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mardi, mars 14, 2023

JP Chatellard me rends visite …

La semaine dernière, j'ai rêvé que mon vieil ami, Jean-Pierre « JP » Chatellard, aujourd'hui décédé, était venu me rendre visite. L'image était si vivante, si réelle et si convaincante que cela m’a totalement bouleversé. 

Même dans mon rêve, je me suis souvenu que JP était décédé en 2020, mais j'étais tellement confus et embarrassé que je me suis mis à douter qu'il nous avait effectivement quittés et me suis demandé si sa disparition n'était pas juste une énorme erreur de ma part. 

Je ne pouvais pas lui dire que je savais qu'il était décédé, tellement il était vivant, souriant et engageant lors de cette rencontre impromptue. J'ai dû alors me convaincre qu'il était là, pour de vrai. Cette apparition troublante a suffi à me réveiller. Qu'est-ce qui a pu déclencher ce rêve hors du commun ? 

Peut-être que le fait que Mikaela Shiffrin était sur le point de pulvériser le record de victoires en Coupe du monde de ski détenu par Ingemar Stenmark, et que JP travaillait avec le champion suédois à cette époque, mais jamais un rêve ne m'est apparu aussi réaliste et émouvant que celui-ci.

vendredi, juillet 17, 2026

Roland Collombin, 1951-2026

 

Roland Collombin était un skieur alpin suisse hors du commun, double vainqueur du classement général de la descente et médaillé d'argent aux J.O. de Sapporo en 1972. Il s'est éteint le 10 juillet 2026, à l'âge de 75 ans, après une lutte de deux ans contre le cancer. Téméraire et audacieux, Collombin a dominé la discipline de la descente lors de la saison 1973-1974 avant de se blesser gravement à la colonne, ce qui mit fin prématurément à sa carrière, alors qu'il n'avait que 24 ans. Il a remporté deux Globes de cristal consécutifs en descente, en 1973 et 1974. 

Domptant la Streif, il a gagné à deux reprises la descente du Hahnenkamm à Kitzbühel — une course réputée extrêmement dangereuse — en 1973 et 1974, établissant un record de piste lors de sa seconde victoire. Le style de course de Collombin, fondé sur la prise de risque maximale, a conduit à sa relation tragique avec la piste Oreiller-Killy à Val-d'Isère. 

En décembre 1974, il se blessait gravement à la colonne vertébrale en chutant à l'entraînement, ce qui l’empêchait de skier pour le reste de la saison. En décembre 1975, en effectuant son retour en compétition, il chutait au même endroit précis, se fracturant deux vertèbres et se retrouvant temporairement paralysé. Ce saut allait être surnommé « la bosse à Collombin ». 

Par un curieux hasard, j'étais moniteur de ski et travaillait comme bénévole le 12 janvier 1974 sur la piste de descente Jean-Vuarnet à Avoriaz, et le décès de Collombin a fait remonter des souvenirs marquants. La veille de la course, je m'étais retrouvé au bar-discothèque « Chez Caroline » à Morzine avec mon ami Jean-Pierre Chatellard, entraîneur de l'équipe de France, et Scott Henderson, entraîneur des descendeurs canadiens qui allaient bientôt devenir les « Crazy Canucks ». 

À cette époque, bien que j’adorais faire le métier de moniteur de ski, je cherchais désespérément un emploi à l'année ; je n'avais aucune envie particulière d'ouvrir une boutique de souvenirs ou un restaurant aux Lindarets pour y passer le reste de ma vie. 

À nous trois, nous avons englouti une bouteille de whisky tout en discutant et en évoquant nos souvenirs, Chatellard — que je n'avais pas revu depuis 1972 en Australie — m'avait alors donné quelques bons tuyaux pour travailler dans l'industrie du ski. Je les ai suivis à la lettre, ce qui m'a permis de mettre le pied dans ce milieu. 

Le lendemain, alors qu’il fallait lisser à ski une piste toute gratonnée et gelée pendant la nuit, je subissais les effets de la pire gueule de bois de ma vie, mais j'ai tenu le coup... et Roland Collombin a remporté la course ! 

mercredi, juin 07, 2023

Serveur à Grainau, Bavière

Il y a tout juste cinquante ans ce mois-ci, j'avais décidé de me mettre sérieusement à l'allemand. J'avais caressé l'idée de retourner à Mt. Buller, en Australie et, pour changer d'atmosphère, enseigner à l'école de ski autrichienne comme mon ami JP Chatellard l'avait fait en 1972. Je pensais aussi que connaître l'allemand élargirait ma clientèle à Avoriaz, la jeune station ayant su attirer un bon nombre de visiteurs européens. 

