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vendredi, juillet 17, 2026

Roland Collombin, 1951-2026

 

Roland Collombin était un skieur alpin suisse hors du commun, double vainqueur du classement général de la descente et médaillé d'argent aux J.O. de Sapporo en 1972. Il s'est éteint le 10 juillet 2026, à l'âge de 75 ans, après une lutte de deux ans contre le cancer. Téméraire et audacieux, Collombin a dominé la discipline de la descente lors de la saison 1973-1974 avant de se blesser gravement à la colonne, ce qui mit fin prématurément à sa carrière, alors qu'il n'avait que 24 ans. Il a remporté deux Globes de cristal consécutifs en descente, en 1973 et 1974. 

Domptant la Streif, il a gagné à deux reprises la descente du Hahnenkamm à Kitzbühel — une course réputée extrêmement dangereuse — en 1973 et 1974, établissant un record de piste lors de sa seconde victoire. Le style de course de Collombin, fondé sur la prise de risque maximale, a conduit à sa relation tragique avec la piste Oreiller-Killy à Val-d'Isère. 

En décembre 1974, il se blessait gravement à la colonne vertébrale en chutant à l'entraînement, ce qui l’empêchait de skier pour le reste de la saison. En décembre 1975, en effectuant son retour en compétition, il chutait au même endroit précis, se fracturant deux vertèbres et se retrouvant temporairement paralysé. Ce saut allait être surnommé « la bosse à Collombin ». 

Par un curieux hasard, j'étais moniteur de ski et travaillait comme bénévole le 12 janvier 1974 sur la piste de descente Jean-Vuarnet à Avoriaz, et le décès de Collombin a fait remonter des souvenirs marquants. La veille de la course, je m'étais retrouvé au bar-discothèque « Chez Caroline » à Morzine avec mon ami Jean-Pierre Chatellard, entraîneur de l'équipe de France, et Scott Henderson, entraîneur des descendeurs canadiens qui allaient bientôt devenir les « Crazy Canucks ». 

À cette époque, bien que j’adorais faire le métier de moniteur de ski, je cherchais désespérément un emploi à l'année ; je n'avais aucune envie particulière d'ouvrir une boutique de souvenirs ou un restaurant aux Lindarets pour y passer le reste de ma vie. 

À nous trois, nous avons englouti une bouteille de whisky tout en discutant et en évoquant nos souvenirs, Chatellard — que je n'avais pas revu depuis 1972 en Australie — m'avait alors donné quelques bons tuyaux pour travailler dans l'industrie du ski. Je les ai suivis à la lettre, ce qui m'a permis de mettre le pied dans ce milieu. 

Le lendemain, alors qu’il fallait lisser à ski une piste toute gratonnée et gelée pendant la nuit, je subissais les effets de la pire gueule de bois de ma vie, mais j'ai tenu le coup... et Roland Collombin a remporté la course ! 

mercredi, juillet 08, 2026

La saga Spyder de Dave Jacobs (Deuxième partie) 

Au départ, Jacobs a commencé à concevoir des pulls de ski de course pour ses fils, convaincu que l'équipement alors disponible pour les jeunes skieurs laissait à désirer : il n'était ni assez rapide, ni suffisamment protecteur, et n'avait pas été pensé pour la course à ski. 

Plutôt que d'attendre que l'industrie se mette à ce niveau, il décida de créer lui-même un meilleur produit. Il  débuta son activité de vente par correspondance depuis sa maison à Boulder, proposant un pull de course conçu avec ce dont avaient besoin les jeunes coureurs. L'entreprise n'allait pas rester petite bien longtemps. 

Le tournant s'est produit quand Jacobs a dessiné un pantalon de ski bleu marine doté de protections jaunes côtelées. Les jeunes skieurs trouvaient que ces protections ressemblaient à des pattes d'araignée ; Jacobs, toujours à l'affût des bonnes idées, avait sauté sur l'idée. En 1978, il baptisait sa société « Spyder », en référence à la Ferrari Spyder, l'une de ses voitures préférées. 

Ce qui avait commencé comme une solution artisanale pour de jeunes skieurs en compétition a rapidement grandi en une entreprise mondiale de vêtements de ski. Jacobs a orienté Spyder vers de multiples perfectionnements en matière d'aérodynamisme et de science des matériaux, traquant les mêmes gains marginaux qui comptaient pour lui lorsqu'il était compétiteur : des fractions de seconde, des degrés de chaleur, des grammes de poids en moins.,  

Cette stratégie a payé et Spyder est devenu fournisseur officiel des équipes de ski des États-Unis et du Canada, équipant des athlètes au plus haut niveau, y compris lors des Jeux olympiques d'hiver. Collègues et concurrents ont longtemps classé Jacobs parmi ce cercle restreint de pionniers de la branche du ski qui ont bâti leur entreprise à l'image de leur façon de courir en identifiant un problème sur la piste et en refusant de s'en accommoder. 

