dimanche, septembre 20, 2026

Le bonus du pardon (Première partie)

Il y a quelques mois, j'ai pris une décision radicale : pardonner, une fois pour toutes, ceux qui, selon moi, m'avaient fait du tort au cours de ma vie, pour des motifs variés tels que l'humiliation, la trahison, le harcèlement ou le vol. 

Dans mon esprit, ce pardon s'appliquait aux actes malveillants ou désagréables subis, à condition qu'ils ne revêtent pas un caractère criminel ou ne soient pas jugés répugnants par notre société. Par exemple, je ne pouvais pardonner à Biden et Trump d'avoir laissé Netanyahou massacrer tant de gens, détruire Gaza et permettre à des colons terroristes d'harceler les Palestiniens de Cisjordanie ; en revanche, je peux pardonner à un patron, un collègue ou un voisin de s'être comporté comme un imbécile.

Toutefois, tout comme pour le linge sale où certaines taches sont plus tenaces que d'autres et exigent davantage de temps pour disparaître, le pardon demande plus ou moins de temps selon l'impact que nous avons laissé certains actes avoir sur nous ; c'est un processus qui, pour moi du moins et dans certains cas, est toujours en cours. Cela dit, je suis aujourd'hui très satisfait de ma décision. 

Plus encore, avec le recul, j'ai l'impression d'être un homme nouveau ; je me sens mieux dans ma peau et, surtout, considérablement soulagé, mentalement plus léger, plein d'énergie et littéralement libéré de ce qui constituait, en fait, un fardeau permanent. À vrai dire, j'ai du mal à croire qu'abandonner le ressentiment, l'amertume et l'hostilité puisse opérer une telle purification et une telle libération en moi. 

J'ai alors compris qu'il était justifié de mettre fin à ce ressentiment envahissant par le pardon, en adoptant une attitude mature et en nous élevant bien au-dessus de la personne ou de l'expérience que nous avons pardonnée. C'est là tout le bonus que nous garantit l'acte de pardonner. Ce geste. simple mais souvent très difficile, allège considérablement notre fardeau et nous élève. 

C'est assez impressionnant et cela constitue une excellente raison de mettre fin au cycle interminable des récriminations. Demain, nous approfondirons le sujet et explorerons le fonctionnement concret de ce processus ...

samedi, septembre 19, 2026

Les langues étrangères, ma botte secrète !

S’il me fallait deviner, je dirais que les germes de mon attirance pour l'Amérique et la langue anglaise furent semés le jour où je suis tombé sur un magazine intitulé « Europe-Amérique » dans les années 1950 ; je l'ai dévoré dès que j’ai su lire. Il était publié par l'Economic Cooperation Administration (ECA), l'agence américaine chargée de gérer le plan Marshall. 

Par la suite, j'ai remporté un concours scolaire qui m'a emmené à Paris, Bruxelles, Stuttgart, Munich, Innsbruck, au col du Stelvio, au lac de Côme et jusqu'au siège de l'ONU à Genève. Cette expérience m'a donné le vertige, éveillant en moi le goût de l'internationalisme et une soif insatiable de découverte. 

L'automne suivant, alors que j'entrais au collège, j'ai commencé à apprendre l'anglais ; si mon assiduité initiale laissait à désirer, mon intérêt s'est soudainement cristallisé et a explosé durant mon service militaire obligatoire de 16 mois, période où je me suis procuré la méthode Assimil, véritable sésame français pour l'apprentissage des langues. C'est ainsi que j'ai appris l'anglais, en commençant par la célèbre phrase « My tailor is rich... ». 

Si bien qu'à ma libération, j'ai décroché un poste de mécanicien aéronautique chez TWA à Genève, où je faisais équipe avec des Suisses alémaniques avec qui je devais communiquer quotidiennement en anglais. Une bonne maîtrise de l'anglais courant m'a permis, sans diplômes, d'intégrer l'école de ski d'Avoriaz et de donner des cours à des élèves ne s'exprimant que dans la langue de Shakespeare. 

J'avais trouvé ma voie ; à mesure que je passais mes diplômes d’enseignement du ski et que je progressais en tant que moniteur bilingue, je me suis essayé à l'allemand en acquérant une deuxième méthode Assimil, toujours sans les enregistrements audio, car je ne possédais pas encore de lecteur de cassettes. Entre-temps, j'ai enseigné le ski en Australie pendant deux saisons — durant l'hiver austral — suivies de deux séjours en Allemagne où je me suis inscrit au Sprachinstitut de Tübingen pour des sessions de six semaines. 

Là-bas, j'ai peaufiné mes capacités de conversation, prêt à ajouter cette compétence à mon arc dès le début de la saison d'hiver. J'ai ensuite jugé opportun d'ajouter l'italien à mes acquis ; je me suis donc procuré un troisième volume Assimil, cette fois avec les cassettes, puisque je pouvais enfin le écouter ! L'italien étant très proche du français et du patois savoyard, je n'ai pas ressenti le besoin d'approfondir outre mesure son étude de cette langue, mais je l’ai bien revendiquée comme une atout supplémentaire. 

Cela a coïncidé avec le moment où j'ai décroché un superbe poste chez Look, précisément parce que je parlais quatre langues ! J'ai fini par utiliser l'italien — et par le perfectionner considérablement — lorsque j'ai travaillé pour la marque de chaussures de ski Lange et que j'ai commencé à passer énormément de temps dans l'usine italienne de l'entreprise. 

Plus tard, vers la fin de ma carrière, j'ai passé pas mal de temps au Japon, ce qui m'a incité à apprendre les bases du japonais, même si j'ai trouvé cet exercice extrêmement difficile. Il y a deux ans, pour préparer des vacances en Andalousie, je me suis mis à l'espagnol ; les efforts fournis et le plaisir que je retire de l'apprentissage de cette nouvelle langue me motivent aujourd'hui encore à poursuivre dans cette voie. 

Comme on peut le constater, tout mon temps consacré aux langues n'a pas été en vain !

vendredi, septembre 18, 2026

Une belle épitaphe !

Chaque jour, notre promenade zigzague pendant un peu de 400 mètres à travers le cimetière de Park City, où nous ne manquons jamais d’apprécier le grand calme enfin à l’écart de la circulation matinale. Là, il m'est souvent arrivé de songer aux épitaphes et, pourquoi pas, à celle qui me conviendrait le mieux quand j’en aurai besoin d’une ! 

