mardi, août 24, 1999

Gâchette facile

Récemment, Éric Lanvers d'Évry m'adressait un message dans lequel il s'interrogeait sur le taux incroyablement élevé d'attaques armée contre des écoles, des garderies ou encore d'innocent citoyens un peu partout aux États-Unis. Le problème posé par toutes ces attaques est bien évidemment celui du libre accès aux armes à feu qui fait partie intégrante de la culture américaine et constitue une tradition profondément ancrée dans la population.

Au vu de ce qui pourrait apparaitre comme un carnage généralisé, la première question qui vient immédiatement à l'esprit est de savoir si personne n'est a l'abri de ces actes de tuerie imprévisibles? Au plus profond de ce bain de sang, plus de la moitié de l'opinion publique américaine blâme les parents pour ne pas faire leur travail d'éducateurs et tout autant l'influence néfaste des médias. Il n'en reste pas moins que la source réelle du fléau demeure la facilité d'accès aux armes à feux.

Aux États-Unis 87 personnes sont tuées chaque jour par balles. L'arsenal en circulation parmi la population civile est plus élevé que le nombre d'habitants! Chaque année, pour cent mille habitant, 11,35 personnes sont tuées par coup de feu aux E.U. contre 6,35 en France, 0,46 en Angleterre et seulement 0,07 au Japon! Dans de nombreux états américains il est common d'obtenir un port d'arme "cachée" avec lequel un pistolet trouve sa place dans une boîte à gants de voiture ou un sac à main. Imaginez maintenant ce qui peut se passer si vous faites une queue de poisson involontaire à celui ou celle qui possède un revolver dans sa voiture et qui de surcroit est de très mauvaise humeur…

Bien évidemment la question que tout non-américain se pose est de savoir pourquoi existe-t-il une telle prolifération d'armes? Pour comprendre la situation, il convient de se reporter au second amendement de la constitution américaine qui guarantit le droit du port d'arme par tout citoyen. Cette amendement, au demeurant archaïque, puisqu'il a été crée à l'indépendence des États-Unis est fortement soutenu par le lobby des armes à feu qui s'est jusqu'à présent opposé à tout enregistrement des armes à feux en prétextant que si le gouvernement sait où trouver chaque arme à feu, il lui serait trop facile de les réquisitioner à son bon gré et ouvrir ainsi la porte à un état tyraniquie qui pourrait alors tout controller et où chaque citoyen perdrait en autres libertés celle de posséder l'arme de son choix.

Il est clair que si ce droit peut raisonablement s'appliquer aux armes de tir, de chasse ou même à celles utilisées pour la légitime defense, on comprend beaucoup moins que mitraillettes et autres fusils d'assaut soient inclus dans la liste d'armes que tout bon citoyen est en droit de posséder. De plus, le lobby des armes argumente que si la justice laisse en liberté tous ces bandits dangereux et armés, il devient indispensable pour le citoyen normal de se défendre et donc de s'armer. La réalité est cependant que trop souvent, l'arme de defense d'un ménage aura de fortes chances d'être utilisée pour régler une dispute familliale ou pourrait devenir un jouet mortel aux mains d'enfants pouvant y avoir accès.

D'autre part, si l'état fédéral exige une période d'attente avant l'achat d'une arme pour vérifier que l'acheteur n'est pas un criminel, il est tout à fait possible de se procurer la même arme sur une foire ou par internet sans qu'aucune vérification ne soit opérée. Il est également très fréquent que des criminels notoires recourrent aux services d'"hommes de paille" ayant un casier judicière vierge pour leur procurer l'arsenal dont ils ont besoin.

Ceci étant, l'immunité dont semblait bénéficier le lobby des armes est en train de changer de manière radicale, et un nombre croissant d'américains commence à penser qu'il est maintenant temps de faire plus pour stopper le massacre. Le contrôle des armes à feu est donc en voie de devenir un élément très important pour l'élection présidentielle de Novembre 2000. Comme à l'accoutumée, les démocrates sont beaucoup plus en faveur de resserer l'étau alors que les républicains craignent encore de prendre une position trop radicale sur le sujet. Espérons qu'entre temps les fous armés qui nous entourent perdront l'envie d'exhiber leurs qualités de tireurs dans les cours de nos écoles...