Son parcours, de la petite entreprise de vente par correspondance née sur sa table de cuisine jusqu'aux podiums olympiques, est devenu légendaire au sein de la communauté du ski. Malheureusement, après être passée entre les mains de divers fonds d'investissement et d'investisseurs incompétents, la marque a fini par disparaître ; c'est bien regrettable. 

En nous quittant, Jacobs laisse sa famille et  ses fils dont les débuts en compétition l'avaient inspiré de prendre aiguille et fil pour améliorer leur expérience. Sa légacie s'étend toutefois encore plus loin en touchant d'innombrables skieurs à travers le monde qui ont couru — en restant mieux protégés du froid, plus en sécurité et plus rapides — grâce à de l'équipement conçu selon les principes qu'il avait esquissés il y a des décennies. 

David Jacobs est un véritable visionnaire de l'industrie du ski ; il laissera un vide énorme. 

mardi, juillet 07, 2026

Dave Jacobs, 1933-2026 (Première partie)

 

L'ancien skieur alpin et entraîneur qui a fondé les vêtements de ski Spyder, vient de décéder au début du mois. Il avait 92 ans. La vie de Jacobs a été intimement liée au ski de compétition sous presque tous ses aspects, du portillon de départ jusqu'aux ateliers de fabrication. Il a débuté comme coureur en 1957 en remportant le championnat national de descente au Canada, exploit qui l'a propulsé parmi les meilleurs skieurs du pays à cette époque. 

Né à Montréal, Jacobs a commencé a skier à 13 ans. À 21 ans, il remportait le Kandahar du Québec et devenait membre de l'équipe nationale canadienne de 1957 à 1961. 

Il est ensuite passé de la compétition à l'entraînement, occupant le poste de chef entraîneur-chef à plein temps des skieurs canadiens de 1964 à 1966. À ce titre, Jacobs a travaillé en étroite collaboration avec une nouvelle génération d'athlètes canadiens, mettant à profit la technique acquise quand il courait. 

En 1965, Bob Lange avait contacté Jacobs pour savoir si l'équipe canadienne était prête à tester ses chaussures de ski. Après les avoir essayées, Dave Jacobs avait dit qu’elles étaient de « très mauvaises chaussures » et s’était rendu à l'usine de Dubuque (Iowa) pour suggérer plusieurs améliorations techniques. 

En juin 1966, trois paires de chaussures améliorées, étaient mises à la disposition de l'équipe canadienne lors d'un stage d'entraînement au mont Hood ; Gerry Rinaldi, Rod Hebron et Nancy Greene les avaient essayées et les avaient adorées. À Portillo, Jacobs réparait et modifiait sur place les Langes des skieurs tout en envoyant des rapports détaillés à l'usine. Ainsi, la chaussure évolua, gagnant en hauteur et en rigidité. 

C'est alors qu'elle se mit à séduire les skieurs de plus haut niveaux. Nancy Greene commença à remporter des victoires sur le tout nouveau circuit de la Coupe du monde avec ses Lange. C'est cette même année, en 1967, que fut fondée la société Lange-Jacobs Inc. qui ouvrit une petite usine à Saint-Jérôme, près de Montréal, pour y assembler les chaussures de ski. 

C'est aussi à cette époque que j'ai entendu parler de Jacobs pour la première fois. Après la fusion de son unité canadienne avec Lange USA en 1969, David s'installa à Boulder dans le Colorado. Il allait siéger au conseil d'administration et devenir vice-président de la société de 1969 à 1972. Durant cette période, il conçut la première chaussure de ski de compétition Lange, qui devint une référence en Coupe du monde et le modèle précurseur des chaussures de course Lange utilisées aujourd'hui. 

Toutefois, la contribution la plus marquante de Jacobs survint après la fin de sa carrière d'entraîneur et son activité chez Lange. C'est en effet en 1978, dans sa cuisine, à Boulder, qu'il lança ce qui allait devenir une entreprise de vêtements de sport de renommée mondiale. 

Restez avec nous pour découvrir la suite de l'histoire ...

mardi, juin 30, 2026

Pierrot Vernay, 1947-2026

Pierrot s'est éteint le 23 juin, à l'âge de 78 ans. Nous avons grandi ensemble, fréquentant la même école primaire, mais je ne le connaissais presque pas. Je n'ai jamais joué avec lui. Fils de Julien et Olga, il était l'aîné des trois enfants du boulanger de notre village. 