C'est ainsi que j'ai été séduit par quelques vers d'une chanson de Georges Moustaki : « Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer. » 

Je trouve que ces mots possèdent une simplicité désarmante — un art que Moustaki maîtrisait à merveille : une vérité nue, dénuée de pathos ou de grande rhétorique, mais qui offre un sourire presque philosophique face à la condition humaine. 

« Nous avons toute la vie pour nous amuser, nous avons toute la mort pour nous reposer. » En guise d'épitaphe, c'est remarquablement juste. 

Ces mots expriment trois choses essentielles : une confiance en la vie — tant qu'elle est là, il faut la vivre, la savourer et l'accueillir comme un terrain de jeu propice à l'apprentissage et aux liens ; une acceptation sereine de la mort — non pas comme une menace, mais comme un repos naturel, inévitable et presque doux ; et enfin, une philosophie de la légèreté — sans tragédie ni drame, simplement une façon de dire : « J'ai fait mon bonhomme de chemin ; j'ai vécu ; maintenant, je me repose. » 

Ce n'est ni sombre ni fataliste. Au contraire, c'est une manière d'affirmer que certains d'entre nous ont choisi de vivre pleinement, de profiter de l'existence, d'apprendre et d'aimer, et que ce qui suit n'est qu'un retour au calme. 

Cela semble taillé sur mesure pour moi, qui adore réfléchir sur la vie, le bien-vieillir, la croissance continue et la façon de transformer mes années restantes en un vrai crescendo plutôt qu'en un déclin. Ces mots sonnent juste : ils pourraient témoigner du fait que nous avons joué le jeu jusqu'au bout ! 

jeudi, septembre 17, 2026

Qui désire une fuite de plus ?

À peine dix jours après avoir fini nouvelle clôture qui protège mon jardin, mon voisin coté l'ouest m'a envoyé un SMS assez agressif. Il affirmait que mon entrepreneur et son équipe avaient dû endommager sa conduite d'arrosage, provoquant une forte fuite d’eau sur sa propriété qu'il attribuait directement à leur négligence au cours des travaux.

Lors de la rencontre qui a suivit, il semblait fermement convaincu que sa canalisation souterraine avait été touchée par l’excavation des trous recevant les poteaux. Bien que je comprenne ses soupçons, je n'étais pas convaincu à 100 %. Cela s'expliquait par le fait que, malgré la pente du terrain (entre 5 et 10 %), il me semblait étrange que l'eau n’ai pas suivit une trajectoire diagonale descendante. 

Selon les soupçons de mon voisin, pour des raisons mystérieuses défiant les lois élémentaires de l'hydrologie et de la gravité, la fuite devait s'écouler perpendiculairement à la ligne de pente. 

De plus, en testant cette fuite, l'eau a jaillit à près de deux mètres du poteau et de la zone de rupture présumée, carrément chez le voisin,, alors qu'elle aurait dû apparaître près du poteau de clôture. 

À la suite de notre entrevue, j'ai proposé de creuser autour du poteau d'angle, près de la clôture mais au niveau du point de fuite, afin de vérifier l'existence et l'emplacement d'une éventuelle fissure ou cassure sur le tuyau en PVC. Quoi qu'il en soit, j'ai promis de le tenir au courant. Le lendemain, il m'a fallu environ une heure et demie pour creuser un trou d'une surface de quelques pieds carrés et d'une profondeur de 45 cm. 

J'ai fini par atteindre la tuyauterie en PVC blanc dans un environnement parfaitement sec. Cependant, contrairement à ce que mon voisin m'avait dit, la conduite n'était pas ininterrompue : elle présentait un raccord en T vers la zone de fuite, située à près de deux mètres de là et à 45 cm de profondeur — un endroit où aucun des ouvriers montant la clôture n'aurait pu affecter cette zone de la canalisation. 

Grâce à mon calme, à ma patience et à mon travail manuel, je lui ai clairement prouvé que sa conclusion hâtive était totalement erronée. Dire qu'il était plutôt gêné ne serait pas une exagération !

mercredi, septembre 16, 2026

Quand l'âge nous enrichit

Comme je l'ai souvent évoqué sur ce blog, le processus de vieillissement peut nous entraîner dans diverses directions selon la manière dont nous l’abordons, indépendamment de notre situation particulière — qu'elle soit économique, sociale, physique ou mentale, ou encore une combinaison de tous ces facteurs.

Ainsi, quelle que soit notre situation à ce stade de la vie, nous pouvons voir le « verre du vieillissement » à moitié plein ou à moitié vide. Comme je l'ai souvent admis, vieillir est une étape brutale ; ce n'est pas pour les « mauviettes ». Vouloir garder la pleine maîtrise de nos attitudes, de nos attentes et de nos objectifs va à contre-courant d’une période de la vie qui exige une énergie soutenue, que nous ne sommes pas toujours prêts à fournir. 

J'ai constaté que cet état d'esprit mène souvent à un épuisement total donc une approche qui ne me convient pas du tout. Je perçois donc mon avancée en âge comme une aventure continue : je n'ai pas d'autre choix que de réagir avec vigueur en adoptant des idées, des projets et des actions qui me forcent à sortir de ma coquille et à me réinventer — un processus qui, presque à chaque fois, me surprend et me régénère. 

La fin du parcours se transforme alors en un moment fort, une apothéose, une fois que j'aurai pu accomplir tout ce qui était possible compte tenu de mes capacités et de l'énergie qu'il me restait. C'est, à mes yeux, une façon idéale d'aborder la vieillesse et de tirer le meilleur parti de notre dernier acte !

mardi, septembre 15, 2026

Le concert de Céline Dion à Paris

Bien que le retour de Céline Dion sur scène ait été précédé d'une campagne marketing percutante et soignée, nous avons pu regarder son concert de deux heures du 12 septembre sur notre grand écran grâce à des images filmées par des fans dans le public — ce qu'on appelle communément du « bootleg » — plutôt que via une diffusion officielle. 

La vidéo avait été tournée par des spectateurs présents à son spectacle parisien. Nous n'avons pas particulièrement aimé les tenues de la star (elle a changé de costume au moins cinq fois) ni par sa coiffure : le chignon lui donnait une allure sévère et, à mon avis, faisait trop ressortir ses traits de visage. 

Malgré la qualité amateur du film, nous avons trouvé que les tentatives de Céline Dion pour engager son public manquaient de naturel et ne suscitaient pas l'enthousiasme que l'on aurait pu attendre de la part de l’audience. 