lundi, mars 29, 1999

La Nostalgie

Il y a quelques années, la chaine ABC produisait et diffusait "l'Anthologie des Beatles", une série télévisée coïncidant avec un nouvel enregistrement de deux chansons de John Lennon, arrangées par George Martin, le producteur du groupe, et réunissant George, Paul et Ringo. Aux États-Unis, cette diffusion était accompagnée à grand renfort de publicité par le lancement de plusieurs disques compacts ainsi que des cassettes vidéo regroupant le contenu des émissions. Ayant toujours beaucoup adoré les Beatles, je regardais cette rétrospective avec un intérêt d'une intensité surprenante mais assez facile à comprendre: Cette histoire des Beatles me ramenait au coeur de ma jeunesse. J'avais alors entre 14 et 21 ans et me trouvais dans ces années charnières qui définissent souvent la tournure que vont prendre nos vies d'adultes.

A l'époque je ne m'étais jamais plongé dans l'analyse détailléede leur musique, en partie parce que je ne connaissais pas suffisamment bien l'anglais pour apprécier le sens des paroles, mais aussi parce que leurs chansons constituaient simplement le fond sonore qui devait rythmer mon adolescence. Cette anthologie allait donc agir comme le psychiatre qui remue la poussière des souvenirs tout en cherchant à remonter les courants émotionels de son patient. De la même façon, chacune des chansons du groupe Anglais me rappellait les émotions ressenties à des moments très précis où leur musique m'avait particulièrement touché. Ce retour aux sources des compositions des Beatles m'offrait ainsi l'occasion de renouer avec ces précieux moment de ma jeunesse. Plus récemment, alors que je parcourais les nombreuses photos que nous avons organisées dans des albums ou qui traînent encore dans des boîtes en attendant d'être classées, je ressentais ce même sentiment en examinant ces témoins d'un passé à la fois proche et lointain.

Tout ceci devait m'amener à réfléchir au phénomène de la nostalgie et au goût aigre-doux qu'amène ce pélérinage dans le passé. Je voulais débrouiller cet échevau de fibres sentimentales qui habite ceux d'entre nous qui ont atteint un âge certain. Ne riez pas, l'âge y est pour beaucoup; il est en effet plus facile d'être nostalgique à 45 ans qu'à 15 ans. Les souvenirs d'un adolescent sont minces. Ils s'étoffent au fil des années, bien que l'on tende à les ignorer parce qu'ils ne sont pas en vue. Il me semble que plus le temps passe, plus nous devenons sujet à la nostalgie. Celle-ci ne se limite pas seulement à la musique ou aux images. Elle s'applique aussi à toutes nos autres expériences: Voyages, spectacles, repas, événements tristes ou joyeux. La différence est que le son et l'image ont un pouvoir évocateur aussi pratique que puissant. Les enregistrements sonores ou visuels ne sont rien d'autre que de la nostalgie en conserves. Lorsque l'on se trempe dans le passé, il semble qu'un pouvoir d'attraction magique veuille nous éloigner de la réalité en nous ramenant au sein d'un monde où tout semblait plus simple, plus facile et plus beau. La nostalgie est une espèce de rêve éveillé qui nous distrait des difficultés quotidiennes et nous immerge dans une univers de rêve. La sensation y est agréable et l'on s'y sent comme dans un cocon. Mais un peu comme après l'ennivrement, le retour à la réalité ne se fait jamais sans peine.

Telle une sirène, la nostalgie est à la fois séduisante et aussi douce que le miel; elle ne manque cependant jamais de laisser un arrière-goût amer. Débordante de générosité, La vie nous offre de nombreuses options. Nous pouvons nous noyer dans la nostalgie et nous perdre dans son environnement qui finit souvent par être très déprimant. Nous pouvons aussi fuir en avant et ne penser qu'à ce que nous ferons demain en nous disant "vivement la fin de l'école" ou "vivement la retraite"; ceci est sans doute la forme d'évasion la plus commune et la plus productive dans un sens strictement matériel, mais celle-ci apporte rarement le bonheur. Finalement, si nous sommes de vrais sages nous serons capables d'apprécier le moment présent et pouvons être véritablement heureux; cela est de loin l'art le plus difficile à maîtriser sur cette terre. N'abusons donc pas de cette nostalgie qui nous attire à l'occasion, mais essayons de bien saisir chaque moment et de le vivre à fond. Carpe diem!

jeudi, février 04, 1999

Ré-inventer la promotion des sports d'hiver

Ceci est la suite des sujets qui avaient trait à la promotion des sports d'hiver (courses à skis et Jeux Olympiques). Alors que nous vivons dans un monde où tout change très vite, les institutions qui gèrent les sports hivernaux sont restées figées dans le passé. Bien qu'il semble que la popularité des sports d'hiver se maintienne dans les Alpes grâce à l'influx d'une forte clientèle d'Europe du Nord, il n'en est pas de même en Amérique où la génération de l'après-guerre, a maintenant mal aux reins et aux genoux, et préfère partir en croisière plutôt que de se "geler" en station. Les Jeux Olympiques restent donc la seule promotion viable pour les sports d'hiver en Amérique, mais ceux-ci n'entrent en scène que tous les quatre ans.