Si j'écris ces lignes, ce n'est pas simplement parce que nous avons grandi à la même époque, mais parce que nos enfances se sont déroulées dans deux univers bien distincts. Il ne semblait pas être un élève brillant ; un jour, ses parents ont sans doute dû lui dire : « Tu seras boulanger comme ton père et, un jour, tu reprendras l'affaire familiale... », sans jamais lui demander ce qu'il aimait ou ce qu'il aurait voulu devenir — pompier, menuisier, pilote d'avion ou dentiste. 

Je suis à peu près certain que cette question n'a jamais été posée et qu'aucune autre option ne lui a été offerte. Certes, mes parents ne m'ont jamais posé cette question non plus. Je me demande ce qu’il aurait voulu faire si il avait eu libre choix ? 

Pourtant, après qu'il fut mit au boulot à 14 ans c’est comme cela qu’il a passé sa vie à pétrir et cuire le pain pour nourrir les gens du village, ainsi que le nombre croissant de touristes de passage. 

Au fil des ans, je l'ai souvent vu servir la clientèle derrière son comptoir, quand sa femme Henriette ou sa mère n'étaient pas disponibles. Sans bonnes raisons et sans expériences précédentes communes, nos échanges se limitaient aux banalités : « Bonjour, merci, au revoir ». À l'heure de la retraite, it était alors épuisé, il a fermé sa boulangerie tout en continuant à habiter la même maison ; il complétait sa retraite et ses économies en vendant du bois de chauffage qu'il préparait pour les touristes. 

Est-il parti heureux, épanoui, après avoir réalisé tous ses rêves ? Je l'ignore et n'aurai jamais la réponse à cette question. Adieu, Pierrot !

samedi, juin 27, 2026

Gérard Brémond, 1937-2026

Né à Boulogne-Billancourt le 22 septembre 1937, Gérard Brémond rencontre le champion olympique de 1960, Jean Vuarnet, au début des années soixante. Ensemble, ils développent la station de ski d'Avoriaz, près de Montriond, mon village d’origine. 

Ce nouveau domaine skiable n'a pas été facile à concevoir et à aménager, compte tenu de son environnement et de son terrain extrêmement accidentés. Avoriaz est en effet né de la parfaite harmonie entre un concept de station sans voitures, à l'instar de Zermatt (une idée de Vuarnet), et l'intégration harmonieuse de l'architecture aux falaises et au paysage naturel (la vision de Brémond). 

Ce dernier refusa de choisir la solution de facilité qu’avaient suivit les stations comme Les Arcs, La Plagne, Flaine ou Le Corbier avec des projets de développement sans imagination et, il faut bien le dire, d'une laideur reflétant un coût bien moindre. 

Brémond s'est donc entouré d'une équipe d'architectes créatifs, menée par Jacques Labro, Jean-Jacques Orzoni et Jean-Marc Roques, ce qui a conféré au projet son caractère architectural unique. Compte tenu de sa complexité quand elle fut inaugurée en 1967, la station avait probablement engendré des coûts bien supérieurs aux prévisions. 

Au fil de son expansion, le site a évolué vers des bâtiments plus simples et plus faciles à construire. En 1973, Brémond lançait lr concept de résidence touristique « Pierre et Vacances » puis continuait une expansion remarquable à peine freinée par Covid en 2020. 

Je n’ai jamais eu de contact personnels avec Gérard Brémond, mais son rôle primordial dans la création d’Avoriaz a positivement influencé ma jeunesse et a largement contribué à bien lancer ma carrière professionnelle. Il est également vrai qu’il laissé dans son sillage des projets de construction intégrés à l'environnement, proches de la nature, et innovants en matière d'hébergement touristique.

lundi, juin 22, 2026

Jacques Martin, 1944-2026

Jacques Martin est décédé le 15 juin, il avait 81 ans. C’était l'un des trois associés de Sidas, une entreprise fondée en 1975 par trois moniteurs de ski français, dont lui-même, Loïc David et Gaby Pellicot, et basée près de Grenoble. 

Visionnaire, Loïc David, qui travaillait pour Le Trappeur, avait eu l'idée en apercevant une empreinte de pas sur une plage hawaïenne, de fabriquer des semelles moulées de manière similaire pour améliorer le confort des chaussures de ski. 

Faute d'outils spécialisés, il fabriqua son tout premier prototype dans un plat à gratin dauphinois. Cette ingéniosité initiale donna naissance à Sidas, puis à la marque Conformable, devenue synonyme de semelles orthopédiques sur mesure. L'entreprise s'étendit ensuite au secteur médical et aux chaussures de sport. 