Toujours quelqu'un qui croit en l'immersion totale et prêt à franchir les obstacles, j'ai sauté dans mon break Renault 12 et en quittant mon domicile en Haute-Savoie, me suis dirigé à travers la Suisse, jusqu'au lac de Constance, puis j'ai viré en direction du Voralberg autrichien, traversant les merveilleux paysages que ce pays offre jusqu'au Tyrol et j’ai poursuivi jusqu'à Garmish-Partenkirschen en Bavière. Huit heures au volant pour parcourir près de 600 kilomètres !

Là, je suis immédiatement allé au bureau local de l'emploi, j'ai acheté des journaux afin de trouver un emploi qui pourrait me soutenir pendant que j'améliore mon allemand (j'avais étudié en autodidacte pendant environ un an et je pouvais exprimer mes joies, mes peines et satisfaire mes besoins les plus élémentaires, mais je ne parlais pas encore assez bien). 

J’ai aussitôt trouvé un emploi de serveur (une de mes compétences, en plus d’être un moniteur de ski) dans un restaurant touristique à Grainau, à seulement 10 minutes de là. Je me suis présenté et j'ai dû faire une assez bonne impression car j'ai obtenu le poste sur-le-champ. Le salaire était correct et comprenait la chambre et la pension, ce qui était parfait. 

La propriétaire du restaurant, une matrone impressionnante, m'a immédiatement emmenée dans un grand magasin de Garmish où elle m'a fait acheter un uniforme composé d'un pantalon noir, de chaussures noires assorties et d'une chemise blanche (elle avait quand même eu l’amabilité de me prêter le tablier de serveur). 

Sans perdre une minute de plus, j'ai commencé à servir les clients. Un véritable baptême par le feu ! Je ne comprenais pas très bien les clients qui parlaient avec divers accents et dialectes. Le premier plat que j'ai appris et que je n'oublie jamais sur ce sacré menu était le « Blaue Forelle » , la truite au bleu. Pendant une semaine, j'ai lutté comme un beau diable et, le septième jour, j'ai tout abandonné, jeté l'éponge, rendu le tablier et suis rentré en France. 

Mon geste audacieux et ambitieux n'était pas à la hauteur de ma faible patience et de mon manque de confiance en moi. J'ai presque tout de suite regretté d'avoir abandonné ce projet, et c'est ainsi que j'ai appris que la patience vaut de l'or, et qu'à partir de ce moment-là, il me faudrait augmenter considérablement le dosage si je voulais vraiment réussir !

jeudi, janvier 30, 2014

Flashback: Coupe du Monde à Avoriaz

Alors qu'on arrive a fin Janvier, j'avais presque oublié un quarantième anniversaire d'importance. Ce vendredi 11 Janvier 1974, à la boite de nuit « Chez Caroline » à Morzine, mon ami Jean-Pierre Chatellard et Scott Henderson, alors entraîneur des Canadiens, rigolions et reconstruisions le monde tout en se tapant une bouteille de scotch.

Le lendemain, je travaillais sur la descente à Avoriaz, la course était tout autant gelée que ma pauvre tête, et je souviens que c’était le suisse Roland Collombin qui avait gagné. Ce samedi allait aussi faire basculer ma vie car l'alcool de la veille m'avait enfin aidé à prendre la décision de quitter définitivement l'école de ski d'Avoriaz et de commencer une carrière dans la branche du ski, côté équipement.

Le reste appartient à l'histoire!

vendredi, septembre 25, 2020

Jean-Pierre Chatellard, 1947-2020

Pour moi, Jean-Pierre ou JP comme nous aimions l'appeler, était un entraîneur de ski qui sortait de l’ordinaire en raison de sa façon unique d’observer les gens et d’analyser les circonstances, et de son expérience incroyablement diversifiée, tout comme son approche peu orthodoxe par rapport à tout ce qui touchait au ski. 