J'ai déjà évoqué le manque d'impact promotionel des courses à ski telles que nous les connaissons. Bien que mes vues puissent s'avérer fausses lorsque ces compétitions ont lieu en Autriche ou en Italie, ce n'est qu'une question de temps avant que l'engouement et le fanatisme observés dans ces pays diminue considérablement. À mon avis, une promotion efficace des sports d'hiver par la compétition devrait revêtir plusieurs aspects.

Le premier consisterait à recréer des mini-jeux Olympiques dans lesquels les spectateurs retrouveraient les activités hivernales qu'ils adorent: Le patinage, le ski (alpin et fond), le saut nordique, le surf, le télémark, la raquette, les glissades variées ou toute autre forme de sport de neige et glace imaginable.

Le second volet viserait une localisation plus judicieuse des compétitions. D'abord, à l'échelle continentale; je pense qu'il est essentiel que les athlètes résident dans le continent où ils participent aux compétitions. Régine Cavagnoud ou Jean-Luc Alphand sont par example d'illustres inconnus aux États-Unis. Le même doit être vrai de Johnny Moseley en Europe. En habitant sur le continent où ils évoluent, les athlètes deviendraient connus et optimiseraient leur valeur promotionelle.

Dans le cadre de ce nouveau concept, imaginez trois grands "circuits": Europe, Amérique et Asie, avec, dans chaque continent, une varieté d'athlètes qui y résideraient de manière quasi-permanente. Pour plus d'intérêt, ces athlètes devraient avoir des origines variées. Un Edgard Grospiron pourrait être basé en d'Asie, Pierrick Bourgeat en Amérique et Nikki Stone en Europe, par exemple. Une diversité en matière d'origine nationale ajouterait à l'impact que ces athlètes auraient auprès du grand public.

Le troisième volet viserait à réduire le nombre de manifestations et sites choisis sur la saison d'hiver. Au lieu d'avoir plusieurs courses par semaine comme cela est maintenant le cas, limitons la saison à six ou sept grandes manifestations d'une semaine chacune. Dans le cas du circuit Américain, nous pourrions avoir six ou sept "classiques" réparties parmi les stations de l'est et de l'ouest du Canada et des États-Unis. En Europe cela serait une ou deux stations en France, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, Italie et Espagne. Imaginez maintenant le déroulement d'une de ces semaines de "Jeux Hivernaux": Les droits de télévision seraient vendus à des chaînes comme RTL, Berlusconi, Eurosport, ABC, CBS ou NBC.

Ainsi, pendant toute une semaine, les émissions de la chaîne seraient faites à partir de la station organisatrice. On expliquerait au public comment les gens vivent en montagne ou par quel procédé le reblochon est fabriqué. Pendant une semaine complète, on "vendrait" le style de vie montagnard et on donnerait envie aux spectateurs de venir visiter les lieux plutôt que de montrer à la dérobée de rares images d'Aspen ou de Morzine.

Le volet suivant consisterait à rendre ces compétitions hivernales beaucoup plus captivantes et mieux adaptées à l'ère du sport-spectacle. Du Lundi au Vendredi se dérouleraient des épreuves éliminatoires opposant les athlètes de calibre international aux gens du pays. Le meilleur moniteur du coin pourrait ainsi se mesurer à Stangassinger en slalom ou le meilleur "skieur libre" de la station pourrait faire la même chose avec les champions de la spécialité.

Cela nécessiterait peut-être une "recalibration" des épreuves qui pourraient alors devenir plus courtes, plus longues, plus difficiles ou plus spectaculaires afin de faire mieux mettre en valeur les différences entre participants. Quand tous les finalistes seraient ainsi selectionnés, cette grande fête des sports d'hiver finirait en crescendo le Samedi et le Dimanche, donnant lieu aux joutes finales qui seraient retransmises par télévision et seraient ainsi centrées sur quatre ou six athlètes par discipline, sélectionnés pendant la semaine. Bien entendu, les rencontres internationales entre les circuits Asiatiques, Américains et Européens pourraient avoir lieu chaque année dans une station choisie en alternance.