En 2003, lors du départ à la retraite des fondateurs, elle fut vendue à un nouveau groupe de direction qui la dirige encore aujourd'hui. Avant ce changement, Jacques Martin s'occupait de l'administration et des finances, tandis que Loïc David était responsable du marketing et Gaby Pellicot gérait les aspects techniques et la production. 

Au milieu des années 90, alors que je distribuais Koflach aux États-Unis, j'avais sérieusement envisagé de devenir distributeur de Sidas en Amérique et j’avais été en contact étroit avec Jacques et Loïc pendant un certain temps. Finalement, j'avais renoncé, estimant que le potentiel commercial était trop limité par rapport à l’énorme travail requis.

jeudi, juin 04, 2026

Michel Rudigoz, 1944-2026

L’entraîneur de ski et restaurateur Michel Rudigoz s'est éteint le vendredi 29 mai, des suites de la maladie d'Alzheimer, à son domicile de Ketchum, en Idaho. Il avait 81 ans. Né près de Lyon le 29 juillet 1944, Michel est devenu l'un des entraîneurs de ski alpin américains les plus titrés de l'histoire olympique, dirigeant les équipes nationales masculine et féminine entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. 

En 1982, il a mené l'équipe féminine américaine à la victoire en Coupe des Nations de la Coupe du monde de ski alpin FIS, une compétition s'étalant sur toute la saison et où les points sont comptabilisés par nation. Aux Jeux olympiques d'hiver de 1984 à Sarajevo, en Yougoslavie, il a guidé les skieuses Debbie Armstrong et Christin Cooper vers les médailles d'or et d'argent, respectivement, en slalom géant et slalom. 

Il a débuté sa carrière d'entraîneur de ski à Tignes et m’avait précédé à Mt. Buller, en Australie en 1967 et 1968. Cela dit, je n’ai jamais eu beaucoup de contact avec lui depuis que je vis aux Etats-Unis. C’est en 1972, que Lane Monroe, entraîneur de ski à Sun Valley, rencontra Rudigoz dans les Alpes et lui proposa de venir entraîner aux États-Unis. 

Rudigoz s'installa à Sun Valley et s’occupa de l'équipe masculine américaine de ski alpin en 1978, dirigeant des skieurs comme Phil Mahre, Steve Mahre et Andy Mill. Il prit ensuite les rênes de l'équipe féminine, se forgeant une réputation de maître motivateur qui, tout en reconnaissant le talent de ses skieuses et en les encourageant à skier toujours plus vite. 

Au milieu des années 1980, Rudigoz reprit « La Provence » à Ketchum, que tenait nos amis les Dussers, avant d’ouvrir un autre restaurant français « Chez Michel » au centre ville, et continua à entraîner le ski club de Sun Valley pendant quelques années.

lundi, novembre 24, 2025

Rob Mucci, 1943-2025

Rob et moi nous sommes rencontrés lorsque j'ai rejoint Lange USA en juin 1982. Il était le représentant Lange pour la Nouvelle-Angleterre depuis le milieu des années 70, à l'époque de Garcia, et était basé à Boston. Outre les chaussures de ski Lange, il représentait également les produits Barrecrafters (porte-skis pour voitures). 

Lorsque Lange a fusionné avec Dynastar, il a aussi représenté cette marque de skis et vendu les deux produits jusqu'à sa retraite en 2004. 

En 2016, lui et sa femme Siggy ont déménagé à Naples, en Floride, où il jouait au golf, organisait des tournois et travaillait dans le secteur du tourisme local, tandis que son épouse faisait du bénévolat. Ils étaient mariés depuis plus de quarante ans. 

Au fil des ans, je suis resté en contact régulier avec Rob. Il aimait la vie, adorait se remémorer le bon vieux temps et nous riions beaucoup à chaque fois que nous nous retrouvions au téléphone. Il savait rendre n'importe quelle anecdote hilarante ! 

Au début de l'été, j'avais essayé en vain de le joindre par téléphone et par courriel. Mi-novembre, j'ai réessayé, mais sans succès. Craignant un gros problème, j’ai finalement appris qu’il était décédé en juin. Il va beaucoup me manquer, et je suis sûre que tous ceux qui l'ont connu le regretteront aussi.

mardi, septembre 16, 2025

Adieu, Robert Redford !

Hier soir, ma femme et moi regardions sur Netflix le film « Our souls at night » (Nos âmes la nuit), l'un des deux derniers films de Robert Redford (2017) avec Jane Fonda, en ignorant totalement que l'un de nos acteurs préférés venait de mourir tôt ce matin-là dans son ranch de Sundance, à 45 minutes de Park City. 

