Après avoir défini ce qu'est la jalousie, nous pourrions nous demander d'où elle vient. La première question qui saute à l'esprit est de savoir si le sentiment de jalousie est inné ? La réponse semble être OUI, et ce, de manière profonde. À travers les cultures, les âges et même les espèces, la jalousie se manifeste selon des schémas prévisibles. L'un d'eux est d'ordre évolutif : elle nous sert à protéger la cellule familiale traditionnelle et à garantir l'investissement parental, tout en maintenant notre rang social, en prévenant toute perte de ressources.
Il ne s'agit pas d'une défaillance morale, mais d'un système d'alarme ancestral qui peut, dans le contexte de la vie et de la culture modernes, se déclencher par erreur. Par ailleurs, la jalousie n'est pas égale par tout le monde ; certains d'entre nous l’éprouvent plus fortement que d'autres. C'est là que le sujet devient intéressant. J'ai découvert que la jalousie ne se résume pas à la situation elle-même, mais qu'elle dépend de notre mode de pensée et de la manière dont nos émotions nous affectent.
Certaines dispositions personnelles — notamment notre style d'attachement — peuvent amplifier la jalousie. Par exemple, si c’est l’anxiété qui nous attache, nous ressentons la jalousie avec une intensité maximale. Si l'attachement nous affecte moins, le sentiment est refoulé, mais demeure bel et bien présent. À l'inverse, si notre attachement n’est pas névrosé, nous ressentons de la jalousie, mais celle-ci ne nous submerge pas. La stabilité de notre estime de soi influe également sur nos sentiments.Quand j'étais jeune, mon estime de moi était fragile, ce qui a provoqué chez moi d'innombrables accès de jalousie. Avec l’âge et quand le succès est arrivé, j’ai gagné beaucoup plus d'assurance, ce sentiment s’est alors estompé. Il est évident que si notre identité est étroitement liée à une relation, à un rôle social ou professionnel, à un savoir-faire particulier ou à une profession spécifique, toute menace pesant sur ces domaines est susceptible de déclencher la jalousie.
Certains d'entre nous sont programmés pour être influencés par des questions de hiérarchie et d'appartenance avec une intensité supérieure à la moyenne ; ceux-ci ressentent les moindres variations d'attention ou de statut comme on sentirait un courant d'air dans une pièce. Enfin, notre cerveau apprend en permanence et identifie des schémas récurrents ; ainsi, nos expériences passées de perte ou de trahison lui enseignent que la jalousie peut servir de garde-fou pour garantir que ces situations ne se reproduisent plus jamais.
J'ajouterais que si nous avons connu la pauvreté à un moment donné de notre existence — comme ce fut mon cas —, nous avons développé un sentiment de pénurie. Ainsi, si nous considérons que l'amour est rare, que les opportunités sont rares et que l'attention est rare. La jalousie devient une réaction par défaut. Pour conclure, je propose une meilleure façon d'envisager la jalousie. Ne la traitons pas comme un problème, mais comme une donnée.
La jalousie répond toujours à l'une de ces questions :
- Qu'ai-je peur de perdre ?
- Quelle part de mon identité se sent menacée ?
- Quelle richesse rare suis-je en train de percevoir ?
- Quelle histoire suis-je en train de me raconter sur ce que je vaut ?
- Quelle ancienne blessure passée est réactivée ?
Si nous arrivons à nous entraîner au décodage de ces différents signaux, la jalousie que nous ressentons devient une carte plutôt qu'un piège. Demain, nous parlerons de l'envie, cette cousine bien spéciale de la jalousie...

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