Dans cette formule, chacun y trouverait son compte: Les stations recevraient une couverture médiatique complète pendant toute une semaine, les spectateurs assisteraient à un spectacle extrêmement varié, intéressant et le plus souvent dans une ambiance survoltée, et les athlètes ne seraient désormais plus soumis à un calendrier infernal ainsi qu'à une routine insuportable...

dimanche, janvier 10, 1999

Scandale Olympique

Salt Lake City, ville de tradition très conservative de par sa culture Mormone découvre avec stupeur que le mouvement Olympique et ses délégués ne sont pas aussi purs que la couleur du drapeau qui flotte sur les Jeux. Vous avez sans doute entendu parler du scandale qui a éclaté après qu'il eut été révélé que des bourses d'études d'une valeur de plus de 2 millions de Francs avaient été accordées aux membres de familles de délégués, sans parler de traîtements médicaux gratuits ou de fourniture de compagnie galante pour le plaisir de ces mêmes délégués!
Ces jours, le gouvernement Fédéral Américain et le F.B.I. lançaient une enquête, et presqu'aussitôt les têtes commencaient à rouler avec la démission du président et du vice-président du comité d'organisation des Jeux de Salt Lake (SLOC). Tout cela me semble bien extrême. Depuis le départ d'Avery Brundage de la tête du Comité International Olympique (CIO) et depuis le succès commercial des Jeux de Los Angeles en 1984, la commercialisation Olympique est devenue une réalité.
Le processus de sélection des villes candidates étant soumis au vote d'une centaine de délégués internationaux, celui ci reflète le caractère moral de l'électorat. Dans de nombreux pays, ces délégués émanent directement du pouvoir et sont souvent les protégés de dictateurs ou des membres influents de la bureaucratie, comme d'anciens membres du parti communiste dans les pays de l'Est. Au vu des sommes investies par les villes candidates pour obtenir les Jeux, le système actuel invite la corruption à grande à grande échelle! Il me paraît également évident que le CIO est parfaîtement au courant des dessous-de-table et ferme les yeux.
La réalité est que le système est pourri à son plus haut niveau. Le public ignore l'immense richesse du CIO qui perçoit "un peu moins" de 7% des montants représentés par les droits de télévision et des cotisations de fournisseurs officiels. Pour les jeux de Salt Lake, qui ont un budget de plus de 8 millards de Francs, le CIO reçoit la coquette somme de 550 millions! Les Jeux d'été, plus importants, rapportent près de 800 millions de Francs. Tout cela représente un revenu annuel moyen de plus de 350 millions! Cet argent couvre les salaires des employés du CIO ainsi que les frais du fonctionnement du château de Vidy près de Lausanne.
Cela me parait excessif pour une organisation semi-privée qui, de part ses statuts, n'a de compte à rendre à personne! Samaranch qui a été successivement le ministre de la jeunesse et des sports en Espagne sous Franco, puis président du gouvernement de Catalogne jusqu'à la mort du dictateur en 1975, s'accroche depuis 1980 à son poste doré.
Devenu le Pape des sports, le marquis Espagnol a établit un pouvoir absolu qui tolère la corruption dans les rangs dans la mesure où celle-ci guarantit son soutien politique et sa réélection régulière en tant que président. Samaranch qui ne rend de compte à personne devrait cependant s'inquièter des attaques menées en ce moment contre la corruption qui sévit dans son fief Olympique.
En fait, le problème n'est pas au niveau des comités d'organisation locaux comme celui de Salt Lake, mais bien au niveau du CIO. Aujourd'hui, avec les sommes en jeu, il est temps de changer le statut du CIO et de transférer ses pouvoirs, son organisation et surtout son contrôle à un organisme supra-national telle que les Nations-Unies qui offrirait une bien plus grande transparence…

dimanche, décembre 20, 1998

L'Euro, une simple étape dans le processus de globalisation

La question était posée ainsi sur le forum du journal Libération: "Selon vous, la monnaie unique est-elle une formidable opportunité pour les pays concernés, ou bien la perte de souverainté en matière monétaire, la nécessité de concilier des économies différentes, l'abandon des instruments de base des politiques économiques nationales font-ils courir un risque élevé aux pays de l'U.E. ?"

