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samedi, septembre 12, 2026

Les mésaventures d’Edgar Grospiron

L'actualité récente autour d'Edgar Grospiron concerne principalement la présidence du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 (COJOP) dans les Alpes françaises. Après le retrait de Martin Fourcade début 2025 en raison de désaccords avec les collectivités locales, Edgar Grospiron avait repris la tête du comité d'organisation. 

Ce qu’offrait l’ancien champion olympique de bosses était sa carrière de motivateur et aussi par son implication dans la candidature d'Annecy pour les Jeux olympiques d'hiver de 2018 qui s’était soldée par un échec cuisant et une nette défaite face à la ville sud-coréenne de Pyeongchang. La structure de pilotage avait souffert de retards à l'allumage, de luttes de pouvoir locales et du départ de figures clés, notamment de la démission d'Edgar Grospiron de son poste de directeur général fin 2010. 

Sur ces points, le choix de Grospiron était fortement discutable, comme je l’avais évoqué en mars dernier, car mis à part son expérience professionnelle qui n’apportait rien au programme complexe et logistique que représentait des JO prenant place sur l’ensemble des Alpes françaises, il n’avait pas l’exceptionnelle expérience qui demandait une mission aussi difficile. 

De part sa nature, Grospiron était un individualiste et non pas un individu animé par l’esprit d’équipe si important pour mener à bien sa tâche. Il n’a aussi rien fait pour effacer d'importantes turbulences internes, notamment des frictions persistantes entre l'État, les régions d'accueil (Auvergne-Rhône-Alpes et PACA) et le comité sur les arbitrages budgétaires et la carte définitive des sites d'épreuves. 

De plus, en matière de gestion interne, des départs successifs au sein des équipes ont eu lieu ainsi que des retards opérationnels et la commande d'un audit sur le climat social au sein du COJOP. Entre autres problèmes, les parlementaires ainsi que le CNOSF ont publiquement remis en question la gestion et la transparence du comité, menant à une crise de confiance. 

Face à tout cela et au risque d'impasse à moins de quatre ans des Jeux, le bureau exécutif du COJOP s'est réuni avant-hier pour mettre en place une restructuration majeure de sa gouvernance, poussant l'ancien champion olympique vers la sortie. 

mardi, août 18, 2026

Alterra sous pression ?

Après des années de croissance effrénée et d'optimisme aveugle face au réchauffement climatique, Alterra Mountain Company doit désormais faire face à des vents contraires croissants — tant au niveau de l'entreprise que sur les plans juridique et opérationnel — qui reflètent des défis structurels de longue date dans l'industrie du ski, le tout culminant avec des départs récents de dirigeants et des suppressions de postes.
Basé à Denver, Alterra est un autre conglomérat de stations de ski ayant copié le modèle de Vail Resorts ; elle possède et exploite aujourd'hui près de 20 destinations de montagne (telles que Steamboat, Deer Valley et Mammoth Mountain) et gère l'Ikon Pass, un forfait multi-stations. Il convient de noter que Park City est la seule station de ski où les deux entreprises sont présentes.

À l'inverse, Vail possède et exploite environ 42 stations dans le monde, misant sur un réseau massif et hautement standardisé. Le portefeuille d'Alterra, environ deux fois moins étendu que celui de Vail Resorts, est largement complété par des partenaires externes associés à l'Ikon Pass. De même, Vail optimise l'accès à un vaste réseau et les flux de clientèle régionaux grâce à son Epic Pass, tout en appliquant une expérience client centralisée et standardisée à l'échelle du groupe ; Alterra, pour sa part, tenait à préserver davantage l'autonomie et le caractère unique de ses stations phares, bien que moins efficacement. 

Jared Smith a quitté son poste de PDG après trois ans et demi de mandat, laissant le comité de direction aux commandes de l'entreprise et venant de procéder à des licenciements touchant son personnel à temps plein (au siège de Denver, en télétravail et sur divers sites), une décision motivée par une structure de coûts inadaptée et un ralentissement de la croissance post-pandémie. Par ailleurs, l'entreprise — tout comme ses concurrents Vail Resorts, Boyne et Powdr, — a fait l'objet d'un recours collectif fédéral pour pratiques anticoncurrentielles en août 2026. 

La plainte dénonce une entente globale visant à gonfler le prix des forfaits saisonniers et des cartes journalières par la coordination et le partage de données tarifaires confidentielles via des plateformes de tarification dynamique. Cette action fait suite à une autre plainte fédérale déposée plus tôt en 2026, ciblant des pratiques de vente groupée anticoncurrentielles qui contraignaient les skieurs à opter pour des forfaits multi-stations coûteux (comme l'Ikon Pass) en augmentant artificiellement le prix des cartes journalières achetés aux guichets. 

Trop de dépendance aux « méga-forfaits » a souvent conduit à une fréquentation dépassant la capacité d'accueil physique des stations les plus prisées. Ces tensions ont été exacerbées par des cycles de chutes de neige historiquement médiocres dans l'Ouest au cours des derniers hivers, suscitant des interrogations quant à la rentabilité des vastes projets d'agrandissement du domaine skiable dans des stations phares telles que Deer Valley, ici même à Park City. 

Sans parler de l'éléphant dans la pièce : le réchauffement climatique, qui représente une menace imminente pour le modèle économique d'Alterra et de Vail Resorts. Je soupçonne que leurs dirigeants et leurs actionnaires commencent sérieusement à s'inquiéter de ce problème qui ne cesse de prendre de l'ampleur ...

lundi, août 10, 2026

Mise à jour Portillo

 

Après une fermeture de 25 jours, le tronçon chilien de la route menant à Portillo a été déneigé en ce dimanche 9 août 2026. Les autorités ont mis en place une circulation contrôlée, réservée aux personnes ayant une réservation pour le week-end à l’hôtel de la station de ski de Portillo.

