télévision, etc.), de ne pas visiter toutes les destinations, de ne pas lire tous les livres qu'on nous recommande ni de répondre à toutes les notifications de notre smartphone ; si, de surcroît, nous n'éprouvons pas le besoin de savoir ce que font les autres, nous n'avons rien perdu de notre liberté : nous avons reconquis notre attention, ce qui constitue peut-être l'une des formes de liberté les plus rares qui soient. 

Cela signifie que dire non à 95 % des possibilités offertes peut nous procurer davantage de temps et de liberté pour nous investir pleinement dans les 5 % restants. Enfin, les limites peuvent stimuler notre créativité, un fait bien connu des artistes. 

Prenez l'exemple d'un écrivain face à une page entièrement blanche et à des possibilités infinies : ce vide peut s'avérer paralysant. En revanche, si l'on donne à ce même écrivain un sujet précis, une longueur imposée, une date butoir et peut-être quelques mots devant impérativement figurer dans le texte, sa créativité trouve soudain un point d'appui contre lequel se mesurer. Il en va de même pour la musique, l'architecture, la cuisine ou la science. 

Les contraintes engendrent des problèmes à résoudre, et ces problèmes stimulent la créativité. Un peintre limité à trois couleurs peut découvrir des combinaisons qu'il n'aurait jamais envisagées avec une palette illimitée. Un cuisinier disposant de seulement cinq ingrédients peut inventer un plat d'une originalité remarquable. Un écrivain qui s'impose d'écrire 500 mots chaque matin peut produire davantage qu'une personne attendant indéfiniment le moment idéal ou l'inspiration. 

On pourrait multiplier ces exemples à l'infini, mais pour conclure notre réflexion, voyons enfin comment trouver l'équilibre parfait ? C'est ce que nous allons voir dans le prochain blog ...

mardi, octobre 06, 2026

Le danger de l’abondance de choix (Deuxième partie)

Sommes-nous en train de devenir les prisonniers d'un choix trop vaste et d'une multitude d'options ? Prenons un exemple aussi banal que choisir un restaurant. Cinq possibilités, ça peut aller, mais en envisager une centaine devient une corvée. Et une fois notre choix arrêté, nous pouvons encore nous demander si le restaurant n° 37 n'aurait pas été préférable au n° 82. Le repas lui-même risque de passer au second plan, éclipsé par l'obsession d’avoir fait le mauvais choix. 

C'est ici qu'intervient le « FOMO » (fear of missing out) ou la peur de manquer quelque chose. Celle-ci peut se révéler très insidieuse car chaque choix élimine simultanément d'innombrables alternatives. Choisir un livre, c'est renoncer à en lire un autre. Opter pour un certain type de vacances, c'est abandonner des dizaines d'autres destinations. Passer une soirée d'une certaine manière, c'est sacrifier toutes les autres soirées qui auraient pu exister.

Ainsi, sous cet angle, l'abondance engendre une étrange équation psychologique : plus nous avons d'options, plus nous risquons de regretter celles que nous n'avons pas choisies. Mais cela entraîne une autre conséquence, peut-être plus profonde. Autrefois, lorsque les choix étaient limités, l'engagement était relativement aisé. Une fois la décision prise, peu d'alternatives venaient solliciter notre attention. Aujourd'hui, l'engagement lui-même peut devenir difficile. 

Pourquoi se contenter de ce restaurant alors qu'un autre pourrait être meilleur ? Pourquoi garder ce produit alors qu’un modèle amélioré sortira bientôt ? Pourquoi poursuivre cette carrière alors qu'il en existe peut-être des dizaines d'autres qui nous conviendraient mieux ? Pourquoi lire ce livre alors qu'un algorithme peut nous en proposer dix autres instantanément ? 

Tout cela nous expose à devenir des consommateurs perpétuels et insatiables — non seulement de biens matériels, mais aussi d'expériences, de relations, d'idées et même d'identités ; c'est peut-être là que réside le véritable danger. Une vie riche de sens exige non seulement de faire des choix, mais aussi d'en accepter les conséquences ; le temps qui nous est imparti sur terre étant limité, nous ne pouvons pas tout faire. Nous ne pouvons pas visiter tous les pays, lire tous les livres, rencontrer tous les gens intéressants, embrasser toutes les carrières ni vivre toutes les aventures. 

La vie est, par essence, un exercice d'exclusion. Choisir une voie, c'est nécessairement en abandonner des tas d'autres. Peut-être que la nouvelle sagesse de notre époque ne consiste plus à maximiser nos choix, mais à apprendre quels choix peuvent être ignorés sans risque. Il existe une différence considérable entre la liberté de choisir et le sentiment d'être contraint de choisir parmi tout ce qui est disponible. 