Originaire de Megève, JP avait entraîné les équipes espagnoles, françaises, suédoises, américaines et japonaises, et avait été également un entraîneur privé pour quelques skieurs sud-américains, ainsi que pour le Club des Sports de Megève. 

C’était en fait le premier entraîneur de ski français qui « exportait » ainsi, son savoir-faire à l’étranger. Comme il préférait 250 jours de soleil à 250 jours de précipitations annuelles, il s’était installé dans le Colorado. 

Plus important encore, c’était un très bon copain avec qui je partageais une foule de bons souvenirs. Il est décédé ce 22 septembre après un long combat contre le cancer dans sa maison de Chimney Rock, près de Pagosa Springs, dans le sud du Colorado. 

Nous avions enseigné le ski ensemble en Australie au début des années 70 et sommes restés amis depuis. À l’époque, nous étions inséparables. D'une certaine manière, c’était un autre frère pour moi, mieux encore, un jumeau, beaucoup plus jeune que mon frère aîné, permettant ainsi une communication et une complicité parfaites. 

Casse-cou et iconoclaste, il m'a sorti de ma coquille et m'a emmené dans son monde où « tout était possible », regorgeant d'aventures folles, d'idées nouvelles et de solutions créatives. Nous avions commencé à Gênes, en Italie, où nous nous étions rencontrés pour la première fois, et avions fait la moitié du tour du monde sur un paquebot italien, le Galileo Galilei. 

Dès le départ, nous étions tous deux passablement fous et, ensemble, avions ajoutés d'avantage de synergie à nos comportements excentriques. Tout devait nous entraîner dans de tumultueuses expériences et d’incroyables aventures. 

Bien sûr, nous avions parfois nos moments difficiles et nos désaccords. Nous étions tous deux « Hauts Savoyards » purs et durs, donc têtus. Je me souviens d’un moment où JP et Brigitte, son épouse à l'époque, restaient avec nous à Park City, dans notre toute nouvelle maison, avant un voyage de ski au Chili. 

Ma femme avait gentiment demandé à Jean-Pierre qu’il enlève ses bottes de cowboy, car nous avions un plancher en érable clair, assez délicat. Il avait refusé obstinément en disant: « Mes bottes sont trop difficiles à enlever et à remettre ! » 

Le lendemain matin, notre beau plancher avait des marques de caoutchouc noir un peu partout à cause de ses satanées bottes. Ma femme ne lui a jamais pardonné. Bon, puisque nous étions copains, nous nous sommes toujours réconciliés. 

C'est aussi lui qui m'a aidé à quitter mon travail de moniteur de ski pour me lancer à temps complet dans la branche du ski. Je ne le remercierai jamais assez pour cela. Maintenant qu’il nous a quitté, il va terriblement nous manquer. 

Adieu, Jean Pierre !

jeudi, mai 19, 2022

Retour en Australie

En mai 1972, il y a environ 50 ans, je ne me souviens plus clairement comment j'avais décidé de retourner avec Alexis Saudan et son école de ski français à Mt. Buller pour une saison de ski supplémentaire. 

Au départ, je devais rejoindre Jean-Pierre Chatellard aux remontées mécaniques d'Orange et l’école de ski autrichienne sous la direction de Walter Frois, mais j'ai dû avoir des remords ou peur de fâcher quelqu’un dans l’intervalle. 

C'est vrai aussi que ma saison de ski à Avoriaz avait été difficile et marquée sous le signe de la contention, ce qui m'avait laissé peu de temps pour anticiper et bien préparer ce que j'allais faire pendant la saison estivale qui suivait, c’est dire que je me suis laissé guider vers le choix facile et tout simple de rejoindre Alexis et son équipe. 

Cette année-là, seuls Gérard Bouvier, Philippe Coutaz et Christophe Saudan furent de retour avec moi.

dimanche, juillet 21, 2024

Du temps où j'envoyais mon CV …

Il y a une cinquantaine d’années, j’écrivais une lettre de demande d’emploi chez Look S.A., un fabricant français de fixations de ski, après que mon ami JP Chatellard m’eus apprit que ce fabricant avait un poste disponible dans son service course.

 Je ne me souviens pas clairement de ce que j’avais mis dans cette lettre ; il s’agissait probablement d’une lettre d’introduction combinée avec mon CV en un seul document, celui-ci vantant mes mérites le mieux possible, ni à quoi il ressemblait vraiment. 