Ma réponse: L'Euro, une simple étape dans le processus de globalisation
La mondialisation est un comme un train en marche; plus rien ne peut l'arreter.
Le phenomêne a commencé avec les Beatles et le rock-and-roll, a continué avec CNN et la télévision par satellite et aujourd'hui est en train de faire tache d'huile grâce à l'internet. La mondialisation est inéluctable et le passage à l'Euro n'en est qu'un épisode mineur.
Sans parler de la rationalisation et des économies d'échelles que cette nouvelle monaie va apporter a chacun des pays de l'Union Européenne, son avènement va soudainement soustraire l'influence dangereuse des gouvernements sur la politique monétaire et va amener une plus grande discipline qui bénéficiera toutes les économies concernées…
Aujourd'hui, la question n'est plus de s'interroger sur la viabilité de l'Euro, mais plutôt sur ses chances de devenir la monnaie supra-nationale que nous pourrions bien voir apparaitre dans ces 25 prochaines années…
Un effet très peu discuté de l'Euro, va pouvoir assez vite s'observer en matière de narco-trafic, de blanchissage de fonds ou de tout autre activité illicite pour lesquelles la monnaie de choix était jusqu'alors le dollar. Si l'on sait qu'un million de dollars en coupures de $100 remplissent une petite valise, le même montant en coupures de 500 Euros pourras être désormais contenu dans une serviette; cela veut dire que l'Euro pourrait très vite supplanter le dollars pour toutes les transactions à caractère criminelles ou pour le "stockage" d'argent liquide…

samedi, décembre 05, 1998

Mais où sont les courses d'antan?