Le col Los Libertadores et la route internationale 60-CH vers Mendoza (Argentine) restent officiellement fermés. Si le côté chilien est dégagé, le côté argentin reste toujours le point critique, les opérations de déneigement étant encore en cours. Aujourd'hui, il semblerait que le passage international pourrait ouvrir dans le courant de la semaine, mais aucune date officielle de réouverture n'a encore été annoncée. 

L'hôtel de la station avait prévu sa saison d'hiver 2026 du 27 juin au 27 septembre, mais avait déjà dû reporter son ouverture partielle au 4 juillet, perdant avec plus de 3 semaines de fermeture supplémentaires une part considérable de son revenu potentiel. Cette situation illustre bien les défis que représente la gestion des stations de ski. 

Samedi, j'ai réalisé la vidéo ci-dessous à partir de l'excellent réseau de webcams que compte Portillo, afin de donner un bon aperçu de la situation sur les pistes. Je vous conseille de regarder cette vidéo sur une tablette ou un écran d'ordinateur, car les skieurs sont de petits points minuscules ! 

mardi, juillet 28, 2026

Prévisions météo pour l'hiver prochain …

Les dernières prévisions du Climate Prediction Center de la NOAA viennent de paraître. Elles couvrent l'essentiel de la saison hivernale à venir, y compris les mois de janvier, février et mars 2027.

Elles indiquent l'émergence d'un schéma El Niño assez caractéristique, avec des conditions plus humides sur une grande partie du sud des États-Unis, un temps plus sec sur certaines zones du nord des Rocheuses et une probabilité accrue de températures supérieures à la normale sur de vastes étendues du pays. Ces cartes ne prédisent ni les quantités exactes de neige ni les tempêtes hivernales spécifiques. 

Elles offrent toutefois une première indication quant aux zones où la trajectoire des perturbations pourrait favoriser des conditions plus humides, plus sèches, plus chaudes ou plus froides durant l'hiver 2026-2027. 

Pour ce qui est de Park City, le constat est clair : une tendance à la hausse des températures et des précipitations proches de la normale. Reste à voir ce que l'avenir nous réserve ; début avril, nous comparerons ces prévisions à la réalité pour voir si elles ressemblent aux projections de NOAA …

lundi, juillet 27, 2026

Les excès ne valent rien !

Portillo, la station de ski chilienne, devait ouvrir ses pistes le 27 juin. Elle n'a pas pu le faire, la neige n'étant pas au rendez-vous. Elle a partiellement ouvert le week-end suivant grâce à la production de neige de culture sur les pistes du secteur « Plateau », mais la route d'accès a dû être fermée le 14 juillet en raison d'une tempête de neige massive qui a débuté le mercredi 15 juillet 2026.

Plus de 5 mètres de neige se sont accumulés sur l'ensemble du domaine depuis l'arrivée de la perturbation. La station de Portillo est restée fermée et isolée en raison de l'énorme quantité de neige et des mesures de sécurité. 

Les prévisions locales non officielles et les communications de la station laissent penser que cette fermeture pourrait durer jusqu'aux premiers jours d'août 2026. La gestion de la Route 60 qui mène à;la station est assurée par l’État et les autorités locales de Guardia Vieja. 

Le déneigement nécessitera un temps considérable pour dégager l'épaisse couche de neige, évacuer les camions de marchandises bloqués et mener à bien d'importants travaux de sécurisation contre les avalanches. 

La direction de Portillo a indiqué que dès que la météo le permettra enfin, elle va d’abord essayer d'évacuer les clients bloqués par hélicoptère avant que la route ne soit entièrement rouverte à la circulation. 

Si certaines stations du centre du Chili, comme Valle Nevado, ont réussi à faire en sorte que les résidents, le personnel et les clients munis de véhicules 4x4 puissent passer, l'accès à Portillo reste strictement impraticable. 

Méfiez-vous de ce que vous pouvez souhaiter !

vendredi, juillet 17, 2026

Roland Collombin, 1951-2026

 

Roland Collombin était un skieur alpin suisse hors du commun, double vainqueur du classement général de la descente et médaillé d'argent aux J.O. de Sapporo en 1972. Il s'est éteint le 10 juillet 2026, à l'âge de 75 ans, après une lutte de deux ans contre le cancer. Téméraire et audacieux, Collombin a dominé la discipline de la descente lors de la saison 1973-1974 avant de se blesser gravement à la colonne, ce qui mit fin prématurément à sa carrière, alors qu'il n'avait que 24 ans. Il a remporté deux Globes de cristal consécutifs en descente, en 1973 et 1974. 

Domptant la Streif, il a gagné à deux reprises la descente du Hahnenkamm à Kitzbühel — une course réputée extrêmement dangereuse — en 1973 et 1974, établissant un record de piste lors de sa seconde victoire. Le style de course de Collombin, fondé sur la prise de risque maximale, a conduit à sa relation tragique avec la piste Oreiller-Killy à Val-d'Isère. 

En décembre 1974, il se blessait gravement à la colonne vertébrale en chutant à l'entraînement, ce qui l’empêchait de skier pour le reste de la saison. En décembre 1975, en effectuant son retour en compétition, il chutait au même endroit précis, se fracturant deux vertèbres et se retrouvant temporairement paralysé. Ce saut allait être surnommé « la bosse à Collombin ». 