Bien qu'elle se soit montrée très émouvante par moments, elle est tombée dans le piège de se prendre, elle et son spectacle, un peu trop au sérieux. Quant à la qualité de la prestation, les chansons en anglais étaient dans l'ensemble excellentes — en particulier « All by Myself » —, alors que les titres en français de Jean-Jacques Goldman passaient moins bien, tant sur le plan du contenu que de l'interprétation. 

Ma femme a un peu plus apprécié le spectacle que moi, mais aucun de nous n'aurait été tenté d'assister à l'un de ses concerts suivants, même si nous nous étions trouvés à Paris à ce moment-là et avions pu obtenir des billets. Le 14 septembre, la vidéo n'était plus disponible sur YouTube ... 

lundi, septembre 14, 2026

La question oubliée du 11 septembre

Quand j'ai appris la nouvelle des attentats terroristes du 11 septembre, je prenais mon petit-déjeuner à Vail, dans le Colorado, après ma course à pied matinale. En apprenant ce qui se passait à New York, la première pensée qui m'est venue à l'esprit fut : « Des années d'humiliation et de châtiment infligées à la population palestinienne sont la cause de ces attaques ».

Dans son ensemble, l'Amérique n'a pas perçu cette aspect de l'attaque dévastatrice. Animée par sa conviction d'être dans son bon droit et par un sentiment d'exceptionnalisme profondément ancré, elle s'est indignée : « Comment a-t-on pu nous attaquer de la sorte ? C'est totalement injuste, nous ne méritions absolument pas un tel traitement. » 

Je n'ai entendu nulle part la question : « Pourquoi nous a-t-on infligé ce châtiment atroce ? » Certes, se demander « pourquoi » aurait été logique, mais cette interrogation a été manifestement absente de notre réaction nationale. Du moins, c'est ainsi que je l'ai perçu. 

Il n'y a eu aucune analyse approfondie a posteriori, mais plutôt une immédiate guerre de vingt ans — jugée « bien méritée » — pour venger cette attaque, d'abord contre l'Afghanistan, suivie presque simultanément d'une autre, tout aussi coûteuse en vies humaines et en ressources, contre l'Irak. 

Une tragédie pour tous, mais aussi un rappel puissant : pour tirer les leçons d'une catastrophe, il faut toujours remonter à la cause profonde de celle-ci en posant une question toute simple : « Pourquoi ? »

dimanche, septembre 13, 2026

Une journée gratifiante !

Mon aventure avec l'espagnol a débuté en 2015, mais a été rapidement abandonnée faute d'un engagement suffisant de ma part ; toutefois, le mois de juillet 2024 et la perspective d'un voyage en Andalousie relançait très sérieusement mon effort. L'outil utilisé était Duolingo, un système qui a littéralement relégué aux oubliettes les méthodes Assimil de ma jeunesse que j’utilisais pour apprendre l'anglais, l'allemand et l'italien... 

En juillet dernier, je suis passé de Duolingo à TalkPal, un système d'IA basé sur ChatGPT. Il y a juste quelques jours de cela, j'étais franchement stupéfait de mes progrès en conversation, ce qui confirmait, s'il en était besoin, que j'avais fait le bon choix.

Certes, cette nouvelle méthode est bien plus douce pour un cerveau vieillissant comme le mien, mais elle ne peut pas pour autant réduire le temps d'assimilation et d'apprentissage aussi vite qu'on le souhaiterait. 

C'est comparable à faire pousser des laitues : les raccourcis temporels sont rares ou ont des conséquences ; pour l'apprentissage des langues aussi, les informations doivent se mettre en place et infuser lentement avant de révéler leurs merveilleux résultats. 

Ce processus, qui prend le temps de mûrir pour aboutir à un résultat gratifiant, est précisément ce que j'ai vécu il y a quelques jours. Ce fut une fantastique expérience de gratification différée, qui m'a rendu à la fois fier et heureux ! 

samedi, septembre 12, 2026

Les mésaventures d’Edgar Grospiron

L'actualité récente autour d'Edgar Grospiron concerne principalement la présidence du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques d'hiver 2030 (COJOP) dans les Alpes françaises. Après le retrait de Martin Fourcade début 2025 en raison de désaccords avec les collectivités locales, Edgar Grospiron avait repris la tête du comité d'organisation. 

Ce qu’offrait l’ancien champion olympique de bosses était sa carrière de motivateur et aussi par son implication dans la candidature d'Annecy pour les Jeux olympiques d'hiver de 2018 qui s’était soldée par un échec cuisant et une nette défaite face à la ville sud-coréenne de Pyeongchang. La structure de pilotage avait souffert de retards à l'allumage, de luttes de pouvoir locales et du départ de figures clés, notamment de la démission d'Edgar Grospiron de son poste de directeur général fin 2010. 

Sur ces points, le choix de Grospiron était fortement discutable, comme je l’avais évoqué en mars dernier, car mis à part son expérience professionnelle qui n’apportait rien au programme complexe et logistique que représentait des JO prenant place sur l’ensemble des Alpes françaises, il n’avait pas l’exceptionnelle expérience qui demandait une mission aussi difficile. 

De part sa nature, Grospiron était un individualiste et non pas un individu animé par l’esprit d’équipe si important pour mener à bien sa tâche. Il n’a aussi rien fait pour effacer d'importantes turbulences internes, notamment des frictions persistantes entre l'État, les régions d'accueil (Auvergne-Rhône-Alpes et PACA) et le comité sur les arbitrages budgétaires et la carte définitive des sites d'épreuves. 

De plus, en matière de gestion interne, des départs successifs au sein des équipes ont eu lieu ainsi que des retards opérationnels et la commande d'un audit sur le climat social au sein du COJOP. Entre autres problèmes, les parlementaires ainsi que le CNOSF ont publiquement remis en question la gestion et la transparence du comité, menant à une crise de confiance. 

Face à tout cela et au risque d'impasse à moins de quatre ans des Jeux, le bureau exécutif du COJOP s'est réuni avant-hier pour mettre en place une restructuration majeure de sa gouvernance, poussant l'ancien champion olympique vers la sortie. 

vendredi, septembre 11, 2026

La malédiction du « couche-tard »

Alors que nous marchions à contre-sens d’une circulation plutôt dense entrant en ville vers 7 h 55, je pensais à tous ces gens qui ne sont pas du matin et qui peinent chaque jour à arriver à l'heure au travail, à une heure bien trop matinale. Quel supplice !

