mardi, septembre 29, 2026

Le logement, indicateur d'inflation ?

Souvent, je me demande quel est le vrai poids du coût du logement dans l' indice des prix (IPC) américain, et si il est est sous-estimé compte tenu des prix fous de l'immobilier. Le coût apparemment inexorable du logement ne reflète-t-il pas notre endettement national et la véritable inflation qui nous frappe tous ? Il est vrai que la composante « logement » de l'IPC a un poids considérable. 

Elle représente environ 35 % de l'IPC global et plus de 42 % de l'IPC de base (qui exclut l'alimentation et l'énergie). Loin d'être sous-estimé, le logement est de loin le poste de dépense le plus important du panier de l'IPC. Cependant, si beaucoup, comme moi, ont le sentiment que l'IPC ne tient pas bien compte des prix de l'immobilier, c'est davantage dû à la méthode de calcul du logement qu'à son poids relatif. Aux États-Unis, le Bureau des statistiques du travail (BLS) considère l'accession à la propriété comme un investissement, et pas une dépense de consommation.

Par exemple, l'achat d'une maison à 600 000 dollars et son enchérissement à 800 000 dollars est considéré une plus-value mais pas une dépense courante. Pour mesurer le coût du logement pour les propriétaires sans considérer l'investissement, le BLS utilise le "loyer équivalent pour les propriétaires" (OER), qui représente environ 26,7 % de l'IPC. Par ses enquêtes, l'OER interroge les propriétaires : « Si vous deviez louer votre maison aujourd'hui, à quel prix la loueriez-vous ?» Dans ce cas, le loyer de la résidence principale représente les 7,7 % restants du poids du logement et suit les prix des loyers pratiqués. 

Étant donné que les propriétaires actuels avec un prêt à taux fixe sur 30 ans ne voient pas leurs mensualités (capital et intérêts) varier quand les prix de l'immobilier s'envolent, l'IPC exclut intentionnellement les prix de vente des maisons, les acomptes et le capital restant dû des prêts hypothécaires. Il est important de noter que les données de l'IPC sur le logement souffrent d'un décalage bien connu de 6 à 12 mois. 

Le BLS enquête sur les loyers en vigueur, mais la plupart des gens signent des baux de 12 mois. Lorsque les loyers du marché ou les prix des logements augmentent rapidement en temps réel, il faut beaucoup de temps pour que ces hausses se répercutent sur les loyers moyens actifs pris en compte par l'enquête de l'IPC. Quant à savoir si le coût du logement reflète fidèlement l'inflation et la dette publique, mon propos touche à un thème central de l'économie monétaire. 

La relation entre la dette publique, les prix des biens et l'inflation s'articule autour de quelques dynamiques clés : quand la dette publique augmente considérablement et que les banques centrales maintiennent des taux d'intérêt bas ou augmentent la masse monétaire, ces liquidités se dirigent souvent directement vers des actifs tangibles (immobilier, bourse). Les prix élevés des logements sont fréquemment un symptôme direct de la dépréciation de la monnaie et de la recherche de capitaux bon marché face à une offre limitée de terrains et de logements. 

Puis, quand les banques centrales relèvent les taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation générale, comme elles le font actuellement, les coûts d'emprunt s'envolent. Dans le secteur du logement, cela crée un « effet de blocage » : les propriétaires refusent de vendre leurs maisons à faible taux d'intérêt, ce qui réduit fortement l'offre et fait grimper les prix malgré la hausse des taux. S'agit-il de la « véritable » inflation à laquelle je fais allusion ? 

Pour quiconque souhaite acheter sa première maison, se lancer sur le marché locatif ou déménager, le coût du logement est effectivement le principal facteur de pression financière. Cependant, pour un propriétaire ayant souscrit un prêt immobilier à 3 % il y a plusieurs années (ou beaucoup moins en France), ses dépenses de logement restent stables, ce qui signifie que son taux d'inflation personnel est bien inférieur à celui des non-propriétaires. 

En conclusion, bien que le logement soit un poste de dépense important (35 % de l'indice), la méthodologie utilisée empêche l'IPC d’être en prise directe avec les prix de l’immobilier. Le résultat est un indice qui reflète une consommation de logement lissée et décalée, plutôt que le coût immédiat et brutal d'un achat immobilier sur le marché actuel.

lundi, septembre 28, 2026

Technique de laveurs de vitres

Notre maison est assez haute pour qu'il faille de longues et lourdes échelles pour nettoyer les vitres de sa façade sud. La principale raison pour laquelle nous faisons maintenant appel à des laveurs de vitres professionnels est que je n'ai plus la force physique de manier une échelle aussi lourde, et ma femme est terrifiée quand je suis dessus. 

Ainsi, chaque année, nous demandons à la même entreprise de laver toutes les fenêtres extérieures. Je m'occupe toujours de l'intérieur. 

Cette année, après avoir payé la facture en ligne, on m'a téléphoné pour voir si je voulais programmer un autre lavage le trimestre suivant, en assumant que j’allais prendre un abonnement trimestriel ou semi-annuel. 

L’employée essayait de me vendre un abonnement, comme le font tous les laveurs de vitres aujourd'hui, à l'instar des stations de lavage auto. Après tout, pourquoi ne pas doubler ou quadrupler le chiffre d'affaires ? Tout le monde essaie, non ? D'ailleurs, dans le secteur des services à domicile, les entreprises de nettoyage de vitres se tournent de plus en plus vers la formule d'abonnement. 

Les devis sont structurés en forfaits semestriels ou trimestriels. Si cette pratique sert principalement à générer plus de chiffre, elle repose également sur des considérations économiques et logistiques. Avec une clause de « lavage initial », les entreprises facturent généralement un supplément, parfois 1,5 fois le prix du premier nettoyage afin d'établir un tarif de référence, puis proposent un tarif réduit pour les nettoyages d'entretien suivants. 

Si un forfait offre une réduction fixe sur toutes les visites, il appartient au client de vérifier qu'il est réellement plus avantageux qu'un nettoyage à la demande. Bien sûr, si la maison est située à proximité de chemins de terre, de zones exposées au sel marin, au pollen ou à un chantier important, un programme trimestriel pourrait se justifier. Cependant, si la maison est protégée et propre, un nettoyage annuel reste l'option la plus économique. 

J'ai donc répondu à l’employée ainsi : « Vous savez, j'adore voir la saleté se déposer progressivement sur mes carreaux, qu'il s'agisse de traînées de poussière après une forte pluie, d'insectes qui s'y écrasent, ou d'oiseaux qui les frappent violemment quand ils y voient leur propre reflet, y laissant une marque et des plumes. Pour moi, cela rythme les cycles de la nature et, quand douze mois plus tard vient le moment du nettoyage annuel, cela a efficacement filtré toutes les conneries qui nous sont déversées quotidiennement dans ce monde malade.» 

Bang ! Au moment où j'écrivais ces derniers mots, un gros oiseau vient de percuter une grande fenêtre nettoyée il y a deux jours. Un bruit sourd et creux : le prix à payer pour avoir des vitres impeccables...

dimanche, septembre 27, 2026

Apprendre en apprenant (Cinquième partie)

Maintenant que nous savons comment recréer délibérément la faculté précise à laquelle l'alcool m'avait permis d'accéder il y a des années, nous allons découvrir un lien intrigant avec ma (ou votre) pratique de méditation. C'est là que tout devient un peu plus intéressant, car nous savons déjà ce que l'on ressent en entrant dans un état où la pensée analytique et volontaire se calme, tandis que l'attention reste présente. 

C'est très proche de ce que nous recherchons ici. Des recherches récentes portant spécifiquement sur la pleine conscience et pouvoir parler une seconde langue. Celles-ci ont révélé que la pleine conscience est positivement associée à cette performance, bien que les chercheurs soulignent que sa contribution directe semble relativement modeste.

Une autre étude menée auprès d’étudiants en langues étrangères a montré que le travail basé sur la pleine conscience favorisait une meilleure appréciation de soi, l'acceptation, le contrôle de l'attention et une réduction de l'anxiété liée à la prise de parole, même si certains bienfaits s'estompaient après la fin de l'intervention. Je ne chercherais donc pas à forcer un état de méditation profonde juste avant de parler. 

Cela risquerait de nous faire trop nous replier sur nous-mêmes. Il vaut mieux envisager la méditation comme un moyen d'accéder à la détente et à l'ouverture nécessaires pour laisser couler la langue que nous apprenons en cessant de nous mettre les bâtons dans les roues. Il existe une technique qui pourrait nous être particulièrement utile ; appelons-la « flux de conscience ». 

Nous réglons un minuteur sur cinq minutes, nous commençons à parler espagnol et nous passons un pacte avec nous-mêmes : Pendant ces cinq minutes, l'objectif n'est pas la précision. L'objectif est la continuité ; nous pouvons même nous enregistrer, mais en nous interdisant d'écouter l'enregistrement immédiatement. Faites une autre séance le lendemain et, au bout d'une semaine complète. N’écoutons que le premier et le dernier enregistrement. 

Nous devrions alors faire une découverte fascinante : des expressions qui, au début, nécessitaient une construction consciente commencent à surgir automatiquement. C'est précisément la transition que je décrivais dans mon article précédent entre le passage de mots stockés en mémoire vers de véritables réflexes linguistiques. 