Par un curieux hasard, j'étais moniteur de ski et travaillait comme bénévole le 12 janvier 1974 sur la piste de descente Jean-Vuarnet à Avoriaz, et le décès de Collombin a fait remonter des souvenirs marquants. La veille de la course, je m'étais retrouvé au bar-discothèque « Chez Caroline » à Morzine avec mon ami Jean-Pierre Chatellard, entraîneur de l'équipe de France, et Scott Henderson, entraîneur des descendeurs canadiens qui allaient bientôt devenir les « Crazy Canucks ». 

À cette époque, bien que j’adorais faire le métier de moniteur de ski, je cherchais désespérément un emploi à l'année ; je n'avais aucune envie particulière d'ouvrir une boutique de souvenirs ou un restaurant aux Lindarets pour y passer le reste de ma vie. 

À nous trois, nous avons englouti une bouteille de whisky tout en discutant et en évoquant nos souvenirs, Chatellard — que je n'avais pas revu depuis 1972 en Australie — m'avait alors donné quelques bons tuyaux pour travailler dans l'industrie du ski. Je les ai suivis à la lettre, ce qui m'a permis de mettre le pied dans ce milieu. 

Le lendemain, alors qu’il fallait lisser à ski une piste toute gratonnée et gelée pendant la nuit, je subissais les effets de la pire gueule de bois de ma vie, mais j'ai tenu le coup... et Roland Collombin a remporté la course ! 

mardi, juillet 14, 2026

Les Saoudiens pourraient-ils sauver le secteur ski ?

Face au réchauffement climatique, l'industrie du ski devrait logiquement se tourner vers l'Arabie saoudite, compte tenu de son projet de station de ski, pour le moins audacieux. Vous avez bien lu : l'Arabie saoudite prévoyait de construire une station de ski extérieure ambitieuse, ouverte toute l'année, nommée Trojena, dans la région désertique et montagneuse du nord-ouest du pays. 

Cependant, suite à l'explosion des coûts et à l'évolution des priorités au sein du vaste projet NEOM, les autorités saoudiennes ont suspendu les principaux contrats de construction, retardant le projet sine die. Pour ceux qui, comme moi, l'ignoraient, NEOM signifie « New Future » ​​(Nouveau Futur). C'est la combinaison de deux mots : NEO, préfixe grec signifiant « nouveau », et M, la première lettre de « Mostaqbal », le mot arabe pour « futur », ou plus probablement Mohammed ben Salmane, le prince héritier d'Arabie saoudite, à l'origine du projet.

Un inconvénient majeur de cet emplacement est sa faible latitude (28,10°). Le complexe touristique prévu se situe à environ 50 kilomètres à l'est du golfe d'Aqaba, dans la chaîne de montagnes Sarawat, province de Tabuk, culminant à 2 600 mètres d'altitude, ce qui est pour le moins optimiste ! 

À titre de comparaison : 

  • Mont Afriski, Lesotho, latitude 28,8° S, altitude 3 050 mètres. 
  • Oukaïmeden, Maroc, latitude 31,2° N, altitude entre 2 600 et 3 200 mètres. 
  • Portillo, Chili, latitude 32° S, altitude 2 880 mètres.

À Trojena, les températures hivernales descendent parfois en dessous de zéro. La station devait offrir 30 kilomètres de pistes de ski, avec de la neige naturelle (grâce à un vaste système d'enneigement artificiel utilisant de l'eau dessalée) et des pistes synthétiques ouvertes toute l'année. Son architecture comprenait un « village de ski vertical », un immense lac artificiel d'eau douce suspendu par trois grands barrages, des hôtels de luxe et un gratte-ciel de cristal comparable à la tour Eiffel. 

Le projet était spécifiquement destiné à accueillir les Jeux asiatiques d'hiver de 2029, une première dans un pays désertique. Malgré plusieurs années de travaux intensifs et l'érection d'imposantes structures métalliques, les promoteurs de NEOM ont résilié des contrats de plusieurs milliards de dollars (dont un projet de barrage colossal et un important contrat d'approvisionnement en acier). 

Le coût du projet aurait atteint 38 milliards de dollars, contraignant le royaume à réorienter ses investissements vers des infrastructures industrielles, d'intelligence artificielle et logistiques essentielles, repoussant ainsi l'achèvement des travaux et l'organisation des Jeux d'hiver au moins jusqu'après 2030. NEOM n'a pas encore annoncé l'abandon du projet. 

J’imagine donc que le projet d’expansion de Deer Valley East à faible, devra attendre afin de pouvoir tirer des enseignements utiles de l’expérience saoudienne …

dimanche, juillet 12, 2026

Quand le « skiman » devient célébrité

Être technicien, préparateur de skis (ou skiman) pour une marque sur le prestigieux circuit de la Coupe du monde était autrefois un métier relativement modeste, du moins il y a cinquante ans, à l'époque où je dirigeais le service de course des fixations Look. Ce n'est plus le cas aujourd'hui ; ce poste a acquis un statut prestigieux. 

C'est du moins l'impression que j'ai eue en apprenant que Niklas Skaardal — fils de l’ancienne skieuse autrichienne Karin Köllerer et du grand skieur norvégien Atle Skaardal — avait été officiellement nommé, fin avril 2026, nouveau skiman d'Atomic pour Mikaela Shiffrin.

Cet ancien skieur de l'équipe nationale autrichienne, âgé de 24 ans, a officiellement pris ses fonctions le 4 mai, avant de participer en personne à de premiers entraînements avec la superstar à Copper Mountain au Colorado. Skaardal, était en train de retaper une ferme dans la région du Tennengau lorsqu'il a reçu l'appel qui allait changer l'orientation de son parcours professionel

Il travaillait depuis peu pour la Fédération autrichienne de ski, où il encadrait Jakob Greber et Moritz Zudrell, tous deux du Vorarlberg, et a donc rejoint l'équipe technique d'Atomic pour s'occuper maintenant de la préparation et de l'entretien du matos de Mikaela Shiffrin, la skieuse alpine la plus titrée de l'histoire du ski.  