Le passage annuel de la Coupe du Monde de ski alpin à Park City a inspiré cet article. Fin Novembre, j'ai eu l'occasion d'assister aux quatre épreuves qui s'y déroulaient et à la belle victoire de Pierrick Bourgeat en Slalom.
Cela m'a aussi permit de constater la désaffection dont souffre le ski en matière de spectateurs. Grande passion de ma vie, le ski n'a jamais cessé de m'attirer. Enfant, j'admirais les prouesses du "cirque blanc" et de l'Équipe de France.
Mes souvenirs remontent à la parade organisée en l'honneur de la victoire Olympique de Jean Vuarnet et aux victoires d'Adrien Duvillard et Guy Périllat à une époque où les Autrichiens dominaient déjà le sport. Ensuite il y a eu l'apothéose des années Killy pendant lesquelles Honoré Bonnet et son Équipe remettaient les pendules à l'heure. Sans sombrer dans la nostalgie, ces années ont étés parmi les plus fortes de ma jeunesse. Ce n'est donc pas par hasard si je devais par la suite consacrer ma vie professionelle aux métiers de la neige. Aujourd'hui, j'essaie de comprendre pourquoi le ski de compétition a perdu son attrait d'autrefois.
Dans une prochaine édition de cette lettre, je proposerai des solutions visant à raviver l'intérêt pour ce sport de compétition en particulier, et pour les autres sports d'hiver en général. En analysant le statut du ski de compétition, il parait indéniable qu'au fil des années, les mesures "d'aseptisation" et de "sécurisation" apportées à la descente, épreuve reine de ce sport, ont eut raison des cotés naturels et dangereux qui faisait l'attrait de cette discipline. Le vol plané de Maier à Nagano en est une indication. Aujourd'hui, le monde a oublié Crétier et sa médaille d'or, mais l'envolée de "l'Herminator" restera à jamais gravée dans la mémoire des connaisseurs.
Je me souviens de la descente de Nyon, de celle de la Vaineuve à Morzine-Avoriaz, ou encore de la Verte aux Houches qui étaient toutes effrayantes. En ce temps, la vitesse n'était qu'une composante de l'épreuve; le reste était fait d'incertitudes, de risque et de pur courage. Entre l'étroitesse de ces rubans de vitesse, leurs reliefs naturels déstabilisants, les transitions brutales entre lumière aveuglante et obscurité totale dans les goulets ombragés, il n'y avait pas de place pour du pilotage automatique.
Les pistes de Val Gardena et de Schladming devaient changer tout cela... Peu après, l'épreuve superflue du Super-G était ajoutée pour combler l'ennui de ces descentes. Des tracés signés par Russi apparurent lors des dernières Olympiades en vue de recréer les difficultés techniques du passé mais le caractère authentique des parcours naturels ne pouvait pas être restauré. Si le slalom géant à un peu moins souffert de cette évolution, le slalom en fut l'autre victime avec l'avènement des piquets escamotables qui devaient "robotiser" l'apparence de cette discipline.
Les perfectionnemments apportés à la préparation des pistes ont crées des surfaces uniformes et des qualités de neige presque parfaites réduisant ainsi les hasards liés aux choix d'une ligne de course et ont ainsi homogénéisés le style des coureurs. Au fil des ans, l'accummulation de ces changement a "emasculé" le sport et a amenuisé les différences de styles qu'un spectateur pouvaient autrefois apprécier à l'oeil nu. Aujourd'hui, les skieurs se ressemblent tous; leur style est stéreotypé et les différences de technique sont à peine visibles... Sur cette base, il n'est guère étonnant que les amateurs de ski aient désertés les aires d'arrivées et les postes de télé, non seulement en Amérique, mais aussi en Europe. Je me souviens des 40.000 spectateurs venus voir se disputer la finale de la Coupe du Monde entre Thoeni, Stenmark et Klammer en 1975. Cette ambiance euphorique et passionée a aujourd'hui disparu.
Certes, le spectacle que propose la Fédération Internationale de Ski (FIS) n'est pas vraiment télégénique et n'avait jamais été conçu pour être cadré dans un petit écran. Bob Beattie et Honoré Bonnet avaient saisit le problème lorsqu'ils avaient tenté d'introduire le slalom parallèle. Le concept était bon mais les dinosaures en tête de la FIS n'ont guère permit à cette formule d'évoluer. Pour plaire, un sport doit être mis en scène autour de ce même petit écran; à l'inverse, il est difficile de "bricoler" une épreuve sportive pour l'adapter à la télévision. À force de parfaire les conditions de course et d'ignorer les recettes utilisées dans les sports-spectacles que sont le football américain ou le basketball professionel, la FIS a fait mourrir le ski à petit feu. Le deuxième élément de ma réflection aborde les changements d'attitudes du monde du ski de compétition et de son public.
On dit qu'un poisson pourrit par par la tête; de même, la médiatisation du sports a eu des retombées néfastes, d'abord sur les officiels, puis les entraineurs et enfin les athlètes. Tous ont pris la grosse tête et ont confondu l'échelle mondiale du ski avec sa petite audience liée à une participation globale très limitée: Le ski ne sera jamais le foot, le golf ou même la Formule Un. Les resources disponibles pour la promotion du ski restent minuscules. Il me semble donc qu'un sport doit conserver sa modestie et sa convivialité pour rester en prise avec son public et s'assurer de son soutient. Il existe un abîme entre Hermann Maier et Michael Jordan...
L'autre point de vue que je voudrais aborder est celui du spectateur. Depuis 1960 les distractions qui nous sont proposées se sont multipliées à l'infini. Hollywood, qui est devenu le nouveau maître spirituel du monde, fabrique désormais des produits parfaitement conçus pour la distraction des masses. Les ternes jours d'hiver n'ont plus nécessairement besoin d'une course de ski pour les animer.
Avec la prolifération des chaînes télévisées, l'exotisme est au bout des doigts, ou plutôt du clavier de télécommande. La vidéo, la musique numérique, les jeux électronique ou l'internet sont autant d'options construites sur mesure pour consommer les longs après-midis d'hiver. Ces trente dernières années ont vu la naissance d'une nouvelle race de spectateurs qui demandent d'avantage que d'assister -- dans le froid – à un defilé de skieurs qui se ressemblent tous. Après les moutons, aurions nous enfin réussit à cloner nos coureurs?

jeudi, novembre 05, 1998

L'Accent Étranger

Petit garçon, je passais beaucoup de temps en compagnie des ouvriers de chantier qui construisaient la route des Lindarets ou des bûcherons avec qui je partageais les plats de pâtes à la sauce tomate, et qui m'apprenaient le "Bel Canto" dans la maison de nos voisins, les Muffats. Ils venaient d'un autre pays, parlait avec un fort accent, ils étaient Italiens. Déjà, ils faisaient un travail dont bon nombre de Français ne voulaient pas. Un peu plus tard, alors que la vallée de Morzine se développait économiquement, Espagnols et Portugais remplacèrent les Italiens. Nous étions déjà aux États-Unis lorsque ce fût le tour des Turcs.