Ces dernières années, Redford était devenu mon nouveau héros, ayant chassé Killy après que se dernier soit devenu un fanatique partisan de Poutine en 2014. Tout comme nous, Robert Redford est tombé amoureux de l'Utah, étant lui-même skieur et s’impliquant ainsi dans branche du ski, mais était surtout un militant écologiste extrêmement engagé en plus d'être un merveilleux acteur et un grand réalisateur. 

Ai-je mentionné qu'il était à l'origine du Festival et de l'Institut du Film de Sundance, qui avaient élu domicile à Park City pendant tant d'années ? Ma femme a eu le privilège de le rencontrer plusieurs fois. Moi, jamais. Il n'a probablement pas besoin de mon au-revoir, car je suis sûr qu'il sait depuis longtemps qu'« ici et maintenant » est la seule unité digne d'intérêt dans notre vie humaine ! 

Mon blog a été interrompu pendant nos vacances. Les épisodes manquants devraient être mis en ligne dans quelques jours…

lundi, août 25, 2025

Une pierre tombale assez remarquable

Après des années passées à traverser quotidiennement le cimetière de Park City, nous pouvons non seulement affirmer n'avoir jamais vu aucun signe de vie après la mort, mais aussi avoir vu une si grande diversité de pierres tombales et autres monuments funéraires. 

À ce propos, nous y trouvons de nombreux bancs posés là en guise de pierre tombale où les visiteurs peuvent s'asseoir pour se reposer, prier ou méditer. Les pies, légion dans cet espace paisible, les utilisent comme perchoirs, mais préfèrent se tenir sur des monuments suffisamment hauts pour avoir une vue imprenable sur les environs et ces pierres sont aussi fréquemment marquées de leurs déjections. 

Les humains peuvent aussi les utiliser comme lieu de repos, mais je ne les ai jamais vus le faire. Et puis, il y a cette « pierre tombale cubique » que je trouve esthétiquement agréable, différente et unique.

L'autre particularité de sa forme est qu'aucun oiseau ne peut confortablement s'y tenir debout pour faire ses besoins, et la grande et meilleure nouvelle est qu'aucun être humain, sain d'esprit, ne songerait jamais à s'asseoir sur ce cube pointu !

mercredi, juin 25, 2025

John Winter, 1938-2025

Mon voisin John Kools Winter, Jr. s'est éteint paisiblement au petit matin du 13 juin 2025, à son domicile de Park City, à 200 mètres de chez nous. Il avait 86 ans. Né à Holland, dans le Michigan, il était diplômé de l'École d'architecture de l'Université de l'Illinois. 

Architecte de formation, sa carrière l'a finalement conduit vers le monde de la finance, où il a travaillé comme courtier en bourse, négociant en matières premières et négociant institutionnel. John aimait la montagne et le golf, mais le ski était sa vraie passion. 

D’abord, Vail fut son terrain de prédilection, mais lorsqu'il s'installa à Park City, il y a 17 ans, la station d'Alta, assez proche, a occupé une place privilégiée dans son cœur, car il faisait la navette depuis Park City chaque jour (un trajet de deux heures aller et retour). Il racontait souvent les histoires de ses débuts sur les pistes de ski à Vail, dans le Colorado, dans les années 1970. 

Chose remarquable, il a continué à skier jusqu'à 83 ans. Je l'avais rencontré en 2011 et il m'avait parlé de sa passion pour le ski. Ce n'est qu'en février 2017, alors qu'il avait 78 ans, que j'ai pu le voir à l’œuvre sur les pistes. Ce jour-là, à Park City Mountain, nous avons fait pas mal de pistes avant de descendre « Portuguese Gap » à Jupiter Peak, l'une des pistes les plus difficiles de la station. 

John l'avait skiée avec la grâce et la pêche d'un gars deux fois plus jeune que lui, et ensemble, nous avons skié 3 300 mètres de dénivelé ce jour-là ! 

John nous a quitté en compagnie de son epouse Cathy et de sa fille Alice, et ce jour là le drapeau d’Alta a flotté sur leur maison. Au fil des ans, Evelyne et moi adorions nous arrêter devant sa maison pour écouter ses innombrables anecdotes marrantes de ski, chacune racontée avec son humour et son regard pétillant. 

Il va sacrément nous manquer, mais ses histoires, son rire et son amour du ski resteront gravés à jamais dans nos mémoires ... 

vendredi, avril 25, 2025

Chuck Ferries, 1939-2025

Charles « Chuck » Ferries était un coureur de ski américain entre 1960 et 1964. Il fut notamment le premier Américain à remporter une course européenne, le slalom du Hahnenkamm, à Kitzbühel en 1962. Aux Jeux olympiques d'Innsbruck en 1964, il chuta en slalom, abandonna ses études et s'installa à Seattle comme représentant pour les skis Head. 