« C'est un honneur pour moi », a déclaré Skaardal à propos de son nouveau rôle qui désormais le rapproche du statut de célébrité. La raison même de ce blog est le coté très bizarre du choix de carrière fait par Skaardal, car dans mon (vieux) monde à moi, n’importe quel skiman aurait aspiré ou plutôt fait des pieds et des mains pour devenir entraîneur, mais n'aurait jamais fait le cheminement inverse!

Maintenant que ce métier, autrefois peu considéré, a gagné une telle visibilité, peut-être choisirai-je, dans une prochaine vie, de devenir le skiman d'une célèbre championne de ski... qui sait ?

 

mercredi, juillet 08, 2026

La saga Spyder de Dave Jacobs (Deuxième partie) 

Au départ, Jacobs a commencé à concevoir des pulls de ski de course pour ses fils, convaincu que l'équipement alors disponible pour les jeunes skieurs laissait à désirer : il n'était ni assez rapide, ni suffisamment protecteur, et n'avait pas été pensé pour la course à ski. 

Plutôt que d'attendre que l'industrie se mette à ce niveau, il décida de créer lui-même un meilleur produit. Il  débuta son activité de vente par correspondance depuis sa maison à Boulder, proposant un pull de course conçu avec ce dont avaient besoin les jeunes coureurs. L'entreprise n'allait pas rester petite bien longtemps. 

Le tournant s'est produit quand Jacobs a dessiné un pantalon de ski bleu marine doté de protections jaunes côtelées. Les jeunes skieurs trouvaient que ces protections ressemblaient à des pattes d'araignée ; Jacobs, toujours à l'affût des bonnes idées, avait sauté sur l'idée. En 1978, il baptisait sa société « Spyder », en référence à la Ferrari Spyder, l'une de ses voitures préférées. 

Ce qui avait commencé comme une solution artisanale pour de jeunes skieurs en compétition a rapidement grandi en une entreprise mondiale de vêtements de ski. Jacobs a orienté Spyder vers de multiples perfectionnements en matière d'aérodynamisme et de science des matériaux, traquant les mêmes gains marginaux qui comptaient pour lui lorsqu'il était compétiteur : des fractions de seconde, des degrés de chaleur, des grammes de poids en moins.,  

Cette stratégie a payé et Spyder est devenu fournisseur officiel des équipes de ski des États-Unis et du Canada, équipant des athlètes au plus haut niveau, y compris lors des Jeux olympiques d'hiver. Collègues et concurrents ont longtemps classé Jacobs parmi ce cercle restreint de pionniers de la branche du ski qui ont bâti leur entreprise à l'image de leur façon de courir en identifiant un problème sur la piste et en refusant de s'en accommoder. 

Son parcours, de la petite entreprise de vente par correspondance née sur sa table de cuisine jusqu'aux podiums olympiques, est devenu légendaire au sein de la communauté du ski. Malheureusement, après être passée entre les mains de divers fonds d'investissement et d'investisseurs incompétents, la marque a fini par disparaître ; c'est bien regrettable. 

En nous quittant, Jacobs laisse sa famille et  ses fils dont les débuts en compétition l'avaient inspiré de prendre aiguille et fil pour améliorer leur expérience. Sa légacie s'étend toutefois encore plus loin en touchant d'innombrables skieurs à travers le monde qui ont couru — en restant mieux protégés du froid, plus en sécurité et plus rapides — grâce à de l'équipement conçu selon les principes qu'il avait esquissés il y a des décennies. 

David Jacobs est un véritable visionnaire de l'industrie du ski ; il laissera un vide énorme. 

mardi, juillet 07, 2026

Dave Jacobs, 1933-2026 (Première partie)

 

L'ancien skieur alpin et entraîneur qui a fondé les vêtements de ski Spyder, vient de décéder au début du mois. Il avait 92 ans. La vie de Jacobs a été intimement liée au ski de compétition sous presque tous ses aspects, du portillon de départ jusqu'aux ateliers de fabrication. Il a débuté comme coureur en 1957 en remportant le championnat national de descente au Canada, exploit qui l'a propulsé parmi les meilleurs skieurs du pays à cette époque. 

Né à Montréal, Jacobs a commencé a skier à 13 ans. À 21 ans, il remportait le Kandahar du Québec et devenait membre de l'équipe nationale canadienne de 1957 à 1961. 

Il est ensuite passé de la compétition à l'entraînement, occupant le poste de chef entraîneur-chef à plein temps des skieurs canadiens de 1964 à 1966. À ce titre, Jacobs a travaillé en étroite collaboration avec une nouvelle génération d'athlètes canadiens, mettant à profit la technique acquise quand il courait. 

En 1965, Bob Lange avait contacté Jacobs pour savoir si l'équipe canadienne était prête à tester ses chaussures de ski. Après les avoir essayées, Dave Jacobs avait dit qu’elles étaient de « très mauvaises chaussures » et s’était rendu à l'usine de Dubuque (Iowa) pour suggérer plusieurs améliorations techniques. 

En juin 1966, trois paires de chaussures améliorées, étaient mises à la disposition de l'équipe canadienne lors d'un stage d'entraînement au mont Hood ; Gerry Rinaldi, Rod Hebron et Nancy Greene les avaient essayées et les avaient adorées. À Portillo, Jacobs réparait et modifiait sur place les Langes des skieurs tout en envoyant des rapports détaillés à l'usine. Ainsi, la chaussure évolua, gagnant en hauteur et en rigidité. 