Moi qui suis plutôt du matin, je redoutais, en tant que jeune cadre, ces réunions de 16 h 30 qui s'éternisaient dans la soirée alors que mon cerveau n'était plus d'aucune utilité. Par un juste retour des choses, une fois devenu patron, c'est moi qui organisais des réunions tôt le matin, au grand dam de mes collaborateurs couche-tard… Voilà bien un manque total de mémoire et de compassion ! 

Certains (moi y compris) pourraient croire que la répartition entre « gens du matin » et « gens du soir » est 50/50, mais rien n'est plus faux. En réalité, environ 15 % des gens sont du matin, 15 % du soir, et les 70 % restants se situent quelque part entre les deux. Les personnes du matin (souvent surnommées « alouettes » ou « lions ») représentent une personne sur six ou sept. Elles se réveillent facilement et connaissent un pic d'énergie tôt dans la journée.

On trouve la même proportion de gens du soir (les « hiboux » ou « loups »), qui préfèrent veiller tard et atteignent leur pic de productivité la nuit. Viennent ensuite les autres, les profils dits intermédiaires (parfois appelés « ours » ou « troisième type d'oiseau »), qui constituent la majorité — sept personnes sur dix, ou plus de la moitié, selon le modèle de classification utilisé. Ils suivent un rythme intermédiaire plus flexible, calé sur les horaires diurnes classiques. 

Toutefois, ces catégories ne sont pas figées, car les préférences évoluent considérablement avec le temps. Si seulement 7 % environ des jeunes adultes sont des « alouettes » (un chiffre inférieur aux 15 % de la population générale), la grande majorité bascule vers un profil matinal à l'approche de la soixantaine ; la situation est donc mouvante. En fait, il est fascinant de voir à quel point l'âge et le sexe peuvent modifier ces chiffres. 

Si la génétique détermine notre profil de base, notre horloge interne évolue naturellement avec l'âge. On observe un changement biologique marqué vers une activité nocturne aux alentours de 20 ans. Environ 32 % des adolescents sont des couche-tard. En revanche, avec l'âge, l'horloge interne des adultes a tendance à se décaler naturellement vers une heure plus matinale. À 60 ans, plus de 63 % des personnes se considèrent comme des « lève-tôt », tandis que seules 7 % environ restent des « couche-tard ». 

Quant aux différences entre les sexes, des études génétiques de grande envergure révèlent qu'une plus grande proportion de femmes (48,4 %) se définit comme matinale par rapport aux hommes (39,7 %). Notre rythme de sommeil naturel — qu'on appelle chronotype — est largement déterminé par notre biologie et notre horloge interne, plutôt que par un choix conscient. 

Maintenant que vous savez tout ça, vous n'avez plus aucune excuse pour ne pas tenir compte du chronotype de vos collègues, de vos amis et de vos proches !

jeudi, septembre 10, 2026

Indice de Gini et bonheur (deuxième partie)

Si l'on compare les États-Unis, la France, la Suisse et les pays nordiques, on constate que les pays affichant de faibles inégalités (indice de Gini bas) ont tendance à obtenir de meilleurs résultats sur l'indice du bonheur, bien que la relation ne soit pas parfaitement linéaire. Toutefois, une tendance claire se dessine : les pays nordiques et la Suisse conjuguent faibles inégalités et niveau de bonheur très élevé ; la France se situe dans la moyenne ; quant aux États-Unis, ils affichent un niveau de bonheur élevé malgré des inégalités importantes, grâce à une forte croissance du PIB et aux effets bénéfiques des biens publics.

Vous trouverez ci-dessous une comparaison structurée, pays par pays, fondée sur les meilleures recherches disponibles. 

États-Unis :

  • Inégalités élevées, bonheur stable Les États-Unis présentent des inégalités de revenus exceptionnellement élevées, en augmentation depuis quatre décennies. Pourtant, le niveau moyen de bonheur est resté globalement stable, et les inégalités en matière de bonheur ont même diminué. 
  • Pourquoi ? Les recherches suggèrent que la croissance économique et le développement des biens publics (infrastructures, services) contribuent à compenser les effets négatifs des inégalités. 
  • Interprétation : Les États-Unis constituent l'exemple type où un indice de Gini élevé ne signifie pas automatiquement un faible niveau de bonheur, car la croissance et les biens publics réduisent la dispersion du bonheur, même lorsque les inégalités augmentent. 

France :

  • Inégalités modérées, bonheur modéré Les inégalités sont plus faibles en France qu'aux États-Unis, mais plus élevées que dans les pays nordiques. Des travaux d'économistes français (Clark, Flèche, Senik) montrent que les inégalités de bonheur diminuent lorsque le PIB augmente, même si les inégalités de revenus s'accroissent. La France correspond à ce modèle : bonheur stable, inégalités modérées et services publics solides. 
  • Interprétation : La combinaison, en France, d'une forte couverture sociale et d'inégalités modérées se traduit par des scores de bonheur situés dans la moyenne — meilleurs que ceux des États-Unis en matière d'égalité, mais inférieurs à ceux des pays nordiques en matière de bonheur. 

Suisse :

  • Faibles inégalités, bonheur très élevé La Suisse figure parmi les pays les plus riches (PIB par habitant d'environ 100 000 $). Elle occupe également la 13e place du classement mondial du bonheur (score de 6,94). Son coefficient de Gini est faible, grâce à une forte cohésion sociale, des salaires élevés et une gouvernance décentralisée. 
  • Interprétation : La Suisse est un cas d'école illustrant la combinaison de faibles inégalités et d'un niveau de bonheur élevé, conformément à la tendance mondiale dominante. 

Pays nordiques (Finlande, Danemark, Suède, Islande) : 

  • Très faibles inégalités, niveaux de bonheur les plus élevés au monde La Finlande, le Danemark, l'Islande et la Suède occupent les quatre premières places des classements mondiaux du bonheur (scores compris entre 7,35 et 7,74). Ces pays affichent également certains des coefficients de Gini les plus bas au monde. Leur bonheur repose sur des filets de sécurité sociale solides, une grande confiance envers les institutions, un large accès aux services publics, de faibles inégalités et une mobilité sociale élevée. 
  • Interprétation : Les pays nordiques constituent la preuve la plus manifeste qu'il existe une corrélation entre de faibles inégalités et un niveau de bonheur élevé. 

 Ce que révèle cette comparaison : De faibles inégalités favorisent grandement un niveau de bonheur élevé (pays nordiques, Suisse). Des inégalités modérées engendrent un niveau de bonheur modéré (France). Des inégalités élevées ne réduisent pas nécessairement le bonheur si la croissance et les biens publics viennent compenser la situation (États-Unis). 