L'un des grands défis du XXIe siècle pourrait bien être d'apprendre à nous imposer délibérément des limites — non pas par manque de liberté, mais parce que nous avons découvert qu'une liberté illimitée peut elle-même devenir une forme d'asservissement. Cela peut-il nous apporter davantage de sérénité et nous libérer du fardeau du choix ? Discutons en demain !

lundi, octobre 05, 2026

Le danger de l’abondance de choix (Première partie)

Depuis longtemps, je suis convaincu qu’une infinité de choix pourrait, à long terme, constituer une grande menace pour l'humanité, ou du moins pour nos sociétés développées. Dans ma jeunesse, la vie était simple parce qu’il n’y avait pas trop d’argent chez nous. Par exemple, le seul sport que je connaissais et pouvait pratiquer un peu était le ski, car en montagne, là où j'ai grandi, c'était la seule activité disponible. Pas de foot, pas de natation, pas d'escalade et sûrement pas de parapente !

Faire un choix est, en soi, un exercice épuisant et chronophage, sans même parler de cette peur écrasante — et souvent intense — de passer à côté de quelque chose, qui surgira inévitablement face à une gamme d'options illimitée. 

Pendant longtemps, le problème était l’inverse pour l’humanité. Les choix étaient restreints. Le lieu de vie, l'alimentation, l'habillement, les moyens de transport (lorsqu'ils étaient nécessaires), le métier exercé et même le choix du conjoint étaient déterminés dans une large mesure par la géographie, la famille, la classe sociale et les circonstances. 

Ces contraintes n'étaient pas idéales, mais présentaient un gros avantage en épargnant la nécessité de prendre des milliers de décisions au quotidien. Aujourd'hui, la situation est radicalement inversée : nous pouvons choisir parmi des centaines de restaurants, des milliers de livres, des millions de chansons, une infinité de destinations, d'innombrables produits, des parcours professionnels multiples et une quantité quasi illimitée de façons d'occuper notre temps. 

Internet a transformé et considérablement amplifié l'univers des choix possibles, le faisant passer de l'échelle d'un village à quelque chose qui frise l'infini. À première vue, cela ressemble à un privilège et à un luxe extraordinaires, mais est-ce vraiment le cas ? À un certain stade, l'abondance cesse d'être perçue comme une liberté pour devenir un fardeau, voire une source de paralysie ; c'est ce que nous explorerons dans mon prochain billet de blog … 

dimanche, octobre 04, 2026

Associer méditation et affirmations (Quatrième partie)

En associant méditation et affirmations, il est important de souligner un point essentiel concernant ces dernières. Tout commence par un problème bien connu lié aux affirmations positives simplistes. Par exemple, si quelqu’un qui se n’est pas du niveau répète sans cesse : « Je suis extraordinairement performant, confiant et puissant ! », son esprit risque de répondre : « Non, tu te racontes des sornettes.» Cette contradiction rendra l'exercice contre-productif. 

Dans l'approche que je propose, le résultat est différent, car mes affirmations sont ancrées dans une pratique méditative plus large et son puisées dans mon expérience de vie. Une affirmation comme « Je peux continuer à apprendre et à évoluer » est beaucoup plus facile à accepter pour l'esprit que « Tout ce que je désire me parviendra.» 

La première produit des résultats concrets et je ne pense pas que son efficacité diminue avec l'âge. À certains égards, les personnes plus âgées ont peut-être même un avantage que nous n'avions pas à 30 ou 40 ans, car nous disposons désormais de plusieurs décennies supplémentaires d'expérience. 

Lorsque nous sommes tous d'accord pour dire que les expériences difficiles ou éprouvantes peuvent nous renforcer et nous développer, nous ne nous contentons pas de répéter un slogan motivant, mais nous puisons dans une vie entière d'expériences vérifiables. 

Notre esprit peut alors affirmer : « Oui, j'ai réellement vu que ça se passait ainsi », ce qui confère à notre affirmation une crédibilité bien plus grande. C'est peut-être la principale raison pour laquelle ma pratique actuelle diffère de la philosophie du positivisme que j'ai connue dans les années 1970. 

À cette époque, le message était surtout : « Croyez en vous. » Aujourd'hui, ma pratique se rapproche plutôt de : « J'ai suffisamment vécu pour savoir que je peux changer, et j'ai l'intention de continuer sur cette voie. » C'est une proposition bien plus profonde.

 Cependant, je resterais prudent avant d'attribuer la totalité des progrès que j'ai connus depuis 2020 à la méditation et aux affirmations. J'admets que la vie est trop imprévisible et complexe pour que je puisse l'établir par ma propre expérience. C'est d'ailleurs bien plus intéressant à mes yeux que de croire qu'une simple affirmation attirera comme par magie le résultat souhaité. 