C'est alors qu'elle se mit à séduire les skieurs de plus haut niveaux. Nancy Greene commença à remporter des victoires sur le tout nouveau circuit de la Coupe du monde avec ses Lange. C'est cette même année, en 1967, que fut fondée la société Lange-Jacobs Inc. qui ouvrit une petite usine à Saint-Jérôme, près de Montréal, pour y assembler les chaussures de ski. 

C'est aussi à cette époque que j'ai entendu parler de Jacobs pour la première fois. Après la fusion de son unité canadienne avec Lange USA en 1969, David s'installa à Boulder dans le Colorado. Il allait siéger au conseil d'administration et devenir vice-président de la société de 1969 à 1972. Durant cette période, il conçut la première chaussure de ski de compétition Lange, qui devint une référence en Coupe du monde et le modèle précurseur des chaussures de course Lange utilisées aujourd'hui. 

Toutefois, la contribution la plus marquante de Jacobs survint après la fin de sa carrière d'entraîneur et son activité chez Lange. C'est en effet en 1978, dans sa cuisine, à Boulder, qu'il lança ce qui allait devenir une entreprise de vêtements de sport de renommée mondiale. 

Restez avec nous pour découvrir la suite de l'histoire ...

samedi, juin 27, 2026

Gérard Brémond, 1937-2026

Né à Boulogne-Billancourt le 22 septembre 1937, Gérard Brémond rencontre le champion olympique de 1960, Jean Vuarnet, au début des années soixante. Ensemble, ils développent la station de ski d'Avoriaz, près de Montriond, mon village d’origine. 

Ce nouveau domaine skiable n'a pas été facile à concevoir et à aménager, compte tenu de son environnement et de son terrain extrêmement accidentés. Avoriaz est en effet né de la parfaite harmonie entre un concept de station sans voitures, à l'instar de Zermatt (une idée de Vuarnet), et l'intégration harmonieuse de l'architecture aux falaises et au paysage naturel (la vision de Brémond). 

Ce dernier refusa de choisir la solution de facilité qu’avaient suivit les stations comme Les Arcs, La Plagne, Flaine ou Le Corbier avec des projets de développement sans imagination et, il faut bien le dire, d'une laideur reflétant un coût bien moindre. 

Brémond s'est donc entouré d'une équipe d'architectes créatifs, menée par Jacques Labro, Jean-Jacques Orzoni et Jean-Marc Roques, ce qui a conféré au projet son caractère architectural unique. Compte tenu de sa complexité quand elle fut inaugurée en 1967, la station avait probablement engendré des coûts bien supérieurs aux prévisions. 

Au fil de son expansion, le site a évolué vers des bâtiments plus simples et plus faciles à construire. En 1973, Brémond lançait lr concept de résidence touristique « Pierre et Vacances » puis continuait une expansion remarquable à peine freinée par Covid en 2020. 

Je n’ai jamais eu de contact personnels avec Gérard Brémond, mais son rôle primordial dans la création d’Avoriaz a positivement influencé ma jeunesse et a largement contribué à bien lancer ma carrière professionnelle. Il est également vrai qu’il laissé dans son sillage des projets de construction intégrés à l'environnement, proches de la nature, et innovants en matière d'hébergement touristique.

lundi, juin 22, 2026

Jacques Martin, 1944-2026

Jacques Martin est décédé le 15 juin, il avait 81 ans. C’était l'un des trois associés de Sidas, une entreprise fondée en 1975 par trois moniteurs de ski français, dont lui-même, Loïc David et Gaby Pellicot, et basée près de Grenoble. 

Visionnaire, Loïc David, qui travaillait pour Le Trappeur, avait eu l'idée en apercevant une empreinte de pas sur une plage hawaïenne, de fabriquer des semelles moulées de manière similaire pour améliorer le confort des chaussures de ski. 

Faute d'outils spécialisés, il fabriqua son tout premier prototype dans un plat à gratin dauphinois. Cette ingéniosité initiale donna naissance à Sidas, puis à la marque Conformable, devenue synonyme de semelles orthopédiques sur mesure. L'entreprise s'étendit ensuite au secteur médical et aux chaussures de sport. 

En 2003, lors du départ à la retraite des fondateurs, elle fut vendue à un nouveau groupe de direction qui la dirige encore aujourd'hui. Avant ce changement, Jacques Martin s'occupait de l'administration et des finances, tandis que Loïc David était responsable du marketing et Gaby Pellicot gérait les aspects techniques et la production. 

Au milieu des années 90, alors que je distribuais Koflach aux États-Unis, j'avais sérieusement envisagé de devenir distributeur de Sidas en Amérique et j’avais été en contact étroit avec Jacques et Loïc pendant un certain temps. Finalement, j'avais renoncé, estimant que le potentiel commercial était trop limité par rapport à l’énorme travail requis.

mercredi, juin 17, 2026

Dernier névé à Park City

Chaque année, c'est la même chose. Le 16 juin a une signification particulière pour moi. Ce jour-là, en 1985, alors que je cherchais une maison, j'avais loué une grosse caméra pour filmer celle que nous avons finalement achetée à Park City, afin que ma femme puisse la voir et approuver ma sélection. 

Il y avait une fenêtre en œil de bœuf, et à travers celle-ci, j'avais filmé Jupiter Peak avec son tout petit névé juste en dessous du sommet, de la même taille que sur la photo ci-dessous ! 

Le plus étonnant, c'est que cet hiver a été le pire que l’Utah n’ai jamais eu en matière d'enneigement, et pourtant, après l'excellente saison de neige que fut 1984-85, il reste autant de neige cette année, sans parler de la quantité encore plus importante autour de la combe principale et du couloir de Portuguese Gap, grâce à des mois d'avril, mai et juin très frais. 

Étonnant, n'est-ce pas ?