Ce dont je me souviens, c’est que j’avais écrit la missive à la main, en français, dans mon style littéraire original et, j’en ai bien peur, bourrée de fautes d’orthographe et de syntaxe… Elle était probablement intitulée « Cher Monsieur » alors que la personne qui allait la lire et déciderait de mon sort était une femme des plus fortes. 

Dans la lettre, je faisais de mon mieux pour parler de mes compétences sur les skis, de ma maîtrise de quatre langues, de mon expérience technique et de ma compréhension des appareils mécaniques ainsi que de mon ouverture d’esprit aux différentes cultures étrangères. 

Ce qui était écrit a probablement touché positivement la personne qui a lu ma lettre, car un entretien d’embauche allait suivre, presque par retour de courrier, amenant à un rendez-vous dans les semaines qui ont suivi. 

Je pensais que j’étais cool et que j’étais bien dans ma peau, mais à cette époque, il y a un demi-siècle, la concurrence pour les bons emplois n’était pas du tout ce qu’elle est devenue aujourd’hui !

lundi, novembre 18, 2019

Angoisses saisonnières

Lorsque j'ai décidé de devenir moniteur de ski (?) il y a tout juste 50 ans, je savais qu'il me faudrait un autre emploi rémunéré pendant les sept ou huit autres mois de l'année.

Dès le départ, j'avais déjà développé une « anxiété saisonnière » qui n’allait plus vraiment me quitter pendant les cinq années qui allaient suivre. J’avais peu d’intérêt à devenir aubergiste, restaurateur ou vendeur de souvenirs, comme j’en avait fait l’expérience quand je travaillais avec mes parents.

Au début, je m’étais fixé comme objectif de devenir géomètre-expert. Cette tentative à ce que je pensais être une carrière honorable m'avait emmenée, au printemps 1970, dans la station de ski de Saint-Gervais, juste en dessous du Mont. Blanc, où j'ai travaillé environ trois mois avant de jeter l'éponge.

L’automne suivant, j’ai essayé de devenir métreur-vérificateur, à Cluses. Il s’agissait là d’une activité assez bizarre dans le bâtiment qui n’a pas suffisamment su m’inspirer pour que je continue.

Puis, pendant les deux étés suivants, mes angoisses saisonnières ont pris une pause bien méritée quand j’ai décidé d’aller enseigner le ski en Australie pendant les saisons d’hiver australes. Cette activité, tout en étant très amusante et au demeurant assez logique, ne me permettait pas vraiment de « casser la croûte » et n’était donc pas viable à long terme.

L'année suivante, je me suis concentré sur l'acquisition de nouvelles compétences linguistiques (allemand et italien). De plus, à la demande de mon ami Michel Duret, j’avais passé un mois à Paris pour y vendre et prospecter les skis qu’il fabriquait ; un bon stage en préparation à une future carrière dont j’ignorais encore la possibilité !

Enfin, en janvier 1974, mon ami J.P. Chatellard m'a suggéré de tenter ma chance en cherchant un emploi dans la branche du ski et plus spécifiquement dans le domaine du ski de compétition.

J'ai bien écouté ses conseils, suivi plusieurs des offres d’emploi dont il m’avait parlé, décroché un poste auprès des fixations Look et mis ainsi un terme définitif à mes angoisses saisonnières récurrentes !

mardi, septembre 07, 2021

Un premier tour du monde, 51e partie

Si vous avez suivi l’histoire de notre 50e anniversaire d’aventures Australiennes, Gérard Bouvier, Marcel Grivel-Dellilaz, Jean-Pierre Chatellard ainsi qu'Alexis Saudan, son fils Christophe et moi, étaient les seuls protagonistes dont nous avons le plus parlé. 

Nous avons également mentionné le reste du personnel attaché à notre groupe, mais un moniteur de ski français reste manifestement absent jusqu'à présent, et c'est Philippe Coutaz. C'est simplement parce que nous ne savions pas ce qu’il était devenu. 

Heureusement, quelques recherches et, comme souvent, un peu de chance, nous ont mis sur sa trace. La saison 1971 était déjà lancée, quand Philippe nous est arrivé de Chamonix. 