En 1966, il entraîna l'équipe féminine américaine jusqu'aux Jeux olympiques de 1968, où il entra chez K2, pour s’occuper du marketing. En 1976, Chuck Ferries s'installa à Sun Valley, où il s'associa à Clay Freeman et Bud Godfrey pour créer Wintersports International, une société qui vendait du matériel de ski américain à l'étranger. 

À la demande de K2, il créa les skis Precision, ou PRE, pour développer encore davantage les ventes de K2 et prit la direction de cette nouvelle marque. À peu près au même moment, il s’associait avec le fondateur des lunettes de neige Smith et rachetait les bâtons Scott USA alors en faillite. Très vite Scott devint la marque de bâtons de ski la plus vendue au monde, et après avoir ajouté les masques Scott, ceux-ci avec Smith, finirent par contrôler environ 70 % du marché nord-américain des masques de ski. 

En 1990, Chuck Ferries m'avait demandé de les aider à développer une chaussure de ski qui aurait été baptisée « The Boot » et je suis parti avec lui, Ned Post et Larry Morton à la recherche de partenaires potentiels pour fabriquer ce produit en Suisse et en Italie. Ce fut ma seule expérience professionnelle avec cet infatigable entrepreneur du ski

Il a ensuite lancé Scott dans le vélo. Après avoir vendu ses parts dans Scott en 1997, il rachète cinq ans plus tard Chums, un fabricant de porte lunettes basé dans l'Utah. Après avoir cessé son activité professionnelle en 2018 il a continué de skier jusqu'à ce que la maladie l'en empêche. 

Chuck était âgé de 85 ans quand il est décédé mi-avril à Sun Valley en Idaho. Un personnage riche en couleurs et au parcours professionnel des plus impressionnant !

jeudi, décembre 05, 2024

Thierry Convert, 1950-2024

Thierry est originaire d’Oyonnax, dans l’Ain, une région surnommée « Plastics Vallée ». Son entreprise familiale remonte à 1830, lorsqu’elle commença à développer des objets d’artisanat, d’abord des peignes, puis des tabatières, des pipes, etc. En 1951, l’entreprise devint « Établissements G. Convert » et produisit diverses matières plastiques et, jusqu’en 1983, des poupées et autres jouets.

Thierry Convert entra chez Look à Nevers en 1977 pour reprendre mon poste de chef de produit qui devint disponible quand j’ai intégré la filiale de l’entreprise à New York. Lorsque Look déménagea dans le Vermont en 1982, je décidai de rester à New York, changeais de travail et fus à nouveau remplacé par Thierry, venu en Amérique avec sa femme Audrey. 

Pour la deuxième fois, il me suivit dans mon ancien bureau et reprit le relais. En 1986, je quittait les chaussures de ski Lange (une entité appartenant au fondateur de Rossignol) pour créer ma propre entreprise de distribution. C'est là que Thierry Convert acceptait un poste similaire au sein de la nouvelle division chaussures de ski Rossignol-Lange, cette fois-ci au siège de l’entreprise, tout près de Grenoble. 

Une remarquable série de coïncidences qu’il faut souligner, même dans des circonstances bien tristes puisque mon ancien collègue est décédé vendredi dernier après une longue et dure bataille contre le cancer. Audrey et Thierry étaient venus nous rendre visite à Park City en 2012 et nous avions pu nous remémorer nos carrières qui se sont si curieusement suivies. 

Nos plus sincères condoléances à Audrey, ses quatre enfants et à sa famille toute entière.

lundi, décembre 02, 2024

Michel Lascar, 1938-2024

La première fois que j’ai rencontré Michel, c'était en octobre 1969, quand je me suis présenté à l’école de ski d’Avoriaz dans l’espoir d’y décrocher un emploi.

Comme je n’étais pas diplômé pour enseigner le ski, il m’a fallu suivre un stage de formation d’une semaine en sa compagnie, à Chamrousse, avant la saison de ski. 

Au départ, Michel avait été engagé comme moniteur de vélo-ski et avait décidé de s’orienter sur l’enseignement du ski. Nous avons ensuite enseigné le ski ensemble à Avoriaz jusqu’en 1974, année de mon départ. 

En fait, Michel Lascar a tenu une place importante dans l'alpinisme français des années 1960. Il s'est illustré par ses ascensions audacieuses et techniques, contribuant à repousser les limites de la discipline. Il a ouvert de nombreuses voies dans les Alpes, notamment sur les faces nord. 