 

mardi, juin 16, 2026

Fréquentation décevante !

Les chiffres de fréquentation des stations de ski de l'Utah viennent enfin d’être publiés pour la saison d'hiver 2025-2026. Avec seulement 4,8 millions de visiteurs (un chiffre arrondi vers le haut, semble-t-il, pour arranger les choses), cela représente une baisse de 26,2 % pour nos 15 stations par rapport à la saison précédente. 

Un déclin significatif, même supérieur à celui du Colorado, qui n’a chuté que de 24 %. C'est également bien loin du record de 7,1 millions de journées-skieur enregistrées lors de la saison 2022-2023, marquée par des chutes de neige exceptionnelles. 

Un porte-parole de Ski Utah a déclaré : « … Le principal enseignement de cette année est qu'il s'agit d'une anomalie, et que l'industrie du ski en Utah est véritablement à la merci des caprices de la météo.» 

 J'aimerais pouvoir dire que ce n'est pas qu'une « anomalie », mais plutôt qu'il s'agit du début d'une tendance, démontrant que le réchauffement climatique est là pour durer, qu'il va falloir compter sur lui et qu'il ne disparaîtra pas de sitôt. 

Historiquement, l'Utah a connu son plus faible enneigement jamais enregistré, ce qui reflète la quantité d'eau contenue dans les chutes de neige reçues, mais de nombreuses stations ont également eu du mal à rester ouvertes en raison des températures record enregistrées pendant la majeure partie de l'hiver. De longues périodes douces entre les chutes de neige et des précipitations plus chaudes ont généré davantage de pluie que d’habitude à haute altitude, tout en rendant difficile la production de neige artificielle. 

Cette saison désastreuse est liée aussi à la politique. Les politiciens à courte vue sont désespérément incapables de répondre à long terme, comme le réchauffement climatique, et n'hésitent pas à sacrifier les solutions durables pour des gains à court terme. Non seulement aux États-Unis, où Trump et ses alliés républicains tournent carrément le dos à l'environnement, mais aussi en Europe, où les sacrifices nécessaires à une stratégie efficace de protection du climat semblent trop onéreuses dans leur vision à court terme.

samedi, juin 06, 2026

FIS Johan Eliash sur la sellette ?

C’est en 1996 que j’ai rencontré M. Eliash en personne, pour la seule fois. Le milliardaire autoproclamé venait d’acquérir Head Skis en 1995 et allait en être le PDG pendant plus de 25 ans, jusqu’en 2021. Il a quitté son poste de PDG après son élection à la présidence de la Fédération Internationale de Ski (FIS) en juin 2021. Depuis, il a conservé son rôle de président du conseil d’administration de Head, et sa famille reste l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. 

J’avais pris l’avion pour New York afin de passer un entretien pour le poste de président de sa filiale américaine. Je pensais avoir fait une excellente présentation, mais Eliash m’a préféré Carl Helmetag de Dynastar, me jugeant trop agressif pour son propre style, et m’évitant ainsi un déménagement dans le Maryland. Helmetag, résident du Vermont, un peu coincé, n’est resté que trois ans à son poste, probablement parce que son grand patron était un tyran. 

Aujourd'hui, Johan Eliasch brigue un nouveau mandat à la présidence de la FIS, mais sa campagne de réélection a provoqué de profondes divisions. Il fait face à une forte opposition de la part des principales nations de ski, notamment concernant sa gestion financière et son pouvoir centralisé sans citer sa nomination atypique par la Géorgie. Eliasch souhaite prolonger son mandat à la tête de la FIS, mais sa campagne est enlisée dans des luttes politiques et des réticences internes. 

Comme ni la Suède ni la Grande-Bretagne, ses pays d'origine, ne le soutiennent, Eliasch a acquis la nationalité géorgienne et a été désigné par la Fédération géorgienne de ski. Les influentes fédérations nationales de ski – dont la Norvège, les États-Unis, l'Autriche, l'Allemagne, l'Espagne, la Suisse et le Canada – ont adressé une lettre commune s'opposant fermement à son maintien à la tête de la FIS. Du fait du poste de secrétaire général occupé par Vion à la FIS à Berne, les fédérations françaises sont restées silencieuses. 

Les critiques et les fédérations d'opposition pointent du doigt deux principaux points de tension. D’abord, ces fédérations affirment que les réserves financières et la stabilité de l’organisation se sont considérablement détériorées depuis l'entrée en fonction d'Eliasch en 2021. 

Ce dernier a imposé une centralisation agressive des droits médiatiques et marketing, allant à l'encontre des souhaits des fédérations européennes traditionnelles qui veulent conserver leur autonomie et leurs revenus, ce qui lui vaut d'être accusé de diriger la FIS de manière autocratique. Eliasch fait face à quatre autres candidats pour la présidence. L'élection et le contrôle de l'instance dirigeante de la FIS se joueront dans cinq jours lors de son prochain congrès à Belgrade, en Serbie. 

Qui trop embrasse souvent mal étreint !

jeudi, juin 04, 2026

Michel Rudigoz, 1944-2026

L’entraîneur de ski et restaurateur Michel Rudigoz s'est éteint le vendredi 29 mai, des suites de la maladie d'Alzheimer, à son domicile de Ketchum, en Idaho. Il avait 81 ans. Né près de Lyon le 29 juillet 1944, Michel est devenu l'un des entraîneurs de ski alpin américains les plus titrés de l'histoire olympique, dirigeant les équipes nationales masculine et féminine entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. 

En 1982, il a mené l'équipe féminine américaine à la victoire en Coupe des Nations de la Coupe du monde de ski alpin FIS, une compétition s'étalant sur toute la saison et où les points sont comptabilisés par nation. Aux Jeux olympiques d'hiver de 1984 à Sarajevo, en Yougoslavie, il a guidé les skieuses Debbie Armstrong et Christin Cooper vers les médailles d'or et d'argent, respectivement, en slalom géant et slalom. 