Et peut-être que la leçon la plus profonde à tirer de mon expérience avec l'alcool n'est pas « l'alcool m'a aidé à parler des langues ». Elle pourrait plutôt devenir : « Je possédais déjà plus de connaissances linguistiques que je ne pouvais en mobiliser, tant que je me souciais de la manière de les utiliser. » Si tel est le cas, l'objectif n'est pas d'introduire quelque chose dans notre cerveau, mais de neutraliser le « gardien » qui en bloque l'accès. 

Bonne chance si jamais vous décidiez d’essayer !

samedi, septembre 26, 2026

Apprendre en apprenant (Quatrième partie)

L'approche que j'envisage consiste est une routine qui dure de 10 à 15 minutes avant d'entamer une conversation en espagnol. Elle se déroule ainsi : 

  • 1. Deux minutes — relaxation physiologique S'asseoir confortablement et respirer lentement, en veillant à ce que l'expiration soit un peu plus longue que l'inspiration. Il ne s'agit pas de chercher à atteindre un état particulier, mais simplement de bien laisser le corps s'apaiser. 
  • 2. Trois minutes — immersion en espagnol Écouter un contenu en espagnol que l'on comprend déjà assez bien. Ne pas l'étudier, ne pas le répéter ni l'analyser. Se laisser simplement imprégner par la langue. C'est important, car cela permet d'activer l'immense réservoir d'expressions accumulées — comme c'est le cas pour moi grâce à l’influence des podcasts, livres, et conversations que je subis au quotidien. 
  • 3. Deux minutes — « s'autoriser à faire des erreurs » C'est peut-être l'étape la plus forte, car on se dit alors quelque chose comme : « Durante los próximos diez minutos, no estoy aprendiendo español. Estoy jugando con el español » Ou : « No necesito hablar correctamente. Necesito hablar » Ce qui signifie : « Pendant les 10 prochaines minutes, nous n'allons pas apprendre l'espagnol, nous allons simplement jouer avec la langue. » La nuance est considérable. 
  • 4. Cinq minutes — improvisation sans interruption Choisir un sujet d'une simplicité enfantine : « Qu'ai-je fait hier ? » « Que vais-je faire demain ? » « Décrire ma maison. » « Raconter une histoire imaginaire. » Ensuite, ne pas s'arrêter pour se corriger ; si un mot manque, le contourner. 

Si la conjugaison est incertaine, faire une approximation. Si un nom est oublié, décrire l'objet en question. Si des mots anglais ou français viennent à l'esprit, poursuivre l'exercice en trouvant une façon de les exprimer en espagnol. La règle doit être la suivante : ne jamais interrompre le flux de la parole pour corriger une phrase. 

Pour ceux d'entre nous qui pratiquent la méditation, nous verrons comment mettre à profit cette discipline pour soutenir nos efforts d'apprentissage linguistique ; ne manquez donc pas la conclusion de cette série dans le prochain article.

vendredi, septembre 25, 2026

Apprendre en apprenant (Troisième partie)

Quand j'étais jeune, l'un des éléments qui m'a beaucoup aidé à apprendre à converser en anglais et en allemand fut l'usage de l'alcool pour « délier ma langue » et me permettre une forme d'improvisation. Aujourd'hui, j'aimerais adopter une alternative bien moins invasive et non toxique — contrairement aux drogues ou à l'alcool — pour atteindre un état de relaxation maximale et d'absence de peur.

Cela permettrait aux mots et aux phrases de jaillir plus librement et naturellement de mon subconscient (nourri, par exemple, par mes leçons quotidiennes, mes lectures ou les podcasts que j'écoute en espagnol). Il est indéniable que la consommation d'alcool a souvent fait partie de ma jeunesse et de mes premières expériences. 

Bien que cette pratique ne m'ait rien apporté sur le plan des connaissances linguistiques, elle réduisait temporairement cette censure interne qui m'empêchait d'accéder aux connaissances déjà accumulées. Cette distinction est importante. Les recherches montrent systématiquement que l'anxiété est associée à de moins bonnes performances dans une langue étrangère. 

J'ai pris connaissance d'une analyse portant sur plus de 10 000 apprenants, qui a mis en évidence une corrélation négative à ce sujet. La question qui se pose désormais est la suivante : peut-on reproduire cet effet de « langue déliée » sans recourir à des stimulants comme l'alcool ? J'espère que oui et je pense que c'est tout à fait possible, et qu’entre autres moyens, ma pratique actuelle de la méditation pourrait constituer un excellent point de départ. 

Appelons cela une « routine de désinhibition pour l'espagnol » ! L'objectif n’est bien évidemment pas d'atteindre une relaxation totale synonyme de somnolence ou de passivité, mais plutôt un état plus subtil : une attention détendue, une autocritique fortement réduite et la pleine liberté d'improviser. 

En d'autres termes, nous voudrions que notre esprit conscient cesse de se demander sans cesse : « Est-ce le bon temps ? Est-ce le bon mot ? Suis-je en train de faire une erreur ? », pour laisser plutôt les connaissances accumulées grâce à nos lectures et nos écoutes émerger et s'exprimer librement au fil de la conversation ! 

Dans le prochain article, nous verrons comment élaborer une méthode pour y parvenir...

jeudi, septembre 24, 2026

Apprendre en apprenant (Deuxième partie)

Les idées sur l'apprentissage des langues que j'ai présentées hier pourraient en fait être poussées un peu plus loin : peut-être que l'objectif ultime n'est pas de « connaître l'espagnol », mais de développer suffisamment d'automatismes pour que l'espagnol « vienne tout seul » – à moi, ou à nous lorsque nous décidons d'apprendre une nouvelle langue. 

En fait, on peut observer trois étapes distinctes : 

  • 1. Identification : « Je comprends cette expression quand je l'entends ou la lis. » 
  • 2. Récupéreration : « Je connais cette expression et je peux la produire si j'y réfléchis. » 
  • 3. Réflexe : « L'expression sort avant même que je l'aie construite consciemment. » 

Il est évident que c'est cette troisième étape qui rend la conversation fluide. Cela explique aussi pourquoi une personne peut posséder un vocabulaire étonnamment vaste tout en peinant à s'exprimer ; je l'ai constaté lorsque j'apprenais l'allemand aux côtés de Japonais qui avaient un vocabulaire immense et une compréhension grammaticale parfaite, mais qui étaient totalement incapables de former la phrase la plus simple. 

C'est ce que j'aime dans mon concept de « blocs de mots courts », car il saisit quelque chose d'essentiel. J'aurais d'ailleurs pu les appeler « briques linguistiques » ou, de mieux encore, des « Lego linguistiques ». Chaque bloc est un élément que le cerveau peut récupérer d'un seul tenant, plutôt que de devoir s'efforcer de l'assembler mot à mot sous la pression de la conversation. 

Par ailleurs, lorsque je dis que ma grammaire est « lamentable », ce n'est pas forcément un problème que je vais simplement remettre à plus tard. À mon insu, la grammaire pourrait bien devenir plus facile une fois que j'aurai mémorisé suffisamment de blocs. Après avoir entendu des centaines de fois des structures comme « quiero que... », « tengo que... », « me gustaría... », « ¿por qué no...? », etc., les modèles de conjugaison et de syntaxe commencent à devenir familiers, presque sans étude délibérée. 

Pour conclure, il se peut que la grammaire apprise en contexte finit par ne plus être tant une chose que l'on mémorise, mais plutôt quelque chose qui nous semble « juste » au moment où elle nous échappe spontanément. Demain, nous poursuivrons avec la technique permettant de « booster » l'apprentissage d'une langue étrangère ; alors, surtout, ne manquez pas ce rendez-vous !

mercredi, septembre 23, 2026

Apprendre en apprenant (Première partie)

Quand j’ai choisir d’apprendre l'espagnol, j’ai appris beaucoup plus que je ne l’espérai. Ce n’était pas la première langue étrangère que j’apprenais. Après le français — ma langue maternelle, sans oublier le patois savoyard parlé par mes parents —, je me suis tourné vers l'anglais, l'allemand, l'italien, le japonais (un parcours inachevé) et, désormais, l'espagnol. 

En chemin, j'ai rencontré de nombreux défis et, point peut-être plus important, j'ai appris certaines choses sur la manière dont nous apprenons réellement les langues. Je suis désormais convaincu que l'une des clés pour parler couramment réside dans l'apprentissage et la maîtrise de courtes séquences de mots : ces expressions, tournures de phrases et constructions idiomatiques qui composent les phrases de notre quotidien. 

Plutôt que de construire chaque phrase mot à mot, nous acquérons progressivement ces petites briques linguistiques — telles des pièces de Lego assemblées — et apprenons à les mobiliser en tant qu'unités. C'est sur cet aspect que je concentre aujourd'hui l'essentiel de mes efforts. Mes compétences en grammaire et en conjugaison restent, pour le dire gentiment, déplorables !

Mais je suis de plus en plus convaincu qu'il n'est pas nécessaire de tout maîtriser d'emblée. Je travaillerai la grammaire plus tard, tout en commençant par me constituer un répertoire d'expressions suffisamment vaste pour bien communiquer, réagir et entretenir une conversation. 