En réalité, j'ai découvert quelque chose de potentiellement bien plus utile : j'ai développé une méthode pour influencer délibérément la personne qui prendra mes décisions futures, ce qui constitue une puissante source de développement personnel.

samedi, octobre 03, 2026

Associer méditation et affirmations (Troisième partie)

 

Ajouter des affirmations positives à la méditation peut transformer radicalement son efficacité, et c'est là que mon expérience personnelle entre en jeu. Une affirmation répétée après 20 à 30 minutes de méditation a un tout autre impact, surtout après avoir passé un temps considérable à apaiser le flux incessant de pensées, à maintenir son attention, à prendre conscience de ses pensées sans les suivre aveuglément, à calmer son excitation physiologique et à atteindre un état de concentration exceptionnelle. 

Ces deux éléments peuvent former une combinaison très efficace. Il s'agit probablement moins de programmer le subconscient que d'entraîner régulièrement l'orientation de mon attention et de mon comportement, créant ainsi un cercle vertueux fascinant. Par exemple, imaginons que mon affirmation porte sur le développement de la patience (un point sur lequel je travaille). 

Quand je médite, je me calme, je répète l'affirmation en visualisant ou en ressentant émotionnellement l’acquisition d’une plus grande patience. Un peu plus tard, je suis confronté à une situation irritante. Auparavant, cet événement aurait pu déclencher de l'irritation, puis une réaction réflexe. Mais après des mois de répétition, si je ressens à nouveau cette irritation, je la reconnais et cela me permet de réfléchir avant d'agir.

Je ne me souviendrai probablement même pas consciemment de cette affirmation, et c'est ce qui rend cette réponse un peu mystérieuse. Mais il se peut que l'esprit conscient n'ait pas besoin d'être présent à chaque étape pour qu'un réflexe appris influence le comportement. Il y a ensuite un autre ingrédient : l'émotion, un élément particulièrement important dans mon cas. 

Une affirmation comme « Je deviens plus patient » est une chose, mais si je la répète dans un état de paix intérieure profonde, accompagnée d'un véritable sentiment de gratitude envers les personnes et les expériences qui m'ont formé, elle peut se transformer en quelque chose de très différent. Je ne me contente pas d'énoncer la proposition, mais je l'associe désormais à un état d’âme particulier qui, par l'attention, puis l'émotion, et enfin la répétition, engendre un véritable changement dans mon comportement. 

C'est une combinaison d'apprentissage bien plus puissante qu’une simple répétition de mots. Ma séquence de méditation/affirmation remplit peut-être plusieurs fonctions simultanément, et il existe une circularité remarquable : la méditation rend l’affirmation plus réceptive. Mon affirmation oriente ma méditation, tandis que mon comportement en apporte la preuve ; cette preuve renforce l’affirmation et, finalement, ma conviction plus forte rend les méditations suivantes plus profondes. Cela explique en partie pourquoi, après plusieurs années, je qualifie les résultats d’« époustouflants ». 

Demain, nous conclurons en abordant la limite que je perçois dans certains aspects de mon approche…

vendredi, octobre 02, 2026

Associer méditation et affirmations (Deuxième partie)

Pour expliquer l'impact qu’a eu cette pratique synergique sur moi, je dois distinguer entre le fait que « cela a engendré de réels changements en moi » et l'idée qu'« une force mystérieuse aurait provoqué tout ça ». Le premier point s’accorde avec ce que nous savons de l'attention, de l'apprentissage, de la motivation et du comportement. Le second relève plutôt de l'ésotérisme et nécessiterait des preuves dépassant le cadre de mon expérience. 

Pour moi, il est possible que la pensée positive — élément central des techniques de développement personnel — m'ait offert un point d'ancrage dès mon arrivée aux États-Unis : en positivant et en croyant en moi, je pouvais poursuivre mes objectifs sans laisser les obstacles dicter les limites du possible. Que les affirmations du mouvement de pensée positive soient fondées ou non, cette philosophie a influencé les éléments sur lesquels je portais mon attention de façon répétée ainsi que les actions qui me semblaient réalisables. 

Je bénéficiais également d'un avantage majeur : je ne me contentais pas d’apprendre à positiver, j'évoluais dans un monde qui valorisait l'initiative et l'adaptation. 

Les efforts fournis pour m'adapter sur le plan professionnel (savoir-faire à l’américaine, langue et culture des États-Unis) et ma détermination sans faille ont favorisé ma réussite. 

L'action née de la conviction a produit des résultats, ce qui a renforcé mes certitudes et m'a encouragé à entreprendre de nouvelles actions. L'ensemble du processus a ainsi formé un cercle vertueux. 

Cela dit, une affirmation répétée alors que l'on est occupé, distrait, sceptique, émotionnellement agité, ou simplement dans un état d'esprit négatif ou pessimiste, ne revient qu’à exprimer une phrase en concurrence avec des milliers d'autres pensées. 

L'exemple de Donald Trump est révélateur à cet égard, il a longtemps cité le défunt pasteur Norman Vincent Peale, auteur de « La Puissance de la pensée positive » (The Power of Positive Thinking), comme un mentor personnel et spirituel important, affirmant pouvoir l'écouter « toute la journée » et le considérant comme l'un des plus grands orateurs et l'influence la plus marquante de sa vie. 