Nous connaissions tous son père, Edgar Coutaz, le Contrôleur de l’Enseignement du Ski Français. Philippe était moniteur « Capacitaire » et comptait sur deux saisons d'enseignement en Australie pour passer au niveau « Auxilliaire ». Il semblait très intelligent et adaptable, et en plus, parlait bien l'anglais. 

Cependant, comme il se trouvait parachuté en cours de saison, il n'a pas été facile pour lui de s'intégrer dans notre groupe assez soudé, et nous n'avions pas trop fait d'efforts pour l'intégrer, ce qui était dommage. 

Philippe semblait aussi plus introspectif que nous tous, et la différence d'âge, aussi minime qu’elle soit, joua aussi un rôle. 

Tout comme Gérard et moi, Philippe a fait deux saisons à Mt. Buller, en 1971 et en 1972. 

Un peu plus tard, en 1985, Philippe décrochait un doctorat en économie à New York University et et a poursuivi sa carrière dans les secteurs économique et bancaire.

jeudi, août 15, 2013

Galileo Galilei, 1963-1999

Ce matin, vers 4 heures, alors que j’étais bien réveillé mais encore couché, je me rappelais une « croisière » de 45 jours remontant à 1971. Nous étions partis de Gênes, en Italie, pour nous rendre jusqu'à Melbourne, en Australie, à bord du « Galileo Galilei », un paquebot de 28.000 tonnes de la ligne Lloyd Triestino, qui transportait des immigrés au pays des kangourous pendant les années 60 et 70. Bien que lancee le 2 Juillet 1961, ce bateau n'allait être mis en service sur l'Australie qu'à partir du 22 Avril 1963.

À cette époque, Suez était fermé et nous avions dû faire le grand tour par le Cap de Bonne Espérance. Ce service a continué jusqu'au premier choc pétrolier de 1973, qui, combiné avec l'avènement des tarifs bon marché, a contribué à la disparition de tels voyages.

Mon ami JP Chatellard et moi, qui travaillions pour l'école de ski française à Mont Buller, étaient entassés parmi les quelques 1.600 passagers que comptait la classe économique, alors que nos homologues autrichiens profitaient du confort de la première classe en compagnie de 150 privilégiés.

Ce service a quand même duré jusqu'en 1977 quand le Galileo Galilei a été transformé en bateau de croisière pour le compte d'une multitude de compagnies. Mon bateau favori n'a cependant pas vu le nouveau millénaire car il a prit feu et coulé sur la cote Malaisienne le 21 mai 1999.
J'avais donc bien fait de descendre à Melbourne!

lundi, septembre 13, 2021

Un premier tour du monde, 57e partie

Que dirions-nous si quelqu'un nous demandait « Quelles leçons de vie avons-nous appris pendant notre séjour en Australie, et à Mt. Buller en 1971 ? » (suite) 

JF : 

« L'Australie m'a beaucoup appris ! J'ai d’abord découvert que le monde était immense. JP et moi en avons fait l’expérience directe, coincés sur un paquebot pendant 50 jours. Cela nous a ouvert les yeux sur le fait que nous étions tout petits sur cette étendue d'eau infinie, un peu perdus sur une immense planète, et aussi combien nous étions privilégiés d'être inclus dans cette merveilleuse aventure. Nous étions jeunes et, dans une large mesure, bien loin d’être murs. Nos cerveaux malléables et curieux avaient l’occasion d’apprendre au quotidien auprès de nos collègues et des gens que nous rencontrions tous les jours, en découvrant de nouveaux horizons, en accomplissant des tâches inédites ou en vivant une foule de situations autant inconnues que surprenantes. » 

Si quelqu'un m'avait demandé de résumer, j'aurais dit : « J'ai surtout gagné énormément de confiance en moi ... Sur neige, mon savoir-faire s’est enrichi en travaillant avec Gérard et Alexis, j'ai aussi pu observer ce qui se passait à l'école de ski autrichienne, élargissant ainsi mes connaissances pédagogiques. Améliorer mon anglais au quotidien était fabuleux, et même si je communiquais de mieux en mieux, ma compréhension de la culture australienne restait quand même à la traîne et cela m'a appris que la culture est toujours un obstacle beaucoup plus dur à conquérir que la connaissance d’une langue. Plus important encore, c’est là que j'ai décidé que mon futur professionnel inclurait le ski, le commerce international et beaucoup de voyages. Pour couronner le tout, j'ai réalisé que je n'avais jamais été aussi heureux de ma vie, et pour moi, cela n'avait pas de prix ! ». 