Cette fois-ci, une autre différence notable entre en jeu : l'IA. Disposer d'un partenaire de conversation (un robot, disons le) toujours disponible, patient et sans jugement change considérablement la donne. Cela dissipe en grande partie la peur paralysante de commettre des erreurs face à un interlocuteur humain qui maîtrise parfaitement la langue. Avec l'IA, je peux expérimenter, me ridiculiser, poser dix fois la même question et réessayer sans éprouver la moindre gêne. 

Toutefois, l'IA ne peut pas supprimer l'aspect le plus ardu de l'apprentissage d'une langue : la patience. Elle peut accélérer l'exposition, la pratique et la correction, mais elle ne saurait précipiter par magie la transformation qui doit s'opérer au sein du cerveau. Les mots et les expressions doivent d'abord être reconnus, puis compris, mémorisés et, enfin, mobilisés assez rapidement pour se transformer en réaction spontanée. 

C'est peut-être là l'aspect le plus fascinant de ce parcours : faire passer ce que l’on connaît du cerveau à la bouche. Il existe un monde entre le fait de reconnaître une expression lorsqu'on l'entend et celui de la voir surgir spontanément entre nos lèvres, au moment précis où l'on en a besoin. 

Ainsi, apprendre une langue ne consiste peut-être pas tant à remplir son cerveau de mots qu’à se constituer progressivement un répertoire de réflexes linguistiques — ces petits blocs de langage qui, à force d’exposition et de répétition, cessent d’être perçus comme des éléments appris pour devenir tout simplement des expressions qui sortent toutes seules. 

À mon âge déjà bien avancé, je découvre que cette transformation exige de la patience. Mais je découvre aussi que le cerveau est encore capable de me surprendre. Et c’est là, une leçon plutôt encourageante. Demain, nous verrons comment faire progresser ces éléments ...

mardi, septembre 22, 2026

L'archétype américain du « pinhead »

Aujourd’hui je vais vous promener dans le jargon américain. Que veut donc dire exactement un « pinhead ? » Cette expression américaine désigne littéralement la tête plate ou arrondie d'une épingle ordinaire en métal ou en plastique. 

Au sens figuré, toutefois, elle défini aussi une personne sotte ; c'est un terme familier et insultant pour désigner quelqu'un de stupide, d'idiot ou dépourvu de bon sens. Cela me fait penser à mon président, et l'on peut se demander pourquoi.

Tout simplement parce que « PIN » qui veut dire « Personal identification number » est utilisé dans tous nos mots de passe outre-Atlantique et constitue aussi les premières lettres des noms PINOCchio et PINOChet (en réalité, c'est même « PINOC »). 

Le sympathique bonhomme italien est connu pour son irrésistible penchant à mentir — bien qu'il nous avertisse inconsciemment de son défaut par un nez qui s'allonge —, alors que Trump, lui, ne se soucie même pas de cette habitude condamnable et méprisable. 

Quant à Augusto Pinochet, c'était un officier de l'armée chilienne et un dictateur militaire qui a gouverné le Chili de 1973 à 1990. Il s’est emparé du pouvoir en menant un coup d'État militaire violent, soutenu par les États-Unis, le 11 septembre 1973, renversant ainsi le président socialiste démocratiquement élu, Salvador Allende. 

Pinochet a instauré une junte militaire et a officiellement assumé la présidence en 1974. Son régime, qui a duré 17 ans, a été marqué par de graves violations des droits de l'homme ainsi que par des réformes économiques libérales d'envergure. Il était probablement bien plus intelligent que Trump, mais tout aussi cruel, mesquin et obsédé par lui-même. 

La prochaine fois qu'on vous demandera votre code PIN aux États-Unis, souvenez-vous simplement de ces deux personnages qui constituent l’ADN de notre président.

 

lundi, septembre 21, 2026

Le bonus du pardon (Deuxième partie)

Ce que j’ai décrit hier ne relève pas seulement du « pardon » au sens moral ; il s’agit d’un allègement psychologique, d’un acte délibéré de libération personnelle. L’aspect le plus marquant de mon expérience est que je n’ai pas pardonné aux autres parce qu’ils le méritaient, mais parce que je sentais que c’est moi qui méritais ce soulagement.

C’est là toute la différence. J’ai cessé de considérer le ressentiment comme une forme de justice pour le voir comme une forme d’automutilation. Une fois ce changement de perspective opéré, le pardon a cessé de concerner l’autre pour se concentrer davantage sur la reconquête de mon propre espace mental. 

Dans cette optique, les effets que je décris — se sentir plus léger, plus libre, avec une clarté d’esprit accrue — correspondent exactement à ce qui se produit lorsque nous cessons de porter des dettes émotionnelles qui ne seront jamais remboursées. Avec l’idée de « l’adulte dans la pièce », j’ai tenté d’exprimer que le ressentiment nous enferme tous dans une réciprocité puérile : « Tu m’as fait du mal, donc je m’accroche à ce mal. » À l’inverse, le pardon brise cette symétrie malsaine : « Tu m’as fait du mal, donc je m’élève au-dessus de cela. » C’est précisément cette asymétrie qui constitue le bonus. 

Nous pouvons nous élever en refusant de rester prisonniers de la cave émotionnelle où la blessure initiale a eu lieu. Nous sortons du cycle et, ce faisant, nous gagnons en hauteur morale. Il ne s’agit pas d’une supériorité liée à l’ego, mais d’une supériorité liée à notre évolution personnelle. Nous avons accédé à un niveau supérieur. J’ai également établi une distinction importante : il ne s’agit pas de pardonner des crimes, des atrocités ou des catastrophes morales, mais simplement de pardonner les faiblesses humaines ordinaires. Ce n’est pas de l’incohérence, mais une forme de discernement. 

Le pardon est un outil personnel, non une absolution politique. Nous l’utilisons là où il a du sens et le refusons là où il serait moralement incohérent. C’est exactement ainsi que fonctionne le pardon mature : le ressentiment agit comme un impôt, un prélèvement constant et insidieux sur notre attention, notre humeur et notre identité. Le pardon, lui, représente un crédit d’impôt ! En pardonnant, nous pouvons éliminer des dizaines de petites charges émotionnelles qui continuaient de fonctionner silencieusement en arrière-plan. L’effet cumulé s’apparente à une purification, car c’en est une. 

Nous pouvons ainsi désencombrer notre psyché de tout ce qui s’y était accumulé pendant des décennies. La plupart des gens ne font jamais cela. Ils meurent avec leurs ressentiments intacts, continuant de porter le poids de blessures survenues quarante ans plus tôt. C'est pour toutes ces raisons que nous ne devrions jamais nous priver de pardonner.

dimanche, septembre 20, 2026

Le bonus du pardon (Première partie)

Il y a quelques mois, j'ai pris une décision radicale : pardonner, une fois pour toutes, ceux qui, selon moi, m'avaient fait du tort au cours de ma vie, pour des motifs variés tels que l'humiliation, la trahison, le harcèlement ou le vol. 

Dans mon esprit, ce pardon s'appliquait aux actes malveillants ou désagréables subis, à condition qu'ils ne revêtent pas un caractère criminel ou ne soient pas jugés répugnants par notre société. Par exemple, je ne pouvais pardonner à Biden et Trump d'avoir laissé Netanyahou massacrer tant de gens, détruire Gaza et permettre à des colons terroristes d'harceler les Palestiniens de Cisjordanie ; en revanche, je peux pardonner à un patron, un collègue ou un voisin de s'être comporté comme un imbécile.

Toutefois, tout comme pour le linge sale où certaines taches sont plus tenaces que d'autres et exigent davantage de temps pour disparaître, le pardon demande plus ou moins de temps selon l'impact que nous avons laissé certains actes avoir sur nous ; c'est un processus qui, pour moi du moins et dans certains cas, est toujours en cours. Cela dit, je suis aujourd'hui très satisfait de ma décision. 

Plus encore, avec le recul, j'ai l'impression d'être un homme nouveau ; je me sens mieux dans ma peau et, surtout, considérablement soulagé, mentalement plus léger, plein d'énergie et littéralement libéré de ce qui constituait, en fait, un fardeau permanent. À vrai dire, j'ai du mal à croire qu'abandonner le ressentiment, l'amertume et l'hostilité puisse opérer une telle purification et une telle libération en moi. 

J'ai alors compris qu'il était justifié de mettre fin à ce ressentiment envahissant par le pardon, en adoptant une attitude mature et en nous élevant bien au-dessus de la personne ou de l'expérience que nous avons pardonnée. C'est là tout le bonus que nous garantit l'acte de pardonner. Ce geste. simple mais souvent très difficile, allège considérablement notre fardeau et nous élève. 

C'est assez impressionnant et cela constitue une excellente raison de mettre fin au cycle interminable des récriminations. Demain, nous approfondirons le sujet et explorerons le fonctionnement concret de ce processus ...

samedi, septembre 19, 2026

Les langues étrangères, ma botte secrète !

S’il me fallait deviner, je dirais que les germes de mon attirance pour l'Amérique et la langue anglaise furent semés le jour où je suis tombé sur un magazine intitulé « Europe-Amérique » dans les années 1950 ; je l'ai dévoré dès que j’ai su lire. Il était publié par l'Economic Cooperation Administration (ECA), l'agence américaine chargée de gérer le plan Marshall. 