Toutefois, certains membres de la famille de Peale ont pris leurs distances avec le président, exprimant leur malaise face à la manière dont Trump a utilisé ses enseignements religieux pour projeter une image publique purement matérialiste, agressive et malveillante. 

Demain, nous essaierons de comprendre comment la méditation peut s'articuler avec les affirmations issues de la pensée positive…

jeudi, octobre 01, 2026

Associer méditation et affirmations (Première partie)

Quand je suis arrivé aux États-Unis dans les années 70, j'avais été frappé par le mouvement de « pensée positive » qui faisait partie intégrante de la culture d'entreprise — du moins, c'est ce que je croyais — par contraste avec le pessimisme et le cynisme bien ancrés en Europe. 

C'est peut-être après avoir lu « Think and Grow Rich » (Réfléchis et deviens riche) que j'ai adhéré à cette philosophie ; je dois admettre qu'elle m'a aidé à m'adapter au monde du travail américain et a fini par m'apporter le succès.

Faisons un bond jusqu'en 2020 : j'ai repris la méditation avec succès et, au bout de quelques années, j'ai commencé à y intégrer des affirmations liées à mes désirs et à mes objectifs. Depuis, les résultats sont époustouflants. S'agit-il d'un hasard ou d'un phénomène explicable ? 

Quoi qu'il en soit, je ne peux me résoudre à y voir qu’un simple phénomène étrange. Il existe une explication psychologique tout à fait plausible à une synergie entre méditation et affirmations lorsque celles-ci sont combinées — et mon expérience personnelle en témoigne. 

Pour me faire l’avocat du diable, une hypothèse très rationnelle pourrait suggérer que ma pratique a influencé l'apparition de certaines pensées, réactions émotionnelles et comportements. Tous ces changements infimes, répétés des milliers de fois, ont engendré des différences considérables au fil des années. 

Dans le prochain article, nous approfondirons ce qui a pu réellement se passer grâce à ma pratique ; alors, restez à l'écoute…

mercredi, septembre 30, 2026

Plus d'humain au service clientèle ?

 

Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent à quel point le service clientèle par téléphone peut être exaspérant. Aux États-Unis, ce type de service est rarement assuré localement, mais provient de plus en plus des Philippines. 

Là-bas, ces personnes sont bien intentionnées et, pour la plupart, reconnaissantes d'avoir ce travail et font de leur mieux. Selon leur ancienneté, elles connaissent peu les problèmes pour lesquels elles doivent aider. 

De plus, selon leur accent et leur maîtrise de l'anglais, elles peuvent être difficiles, voire impossibles à comprendre. Bref, ce n'est facile pour personne à chaque bout du fil. 

Ces derniers temps, quand mon appel a été transféré aux Philippines, que mon problème n'a pas pu être résolu, que j'ai du demander à parler au chef ou qu'il faille attendre qu'une personne enfin qualifiée me rappelle, je me suis tourné vers l'Intelligence Artificielle pour obtenir des réponses à mes questions ou résoudre mes problèmes. 

Résultat : J’ai reçus des réponses correctes, allant toujours plus loin que ce que je demandais et de plus, par écrit et mieux que l'intervention humaine. Jusqu'ici tout s’est donc toujours parfaitement bien passé, et compte tenu des progrès constants que j'ai pu observer en matière d'IA, je ne peux qu’espérer que la situation s'améliore encore. 

Passons maintenant à la mauvaise nouvelle : dans un avenir proche, on peut parier que ce sera le début de la fin pour ces centres d'assistance client gérés par de vraies personnes, que ce soit aux États-Unis, aux Philippines ou encore au Maroc, si on habite en Europe …

mardi, septembre 29, 2026

Le logement, indicateur d'inflation ?

Souvent, je me demande quel est le vrai poids du coût du logement dans l' indice des prix (IPC) américain, et si il est est sous-estimé compte tenu des prix fous de l'immobilier. Le coût apparemment inexorable du logement ne reflète-t-il pas notre endettement national et la véritable inflation qui nous frappe tous ? Il est vrai que la composante « logement » de l'IPC a un poids considérable. 

Elle représente environ 35 % de l'IPC global et plus de 42 % de l'IPC de base (qui exclut l'alimentation et l'énergie). Loin d'être sous-estimé, le logement est de loin le poste de dépense le plus important du panier de l'IPC. Cependant, si beaucoup, comme moi, ont le sentiment que l'IPC ne tient pas bien compte des prix de l'immobilier, c'est davantage dû à la méthode de calcul du logement qu'à son poids relatif. Aux États-Unis, le Bureau des statistiques du travail (BLS) considère l'accession à la propriété comme un investissement, et pas une dépense de consommation.