Ce n'est pas aussi simple qu'il y paraît, et j'espère ne pas vous avoir trop embrouillés !

mercredi, septembre 09, 2026

Indice de Gini et bonheur (première partie)

Pour ceux qui l’ignorent ou l’ont oublié, l’indice de Gini (ou coefficient de Gini) est un outil statistique servant à mesurer les inégalités économiques au sein d’une population. Un indice de zéro (0) correspond à une égalité parfaite, où chaque individu ou ménage perçoit exactement le même revenu. Un indice de un (1) représente une inégalité totale, où une seule personne perçoit la totalité des revenus tandis que les autres ne gagnent rien. 

Ce n’est pas une mesure que vous verrez dans votre fil d’actualité ni dont parleront les hommes politiques ! Je me suis demandé s’il existait une corrélation entre ce qui est publié sous le nom d’« indice de bonheur » et cette mesure des inégalités. Il existe manifestement une corrélation entre l’indice de bonheur d’un pays et son indice de Gini. Toutefois, la relation n’est pas linéaire. Les recherches révèlent trois schémas différents selon le pays, la culture et le niveau d’inégalité.

Une vaste étude internationale portant sur 30 pays a montré qu’une forte inégalité est associée à une proportion moindre de gens heureux et à une proportion plus élevée de malheureux. L’ampleur de cet effet est comparable à celle de l’impact du revenu médian sur le bonheur. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit du « sens attendu » : plus d’inégalités signifient moins de bonheur. Cela dit, la relation n’est PAS toujours linéaire. 

D’importantes études ont mis en évidence une courbe en forme de U inversé entre inégalités et bonheur. Quand les inégalités sont faibles, les gens y voient généralement un signe d’opportunités et de mobilité sociale ascendante, et pensent que leur bonheur peut croître. 

En revanche, quand les inégalités deviennent élevées, la jalousie, la frustration et une mobilité réduite prennent le dessus, et le bonheur diminue. Ce schéma a été confirmé par des données longitudinales aux États-Unis et des données comparatives en Europe. 

On peut donc dire qu’un certain niveau d’inégalité peut accroître le bonheur, mais qu’un excès d’inégalités le réduit. Une autre étude montre que le bonheur dépend de la manière dont les individus se comparent à leurs semblables (même sexe, même origine ethnique, etc.). Dans ce contexte, les personnes capables d’effectuer des comparaisons tant ascendantes que descendantes se sentent plus heureuses dans les pays où les inégalités sont fortes, car leur position relative y est plus claire. Lorsque les inégalités sont faibles, les comparaisons sont moins significatives et cet effet disparaît. 

Cela signifie que les inégalités affectent aussi le bonheur par des facteurs psychologiques, et pas justes économiques. Comme on peut s’y attendre, l’effet des inégalités sur le bonheur varie considérablement selon les régions, la culture locale, les systèmes de protection sociale et les attentes en matière de mobilité. 

En somme, il existe bien une corrélation, mais elle est complexe : lorsque les inégalités sont faibles, le bonheur peut augmenter et les inégalités sont perçues comme une source d'opportunités ; à l'inverse, lorsque les inégalités sont fortes, le bonheur diminue car les individus se sentent bloqués, envieux ou pessimistes quant à la mobilité sociale. 

Cela explique pourquoi les pays nordiques (faible indice de Gini, niveau de bonheur élevé) obtiennent de bons résultats, alors que les pays marqués par de très fortes inégalités sont souvent moins bien classés, mais aussi pourquoi certains pays aux inégalités modérées peuvent tout de même afficher un niveau de bonheur élevé. La prochaine fois, nous approfondirons le sujet en examinant quelques pays en particulier...

mardi, septembre 08, 2026

Quand la pluie salit la laitue

En raison des fortes pluies récentes, la laitue de mon potager n'a jamais été aussi sale. Je me suis donc demandé s'il existait des astuces pour la nettoyer correctement, plus rapidement et en utilisant moins d'eau. Voici ce que j'ai découvert en observant les méthodes des producteurs professionnels. 

Oui, il existe des moyens plus rapides, plus efficaces et plus économes en eau pour laver une laitue très sale, surtout après de fortes pluies qui projettent la terre au cœur des feuilles. Je commence par utiliser un seau, ou à défaut un grand saladier ou une essoreuse à salade comme « bac de lavage ». Je remplis le récipient à moitié — pas entièrement — d'eau froide et j'utilise la même eau pour toute la récolte.

Ensuite, je plonge la laitue tête en bas ; comme la terre s'accumule à la base des feuilles, cette position permet aux saletés de tomber immédiatement. J’imprime une délicate rotation dans les deux sens pendant 5 à 10 secondes, sans frotter, car la terre se détache d'elle-même. Enfin, je sors la laitue de l'eau sans jamais verser d’eau dessus. 

C'est là tout le secret : la terre tombe au fond tandis que la laitue flotte ; je récupère donc une laitue propre alors que la terre reste au fond. Cette méthode consomme très peu d'eau et nettoie bien mieux que l'eau courante. Ensuite, l'essoreuse à salade élimine les derniers résidus de terre et l'humidité. Ce n'est que si la laitue est extrêmement boueuse (après un violent orage, par exemple) que je procède à un « lavage en deux étapes » en répétant la première opération dans un récipient rempli d'eau propre. 

Je n’utilise que de l'eau froide : elle permet à la terre de se détacher plus vite, raffermit les feuilles et les rend croquantes. Une astuce supplémentaire consiste à retirer les feuilles extérieures avant le lavage, car ce sont elles qui accumulent le plus de boue. 

Une autre technique de professionnel consiste à laisser tremper la salade pendant 2 minutes avec un trait de vinaigre (je n'ai pas encore essayé cette méthode). Si la terre est collante (argileuse), ajouter une cuillère à soupe de vinaigre blanc pour 4 litres d'eau. Cela aide à décoller les impuretés et tue les microbes, sans laisser de goût après l'essorage. 

Enfin, je veille à ne jamais rincer la salade sous l'eau courante, car cela gaspille l'eau sans pour autant éliminer les résidus. Je ne secoue pas la salade vigoureusement pour éviter d'abîmer les feuilles et je ne la lave jamais dans une passoire, car la terre y reste piégée. Désormais, tout comme moi, vous pouvez déguster une salade bien propre. Bon appétit !

lundi, septembre 07, 2026

Une clôture que les chevreuils détesteront …

Quand nous avons construit notre maison il y a 13 ans, il y avait une petite clôture rustique au sud de notre terrain. Elle était basse — à peine un mètre de haut — et assez charmante. Cependant, elle était en train de pourrir, ayant été installée avant 1980. Au fil des ans, je l'ai réparée régulièrement du mieux que j'ai pu, mais elle avait atteint la fin de sa vie ; j'ai donc décidé d'agir.