Avoir un accent et se trouver en pays étranger est un sujet fascinant. Peut-être savez vous que passé l'âge de treize ans, l'accent ne se perd plus. Ceci s'explique en partie par le fait que les cordes vocales sont formées et perdent de leur adaptabilité. Bien sûr, si l'on a correctement apprit une seconde langue avant cet âge, il est possible de la parler parfaitement, sans le moindre accent. Au fil des années, les États-Unis - un pays d'accueil par vocation - ont intégrés une grande varieté d'immigrants. Nous sommes donc habitués à y entendre de nombreux accents. Bien que le groupe d'immigrants le plus important soit de langue espagnole, il existe de nombreux Coréens, Vietnamiens, Haïtiens ou Slaves qui se sont fixés en Amérique ces dernières années.

Comment réagissent les Américains lorsqu'ils entendent un accent étranger? Tout dépend de son origine. L'accent Britanique, s'il provient de l'élite sociale, fait toujours très distingué. L'accent Allemand a un coté scientifique et érudit qui n'est pas sans rappeller des personalités comme Freud, Einstein et plus récemment, Henry Kissinger. L'accent Italien reste teinté par l'importante population d'origine transalpine qui peuple la côte Est des Etats-Unis et rappelle le caractère un peu trouble des mafiosi, sauf si le personnage s'appelle Pavarotti. L'accent Français, me demanderez-vous? J'allais y venir. Si votre nom est Catherine Deneuve et si vous vendez du parfum, l'accent passe très bien. Si vous êtes un chef de cuisine, cela vous rend plus crédible. Pour le reste, l'accent Français demeure perçu comme un trait charmant, mais peu sérieux. Le stéréotype du Français aux États-Unis est celui d'un individu assez libertin qui aime aussi bien boire, fumer, et qui, avant tout, adore bien vivre.

Que se passe-t'il alors lorsque l'on émigre et s'installe dans un pays anglo-saxon? La réponse est d'une brutalité simple: On vous attend au tournant; le tapis rouge est une chose à laquelle on rêve mais qui n'existe pas vraiment. Faire sa place au soleil avec un accent demande donc des talents uniques ou une volonté de travailler plus vite et mieux que les autres. De plus, l'apprentissage de la langue reste un obstacle continuel; il ne se passe pas un jour sans que j'apprenne un élément nouveau d'anglais. Dans n'importe quelle deuxième langue, les automatismes exigent un effort et une attention constante. Bien parler – comme bien écrire - est un art difficile, et il n'est pas rare que quelqu'un rie, me reprenne, ou ne comprenne pas ma façon de prononcer certains mots. Bien que cela m'irrite, je ne désespère pas et continue de "m'accrocher".

Une chose est très claire: Les Américains remarquent l'accent étranger et ne manquent jamais de demander d'une manière que je trouve assez pénible: "D'ou venez vous?." Je rétorque: "Devinez?" Les réponses peuvent surprendre: "vous êtes Suédois," ou "vous venez de Russie," ou encore "de Slovénie." Leurs questions sont un peu une façon de dire "Qu'êtes vous venus faire ici?" et peuvent dénoter une certaine hostilité si vous n'êtes pas juste de passage…Aujourd'hui il est à la mode de dénoncer les différences salariales entre hommes et femmes; de même, je pense qu'il existe une différence de niveau de vie attribuable à la présence d'un accent étranger. Pensez un instant aux personnes que vous connaissez et qui ont un accent Espagnol, Portugais ou Turc; intuitivement, je pense que leurs revenus sont affectés par leur accent. Ces personnes compensent en économisant un peu plus et en faisant d'avantage de sacrifices que le reste de la population.

Le fait que j'ai un accent m'a t'il géné? Sans doute. Un accent colle un label "étranger" à la peau; on se méfie toujours d'un étranger et il convient alors de faire plus pour prouver sa vraie valeur. Aux État-Unis on dit: "vos différences vous rendent 'unique', n'en faites surtout pas un complexe". Facile à dire, dans un monde ou chacun se bat pour être accepté et intégré! Lorsque j'étais petit, quelqu'un qui n'était pas né à Montriond était un "étranger"; dès lors, est-on prêt a laisser celui ou celle qui parle avec un accent Turc devenir le maire de la commune?