Par exemple, l'achat d'une maison à 600 000 dollars et son enchérissement à 800 000 dollars est considéré une plus-value mais pas une dépense courante. Pour mesurer le coût du logement pour les propriétaires sans considérer l'investissement, le BLS utilise le "loyer équivalent pour les propriétaires" (OER), qui représente environ 26,7 % de l'IPC. Par ses enquêtes, l'OER interroge les propriétaires : « Si vous deviez louer votre maison aujourd'hui, à quel prix la loueriez-vous ?» Dans ce cas, le loyer de la résidence principale représente les 7,7 % restants du poids du logement et suit les prix des loyers pratiqués. 

Étant donné que les propriétaires actuels avec un prêt à taux fixe sur 30 ans ne voient pas leurs mensualités (capital et intérêts) varier quand les prix de l'immobilier s'envolent, l'IPC exclut intentionnellement les prix de vente des maisons, les acomptes et le capital restant dû des prêts hypothécaires. Il est important de noter que les données de l'IPC sur le logement souffrent d'un décalage bien connu de 6 à 12 mois. 

Le BLS enquête sur les loyers en vigueur, mais la plupart des gens signent des baux de 12 mois. Lorsque les loyers du marché ou les prix des logements augmentent rapidement en temps réel, il faut beaucoup de temps pour que ces hausses se répercutent sur les loyers moyens actifs pris en compte par l'enquête de l'IPC. Quant à savoir si le coût du logement reflète fidèlement l'inflation et la dette publique, mon propos touche à un thème central de l'économie monétaire. 

La relation entre la dette publique, les prix des biens et l'inflation s'articule autour de quelques dynamiques clés : quand la dette publique augmente considérablement et que les banques centrales maintiennent des taux d'intérêt bas ou augmentent la masse monétaire, ces liquidités se dirigent souvent directement vers des actifs tangibles (immobilier, bourse). Les prix élevés des logements sont fréquemment un symptôme direct de la dépréciation de la monnaie et de la recherche de capitaux bon marché face à une offre limitée de terrains et de logements. 

Puis, quand les banques centrales relèvent les taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation générale, comme elles le font actuellement, les coûts d'emprunt s'envolent. Dans le secteur du logement, cela crée un « effet de blocage » : les propriétaires refusent de vendre leurs maisons à faible taux d'intérêt, ce qui réduit fortement l'offre et fait grimper les prix malgré la hausse des taux. S'agit-il de la « véritable » inflation à laquelle je fais allusion ? 

Pour quiconque souhaite acheter sa première maison, se lancer sur le marché locatif ou déménager, le coût du logement est effectivement le principal facteur de pression financière. Cependant, pour un propriétaire ayant souscrit un prêt immobilier à 3 % il y a plusieurs années (ou beaucoup moins en France), ses dépenses de logement restent stables, ce qui signifie que son taux d'inflation personnel est bien inférieur à celui des non-propriétaires. 

En conclusion, bien que le logement soit un poste de dépense important (35 % de l'indice), la méthodologie utilisée empêche l'IPC d’être en prise directe avec les prix de l’immobilier. Le résultat est un indice qui reflète une consommation de logement lissée et décalée, plutôt que le coût immédiat et brutal d'un achat immobilier sur le marché actuel.

lundi, septembre 28, 2026

Technique de laveurs de vitres

Notre maison est assez haute pour qu'il faille de longues et lourdes échelles pour nettoyer les vitres de sa façade sud. La principale raison pour laquelle nous faisons maintenant appel à des laveurs de vitres professionnels est que je n'ai plus la force physique de manier une échelle aussi lourde, et ma femme est terrifiée quand je suis dessus. 

Ainsi, chaque année, nous demandons à la même entreprise de laver toutes les fenêtres extérieures. Je m'occupe toujours de l'intérieur. 

Cette année, après avoir payé la facture en ligne, on m'a téléphoné pour voir si je voulais programmer un autre lavage le trimestre suivant, en assumant que j’allais prendre un abonnement trimestriel ou semi-annuel. 

L’employée essayait de me vendre un abonnement, comme le font tous les laveurs de vitres aujourd'hui, à l'instar des stations de lavage auto. Après tout, pourquoi ne pas doubler ou quadrupler le chiffre d'affaires ? Tout le monde essaie, non ? D'ailleurs, dans le secteur des services à domicile, les entreprises de nettoyage de vitres se tournent de plus en plus vers la formule d'abonnement. 

Les devis sont structurés en forfaits semestriels ou trimestriels. Si cette pratique sert principalement à générer plus de chiffre, elle repose également sur des considérations économiques et logistiques. Avec une clause de « lavage initial », les entreprises facturent généralement un supplément, parfois 1,5 fois le prix du premier nettoyage afin d'établir un tarif de référence, puis proposent un tarif réduit pour les nettoyages d'entretien suivants. 