Au début, en 2016, j'envisageais simplement de la remplacer à l'identique et je pensais même faire cela moi-même. Il me suffisait alors de 1 000 dollars en bois et en béton, sans compter mon travail. Il y a un mois environ, j'ai finalement décidé de la remplacer, mais j'ai jugé que j'étais trop âgé pour ce genre d'exercice. 

Les devis obtenus s'élevant jusqu'à six fois le montant envisagé dix ans plus tôt, je me suis dit « Pourquoi ne pas installer une clôture complète de 1,80 mètre autour de l'arrière de la maison ? Je n'avais pas bien réalisé que cela coûterait quatre fois plus cher que la petite clôture de 25 mètres ! Cela permettrait, entre autres, de mettre fin à l'invasion constante de notre jardin par de gros animaux. 

De fil en aiguille, j'ai pensé à Trump et à sa clôture à la frontière sud, qui devait — à coup sûr — être payée par le Mexique. J'ai donc trouvé un entrepreneur mexicain qui parlait peu anglais, mais qui m'a offert une excellente occasion de tester mes rudiments d'espagnol sur lui et son équipe. En quelques jours, un bel enclos était érigé ; réalisant que celui-ci tiendrait enfin à l'écart chevreuils, orignaux, chiens et lynx, ma femme et moi nous en sommes félicités. 

Pourtant, tout comme pour le mur de Trump, ce n'est pas notre entrepreneur mexicain qui a payé la clôture ; bien au contraire ! 

dimanche, septembre 06, 2026

Un métier qu'on adore ! (Troisième partie)

En principe, nous n'aimons pas les activités que nous ne maîtrisons pas ou que nous ne comprenons pas bien. Avec du temps, de la maîtrise et de l'autonomie, ce désintérêt peut se transformer en appréciation. Toutefois, cela ne fonctionne pas si cette aversion découle d'une violation de nos valeurs, d'un conflit d'identité ou d'un stress chronique. 

Personne ne peut finir par aimer un travail qui va contre son éthique, qui étouffe sa personnalité, qui l'épuise et le vide de son énergie en permanence, qui l'isole socialement ou encore qui lui semble totalement dénué de sens. Dans ces cas-là, « apprendre à aimer » n’est pas de l'épanouissement, mais de l'autoflagellation.

En réalité, nous ne tombons pas amoureux d'un emploi en tant que tel ; nous nous attachons plutôt à la compétence acquise, aux liens tissés, à l'impact que nous pouvons avoir sur la société, l'environnement ou la santé d'autrui, au confort de la routine, à l'identité unique que ce travail nous apporte et à la personne qu’il nous fait devenir. 

Un métier devient gratifiant quand il sert de vecteur à notre développement personnel, et pas parce qu’il correspond parfaitement à une passion. Lorsque il n’y pas de passion dans l'activité professionnelle, voici les stratégies qui fonctionnent vraiment : Passer de la « passion » au « métier » (ou savoir-faire) : en cherchant à exceller dans un domaine, nous éprouvons de la fierté. 

Donner du sens « autour » du travail plutôt que « dedans » celui-ci ; ce sens peut naître du soutien apporté à sa famille, de la contribution à une équipe, de l'aide aux clients ou aux utilisateurs, de la construction d'une excellente réputation ou de l'apprentissage de la résilience. Ne pas oublier de cultiver sa passion en dehors du travail, grâce à des loisirs, des relations sociales, du bénévolat ou des activités créatives. Le travail devient alors un moyen de réaliser ces aspirations, et non la pièce maîtresse de notre vie. 

Adapter son travail plutôt que de le remplacer : effectuer de petits changements — comme modifier certaines tâches, changer d'équipe ou d'horaires — peut transformer notre expérience. Personnellement, j'ai transformé les corvées (à la maison ou ailleurs) en jeux : j'essaie d'améliorer la qualité de ce que je fais, d'ajuster certaines procédures de manière créative et de mesurer à la fois la qualité et le temps gagné. Tout, même l'activité la plus pénible, devient alors un jeu ! 

Enfin, accepter que la passion ne soit pas l'unique voie vers l'épanouissement. Ce dernier peut naître de la stabilité, de la maîtrise, de la contribution, de l’équilibre, de l’identité ou des relations. Sous cet angle, la passion n’est qu’un ingrédient parmi d’autres. Je ne déplore pas son absence ; j’explore simplement les possibilités de croissance, d’adaptation et de quête de sens dans des circonstances imparfaites, y voyant un défi supplémentaire que personne d’autre ne sera capable de relever mieux que moi. 

Il est possible d’apprendre à aimer ce que l’on n’appréciait pas auparavant, à condition que le travail devienne un vecteur de compétence, d’autonomie et de sens, sans pour autant aller à l’encontre de notre nature profonde. Essayez, et vous finirez par aimer ce que vous détestiez autrefois !

samedi, septembre 05, 2026

Un métier qu'on adore ! (Deuxième partie)

Quand l'emploi idéal — celui qui suscite passion et envie irrésistible de se rendre au travail chaque matin — n'est pas là, voyons comment il est possible d'apprendre à aimer (ou du moins à apprécier) une activité que l'on déteste au départ, à condition toutefois que certaines conditions soient réunies. 

En l'absence de passion innée, peut-on la faire naître grâce au sens, à la maîtrise, à l'autonomie et à l'identité ? D’accord, pas question de se forcer à aimer une activité qui va contre nos valeurs ou nous vide de notre énergie ; ce serait de la folie ! En réalité, la question n'est pas de savoir si les emplois de rêve existent, mais plutôt : si je n'adore pas ce que je fais, puis-je apprendre à l'apprécier davantage et, à terme, finir par l'aimer ? 

Peut-on cultiver l'attachement à son travail ? C'est une question profonde, à laquelle la psychologie apporte une réponse étonnamment claire. D'après mes recherches, les études en motivation montrent que la passion provient de trois ingrédients : 

  • La maîtrise : lorsque nous gagnons en compétence dans un domaine, nous commençons à l'apprécier davantage, car cette compétence nous apporte plein de satisfaction et finit par faire partie intégrante de notre identité. 
  • L'autonomie : si nos supérieurs nous le permettent, le fait d'avoir un certain contrôle sur notre travail rend la tâche plus supportable, voire agréable à mesure qu'elle évolue. 
  • Le sens (ou la finalité) : lorsque nous relions notre travail à quelque chose qui nous dépasse (aider les autres, soutenir sa famille, contribuer à une équipe), il devient émotionnellement gratifiant et nous devenons fiers de notre contribution. 