Par la suite, j'ai remporté un concours scolaire qui m'a emmené à Paris, Bruxelles, Stuttgart, Munich, Innsbruck, au col du Stelvio, au lac de Côme et jusqu'au siège de l'ONU à Genève. Cette expérience m'a donné le vertige, éveillant en moi le goût de l'internationalisme et une soif insatiable de découverte. 

L'automne suivant, alors que j'entrais au collège, j'ai commencé à apprendre l'anglais ; si mon assiduité initiale laissait à désirer, mon intérêt s'est soudainement cristallisé et a explosé durant mon service militaire obligatoire de 16 mois, période où je me suis procuré la méthode Assimil, véritable sésame français pour l'apprentissage des langues. C'est ainsi que j'ai appris l'anglais, en commençant par la célèbre phrase « My tailor is rich... ». 

Si bien qu'à ma libération, j'ai décroché un poste de mécanicien aéronautique chez TWA à Genève, où je faisais équipe avec des Suisses alémaniques avec qui je devais communiquer quotidiennement en anglais. Une bonne maîtrise de l'anglais courant m'a permis, sans diplômes, d'intégrer l'école de ski d'Avoriaz et de donner des cours à des élèves ne s'exprimant que dans la langue de Shakespeare. 

J'avais trouvé ma voie ; à mesure que je passais mes diplômes d’enseignement du ski et que je progressais en tant que moniteur bilingue, je me suis essayé à l'allemand en acquérant une deuxième méthode Assimil, toujours sans les enregistrements audio, car je ne possédais pas encore de lecteur de cassettes. Entre-temps, j'ai enseigné le ski en Australie pendant deux saisons — durant l'hiver austral — suivies de deux séjours en Allemagne où je me suis inscrit au Sprachinstitut de Tübingen pour des sessions de six semaines. 

Là-bas, j'ai peaufiné mes capacités de conversation, prêt à ajouter cette compétence à mon arc dès le début de la saison d'hiver. J'ai ensuite jugé opportun d'ajouter l'italien à mes acquis ; je me suis donc procuré un troisième volume Assimil, cette fois avec les cassettes, puisque je pouvais enfin le écouter ! L'italien étant très proche du français et du patois savoyard, je n'ai pas ressenti le besoin d'approfondir outre mesure son étude de cette langue, mais je l’ai bien revendiquée comme une atout supplémentaire. 

Cela a coïncidé avec le moment où j'ai décroché un superbe poste chez Look, précisément parce que je parlais quatre langues ! J'ai fini par utiliser l'italien — et par le perfectionner considérablement — lorsque j'ai travaillé pour la marque de chaussures de ski Lange et que j'ai commencé à passer énormément de temps dans l'usine italienne de l'entreprise. 

Plus tard, vers la fin de ma carrière, j'ai passé pas mal de temps au Japon, ce qui m'a incité à apprendre les bases du japonais, même si j'ai trouvé cet exercice extrêmement difficile. Il y a deux ans, pour préparer des vacances en Andalousie, je me suis mis à l'espagnol ; les efforts fournis et le plaisir que je retire de l'apprentissage de cette nouvelle langue me motivent aujourd'hui encore à poursuivre dans cette voie. 

Comme on peut le constater, tout mon temps consacré aux langues n'a pas été en vain !

vendredi, septembre 18, 2026

Une belle épitaphe !

Chaque jour, notre promenade zigzague pendant un peu de 400 mètres à travers le cimetière de Park City, où nous ne manquons jamais d’apprécier le grand calme enfin à l’écart de la circulation matinale. Là, il m'est souvent arrivé de songer aux épitaphes et, pourquoi pas, à celle qui me conviendrait le mieux quand j’en aurai besoin d’une ! 

C'est ainsi que j'ai été séduit par quelques vers d'une chanson de Georges Moustaki : « Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer. » 

Je trouve que ces mots possèdent une simplicité désarmante — un art que Moustaki maîtrisait à merveille : une vérité nue, dénuée de pathos ou de grande rhétorique, mais qui offre un sourire presque philosophique face à la condition humaine. 

« Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer. » En guise d'épitaphe, c'est remarquablement juste. 

Ces mots expriment trois choses essentielles : une confiance en la vie — tant qu'elle est là, il faut la vivre, la savourer et l'accueillir comme un terrain de jeu propice à l'apprentissage et aux liens ; une acceptation sereine de la mort — non pas comme une menace, mais comme un repos naturel, inévitable et presque doux ; et enfin, une philosophie de la légèreté — sans tragédie ni drame, simplement une façon de dire : « J'ai fait mon bonhomme de chemin ; j'ai vécu ; maintenant, je me repose. » 

Ce n'est ni sombre ni fataliste. Au contraire, c'est une manière d'affirmer que certains d'entre nous ont choisi de vivre pleinement, de profiter de l'existence, d'apprendre et d'aimer, et que ce qui suit n'est qu'un retour au calme. 

Cela semble taillé sur mesure pour moi, qui adore réfléchir sur la vie, le bien-vieillir, la croissance continue et la façon de transformer mes années restantes en un vrai crescendo plutôt qu'en un déclin. Ces mots sonnent juste : ils pourraient témoigner du fait que nous avons joué le jeu jusqu'au bout ! 

jeudi, septembre 17, 2026

Qui désire une fuite de plus ?

À peine dix jours après avoir fini nouvelle clôture qui protège mon jardin, mon voisin coté l'ouest m'a envoyé un SMS assez agressif. Il affirmait que mon entrepreneur et son équipe avaient dû endommager sa conduite d'arrosage, provoquant une forte fuite d’eau sur sa propriété qu'il attribuait directement à leur négligence au cours des travaux.

Lors de la rencontre qui a suivit, il semblait fermement convaincu que sa canalisation souterraine avait été touchée par l’excavation des trous recevant les poteaux. Bien que je comprenne ses soupçons, je n'étais pas convaincu à 100 %. Cela s'expliquait par le fait que, malgré la pente du terrain (entre 5 et 10 %), il me semblait étrange que l'eau n’ai pas suivit une trajectoire diagonale descendante. 

Selon les soupçons de mon voisin, pour des raisons mystérieuses défiant les lois élémentaires de l'hydrologie et de la gravité, la fuite devait s'écouler perpendiculairement à la ligne de pente. 

De plus, en testant cette fuite, l'eau a jaillit à près de deux mètres du poteau et de la zone de rupture présumée, carrément chez le voisin,, alors qu'elle aurait dû apparaître près du poteau de clôture. 

À la suite de notre entrevue, j'ai proposé de creuser autour du poteau d'angle, près de la clôture mais au niveau du point de fuite, afin de vérifier l'existence et l'emplacement d'une éventuelle fissure ou cassure sur le tuyau en PVC. Quoi qu'il en soit, j'ai promis de le tenir au courant. Le lendemain, il m'a fallu environ une heure et demie pour creuser un trou d'une surface de quelques pieds carrés et d'une profondeur de 45 cm. 

J'ai fini par atteindre la tuyauterie en PVC blanc dans un environnement parfaitement sec. Cependant, contrairement à ce que mon voisin m'avait dit, la conduite n'était pas ininterrompue : elle présentait un raccord en T vers la zone de fuite, située à près de deux mètres de là et à 45 cm de profondeur — un endroit où aucun des ouvriers montant la clôture n'aurait pu affecter cette zone de la canalisation. 

Grâce à mon calme, à ma patience et à mon travail manuel, je lui ai clairement prouvé que sa conclusion hâtive était totalement erronée. Dire qu'il était plutôt gêné ne serait pas une exagération !

mercredi, septembre 16, 2026

Quand l'âge nous enrichit

Comme je l'ai souvent évoqué sur ce blog, le processus de vieillissement peut nous entraîner dans diverses directions selon la manière dont nous l’abordons, indépendamment de notre situation particulière — qu'elle soit économique, sociale, physique ou mentale, ou encore une combinaison de tous ces facteurs.

Ainsi, quelle que soit notre situation à ce stade de la vie, nous pouvons voir le « verre du vieillissement » à moitié plein ou à moitié vide. Comme je l'ai souvent admis, vieillir est une étape brutale ; ce n'est pas pour les « mauviettes ». Vouloir garder la pleine maîtrise de nos attitudes, de nos attentes et de nos objectifs va à contre-courant d’une période de la vie qui exige une énergie soutenue, que nous ne sommes pas toujours prêts à fournir. 

J'ai constaté que cet état d'esprit mène souvent à un épuisement total donc une approche qui ne me convient pas du tout. Je perçois donc mon avancée en âge comme une aventure continue : je n'ai pas d'autre choix que de réagir avec vigueur en adoptant des idées, des projets et des actions qui me forcent à sortir de ma coquille et à me réinventer — un processus qui, presque à chaque fois, me surprend et me régénère. 

La fin du parcours se transforme alors en un moment fort, une apothéose, une fois que j'aurai pu accomplir tout ce qui était possible compte tenu de mes capacités et de l'énergie qu'il me restait. C'est, à mes yeux, une façon idéale d'aborder la vieillesse et de tirer le meilleur parti de notre dernier acte !

mardi, septembre 15, 2026

Le concert de Céline Dion à Paris

Bien que le retour de Céline Dion sur scène ait été précédé d'une campagne marketing percutante et soignée, nous avons pu regarder son concert de deux heures du 12 septembre sur notre grand écran grâce à des images filmées par des fans dans le public — ce qu'on appelle communément du « bootleg » — plutôt que via une diffusion officielle. 