Si un forfait offre une réduction fixe sur toutes les visites, il appartient au client de vérifier qu'il est réellement plus avantageux qu'un nettoyage à la demande. Bien sûr, si la maison est située à proximité de chemins de terre, de zones exposées au sel marin, au pollen ou à un chantier important, un programme trimestriel pourrait se justifier. Cependant, si la maison est protégée et propre, un nettoyage annuel reste l'option la plus économique. 

J'ai donc répondu à l’employée ainsi : « Vous savez, j'adore voir la saleté se déposer progressivement sur mes carreaux, qu'il s'agisse de traînées de poussière après une forte pluie, d'insectes qui s'y écrasent, ou d'oiseaux qui les frappent violemment quand ils y voient leur propre reflet, y laissant une marque et des plumes. Pour moi, cela rythme les cycles de la nature et, quand douze mois plus tard vient le moment du nettoyage annuel, cela a efficacement filtré toutes les conneries qui nous sont déversées quotidiennement dans ce monde malade.» 

Bang ! Au moment où j'écrivais ces derniers mots, un gros oiseau vient de percuter une grande fenêtre nettoyée il y a deux jours. Un bruit sourd et creux : le prix à payer pour avoir des vitres impeccables...

dimanche, septembre 27, 2026

Apprendre en apprenant (Cinquième partie)

Maintenant que nous savons comment recréer délibérément la faculté précise à laquelle l'alcool m'avait permis d'accéder il y a des années, nous allons découvrir un lien intrigant avec ma (ou votre) pratique de méditation. C'est là que tout devient un peu plus intéressant, car nous savons déjà ce que l'on ressent en entrant dans un état où la pensée analytique et volontaire se calme, tandis que l'attention reste présente. 

C'est très proche de ce que nous recherchons ici. Des recherches récentes portant spécifiquement sur la pleine conscience et pouvoir parler une seconde langue. Celles-ci ont révélé que la pleine conscience est positivement associée à cette performance, bien que les chercheurs soulignent que sa contribution directe semble relativement modeste.

Une autre étude menée auprès d’étudiants en langues étrangères a montré que le travail basé sur la pleine conscience favorisait une meilleure appréciation de soi, l'acceptation, le contrôle de l'attention et une réduction de l'anxiété liée à la prise de parole, même si certains bienfaits s'estompaient après la fin de l'intervention. Je ne chercherais donc pas à forcer un état de méditation profonde juste avant de parler. 

Cela risquerait de nous faire trop nous replier sur nous-mêmes. Il vaut mieux envisager la méditation comme un moyen d'accéder à la détente et à l'ouverture nécessaires pour laisser couler la langue que nous apprenons en cessant de nous mettre les bâtons dans les roues. Il existe une technique qui pourrait nous être particulièrement utile ; appelons-la « flux de conscience ». 

Nous réglons un minuteur sur cinq minutes, nous commençons à parler espagnol et nous passons un pacte avec nous-mêmes : Pendant ces cinq minutes, l'objectif n'est pas la précision. L'objectif est la continuité ; nous pouvons même nous enregistrer, mais en nous interdisant d'écouter l'enregistrement immédiatement. Faites une autre séance le lendemain et, au bout d'une semaine complète. N’écoutons que le premier et le dernier enregistrement. 

Nous devrions alors faire une découverte fascinante : des expressions qui, au début, nécessitaient une construction consciente commencent à surgir automatiquement. C'est précisément la transition que je décrivais dans mon article précédent entre le passage de mots stockés en mémoire vers de véritables réflexes linguistiques. 

Et peut-être que la leçon la plus profonde à tirer de mon expérience avec l'alcool n'est pas « l'alcool m'a aidé à parler des langues ». Elle pourrait plutôt devenir : « Je possédais déjà plus de connaissances linguistiques que je ne pouvais en mobiliser, tant que je me souciais de la manière de les utiliser. » Si tel est le cas, l'objectif n'est pas d'introduire quelque chose dans notre cerveau, mais de neutraliser le « gardien » qui en bloque l'accès. 

Bonne chance si jamais vous décidiez d’essayer !

samedi, septembre 26, 2026

Apprendre en apprenant (Quatrième partie)

L'approche que j'envisage consiste est une routine qui dure de 10 à 15 minutes avant d'entamer une conversation en espagnol. Elle se déroule ainsi : 