Il a également participé à plusieurs expéditions hors des Alpes. L'une de ses ascensions les plus célèbres fut la face nord de l'Eiger en 1966, avec Patrice Bodin. Cette voie, réalisée quelques années plus tôt, est restée un mythe en matière d’alpinisme et le duo a inscrit son nom à la liste des alpinistes ayant réussi cet exploit technique et physique. 

Michel Lascar était toujours calme, gentil et très accommodant. Amoureux de la montagne, son attitude tranquille incarnait les mots de Lao-Tseu : « Celui qui sait, ne parle pas. Celui qui parle, ne sait pas. » Sincères et profondes condoléances à toute sa famille.

lundi, septembre 09, 2024

Karl Wallach, 1925-2024

Associé de Jim Woolner chez Beconta, la première maison pour laquelle j'ai travaillé à mon arrivée aux États-Unis, Karl importait et distribuait les chaussures Puma, Nordica, Look ainsi que Völkl aux États-Unis. 

Alors que Jim jouait le rôle du « bon flic », Karl était le « méchant ». Je me souviens de lui conduisant une Citroën SM avant de passer à une Cadillac. Il aimait skier et jouer au golf ainsi qu'au tennis. Il adorait aussi la navigation et la pêche. 

Il vient de décéder paisiblement, chez lui, le 1er août 2024, à l'âge de 99 ans. Karl est né à New York City, le 9 mars 1925, était un vétéran de la marine pendant la Seconde Guerre mondiale et diplômé de l'Université Columbia. Il a vécu à Manhattan et Scarsdale, New York, Aspen et Carbondale, Colorado, et enfin à Cape Coral, Floride. 

Assez actif, Karl skiait encore à 89 ans mais après avoir subi une collision avec un snowboardeur il avait abandonné le ski. Tout comme Karl, espérons que nous vivrons et resterons en bonne santé, jusqu’à nos 99 ans !

jeudi, août 22, 2024

Pierrot Meugnier, 1946-2024

J’ai rencontré Pierrot pendant la première saison où j’ai enseigné le ski à Avoriaz, il y a plus de 54 ans. Je me souviens qu’il était différent, drôle, avait un sens de l’humour que j’aimais beaucoup et qu’il laissait toujours des rayons de soleil dans son sillage. 

Il y a plus de 2 ans, j’avais appris que Pierre était devenu paraplégique, à cause d’une vertèbre cancéreuse. Il s’était souvenu de moi parce qu’un demi-siècle plus tôt, j’avais pris sa défense lorsqu’il avait été harcelé par un moniteur de ski de l’école de ski de Morzine. 

Je me suis alors mis à appeler Pierrot régulièrement, j’ai toujours été impressionné par son attitude positive, son esprit toujours enjoué, la détermination à toute épreuve dont il avait fait preuve pour retrouver progressivement sa mobilité jusqu’à ce que son cancer revienne et malheureusement gagne la partie. Je suis triste qu’il nous ai quitté trop tôt et il va tous nous manquer ! 

Mes plus sincères condoléances à Lisette, son épouse, ses fils Pierre et Remy, leurs épouses et ses petit-enfants Florine, Léo et Nolan.

mercredi, août 21, 2024

Cyber-éternité ?

Je ne suis plus très actif sur les réseaux sociaux, mais je maintiens toujours une présence sur LinkedIn, une plateforme créée specialement pour les entreprises et l’emploi. Lancée en 2003 elle fait désormais partie de Microsoft depuis 2016 . 

J’y étais actif lorsque je croyais encore pouvoir travailler comme consultant autour des années 2010, mais j’ai depuis compris que c’était du rêve. Il y a quelques jours, j’avais décidé de jeter un œil à ce site et j’ai réalisé que j’avais toujours 467 « followers » (personnes qui me ‘suivaient’) récupérés au fil des ans.

J’ai ensuite procédé à explorer cette liste et, à ma grande surprise, je me souvenais presque de tous ces gens ! Ce qui m’a arrêté, cependant, ce sont les nombreuses personnes qui sont mortes depuis qu’elles ont commencé à me « suivre ». Probablement une mauvaise – je devrais dire « mortelle » – idée de leur part !

J’en ai trouvé 14 qui n’étaient plus de ce monde et d’un clic de souris, je les ai propulsés vers l’éternité. Cela m’a fait réfléchir, mais pourquoi, bon sang, la famille, les héritiers ou autres proches associés à ces malheureux n’ont-ils jamais pris la peine de les retirer de ce genre de site ? Quelque chose à ne pas oublier le jour où nous quitterons ce monde de bien laisser des instructions précises pour éviter ce genre d’oubli. 