Si la vie d'immigré est si difficile, peut-être devrais-je rentrer en France? Et bien non; le défi que représente la vie outre-Atlantique me stimule énormément et compense les quelques vexations occasionnées par mon accent Français. De plus, l'insertion d'un étranger se fait bien plus facilement aux États-Unis qu'en Europe du fait que nous sommes principalement une nation d'immigrants. J'assume donc toute responsabilité pour me trouver ici et veux maintenant parler de ceux qui bénéficient le plus: Les enfants d'immigrés. En effet, ceux-ci ont, d'un seul coup, deux cultures à leur disposition et ont aussi d'une manière indirecte beaucoup appris de l'adversité et des difficultés d'insertion qu'ont connus leur parents. Ils en sont donc beaucoup plus forts. Ces enfants d'immigrants sont désormais "trempés", solidement armés et fortement motivés pour réussir et dépasser tous les écueils rencontrés par leurs parents; de plus, leur accent n'est plus étranger!

lundi, octobre 05, 1998

Bill & Monica

Ce mois, Bill Clinton et sa stagière ont fait couler autant d'encre que de salive. Le "dérapage" de notre président est une affaire qui le regarde. Ce qui est cependant discutable est que ses écarts se soient produits pendant le travail et dans l'enceinte du bureau le plus en vue du monde. En Amérique, n'importe quel dirigeant de société aurait été immédiatement limogé pour ce genre de conduite. L'autre élément lassant est l'aspect chronique des "escapades" présidentielles et des explications les justifiant.
Depuis 1991, Bill Clinton n'a cessé de mentir et, ce faisant, s'est bien moqué de ses constituants. Le mensonge déclanche toujours un processus irréversible de défiance. Alors que la confiance se gagne lentement, elle s'évapore en un instant sous l'effet du mensonge. De plus, en s'accrochant égoïstement au pouvoir, Clinton est en passe de détruire les chances de succès de son propre parti, à près d'un mois d'importantes élections législatives. Les médias nous disent que de nombreux Européens rient de ce veaudeville; c'est naturel, les histoires salaces, lorsqu'elles arrivent aux autres, sont toujours amusantes!
Il y a deux mois, alors qu'il se trouvait à l'apogée de son mandat avec une économie en pleine forme, Bill Clinton avait une occasion en or de démissioner et de partir sur un coup d'éclat. Il lui aurait été alors facile de blâmer la cabale fomentée par les républicains pour entrainer sa chûte; un certain doute aurait peut-être subsisté, mais l'étalage de linge sale occasionné par la publication du rapport Starr aurait été épargné.
Bien que je pense que les républicains sont derrière ce scandale, Bill Clinton a commit l'erreur de mordre à leur hameçon. Le pouvoir à haut niveau réclame une intelligence et une rigueur qui vont de pair avec les pièges qui jonchent le chemin. Que se serait-il passé si Monica avait été une Mata-Hari des temps modernes? Cette conduite risquée exigait l'adresse et l'instinct qui n'ont jamais habité l'esprit arrogant de Bill Clinton. C'est regrettable.
Dans un monde si médiatisé, le président des Etats Unis devrait servir d'exemple à ses citoyens et au monde entier. C'était au delà des pulsions de Clinton! Démissioner serait une mesure de courage et d'honneur; mais il s'agit peut-être là de mots désormais tombés en désuétude.

mardi, novembre 15, 1988

Denis Pasquier, 1949-1988

Denis est décédé le 11 Novembre 1988 d'une chute en montagne alors qu'il était à la chasse autour de Bellevaux. Denis était un solide qui n'avait peur de rien.

Sur les planches, c’était un super skieur, qui adorait aller vite. Je me souviens de nos descentes à toute vitesse dans la Combe du Machon, à Avoriaz. Il avait du reste réussi à ouvrir la Coupe du Monde sur la piste Jean Vuarnet en 1974 (le suisse Colombin avait gagné l’épreuve).

Il y avait aussi tous les bons moments et les sorties avec le reste de mes copains.

Nous avions quitté ce coin magique qu’était Avoriaz à peu près au même moment pour nous lancer respectivement sur des voies beaucoup plus difficiles et loin de nos chères montagnes. Moi chez Look à Nevers, lui à la Salle des Ventes Drouot, à Paris.

La dernière fois que nous nous sommes retrouvés, c’était à l'ENSA de Chamonix, pendant le mois de stage menant à notre diplôme de moniteur national. Un copain qui s'en va bien trop tôt. Mes plus sincères condoléances à Annie son épouse ainsi qu'à Sandrine et Emmanuelle, ses deux filles.