La vidéo avait été tournée par des spectateurs présents à son spectacle parisien. Nous n'avons pas particulièrement aimé les tenues de la star (elle a changé de costume au moins cinq fois) ni par sa coiffure : le chignon lui donnait une allure sévère et, à mon avis, faisait trop ressortir ses traits de visage. 

Malgré la qualité amateur du film, nous avons trouvé que les tentatives de Céline Dion pour engager son public manquaient de naturel et ne suscitaient pas l'enthousiasme que l'on aurait pu attendre de la part de l’audience. 

Bien qu'elle se soit montrée très émouvante par moments, elle est tombée dans le piège de se prendre, elle et son spectacle, un peu trop au sérieux. Quant à la qualité de la prestation, les chansons en anglais étaient dans l'ensemble excellentes — en particulier « All by Myself » —, alors que les titres en français de Jean-Jacques Goldman passaient moins bien, tant sur le plan du contenu que de l'interprétation. 

Ma femme a un peu plus apprécié le spectacle que moi, mais aucun de nous n'aurait été tenté d'assister à l'un de ses concerts suivants, même si nous nous étions trouvés à Paris à ce moment-là et avions pu obtenir des billets. Le 14 septembre, la vidéo n'était plus disponible sur YouTube ... 

lundi, septembre 14, 2026

La question oubliée du 11 septembre

Quand j'ai appris la nouvelle des attentats terroristes du 11 septembre, je prenais mon petit-déjeuner à Vail, dans le Colorado, après ma course à pied matinale. En apprenant ce qui se passait à New York, la première pensée qui m'est venue à l'esprit fut : « Des années d'humiliation et de châtiment infligées à la population palestinienne sont la cause de ces attaques ».

Dans son ensemble, l'Amérique n'a pas perçu cette aspect de l'attaque dévastatrice. Animée par sa conviction d'être dans son bon droit et par un sentiment d'exceptionnalisme profondément ancré, elle s'est indignée : « Comment a-t-on pu nous attaquer de la sorte ? C'est totalement injuste, nous ne méritions absolument pas un tel traitement. » 

Je n'ai entendu nulle part la question : « Pourquoi nous a-t-on infligé ce châtiment atroce ? » Certes, se demander « pourquoi » aurait été logique, mais cette interrogation a été manifestement absente de notre réaction nationale. Du moins, c'est ainsi que je l'ai perçu. 

Il n'y a eu aucune analyse approfondie a posteriori, mais plutôt une immédiate guerre de vingt ans — jugée « bien méritée » — pour venger cette attaque, d'abord contre l'Afghanistan, suivie presque simultanément d'une autre, tout aussi coûteuse en vies humaines et en ressources, contre l'Irak. 

Une tragédie pour tous, mais aussi un rappel puissant : pour tirer les leçons d'une catastrophe, il faut toujours remonter à la cause profonde de celle-ci en posant une question toute simple : « Pourquoi ? »

dimanche, septembre 13, 2026

Une journée gratifiante !

Mon aventure avec l'espagnol a débuté en 2015, mais a été rapidement abandonnée faute d'un engagement suffisant de ma part ; toutefois, le mois de juillet 2024 et la perspective d'un voyage en Andalousie relançait très sérieusement mon effort. L'outil utilisé était Duolingo, un système qui a littéralement relégué aux oubliettes les méthodes Assimil de ma jeunesse que j’utilisais pour apprendre l'anglais, l'allemand et l'italien... 

En juillet dernier, je suis passé de Duolingo à TalkPal, un système d'IA basé sur ChatGPT. Il y a juste quelques jours de cela, j'étais franchement stupéfait de mes progrès en conversation, ce qui confirmait, s'il en était besoin, que j'avais fait le bon choix.

Certes, cette nouvelle méthode est bien plus douce pour un cerveau vieillissant comme le mien, mais elle ne peut pas pour autant réduire le temps d'assimilation et d'apprentissage aussi vite qu'on le souhaiterait. 

C'est comparable à faire pousser des laitues : les raccourcis temporels sont rares ou ont des conséquences ; pour l'apprentissage des langues aussi, les informations doivent se mettre en place et infuser lentement avant de révéler leurs merveilleux résultats. 

Ce processus, qui prend le temps de mûrir pour aboutir à un résultat gratifiant, est précisément ce que j'ai vécu il y a quelques jours. Ce fut une fantastique expérience de gratification différée, qui m'a rendu à la fois fier et heureux ! 

samedi, septembre 12, 2026

Les mésaventures d’Edgar Grospiron

L'actualité récente autour d'Edgar Grospiron concerne principalement la présidence du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 (COJOP) dans les Alpes françaises. Après le retrait de Martin Fourcade début 2025 en raison de désaccords avec les collectivités locales, Edgar Grospiron avait repris la tête du comité d'organisation. 

Ce qu’offrait l’ancien champion olympique de bosses était sa carrière de motivateur et aussi par son implication dans la candidature d'Annecy pour les Jeux olympiques d'hiver de 2018 qui s’était soldée par un échec cuisant et une nette défaite face à la ville sud-coréenne de Pyeongchang. La structure de pilotage avait souffert de retards à l'allumage, de luttes de pouvoir locales et du départ de figures clés, notamment de la démission d'Edgar Grospiron de son poste de directeur général fin 2010. 

Sur ces points, le choix de Grospiron était fortement discutable, comme je l’avais évoqué en mars dernier, car mis à part son expérience professionnelle qui n’apportait rien au programme complexe et logistique que représentait des JO prenant place sur l’ensemble des Alpes françaises, il n’avait pas l’exceptionnelle expérience qui demandait une mission aussi difficile. 

De part sa nature, Grospiron était un individualiste et non pas un individu animé par l’esprit d’équipe si important pour mener à bien sa tâche. Il n’a aussi rien fait pour effacer d'importantes turbulences internes, notamment des frictions persistantes entre l'État, les régions d'accueil (Auvergne-Rhône-Alpes et PACA) et le comité sur les arbitrages budgétaires et la carte définitive des sites d'épreuves. 

De plus, en matière de gestion interne, des départs successifs au sein des équipes ont eu lieu ainsi que des retards opérationnels et la commande d'un audit sur le climat social au sein du COJOP. Entre autres problèmes, les parlementaires ainsi que le CNOSF ont publiquement remis en question la gestion et la transparence du comité, menant à une crise de confiance. 

Face à tout cela et au risque d'impasse à moins de quatre ans des Jeux, le bureau exécutif du COJOP s'est réuni avant-hier pour mettre en place une restructuration majeure de sa gouvernance, poussant l'ancien champion olympique vers la sortie. 

vendredi, septembre 11, 2026

La malédiction du « couche-tard »

Alors que nous marchions à contre-sens d’une circulation plutôt dense entrant en ville vers 7 h 55, je pensais à tous ces gens qui ne sont pas du matin et qui peinent chaque jour à arriver à l'heure au travail, à une heure bien trop matinale. Quel supplice !

Moi qui suis plutôt du matin, je redoutais, en tant que jeune cadre, ces réunions de 16 h 30 qui s'éternisaient dans la soirée alors que mon cerveau n'était plus d'aucune utilité. Par un juste retour des choses, une fois devenu patron, c'est moi qui organisais des réunions tôt le matin, au grand dam de mes collaborateurs couche-tard… Voilà bien un manque total de mémoire et de compassion ! 

Certains (moi y compris) pourraient croire que la répartition entre « gens du matin » et « gens du soir » est 50/50, mais rien n'est plus faux. En réalité, environ 15 % des gens sont du matin, 15 % du soir, et les 70 % restants se situent quelque part entre les deux. Les personnes du matin (souvent surnommées « alouettes » ou « lions ») représentent une personne sur six ou sept. Elles se réveillent facilement et connaissent un pic d'énergie tôt dans la journée.

On trouve la même proportion de gens du soir (les « hiboux » ou « loups »), qui préfèrent veiller tard et atteignent leur pic de productivité la nuit. Viennent ensuite les autres, les profils dits intermédiaires (parfois appelés « ours » ou « troisième type d'oiseau »), qui constituent la majorité — sept personnes sur dix, ou plus de la moitié, selon le modèle de classification utilisé. Ils suivent un rythme intermédiaire plus flexible, calé sur les horaires diurnes classiques. 

Toutefois, ces catégories ne sont pas figées, car les préférences évoluent considérablement avec le temps. Si seulement 7 % environ des jeunes adultes sont des « alouettes » (un chiffre inférieur aux 15 % de la population générale), la grande majorité bascule vers un profil matinal à l'approche de la soixantaine ; la situation est donc mouvante. En fait, il est fascinant de voir à quel point l'âge et le sexe peuvent modifier ces chiffres. 