  • 1. Deux minutes — relaxation physiologique S'asseoir confortablement et respirer lentement, en veillant à ce que l'expiration soit un peu plus longue que l'inspiration. Il ne s'agit pas de chercher à atteindre un état particulier, mais simplement de bien laisser le corps s'apaiser. 
  • 2. Trois minutes — immersion en espagnol Écouter un contenu en espagnol que l'on comprend déjà assez bien. Ne pas l'étudier, ne pas le répéter ni l'analyser. Se laisser simplement imprégner par la langue. C'est important, car cela permet d'activer l'immense réservoir d'expressions accumulées — comme c'est le cas pour moi grâce à l’influence des podcasts, livres, et conversations que je subis au quotidien. 
  • 3. Deux minutes — « s'autoriser à faire des erreurs » C'est peut-être l'étape la plus forte, car on se dit alors quelque chose comme : « Durante los próximos diez minutos, no estoy aprendiendo español. Estoy jugando con el español » Ou : « No necesito hablar correctamente. Necesito hablar » Ce qui signifie : « Pendant les 10 prochaines minutes, nous n'allons pas apprendre l'espagnol, nous allons simplement jouer avec la langue. » La nuance est considérable. 
  • 4. Cinq minutes — improvisation sans interruption Choisir un sujet d'une simplicité enfantine : « Qu'ai-je fait hier ? » « Que vais-je faire demain ? » « Décrire ma maison. » « Raconter une histoire imaginaire. » Ensuite, ne pas s'arrêter pour se corriger ; si un mot manque, le contourner. 

Si la conjugaison est incertaine, faire une approximation. Si un nom est oublié, décrire l'objet en question. Si des mots anglais ou français viennent à l'esprit, poursuivre l'exercice en trouvant une façon de les exprimer en espagnol. La règle doit être la suivante : ne jamais interrompre le flux de la parole pour corriger une phrase. 

Pour ceux d'entre nous qui pratiquent la méditation, nous verrons comment mettre à profit cette discipline pour soutenir nos efforts d'apprentissage linguistique ; ne manquez donc pas la conclusion de cette série dans le prochain article.

vendredi, septembre 25, 2026

Apprendre en apprenant (Troisième partie)

Quand j'étais jeune, l'un des éléments qui m'a beaucoup aidé à apprendre à converser en anglais et en allemand fut l'usage de l'alcool pour « délier ma langue » et me permettre une forme d'improvisation. Aujourd'hui, j'aimerais adopter une alternative bien moins invasive et non toxique — contrairement aux drogues ou à l'alcool — pour atteindre un état de relaxation maximale et d'absence de peur.

Cela permettrait aux mots et aux phrases de jaillir plus librement et naturellement de mon subconscient (nourri, par exemple, par mes leçons quotidiennes, mes lectures ou les podcasts que j'écoute en espagnol). Il est indéniable que la consommation d'alcool a souvent fait partie de ma jeunesse et de mes premières expériences. 

Bien que cette pratique ne m'ait rien apporté sur le plan des connaissances linguistiques, elle réduisait temporairement cette censure interne qui m'empêchait d'accéder aux connaissances déjà accumulées. Cette distinction est importante. Les recherches montrent systématiquement que l'anxiété est associée à de moins bonnes performances dans une langue étrangère. 

J'ai pris connaissance d'une analyse portant sur plus de 10 000 apprenants, qui a mis en évidence une corrélation négative à ce sujet. La question qui se pose désormais est la suivante : peut-on reproduire cet effet de « langue déliée » sans recourir à des stimulants comme l'alcool ? J'espère que oui et je pense que c'est tout à fait possible, et qu’entre autres moyens, ma pratique actuelle de la méditation pourrait constituer un excellent point de départ. 

Appelons cela une « routine de désinhibition pour l'espagnol » ! L'objectif n’est bien évidemment pas d'atteindre une relaxation totale synonyme de somnolence ou de passivité, mais plutôt un état plus subtil : une attention détendue, une autocritique fortement réduite et la pleine liberté d'improviser. 

En d'autres termes, nous voudrions que notre esprit conscient cesse de se demander sans cesse : « Est-ce le bon temps ? Est-ce le bon mot ? Suis-je en train de faire une erreur ? », pour laisser plutôt les connaissances accumulées grâce à nos lectures et nos écoutes émerger et s'exprimer librement au fil de la conversation ! 

Dans le prochain article, nous verrons comment élaborer une méthode pour y parvenir...

jeudi, septembre 24, 2026

Apprendre en apprenant (Deuxième partie)

Les idées sur l'apprentissage des langues que j'ai présentées hier pourraient en fait être poussées un peu plus loin : peut-être que l'objectif ultime n'est pas de « connaître l'espagnol », mais de développer suffisamment d'automatismes pour que l'espagnol « vienne tout seul » – à moi, ou à nous lorsque nous décidons d'apprendre une nouvelle langue. 

En fait, on peut observer trois étapes distinctes : 

  • 1. Identification : « Je comprends cette expression quand je l'entends ou la lis. » 
  • 2. Récupéreration : « Je connais cette expression et je peux la produire si j'y réfléchis. » 
  • 3. Réflexe : « L'expression sort avant même que je l'aie construite consciemment. » 

Il est évident que c'est cette troisième étape qui rend la conversation fluide. Cela explique aussi pourquoi une personne peut posséder un vocabulaire étonnamment vaste tout en peinant à s'exprimer ; je l'ai constaté lorsque j'apprenais l'allemand aux côtés de Japonais qui avaient un vocabulaire immense et une compréhension grammaticale parfaite, mais qui étaient totalement incapables de former la phrase la plus simple. 