Cette expérience inoubliable couronnait ainsi ce qui avait été la meilleure année de ma vie ! 

Philippe Coutaz : 

Philippe partage aussi mon point de vue sur notre jeunesse et notre maturité qui se cherchait. Tous les jeunes sont confrontés à ce dilemme et réagissent de manières très différentes. Souvent, il y a ce besoin de ressortir de la masse pour affirmer qui nous sommes et où nous allons nous retrouver dans ce nouveau rôle d'adultes. 

Plus jeune que Gérard, Marcel, Jean-Pierre et moi, Philippe reconnais : « Je n'avais que 20 ans et parfois, si vous me trouviez un peu abrasif, c’est que je cherchais ma place parmi un groupe de garçons tous plus âgés et apparemment assez sûrs d’eux. Dans ces circonstances, il était difficile d'être moi-même, tout simplement ! » 

Comme pour chacun d’entre nous, l'Australie fut une expérience remplie d’enseignement pour Philippe. Elle lui a fait découvrir que rien ne pouvait remplacer une honnêteté absolue avec lui-même afin de devenir quelqu’un de productif, capable de fonctionner en harmonie avec son entourage. 

Jean-Pierre Chatellard : 

JP qui nous a quitté il y a un an n'est plus avec nous pour répondre à cette même question. C'est pourquoi j'ai pris sur moi d'imaginer ce qu’il aurait pu dire, en gardant tout cela pour la fin. Ensemble, JP et moi avons voyagé pendant sept semaines vers l’Australie. 

Fort d'avoir fait une saison en tant qu'entraîneur au Colorado, il savait comment les choses se passaient en dehors de France, il connaissait un peu mieux la culture anglo-saxonne et parlait assez bien l'anglais pour se remettre dans le bain en arrivant. 

Qu'a-t-il donc appris en Australie ? Laissez-le s'expliquer : 

« D'abord, je dois admettre que j'en savais déjà pas mal quand je suis arrivé en Australie, donc j’avais beaucoup moins à apprendre que mes collègues … » Comme vous pouvez le lire, JP avait peu de choses à améliorer. C’est vrai qu’au fil du temps, j'ai réalisé que JP s’était construit l’image d’un gars imperturbable, style Belmondo, si vous voulez, bien calé dans son personnage, sans avoir à jeter de coup d'œil sur son âme profonde. 

Depuis le jour où je l’avais rencontré, j’avais admiré son attitude de fonceur, mais je réalise désormais qu'il ne s'agissait probablement que d'une façade, car un charisme débordant cache souvent des vulnérabilités ... 

JP continue : « Dans une moindre mesure, j'ai appris que je pouvais être un coach, un mentor, quelqu’un de "cool". Cela est sans doute venu de mon expérience avec JF. Je proposais un truc et il le faisait. Je disais “On saute !”, il répondrait “De quelle hauteur ?”. Je savais que j'avais trouvé le filon et que j’étais naturellement doué pour influencer les autres et les inspirer avec ma témérité et mon enthousiasme débordant ... Bien sûr, j'ai aussi appris de JF que, lorsqu'il écoutait son instinct de survie, mon influence se trouvait soudainement limitée… »  

C'est bien vrai, l'audace de JP m'a sorti de ma coquille et à un certain moment, j'ai senti qu'il était grand temps pour moi de devenir autonome.

samedi, mai 29, 2021

Un premier voyage autour du monde, 3e partie

Il y a juste cinquante ans aujourd’hui, c'était aussi un samedi, et mon frère Gaston m'avait conduit dans sa Peugeot 204 depuis Montriond, mon village de Haute-Savoie, jusqu’à Megève, où j’allais retrouver Jean-Pierre Chatellard, qui serait mon compagnon de chambrée pour les quatre mois suivants, afin de commencer notre voyage à Gênes, en Italie. 

Un de ses amis, qui s’appelait Pellissier, je crois, lui-même moniteur de ski à Whistler, au Canada, avait proposé de nous emmener vers le sud, dans sa fourgonnette, en y chargeant la caisse contenant tout notre matériel de ski nécessaire ainsi que celui destiné à nos coéquipiers qui eux, allaient se rendre en Australie par avion. 