Il a débuté sa carrière d'entraîneur de ski à Tignes et m’avait précédé à Mt. Buller, en Australie en 1967 et 1968. Cela dit, je n’ai jamais eu beaucoup de contact avec lui depuis que je vis aux Etats-Unis. C’est en 1972, que Lane Monroe, entraîneur de ski à Sun Valley, rencontra Rudigoz dans les Alpes et lui proposa de venir entraîner aux États-Unis. 

Rudigoz s'installa à Sun Valley et s’occupa de l'équipe masculine américaine de ski alpin en 1978, dirigeant des skieurs comme Phil Mahre, Steve Mahre et Andy Mill. Il prit ensuite les rênes de l'équipe féminine, se forgeant une réputation de maître motivateur qui, tout en reconnaissant le talent de ses skieuses et en les encourageant à skier toujours plus vite. 

Au milieu des années 1980, Rudigoz reprit « La Provence » à Ketchum, que tenait nos amis les Dussers, avant d’ouvrir un autre restaurant français « Chez Michel » au centre ville, et continua à entraîner le ski club de Sun Valley pendant quelques années.

jeudi, mai 21, 2026

L’évolution de l’image d’Avoriaz (Deuxième partie)

L’expérience des rennes utilisés comme mascottes d’Avoriaz fut de courte durée quand on réalisa qu’ils ne parvenaient pas à trouver sur place une nourriture et un climat adaptés. Pire encore, quelques-uns s’enfuirent et durent être récupérés en Suisse voisine. Parallèlement, à mesure que la station gagnait en popularité, il fallut opérer une transition vers des traîneaux tirés par des chevaux, acheminés depuis la vallée avec leurs cochers-propriétaires. 

Cela explique pourquoi le logo représentant un renne fut abandonné, même si l’on aurait pu opter pour des silhouettes stylisées de skieurs, de snowboardeurs, d’alpinistes, de vététistes, etc., à la manière des pictogrammes olympiques. De plus, l’école de ski locale finit par céder aux pressions du syndicat national des moniteurs de ski français et adopta leur uniforme national. 

La ville de Morzine imposa également la fusion de son nom avec celui d’Avoriaz, entraînant la création d’un nouveau logo et l’abandon de toute l’identité visuelle propre à Avoriaz. Le « Festival du Film Fantastique » (festival de cinéma de science-fiction) ne fut lui aussi qu’une tentative fragile d’attirer les célébrités françaises vers la station ; il perdit sa raison d’être à mesure que l’offre d’hébergement se développait, mais sans offrir la qualité ni les équipements que recherchaient les skieurs aisés. 

La station devint alors le produit idéal pour les voyagistes, sacrifiant par là même la clientèle plus huppée visée à l’origine et accélérant la stagnation de la qualité de ses hébergements, qui ne répondait bientôt plus aux attentes d’une clientèle plus fortunée. Par ailleurs, l’identité d’Avoriaz se trouva diluée au sein du vaste domaine interconnecté des « Portes du Soleil », ce qui contribua également à brouiller son image singulière. 

L’« invasion britannique » — stimulée par l’installation d’un hub EasyJet à Genève sur les cendres de Swissair — n’arrangea rien à l’affaire, attirant sur les pistes des hordes de jeunes semant la zizanie. 

Avec un peu plus de soin et une meilleure stratégie, Avoriaz aurait pu demeurer une station de ski de prestige, à l’instar de Courchevel ou de Saint-Moritz en Suisse ; mais l’attrait du gain rapide et facile est sans doute ce qui a convaincu le promoteur Gérard Brémond de changer de cap pour s’orienter vers le tourisme de masse (notamment via le Club Med) et de modifier ses plans initiaux. 

La suite, comme on dit, appartient désormais à l’histoire ...

mercredi, mai 20, 2026

L'évolution de l'image d'Avoriaz (Première partie)

Dès sa création en 1963, la station de ski d'Avoriaz s’était dotée d'une très forte et unique image, qui la plaçait véritablement en avance sur son temps d'un point de vue marketing. Cette identité fut par la suite abandonnée — un peu par paresse, manque de réflexion et mauvaises décisions ; mais ce n’est que mon opinion. 

Ce qui demeure incontestable, c'est que l'image de marque originelle d'Avoriaz s'ancrait dans son architecture avant-gardiste, son caractère entièrement piétonnier, la promotion d'un concept de « repère de skieurs » symbolisé par son emplacement au sommet d'une falaise située plein sud, face au massif des Hauts-Forts, et par son architecture mimétique. 

Son logo était destiné à évoquer tout cela, avec cette calèche tirée par des rennes, élément autant exotique qu’un peu gratuit. Il est communément admis que le premier logo, représentant ce renne stylisé, fut conçu au milieu des années 1960 sous la direction de Gérard Brémond, le promoteur d'Avoriaz. 

Contrairement aux stations traditionnelles qui confiaient leur communication à des agences externes, l'identité graphique initiale d'Avoriaz fut créée directement au sein du Studio d'Architecture d'Avoriaz (dirigé par Jacques Labro, Jean-Jacques Orzoni et Jean-Marc Roques). 

Le choix du renne relevait en partie du hasard et découlait directement du concept d'une station totalement piétonne. En 1966, afin d'assurer les déplacements sur les pistes interdites aux voitures, Gérard Brémond fit venir de véritables rennes de Laponie pour tirer les quelques traîneaux disponibles ; c'est ainsi que l'animal devint instantanément le symbole graphique de la station. 