Ces trois éléments peuvent transformer un travail déplaisant en une activité porteuse de sens ; ils ne peuvent toutefois pas métamorphoser un emploi qui va contre nos valeurs ou porte atteinte à notre identité. Dans la prochaine partie de cette série, nous approfondirons le sujet pour découvrir comment apprendre à aimer une activité que nous pensions, au premier abord, détester.

vendredi, septembre 04, 2026

Un métier qu'on adore ! (Première partie)

Nous aimerions tous exercer un métier que nous aimons, et c’est ce que nous disons à nos enfants, petits-enfants ou à nos proches ; car l’adéquation parfaite entre nos passions et une activité professionnelle qui correspond à nos goûts est, pour la plupart d’entre nous, bien difficile à trouver. C’est précisément cette réalité qui contraint beaucoup d’entre nous à accepter des compromis et, souvent, à renoncer à cette « carrière de rêve » tant espérée.

Une question légitime se pose alors : que faire lorsqu’il n’y a aucune correspondance entre ce que nous aimerions faire et la réalité d’un métier qui semble incapable de nous procurer le moindre plaisir — sans même parler de « passion » ? Plus précisément, peut-on en venir à aimer une activité qu’on a en horreur ? 

C’est sans doute l’un des dilemmes les plus profonds de nos vies : le fossé qui existe entre le travail dont nous rêvons et celui que nous finissons par exercer. Il faut mettre des mots sur un sentiment que beaucoup éprouvent sans jamais l’exprimer : ce chagrin silencieux de réaliser que passion et métier ne se rejoignent pas toujours, et amène cette interrogation fondamentale : l’amour d’un métier peut-il être cultivé s’il n’est pas au rendez-vous ? 

Ne nous leurrons pas : le « métier de rêve » est une rareté absolue. Faire coïncider passion et activité professionnelle est exceptionnel, non pas parce que les gens manquent de passion, mais parce que nos passions ne sont souvent pas monnayables et qu’elles évoluent avec le temps, alors que les emplois sont façonnés par des impératifs économiques plutôt que par des rêves personnels. 

Dans mon cas, bien que je me sois lancé dans ce que l’on pourrait qualifier de « carrière de rêve », dans le secteur du ski, mon boulot n’a jamais été une sinécure ; il fut parsemé de frustrations causées par des propriétaires déraisonnables, des supérieurs incompétents ou tout simplement par un manque de moyens matériels. Enfin, il existe aussi des aspects imprévus d'un emploi de rêve qui peuvent aussi se transformer en expériences douloureuses ...  

Ainsi, le « rêve » se transformait souvent en une série de petit cauchemars récurrents. La plupart des emplois qui s’offrent à nous impliquent répétition, contraintes et compromis ; l’idée qu’il faille « suivre sa passion » est donc réconfortante mais profondément trompeuse — voire utopique. En effet, la plupart d’entre nous finissent par bâtir leur vie autour d’un travail imparfait, sans jamais découvrir cette carrière idéale ou cette adéquation parfaite. 

Demain, nous verrons si nous pouvons arranger tout ça …

jeudi, septembre 03, 2026

Années charnières au féminin (Deuxième partie)

Après avoir passé en revue les années qui définissent la vie d'un homme, il est légitime de se demander si les femmes traversent des processus similaires. La réponse est qu’il existe des différences majeures. Bien que les hommes et les femmes franchissent des étapes chronologiques comparables, les mécanismes biologiques sous-jacents, les rythmes de maturation cognitive et les pressions sociétales engendrent, pour les femmes, des événements distincts et déterminants. 

Un point crucial est que le cerveau féminin arrive à maturité plus tôt, avec une phase d'accélération entre 18 et 25 ans, permettant une transition plus rapide vers la maturité psychologique par rapport aux hommes. En raison de ce développement social et émotionnel accéléré, les jeunes femmes sont davantage sujettes à l'anxiété et aux troubles de l'humeur durant cette période que les jeunes hommes, sous l’intense influence des pressions sociales et des fluctuations des taux d'œstrogène et de progestérone. 

Comme leur cortex préfrontal achève son développement bien plus tôt que les hommes, les jeunes femmes acquièrent des capacités d'évaluation des risques à long terme, de régulation émotionnelle et de traitement des interactions sociales bien avant les hommes de leur âge. En même temps, le corps féminin connaît une transition biologique beaucoup plus abrupte et concentrée à la mi-vie.

Le taux hormonal de base des femmes diminue progressivement de 1 % par an après 30 ans, avant de chuter brutalement lors de la ménopause. Alors que la baisse hormonale masculine est plus lente, elle constitue un bouleversement soudain et systémique chez la femme. Si la trentaine est pour l’homme une période consacrée au maintien de sa santé physique et à la consolidation de sa carrière, la femme, entre 35 et 50 ans, doit concilier des impératifs biologiques stricts liés à sa fertilité et avec l'apogée de sa vie professionnelle. 

Pour les femmes, cette période se transforme souvent en un exercice d'équilibriste aux enjeux élevés, imposé par une horloge biologique inflexible. Une femme souhaitant avoir des enfants doit jongler entre sa carrière, la stabilité de son couple et les contraintes temporelles liées à sa fertilité. Entre 40 et 50 ans, alors que la transition de mi-vie chez l'homme est principalement motivée par une réflexion psychologique (« Qu'ai-je accompli ? »), celle de la femme s'ancre profondément dans une restructuration neuro-hormonale majeure. 

Contrairement au déclin hormonal progressif observé chez les hommes, les femmes subissent une chute brutale du taux d'œstrogène durant la périménopause et la ménopause (qui survient en moyenne vers 51 ans). L'œstrogène n'est pas seulement une hormone reproductive ; il protège le cerveau, les os et le cœur des femmes. Cette carence en œstrogène modifie fondamentalement la manière dont l'organisme féminin stocke les graisses, métabolise l'insuline et régule la température corporelle (entraînant bouffées de chaleur et insomnie). 