Je ne me souviens pas trop des détails car mon esprit était totalement concentré sur l’aventure qui nous attendait. Nous sommes arrivés au port de Gênes à temps pour l'enregistrement dans notre navire, le Galileo Galilei, un paquebot de 28000 tonnes de la ligne Lloyd Triestino, capable de transporter 1750 immigrants, dont quelques passagers de première classe, vers l’Australie, après avoir sillonné la mer Méditerranée, les océans Atlantique et Indien. 

Alors que le navire était énorme pour l'époque, nous étions bien trop cool pour être impressionnés.

Après avoir dit au revoir à notre ami Pellissier, nous avons pris possession de notre cabine et entre-temps, nous avons entendu la rumeur qu'une grève de tout le personnel. du navire était en train de se préparer ...


mardi, juillet 02, 2019

Comment je suis rentré chez Look

Décrocher un poste aux fixations de ski Look aura été un événement extraordinaire pour moi en cette année 1974, car cela a ouvert la voie à ma carrière dans l’industrie des sports et des loisirs.

Je cherchais depuis longtemps un travail à l’année dans le ski, et suivant les conseils de mon bon copain Chatellard, j’avais postulé pour plusieurs emplois qu’il m’avait alors signalés. Un était chez Salomon, un autre chez Rossignol et le dernier chez Look.

J'avais d’abord contacté Salomon qui m’avait très vite rejeté et immédiatement après, j'avais tenté ma chance en contactant Look. J'avais écrit une belle lettre de candidature, vantant ma « connaissance profonde » de la branche du ski ainsi que ma maîtrise de l'anglais, de l'allemand et de l'italien, sans parler bien sûr du français.

Mon curriculum vitae a dû tellement impressionner Mme Beyl, l’épouse du propriétaire-fondateur de Look, qu’elle m’avait tout de suite invité pour un entretient d’embauche. Fin juillet de cette année-là, j'avais enfilé mon beau costume en velours côtelé vert et je m’étais rendu jusqu’à Nevers, une petite ville en plein centre de la France.
J’avais réussi à trouver l'ancienne usine Look avant que celle ci ne déménage dans un beau bâtiment flambant neuf. Mme Beyl m'avait posé toute une série de questions que j'ai oubliées depuis. Elle m'avait dit que le responsable de son service course, sur la coupe du monde de ski, un Suisse nommé René Plancherel, avait quitté son poste et qu'elle lui cherchait un remplaçant.

Elle avait brièvement décrit l’emploi et ses responsabilités. Je lui avait indiqué que le travail, le salaire et le véhicule de fonction me convenaient parfaitement. C’est là que Madame Beyl m'a demandé quelle était mon signe astrologique. Heureusement que je le connaissais ; j'ai répondu: « Capricorne ! » Elle m’a dit: « Vous êtes embauché, vous commencez le 2 septembre ! »

mardi, juillet 19, 2011

Il y a quarante ans aujourd'hui ...

Je viens de retrouver une vieille photo de trois de mes amis qui avait été prise juste il y a juste quarante ans aujourd'hui. Il s'agissait de Gérard Bouvier, Jean-Pierre Chatellard et Marcel-Grivel Delillaz. Nous avions juste commencé une saison d'hiver à Mount Buller en Australie, pour y enseigner le ski ; le soleil était de la partie, la neige venait tout juste d'arriver et écrasait littéralement les eucalyptus qui constituaient la foret locale.

On pourrait dire que c'était le « bon vieux temps » mais je dirais que dans la vie toute circonstance devrait être un un bon moment. Sans même nous en rendre compte, nous fabriquons de bons souvenirs et des moments merveilleux au quotidien. Si nous le savions, nous ferions probablement d'avantage attention à ce processus et prendrions d'avantage de précautions pour en faire justement « un autre bon moment » et pour toujours bien nous assurer que chaque étape que nous franchissons, chaque décision que nous prenons tisse un pan supplémentaire de cette merveilleuse tapisserie qui capture notre expérience et nos souvenirs.

Quand je suis tombé sur ce cliché, je l'ai envoyé à ces trois potes en me disant que nous avions une sacre chance d’être encore en vie et d'avoir eu, pour la plupart, une existence merveilleuse dont on profitait toujours. J'ai tout simplement souhaité à ces trois copains que cela dure encore, comme ça, une autre quarantaine d’années ...