Le design original jouait sur l'ambiguïté visuelle : les lignes épurées et géométriques des bois du renne étaient tracées de manière asymétrique, faisant directement écho aux lignes brisées et à la silhouette des premiers bâtiments de la station (notamment l'Hôtel des Dromonts). Quelques années plus tard, pour la création d'affiches publicitaires et autres déclinaisons graphiques, des graphistes allaient maintenir cette identité visuelle unique et avant-gardiste. 

Le traitement de l'image de marque reflétait la modernité d'Avoriaz comme nulle autre station de ski à l'époque. Le personnel lui-même portait des uniformes aux couleurs noir et orange ! 

Un employé clé d'Avoriaz — le regretté François Fallin — s'est révélé être l’artiste essentiel qui a peint inlassablement, à la main, la majeure partie de la signalétique de la station de ski : des lettres blanches sur fond noir, bordées d'un liseré jaune et orange aux angles arrondis, assurant ainsi, durant de nombreuses années, une identité visuelle cohérente et unique… 

Demain, nous verrons pourquoi l'image de marque d'Avoriaz s'est dégradée et ce qu'il aurait fallu faire à la place …


samedi, avril 25, 2026

Chiffre d’affaire en baisse à Vail Resorts

Selon Vail Resorts ce conglomérat regroupant 42 stations de ski, cotée en bourse, le nombre de journées-skieur, les recettes des remontées mécaniques et d'autres indicateurs clés cumulés depuis le début de la saison nord-américaine, jusqu'au 19 avril 2026, ont enregistré une grosse baisse par rapport à la même période l'an passé (en date du 20 avril 2025). 

Cette contre-performance s'explique par « l'un des hivers les plus difficiles de l'histoire dans l'ouest des États-Unis », a déclaré Rob Katz, PDG de Vail Resorts, qui a également souligné des ventes de forfaits en baisse pour 2026-27. À l'échelle de l'Amérique du Nord, le nombre cumulé de journées-skieur a chuté de 14,9 %, tandis que le chiffre d'affaires total des remontées mécaniques a reculé de 5,6 %. La douceur des températures et le manque d'enneigement ont également pesé sur les autres sources de revenus. 

Les recettes des écoles de ski ont baissé de 12 %, celles de la restauration de 11,7 %, et celles de la vente au détail et de la location de matériel de 6,6 % par rapport à la même période l'an passé. C'est dans les Rocheuses que la fréquentation a subi l'impact le plus sévère, enregistrant une baisse de 25 % tant de la part des hivernants que de la clientèle locale. Ces chiffres vont dans le sens de mes propres observations à Park City, sur pistes comme en dehors. 

Le rapport du troisième trimestre (juin 2026) devrait confirmer ces données et préciser les résultats des ventes de forfaits pour la saison 2026-27 ...

vendredi, avril 24, 2026

Le monde compte 399 million de journées-skieur !

Le nombre de journées-skieur à l'échelle mondiale a atteint un record de 399 millions au cours de la saison 2024-2025, dépassant le précédent sommet de 392 millions établi en 2018-2019, selon la 18e édition du *Rapport international sur le tourisme de neige et de montagne*, compilé par Laurent Vanat. Ce rapport couvre 68 pays et recense quelque 5 800 « domaines skiables extérieurs équipés et enneigés », dont 2 000 sont considérés stations de ski à part entière. 

Le cap des 399 millions représente une augmentation de 7,8 % des visites en glissement annuel et marque le total de fréquentation le plus élevé du XXIe siècle. Le rapport indique qu'après une chute de près de 50 % du nombre de journées-skieur à l'échelle mondiale lors de la saison « Covid 19 » en 2020-2021, le secteur a retrouvé son élan ; la plupart des marchés atteignent désormais, voire dépassent, leurs moyennes d'avant la pandémie. 

La fréquentation a progressé dans toutes les grandes régions, de 2023-2024 à 2024-2025, de nombreux pays — dont les États-Unis, l'Italie et la Russie — dépassant leurs moyennes précédent la crise sanitaire. Seuls le Japon et l'Allemagne n'auraient pas encore retrouvé leurs niveaux de fréquentation précédent la crise sanitaire. En termes de taille, les très grands domaines skiables (dont le rapport en recense 53) ont généré 22 % du total des visites en 2024-2025, tandis que les grands domaines (687) en ont enregistré 53 %. Les 4 099 petites stations restantes dans le monde ont totalisé 17 % des visites, tandis que les domaines de taille moyenne (961) en ont capté 8 %. 

Le modèle des forfaits saison (tels que les offres Epic ou Ikon) continue de façonner la demande, bien que le rapport suggère qu'il pourrait approcher d'un point d'inflexion aux États-Unis. Parallèlement, à l'échelle mondiale, la hausse des prix des forfaits vendus aux guichets pourrait dépasser celle du revenu par journée-skieur, exerçant ainsi une pression sur le rendement. Fait notable, la saison 2024-2025 a confirmé une tendance croissante du découplage entre fréquentation et enneigement naturel. 

Malgré un enneigement inférieur à la moyenne cette saison, certaines régions d'Europe et d'Amérique du Nord ont vus leur fréquentation se maintenir ou progresser, soutenue par la neige artificielle, l'efficacité des opérations et une forte demande. Sur les quelque 150 millions de skieurs recensés dans le monde, 33 % provenaient d'Asie et du Pacifique, 20 % des Amériques, 20 % d'Europe occidentale, 14 % des pays alpins (Autriche, France, Italie, Liechtenstein, Slovénie et Suisse), 11 % d'Europe de l'Est et d'Asie centrale, et 2 % du Moyen-Orient et d'Afrique. 

Assez de statistiques sur le ski pour aujourd'hui !