Les chercheurs en sciences sociales observent une « courbe du bonheur en forme de U », selon laquelle la satisfaction de vivre atteint son point le plus bas chez de nombreuses femmes aux alentours de 47 ou 48 ans. Ce creux résulte d'une conjonction critique de facteurs : stress professionnel intense, vieillissement des parents, départ des enfants adolescents du foyer et bouleversements hormonaux majeurs. 

Si le cap de la quarantaine est plus éprouvant pour les femmes, les études sur cette courbe en U montrent que leur satisfaction de vie rebondit avec vigueur après 55 ans, s'accompagnant d'un formidable regain de créativité, de confiance en soi et de leadership. Il est indéniable que les femmes connaissent une vie bien plus mouvementée que les hommes !

mercredi, septembre 02, 2026

Les années déterminantes de ma vie (Première partie)

En observant mon propre vécu et à mesure que je vieillis, je me demande parfois quelles sont les années qui marquent le plus un homme pendant son existence. Lorsque je repense à mon parcours, je constate que j'ai vécu mes meilleurs moments — les plus gratifiants et les plus marquants — durant un peu plus d'une décennie, s'étendant jusqu'au milieu de ma vingtaine. 

Cette période fut si intense et mémorable que, plus d'un demi-siècle plus tard, elle s'impose encore immédiatement à l'esprit lorsque je passe ma vie en revue ; je me demande alors pourquoi des événements récents, pourtant autant passionnants qu’heureux, semblent relégués au second plan. Depuis cette période relativement courte, rien ne m'a autant marqué, malgré une vie de famille épanouissante, une belle carrière et, jusqu'à présent, une retraite agréable.

En approfondissant le sujet, voici ce que j'ai découvert. La période allant de la naissance à l'âge de cinq ans façonne notre structure cérébrale fondamentale. Durant ces premières années, notre cerveau d'enfant se développe plus rapidement qu'à tout autre moment de la vie ; chaque expérience vécue alors conditionne la manière dont il gérera le stress, les émotions et les relations à l'âge adulte. C'est à ce stade que l'enfant crée plus d'un million de nouvelles connexions neuronales chaque seconde. 

C'est aussi une période où un environnement sécuritaire et affectif établit les bases de la confiance et de la santé mentale. À l'inverse, des expériences négatives ou des mauvais traitements durant ces années vont affecter le développement physique du cerveau et entraîner des risques à long terme. Viennent ensuite l'adolescence et le début de l'âge adulte (de 12 à 25 ans), qui ont l'impact le plus profond sur l'identité, le comportement et la réussite d'un homme tout au long de sa vie. 

C'est durant cette période que le jeune homme découvre qui il est et trouve sa place dans la société. Le cerveau connaît alors un vaste processus de remodelage, commençant par les centres émotionnels pour s'achever au niveau du cortex préfrontal (la zone gérant la planification et le contrôle des impulsions) vers l'âge de 25 ans. Durant cette phase, les amis et les groupes sociaux exercent une influence considérable sur les valeurs, la prise de risques et la confiance en soi. 

Parallèlement, la recherche de gratification est intense, ce qui fait de cette période un moment charnière pour l'éducation, l'acquisition d'habitudes professionnelles et la prévention des comportements à risque. C'est aussi le moment où la rencontre de mentors et des expériences enrichissantes vont permettre de surmonter ou de guérir les difficultés rencontrées pendant la petite enfance. 

En fait, ces informations m'ont fait comprendre pourquoi ma jeunesse a eu et continue d’avoir une influence aussi déterminante sur moi et pourquoi je reste si attaché à cette douzaine d'années : elles ont défini la personne que je suis devenue et la direction qu'a prise mon évolution, et je n’ai même pas mentionné mes goûts musicaux ! 

Cet attachement émotionnel est si puissant qu'il ancre toute ma personnalité ; il continue d'influer sur ma vie de famille ainsi que sur mes autres réalisations, et demeure au cœur de mon existence, bien que cette période s'éloigne inexorablement du présent. 

Demain, nous verrons si les femmes connaissent le même processus que les hommes ...

mardi, septembre 01, 2026

Vieux pieds, nouveaux problèmes …

À mesure que nous vieillissons tout en restant très actifs (course à pied, marche, etc.), il est évident que la plante de nos pieds peine davantage à absorber le poids du corps et les chocs, ce qui peut entraîner un nombre de soucis podologiques. C’est une hypothèse logique et qui répond à cette question par l’affirmative. 

Avec l’âge, les pieds absorbent moins efficacement les chocs, ce qui peut favoriser des affections telles que la métatarsalgie, l’atrophie du coussinet adipeux plantaire et l’arthrite. Toutefois, le lien est indirect, et rester actif demeure l’une des meilleures choses à faire pour la santé de nos pieds. 

Il est évident qu’en vieillisant, les pieds perdent une partie de leur capacité naturelle d’amorti, principalement parce que les coussinets adipeux s’affinent, que les ligaments se raidissent et que les tendons perdent de leur élasticité. 

Cela peut accroître les contraintes exercées sur l’avant-pied et les articulations, augmentant ainsi le risque de pathologies comme la métatarsalgie. Mais l’activité en soi n’est pas le problème ; bouger beaucoup, comme je le fais, finit par protéger mes articulations. Certes, le vieillissement n’épargne ni notre corps ni nos pieds : l’amincissement des coussinets sous le talon et les têtes des métatarses réduit l’absorption des chocs et accentue la pression sur les os et les nerfs. 

Nos tendons et ligaments ne sont pas mieux lotis : avec l’âge, le collagène se rigidifie, rendant nos pieds moins aptes à s’adapter aux surfaces irrégulières et aux chocs répétés. La voûte plantaire peut également s’affaisser légèrement avec le temps, déplaçant la charge vers l’avant-pied ; enfin, des années de marche et de course entraînent de légères modifications dégénératives qui reflètent un vieillissement normal, sans pour autant constituer une maladie.

Ces changements ne signifient pas que nos pieds « lâchent », mais simplement qu’ils accusent la charge différemment. C’est pour cette nouvelle réalité que les coureurs et marcheurs âgés optent souvent pour des chaussures plus souples dotées d’un amorti généreux, évitent les longues descentes et réduisent la longueur de leur foulée. 

C’est de l’adaptation, pas de la détérioration ! Nos pieds n’absorbent pas autant de poids parce qu’ils sont faibles, mais parce que leur système d’amorti biologique évolue. Nos muscles peuvent rester puissants et notre système cardiovasculaire excellent, mais les coussinets adipeux et les tissus conjonctifs, eux, n’en ont cure et continuent de s’affiner avec l’âge, quels que soient les efforts déployés pour enrayer ce processus ...