Si la génétique détermine notre profil de base, notre horloge interne évolue naturellement avec l'âge. On observe un changement biologique marqué vers une activité nocturne aux alentours de 20 ans. Environ 32 % des adolescents sont des couche-tard. En revanche, avec l'âge, l'horloge interne des adultes a tendance à se décaler naturellement vers une heure plus matinale. À 60 ans, plus de 63 % des personnes se considèrent comme des « lève-tôt », tandis que seules 7 % environ restent des « couche-tard ». 

Quant aux différences entre les sexes, des études génétiques de grande envergure révèlent qu'une plus grande proportion de femmes (48,4 %) se définit comme matinale par rapport aux hommes (39,7 %). Notre rythme de sommeil naturel — qu'on appelle chronotype — est largement déterminé par notre biologie et notre horloge interne, plutôt que par un choix conscient. 

Maintenant que vous savez tout ça, vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas tenir compte du chronotype de vos collègues, de vos amis et de vos proches !

jeudi, septembre 10, 2026

Indice de Gini et bonheur (deuxième partie)

Si l'on compare les États-Unis, la France, la Suisse et les pays nordiques, on constate que les pays affichant de faibles inégalités (indice de Gini bas) ont tendance à obtenir de meilleurs résultats sur l'indice du bonheur, bien que la relation ne soit pas parfaitement linéaire. Toutefois, une tendance claire se dessine : les pays nordiques et la Suisse conjuguent faibles inégalités et niveau de bonheur très élevé ; la France se situe dans la moyenne ; quant aux États-Unis, ils affichent un niveau de bonheur élevé malgré des inégalités importantes, grâce à une forte croissance du PIB et aux effets bénéfiques des biens publics.

Vous trouverez ci-dessous une comparaison structurée, pays par pays, fondée sur les meilleures recherches disponibles. 

États-Unis :

  • Inégalités élevées, bonheur stable Les États-Unis présentent des inégalités de revenus exceptionnellement élevées, en augmentation depuis quatre décennies. Pourtant, le niveau moyen de bonheur est resté globalement stable, et les inégalités en matière de bonheur ont même diminué. 
  • Pourquoi ? Les recherches suggèrent que la croissance économique et le développement des biens publics (infrastructures, services) contribuent à compenser les effets négatifs des inégalités. 
  • Interprétation : Les États-Unis constituent l'exemple type où un indice de Gini élevé ne signifie pas automatiquement un faible niveau de bonheur, car la croissance et les biens publics réduisent la dispersion du bonheur, même lorsque les inégalités augmentent. 

France :

  • Inégalités modérées, bonheur modéré Les inégalités sont plus faibles en France qu'aux États-Unis, mais plus élevées que dans les pays nordiques. Des travaux d'économistes français (Clark, Flèche, Senik) montrent que les inégalités de bonheur diminuent lorsque le PIB augmente, même si les inégalités de revenus s'accroissent. La France correspond à ce modèle : bonheur stable, inégalités modérées et services publics solides. 
  • Interprétation : La combinaison, en France, d'une forte couverture sociale et d'inégalités modérées se traduit par des scores de bonheur situés dans la moyenne — meilleurs que ceux des États-Unis en matière d'égalité, mais inférieurs à ceux des pays nordiques en matière de bonheur. 

Suisse :

  • Faibles inégalités, bonheur très élevé La Suisse figure parmi les pays les plus riches (PIB par habitant d'environ 100 000 $). Elle occupe également la 13e place du classement mondial du bonheur (score de 6,94). Son coefficient de Gini est faible, grâce à une forte cohésion sociale, des salaires élevés et une gouvernance décentralisée. 
  • Interprétation : La Suisse est un cas d'école illustrant la combinaison de faibles inégalités et d'un niveau de bonheur élevé, conformément à la tendance mondiale dominante. 

Pays nordiques (Finlande, Danemark, Suède, Islande) : 

  • Très faibles inégalités, niveaux de bonheur les plus élevés au monde La Finlande, le Danemark, l'Islande et la Suède occupent les quatre premières places des classements mondiaux du bonheur (scores compris entre 7,35 et 7,74). Ces pays affichent également certains des coefficients de Gini les plus bas au monde. Leur bonheur repose sur des filets de sécurité sociale solides, une grande confiance envers les institutions, un large accès aux services publics, de faibles inégalités et une mobilité sociale élevée. 
  • Interprétation : Les pays nordiques constituent la preuve la plus manifeste qu'il existe une corrélation entre de faibles inégalités et un niveau de bonheur élevé. 

 Ce que révèle cette comparaison : De faibles inégalités favorisent grandement un niveau de bonheur élevé (pays nordiques, Suisse). Des inégalités modérées engendrent un niveau de bonheur modéré (France). Des inégalités élevées ne réduisent pas nécessairement le bonheur si la croissance et les biens publics viennent compenser la situation (États-Unis). 

Ce n'est pas aussi simple qu'il y paraît, et j'espère ne pas vous avoir trop embrouillés !

mercredi, septembre 09, 2026

Indice de Gini et bonheur (première partie)

Pour ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié, l’indice de Gini (ou coefficient de Gini) est un outil statistique servant à mesurer les inégalités économiques au sein d’une population. Un indice de zéro (0) correspond à une égalité parfaite, où chaque individu ou ménage perçoit exactement le même revenu. Un indice de un (1) représente une inégalité totale, où une seule personne perçoit la totalité des revenus tandis que les autres ne gagnent rien. 

Ce n’est pas une mesure que vous verrez dans votre fil d’actualité ni dont parleront les hommes politiques ! Je me suis demandé s’il existait une corrélation entre ce qui est publié sous le nom d’« indice de bonheur » et cette mesure des inégalités. Il existe manifestement une corrélation entre l’indice de bonheur d’un pays et son indice de Gini. Toutefois, la relation n’est pas linéaire. Les recherches révèlent trois schémas différents selon le pays, la culture et le niveau d’inégalité.

Une vaste étude internationale portant sur 30 pays a montré qu’une forte inégalité est associée à une proportion moindre de gens heureux et à une proportion plus élevée de malheureux. L’ampleur de cet effet est comparable à celle de l’impact du revenu médian sur le bonheur. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit du « sens attendu » : plus d’inégalités signifient moins de bonheur. Cela dit, la relation n’est PAS toujours linéaire. 

D’importantes études ont mis en évidence une courbe en forme de U inversé entre inégalités et bonheur. Quand les inégalités sont faibles, les gens y voient généralement un signe d’opportunités et de mobilité sociale ascendante, et pensent que leur bonheur peut croître. 

En revanche, quand les inégalités deviennent élevées, la jalousie, la frustration et une mobilité réduite prennent le dessus, et le bonheur diminue. Ce schéma a été confirmé par des données longitudinales aux États-Unis et des données comparatives en Europe. 

On peut donc dire qu’un certain niveau d’inégalité peut accroître le bonheur, mais qu’un excès d’inégalités le réduit. Une autre étude montre que le bonheur dépend de la manière dont les individus se comparent à leurs semblables (même sexe, même origine ethnique, etc.). Dans ce contexte, les personnes capables d’effectuer des comparaisons tant ascendantes que descendantes se sentent plus heureuses dans les pays où les inégalités sont fortes, car leur position relative y est plus claire. Lorsque les inégalités sont faibles, les comparaisons sont moins significatives et cet effet disparaît. 

Cela signifie que les inégalités affectent aussi le bonheur par des facteurs psychologiques, et pas justes économiques. Comme on peut s’y attendre, l’effet des inégalités sur le bonheur varie considérablement selon les régions, la culture locale, les systèmes de protection sociale et les attentes en matière de mobilité. 

En somme, il existe bien une corrélation, mais elle est complexe : lorsque les inégalités sont faibles, le bonheur peut augmenter et les inégalités sont perçues comme une source d'opportunités ; à l'inverse, lorsque les inégalités sont fortes, le bonheur diminue car les individus se sentent bloqués, envieux ou pessimistes quant à la mobilité sociale. 

Cela explique pourquoi les pays nordiques (faible indice de Gini, niveau de bonheur élevé) obtiennent de bons résultats, alors que les pays marqués par de très fortes inégalités sont souvent moins bien classés, mais aussi pourquoi certains pays aux inégalités modérées peuvent tout de même afficher un niveau de bonheur élevé. La prochaine fois, nous approfondirons le sujet en examinant quelques pays en particulier...

mardi, septembre 08, 2026

Quand la pluie salit la laitue

En raison des fortes pluies récentes, la laitue de mon potager n'a jamais été aussi sale. Je me suis donc demandé s'il existait des astuces pour la nettoyer correctement, plus rapidement et en utilisant moins d'eau. Voici ce que j'ai découvert en observant les méthodes des producteurs professionnels. 

Oui, il existe des moyens plus rapides, plus efficaces et plus économes en eau pour laver une laitue très sale, surtout après de fortes pluies qui projettent la terre au cœur des feuilles. Je commence par utiliser un seau, ou à défaut un grand saladier ou une essoreuse à salade comme « bac de lavage ». Je remplis le récipient à moitié — pas entièrement — d'eau froide et j'utilise la même eau pour toute la récolte.

Ensuite, je plonge la laitue tête en bas ; comme la terre s'accumule à la base des feuilles, cette position permet aux saletés de tomber immédiatement. J’imprime une délicate rotation dans les deux sens pendant 5 à 10 secondes, sans frotter, car la terre se détache d'elle-même. Enfin, je sors la laitue de l'eau sans jamais verser d’eau dessus. 