Je suis sûr que ces mêmes personnes décédées hantent toujours Facebook, Instagram et Twitter (maintenant X) et pour moi, je pense qu’après tout c’est peut-être là le meilleur moyen d’accéder à la vie éternelle…

vendredi, juillet 19, 2024

Saudan, le marketing du renom à ski

Dans les années 60, le ski alpin fait fureur en Europe, les héros sont Killy et Schranz et il n’y guère de place pour d’autres exploits à ski. 

Parce qu’il aime skier sur des pentes raides et qu’il est visiblement doué, Sylvain Saudan a su créer une activité tout à fait unique, où il ne se trouve pas ou peu de concurrents, et a su tirer parti de ses succès grâce à un marketing personnel astucieux, en devenant « Le skieur de l’impossible ». 

Une carrière truffée de dangers, dans laquelle des noms comme Anselme Baud, Patrick Vallençant, Serge Cachat ou Jean-Marc Boivin lui font suite assez rapidement, mais le skieur d’origine suisse a déjà défini la catégorie et en a fait la sienne. 

Habitant depuis longtemps aux Houches, en pleine vallée de Chamonix, Saudan a salué avec élégance son pays d’adoption en mourant le 14 juillet, en toute sécurité, allongé dans son propre lit, après avoir fait un pied de nez aux dangers et à la malchance tout au cours de sa vie. Il avait 87 ans. 


mercredi, juillet 10, 2024

Quentin Chauplannaz 1986-2024

Quentin était le fils de mes amis François et Christine Chauplannaz, de Morzine, en Haute-Savoie. J’ai passé cinq saisons à travailler comme moniteur de ski aux côtés de François, et même si je connaissais assez peu son fils Quentin, je l’avais rencontré plusieurs fois lorsque je rendais visite à ses parents lors de nos courts séjours dans mon village d’origine. 

C’était un jeune homme débordant de vitalité, de gentillesse et d’enthousiasme. Quentin était marié à Marlène et ensemble ils avaient deux filles, Ambre 6 ans et Garance 4 ans. Le matin du lundi 8 juillet, Quentin a été tué lorsque la Jeep restaurée qu’il conduisait a quitté une route de montagne. 

Pour l'insant, personne ne sait exactement ce qui s’est passé. Aurait-il eu un problème mécanique avec un véhicule vieux de 80 ans, a-t-il été prit d’un malaise ou distrait par ce qu'il aurait pu voir, par son téléphone ou toute autre chose ? 

Nul ne semble le savoir et on ne le saura peut-être jamais. Ce qui est certain, c'est la terrible tragédie que sa disparition entraîne pour ses deux jeunes filles, son épouse et ses parents. 

Nos plus sincères condoléances à tous les membres de cette famille dont le cœur est irrémédiablement brisé.

mardi, juin 18, 2024

Choix après la mort ?

Dimanche, je parlais à un de mes bons amis en France. Il m’a demandé : « Quant t’es mort, qu’as-tu choisi de faire ? » Du tac au tac, j’ai dit : « Que veux-tu dire ? » Il m’a alors demandé : « Seras-tu enterré ou incinéré ? » À sa grande surprise, j'ai répondu : « Ni l'un ni l'autre. Comme j’ai peur que personne ne vienne à mon enterrement, je vais donner mon corps à la science ! » 

Ma réponse le surpris et j’avais maintenant toute son attention. Bien sûr, je lui ai dit que mes proches recevraient les cendres lorsque les étudiants en médecine en auraient fini avec mon corps, mais j'ai quand même deviné que c'était pour lui une conversation révélatrice. 

J'ai également expliqué que l'argent dépensé pour les funérailles et l'enterrement traditionnels financerait une belle fête célébrant ma vie avec mes amis sur cette terre. Je dois également admettre que je ne suis pas fan des pompes funèbres qui s’attaquent aux famille endeuillées et souvent dépassées par les événements. 

Avant tout, il faut dire que le don d’un corps contribue grandement à former nos futurs médecins et chirurgiens, leur permettant de mieux comprendre l’anatomie, les interventions chirurgicales et d’affiner leurs compétences de manière réaliste, afin de mieux soigner leurs futurs patients. En plus, cela fait quand même plaisir de savoir que mon corps aura utile au moins une fois pendant son existence !

Bien sûr, il reste un problème émotionnel si l’on s’affranchit de funérailles officielles, car le corps sera immédiatement emporté pour être utilisé à des fins d’éducation médicale. Certains, notamment les proches, peuvent trouver cette logistique plutôt brutale et émotionnellement difficile à supporter, mais nous prévoyons d'explorer cet aspect un peu plus, avant de solidifier notre décision … 

Nous allons soigneusement imaginer à quoi pourrait ressembler le processus, peser le pour et le contre, discuter bien en avance de notre choix avec notre famille et de prendre ainsi une bonne décision.