C'est ce que j'aime dans mon concept de « blocs de mots courts », car il saisit quelque chose d'essentiel. J'aurais d'ailleurs pu les appeler « briques linguistiques » ou, de mieux encore, des « Lego linguistiques ». Chaque bloc est un élément que le cerveau peut récupérer d'un seul tenant, plutôt que de devoir s'efforcer de l'assembler mot à mot sous la pression de la conversation. 

Par ailleurs, lorsque je dis que ma grammaire est « lamentable », ce n'est pas forcément un problème que je vais simplement remettre à plus tard. À mon insu, la grammaire pourrait bien devenir plus facile une fois que j'aurai mémorisé suffisamment de blocs. Après avoir entendu des centaines de fois des structures comme « quiero que... », « tengo que... », « me gustaría... », « ¿por qué no...? », etc., les modèles de conjugaison et de syntaxe commencent à devenir familiers, presque sans étude délibérée. 

Pour conclure, il se peut que la grammaire apprise en contexte finit par ne plus être tant une chose que l'on mémorise, mais plutôt quelque chose qui nous semble « juste » au moment où elle nous échappe spontanément. Demain, nous poursuivrons avec la technique permettant de « booster » l'apprentissage d'une langue étrangère ; alors, surtout, ne manquez pas ce rendez-vous !

mercredi, septembre 23, 2026

Apprendre en apprenant (Première partie)

Quand j’ai choisir d’apprendre l'espagnol, j’ai appris beaucoup plus que je ne l’espérai. Ce n’était pas la première langue étrangère que j’apprenais. Après le français — ma langue maternelle, sans oublier le patois savoyard parlé par mes parents —, je me suis tourné vers l'anglais, l'allemand, l'italien, le japonais (un parcours inachevé) et, désormais, l'espagnol. 

En chemin, j'ai rencontré de nombreux défis et, point peut-être plus important, j'ai appris certaines choses sur la manière dont nous apprenons réellement les langues. Je suis désormais convaincu que l'une des clés pour parler couramment réside dans l'apprentissage et la maîtrise de courtes séquences de mots : ces expressions, tournures de phrases et constructions idiomatiques qui composent les phrases de notre quotidien. 

Plutôt que de construire chaque phrase mot à mot, nous acquérons progressivement ces petites briques linguistiques — telles des pièces de Lego assemblées — et apprenons à les mobiliser en tant qu'unités. C'est sur cet aspect que je concentre aujourd'hui l'essentiel de mes efforts. Mes compétences en grammaire et en conjugaison restent, pour le dire gentiment, déplorables !

Mais je suis de plus en plus convaincu qu'il n'est pas nécessaire de tout maîtriser d'emblée. Je travaillerai la grammaire plus tard, tout en commençant par me constituer un répertoire d'expressions suffisamment vaste pour bien communiquer, réagir et entretenir une conversation. 

Cette fois-ci, une autre différence notable entre en jeu : l'IA. Disposer d'un partenaire de conversation (un robot, disons le) toujours disponible, patient et sans jugement change considérablement la donne. Cela dissipe en grande partie la peur paralysante de commettre des erreurs face à un interlocuteur humain qui maîtrise parfaitement la langue. Avec l'IA, je peux expérimenter, me ridiculiser, poser dix fois la même question et réessayer sans éprouver la moindre gêne. 

Toutefois, l'IA ne peut pas supprimer l'aspect le plus ardu de l'apprentissage d'une langue : la patience. Elle peut accélérer l'exposition, la pratique et la correction, mais elle ne saurait précipiter par magie la transformation qui doit s'opérer au sein du cerveau. Les mots et les expressions doivent d'abord être reconnus, puis compris, mémorisés et, enfin, mobilisés assez rapidement pour se transformer en réaction spontanée. 

C'est peut-être là l'aspect le plus fascinant de ce parcours : faire passer ce que l’on connaît du cerveau à la bouche. Il existe un monde entre le fait de reconnaître une expression lorsqu'on l'entend et celui de la voir surgir spontanément entre nos lèvres, au moment précis où l'on en a besoin. 

Ainsi, apprendre une langue ne consiste peut-être pas tant à remplir son cerveau de mots qu’à se constituer progressivement un répertoire de réflexes linguistiques — ces petits blocs de langage qui, à force d’exposition et de répétition, cessent d’être perçus comme des éléments appris pour devenir tout simplement des expressions qui sortent toutes seules. 

À mon âge déjà bien avancé, je découvre que cette transformation exige de la patience. Mais je découvre aussi que le cerveau est encore capable de me surprendre. Et c’est là, une leçon plutôt encourageante. Demain, nous verrons comment faire progresser ces éléments ...