C'est là tout le secret : la terre tombe au fond tandis que la laitue flotte ; je récupère donc une laitue propre alors que la terre reste au fond. Cette méthode consomme très peu d'eau et nettoie bien mieux que l'eau courante. Ensuite, l'essoreuse à salade élimine les derniers résidus de terre et l'humidité. Ce n'est que si la laitue est extrêmement boueuse (après un violent orage, par exemple) que je procède à un « lavage en deux étapes » en répétant la première opération dans un récipient rempli d'eau propre. 

Je n’utilise que de l'eau froide : elle permet à la terre de se détacher plus vite, raffermit les feuilles et les rend croquantes. Une astuce supplémentaire consiste à retirer les feuilles extérieures avant le lavage, car ce sont elles qui accumulent le plus de boue. 

Une autre technique de professionnel consiste à laisser tremper la salade pendant 2 minutes avec un trait de vinaigre (je n'ai pas encore essayé cette méthode). Si la terre est collante (argileuse), ajouter une cuillère à soupe de vinaigre blanc pour 4 litres d'eau. Cela aide à décoller les impuretés et tue les microbes, sans laisser de goût après l'essorage. 

Enfin, je veille à ne jamais rincer la salade sous l'eau courante, car cela gaspille l'eau sans pour autant éliminer les résidus. Je ne secoue pas la salade vigoureusement pour éviter d'abîmer les feuilles et je ne la lave jamais dans une passoire, car la terre y reste piégée. Désormais, tout comme moi, vous pouvez déguster une salade bien propre. Bon appétit !

lundi, septembre 07, 2026

Une clôture que les chevreuils détesteront …

Quand nous avons construit notre maison il y a 13 ans, il y avait une petite clôture rustique au sud de notre terrain. Elle était basse — à peine un mètre de haut — et assez charmante. Cependant, elle était en train de pourrir, ayant été installée avant 1980. Au fil des ans, je l'ai réparée régulièrement du mieux que j'ai pu, mais elle avait atteint la fin de sa vie ; j'ai donc décidé d'agir.

Au début, en 2016, j'envisageais simplement de la remplacer à l'identique et je pensais même faire cela moi-même. Il me suffisait alors de 1 000 dollars en bois et en béton, sans compter mon travail. Il y a un mois environ, j'ai finalement décidé de la remplacer, mais j'ai jugé que j'étais trop âgé pour ce genre d'exercice. 

Les devis obtenus s'élevant jusqu'à six fois le montant envisagé dix ans plus tôt, je me suis dit « Pourquoi ne pas installer une clôture complète de 1,80 mètre autour de l'arrière de la maison ? Je n'avais pas bien réalisé que cela coûterait quatre fois plus cher que la petite clôture de 25 mètres ! Cela permettrait, entre autres, de mettre fin à l'invasion constante de notre jardin par de gros animaux. 

De fil en aiguille, j'ai pensé à Trump et à sa clôture à la frontière sud, qui devait — à coup sûr — être payée par le Mexique. J'ai donc trouvé un entrepreneur mexicain qui parlait peu anglais, mais qui m'a offert une excellente occasion de tester mes rudiments d'espagnol sur lui et son équipe. En quelques jours, un bel enclos était érigé ; réalisant que celui-ci tiendrait enfin à l'écart chevreuils, orignaux, chiens et lynx, ma femme et moi nous en sommes félicités. 

Pourtant, tout comme pour le mur de Trump, ce n'est pas notre entrepreneur mexicain qui a payé la clôture ; bien au contraire ! 

dimanche, septembre 06, 2026

Un métier qu'on adore ! (Troisième partie)

En principe, nous n'aimons pas les activités que nous ne maîtrisons pas ou que nous ne comprenons pas bien. Avec du temps, de la maîtrise et de l'autonomie, ce désintérêt peut se transformer en appréciation. Toutefois, cela ne fonctionne pas si cette aversion découle d'une violation de nos valeurs, d'un conflit d'identité ou d'un stress chronique. 

Personne ne peut finir par aimer un travail qui va contre son éthique, qui étouffe sa personnalité, qui l'épuise et le vide de son énergie en permanence, qui l'isole socialement ou encore qui lui semble totalement dénué de sens. Dans ces cas-là, « apprendre à aimer » n’est pas de l'épanouissement, mais de l'autoflagellation.

En réalité, nous ne tombons pas amoureux d'un emploi en tant que tel ; nous nous attachons plutôt à la compétence acquise, aux liens tissés, à l'impact que nous pouvons avoir sur la société, l'environnement ou la santé d'autrui, au confort de la routine, à l'identité unique que ce travail nous apporte et à la personne qu’il nous fait devenir. 

Un métier devient gratifiant quand il sert de vecteur à notre développement personnel, et pas parce qu’il correspond parfaitement à une passion. Lorsque il n’y pas de passion dans l'activité professionnelle, voici les stratégies qui fonctionnent vraiment : Passer de la « passion » au « métier » (ou savoir-faire) : en cherchant à exceller dans un domaine, nous éprouvons de la fierté. 

Donner du sens « autour » du travail plutôt que « dedans » celui-ci ; ce sens peut naître du soutien apporté à sa famille, de la contribution à une équipe, de l'aide aux clients ou aux utilisateurs, de la construction d'une excellente réputation ou de l'apprentissage de la résilience. Ne pas oublier de cultiver sa passion en dehors du travail, grâce à des loisirs, des relations sociales, du bénévolat ou des activités créatives. Le travail devient alors un moyen de réaliser ces aspirations, et non la pièce maîtresse de notre vie. 

Adapter son travail plutôt que de le remplacer : effectuer de petits changements — comme modifier certaines tâches, changer d'équipe ou d'horaires — peut transformer notre expérience. Personnellement, j'ai transformé les corvées (à la maison ou ailleurs) en jeux : j'essaie d'améliorer la qualité de ce que je fais, d'ajuster certaines procédures de manière créative et de mesurer à la fois la qualité et le temps gagné. Tout, même l'activité la plus pénible, devient alors un jeu ! 

Enfin, accepter que la passion ne soit pas l'unique voie vers l'épanouissement. Ce dernier peut naître de la stabilité, de la maîtrise, de la contribution, de l’équilibre, de l’identité ou des relations. Sous cet angle, la passion n’est qu’un ingrédient parmi d’autres. Je ne déplore pas son absence ; j’explore simplement les possibilités de croissance, d’adaptation et de quête de sens dans des circonstances imparfaites, y voyant un défi supplémentaire que personne d’autre ne sera capable de relever mieux que moi. 

Il est possible d’apprendre à aimer ce que l’on n’appréciait pas auparavant, à condition que le travail devienne un vecteur de compétence, d’autonomie et de sens, sans pour autant aller à l’encontre de notre nature profonde. Essayez, et vous finirez par aimer ce que vous détestiez autrefois !

samedi, septembre 05, 2026

Un métier qu'on adore ! (Deuxième partie)

Quand l'emploi idéal — celui qui suscite passion et envie irrésistible de se rendre au travail chaque matin — n'est pas là, voyons comment il est possible d'apprendre à aimer (ou du moins à apprécier) une activité que l'on déteste au départ, à condition toutefois que certaines conditions soient réunies. 

En l'absence de passion innée, peut-on la faire naître grâce au sens, à la maîtrise, à l'autonomie et à l'identité ? D’accord, pas question de se forcer à aimer une activité qui va contre nos valeurs ou nous vide de notre énergie ; ce serait de la folie ! En réalité, la question n'est pas de savoir si les emplois de rêve existent, mais plutôt : si je n'adore pas ce que je fais, puis-je apprendre à l'apprécier davantage et, à terme, finir par l'aimer ? 

Peut-on cultiver l'attachement à son travail ? C'est une question profonde, à laquelle la psychologie apporte une réponse étonnamment claire. D'après mes recherches, les études en motivation montrent que la passion provient de trois ingrédients : 

  • La maîtrise : lorsque nous gagnons en compétence dans un domaine, nous commençons à l'apprécier davantage, car cette compétence nous apporte plein de satisfaction et finit par faire partie intégrante de notre identité. 
  • L'autonomie : si nos supérieurs nous le permettent, le fait d'avoir un certain contrôle sur notre travail rend la tâche plus supportable, voire agréable à mesure qu'elle évolue. 
  • Le sens (ou la finalité) : lorsque nous relions notre travail à quelque chose qui nous dépasse (aider les autres, soutenir sa famille, contribuer à une équipe), il devient émotionnellement gratifiant et nous devenons fiers de notre contribution. 

Ces trois éléments peuvent transformer un travail déplaisant en une activité porteuse de sens ; ils ne peuvent toutefois pas métamorphoser un emploi qui va contre nos valeurs ou porte atteinte à notre identité. Dans la prochaine partie de cette série, nous approfondirons le sujet pour découvrir comment apprendre à aimer une activité que nous pensions, au premier abord, détester.

vendredi, septembre 04, 2026

Un métier qu'on adore ! (Première partie)

Nous aimerions tous exercer un métier que nous aimons, et c’est ce que nous disons à nos enfants, petits-enfants ou à nos proches ; car l’adéquation parfaite entre nos passions et une activité professionnelle qui correspond à nos goûts est, pour la plupart d’entre nous, bien difficile à trouver. C’est précisément cette réalité qui contraint beaucoup d’entre nous à accepter des compromis et, souvent, à renoncer à cette « carrière de rêve » tant espérée.

Une question légitime se pose alors : que faire lorsqu’il n’y a aucune correspondance entre ce que nous aimerions faire et la réalité d’un métier qui semble incapable de nous procurer le moindre plaisir — sans même parler de « passion » ? Plus précisément, peut-on en venir à aimer une activité qu’on a en horreur ? 

C’est sans doute l’un des dilemmes les plus profonds de nos vies : le fossé qui existe entre le travail dont nous rêvons et celui que nous finissons par exercer. Il faut mettre des mots sur un sentiment que beaucoup éprouvent sans jamais l’exprimer : ce chagrin silencieux de réaliser que passion et métier ne se rejoignent pas toujours, et amène cette interrogation fondamentale : l’amour d’un métier peut-il être cultivé s’il n’est pas au rendez-vous ? 

Ne nous leurrons pas : le « métier de rêve » est une rareté absolue. Faire coïncider passion et activité professionnelle est exceptionnel, non pas parce que les gens manquent de passion, mais parce que nos passions ne sont souvent pas monnayables et qu’elles évoluent avec le temps, alors que les emplois sont façonnés par des impératifs économiques plutôt que par des rêves personnels. 

Dans mon cas, bien que je me sois lancé dans ce que l’on pourrait qualifier de « carrière de rêve », dans le secteur du ski, mon boulot n’a jamais été une sinécure ; il fut parsemé de frustrations causées par des propriétaires déraisonnables, des supérieurs incompétents ou tout simplement par un manque de moyens matériels. Enfin, il existe aussi des aspects imprévus d'un emploi de rêve qui peuvent aussi se transformer en expériences douloureuses ...  

Ainsi, le « rêve » se transformait souvent en une série de petit cauchemars récurrents. La plupart des emplois qui s’offrent à nous impliquent répétition, contraintes et compromis ; l’idée qu’il faille « suivre sa passion » est donc réconfortante mais profondément trompeuse — voire utopique. En effet, la plupart d’entre nous finissent par bâtir leur vie autour d’un travail imparfait, sans jamais découvrir cette carrière idéale ou cette adéquation parfaite. 

Demain, nous verrons si nous pouvons arranger tout ça …

jeudi, septembre 03, 2026

Années charnières au féminin (Deuxième partie)

Après avoir passé en revue les années qui définissent la vie d'un homme, il est légitime de se demander si les femmes traversent des processus similaires. La réponse est qu’il existe des différences majeures. Bien que les hommes et les femmes franchissent des étapes chronologiques comparables, les mécanismes biologiques sous-jacents, les rythmes de maturation cognitive et les pressions sociétales engendrent, pour les femmes, des événements distincts et déterminants. 

Un point crucial est que le cerveau féminin arrive à maturité plus tôt, avec une phase d'accélération entre 18 et 25 ans, permettant une transition plus rapide vers la maturité psychologique par rapport aux hommes. En raison de ce développement social et émotionnel accéléré, les jeunes femmes sont davantage sujettes à l'anxiété et aux troubles de l'humeur durant cette période que les jeunes hommes, sous l’intense influence des pressions sociales et des fluctuations des taux d'œstrogène et de progestérone. 

Comme leur cortex préfrontal achève son développement bien plus tôt que les hommes, les jeunes femmes acquièrent des capacités d'évaluation des risques à long terme, de régulation émotionnelle et de traitement des interactions sociales bien avant les hommes de leur âge. En même temps, le corps féminin connaît une transition biologique beaucoup plus abrupte et concentrée à la mi-vie.

Le taux hormonal de base des femmes diminue progressivement de 1 % par an après 30 ans, avant de chuter brutalement lors de la ménopause. Alors que la baisse hormonale masculine est plus lente, elle constitue un bouleversement soudain et systémique chez la femme. Si la trentaine est pour l’homme une période consacrée au maintien de sa santé physique et à la consolidation de sa carrière, la femme, entre 35 et 50 ans, doit concilier des impératifs biologiques stricts liés à sa fertilité et avec l'apogée de sa vie professionnelle. 

Pour les femmes, cette période se transforme souvent en un exercice d'équilibriste aux enjeux élevés, imposé par une horloge biologique inflexible. Une femme souhaitant avoir des enfants doit jongler entre sa carrière, la stabilité de son couple et les contraintes temporelles liées à sa fertilité. Entre 40 et 50 ans, alors que la transition de mi-vie chez l'homme est principalement motivée par une réflexion psychologique (« Qu'ai-je accompli ? »), celle de la femme s'ancre profondément dans une restructuration neuro-hormonale majeure. 

Contrairement au déclin hormonal progressif observé chez les hommes, les femmes subissent une chute brutale du taux d'œstrogène durant la périménopause et la ménopause (qui survient en moyenne vers 51 ans). L'œstrogène n'est pas seulement une hormone reproductive ; il protège le cerveau, les os et le cœur des femmes. Cette carence en œstrogène modifie fondamentalement la manière dont l'organisme féminin stocke les graisses, métabolise l'insuline et régule la température corporelle (entraînant bouffées de chaleur et insomnie). 

Les chercheurs en sciences sociales observent une « courbe du bonheur en forme de U », selon laquelle la satisfaction de vivre atteint son point le plus bas chez de nombreuses femmes aux alentours de 47 ou 48 ans. Ce creux résulte d'une conjonction critique de facteurs : stress professionnel intense, vieillissement des parents, départ des enfants adolescents du foyer et bouleversements hormonaux majeurs. 

Si le cap de la quarantaine est plus éprouvant pour les femmes, les études sur cette courbe en U montrent que leur satisfaction de vie rebondit avec vigueur après 55 ans, s'accompagnant d'un formidable regain de créativité, de confiance en soi et de leadership. Il est indéniable que les femmes connaissent une vie bien plus mouvementée que les hommes !

mercredi, septembre 02, 2026

Les années déterminantes de ma vie (Première partie)

En observant mon propre vécu et à mesure que je vieillis, je me demande parfois quelles sont les années qui marquent le plus un homme pendant son existence. Lorsque je repense à mon parcours, je constate que j'ai vécu mes meilleurs moments — les plus gratifiants et les plus marquants — durant un peu plus d'une décennie, s'étendant jusqu'au milieu de ma vingtaine. 

Cette période fut si intense et mémorable que, plus d'un demi-siècle plus tard, elle s'impose encore immédiatement à l'esprit lorsque je passe ma vie en revue ; je me demande alors pourquoi des événements récents, pourtant autant passionnants qu’heureux, semblent relégués au second plan. Depuis cette période relativement courte, rien ne m'a autant marqué, malgré une vie de famille épanouissante, une belle carrière et, jusqu'à présent, une retraite agréable.

En approfondissant le sujet, voici ce que j'ai découvert. La période allant de la naissance à l'âge de cinq ans façonne notre structure cérébrale fondamentale. Durant ces premières années, notre cerveau d'enfant se développe plus rapidement qu'à tout autre moment de la vie ; chaque expérience vécue alors conditionne la manière dont il gérera le stress, les émotions et les relations à l'âge adulte. C'est à ce stade que l'enfant crée plus d'un million de nouvelles connexions neuronales chaque seconde. 

C'est aussi une période où un environnement sécuritaire et affectif établit les bases de la confiance et de la santé mentale. À l'inverse, des expériences négatives ou des mauvais traitements durant ces années vont affecter le développement physique du cerveau et entraîner des risques à long terme. Viennent ensuite l'adolescence et le début de l'âge adulte (de 12 à 25 ans), qui ont l'impact le plus profond sur l'identité, le comportement et la réussite d'un homme tout au long de sa vie. 

C'est durant cette période que le jeune homme découvre qui il est et trouve sa place dans la société. Le cerveau connaît alors un vaste processus de remodelage, commençant par les centres émotionnels pour s'achever au niveau du cortex préfrontal (la zone gérant la planification et le contrôle des impulsions) vers l'âge de 25 ans. Durant cette phase, les amis et les groupes sociaux exercent une influence considérable sur les valeurs, la prise de risques et la confiance en soi. 

Parallèlement, la recherche de gratification est intense, ce qui fait de cette période un moment charnière pour l'éducation, l'acquisition d'habitudes professionnelles et la prévention des comportements à risque. C'est aussi le moment où la rencontre de mentors et des expériences enrichissantes vont permettre de surmonter ou de guérir les difficultés rencontrées pendant la petite enfance. 

En fait, ces informations m'ont fait comprendre pourquoi ma jeunesse a eu et continue d’avoir une influence aussi déterminante sur moi et pourquoi je reste si attaché à cette douzaine d'années : elles ont défini la personne que je suis devenue et la direction qu'a prise mon évolution, et je n’ai même pas mentionné mes goûts musicaux ! 

Cet attachement émotionnel est si puissant qu'il ancre toute ma personnalité ; il continue d'influer sur ma vie de famille ainsi que sur mes autres réalisations, et demeure au cœur de mon existence, bien que cette période s'éloigne inexorablement du présent. 

Demain, nous verrons si les femmes connaissent le même processus que les hommes ...