Pour éradiquer la rancune, j'ai commencé par un inventaire chronologique de mémoire, dressant la liste des ressentiments que j'éprouvais envers certaines personnes, en les classant par ordre d'intensité et en précisant les raisons. Parallèlement, j'ai établi une liste similaire, incluant les personnes envers lesquelles j'éprouve de la gratitude : mentors, amis, proches, collègues et même adversaires qui ont semé la graine qui a fait de moi ce que je suis aujourd'hui.
Comme vous le savez peut-être déjà, la gratitude est importante dans ma méditation, et ces deux listes m'ont permis de constater que ma liste de gratitude est plus longue et plus significative que celle des ressentiments. L'avantage de cet exercice est que les rancunes se manifestent souvent comme un nuage émotionnel flou.
Les identifier explicitement m'aide à les transformer d'une influence inconsciente en quelque chose que je peux voir et examiner consciemment. Cela dit, il y a deux façons acons très différentes d'établir cette liste : soit en dressant un inventaire détaillé des offenses et en les revivant sans cesse (une mauvaise approche), soit en la considérant comme un bilan visant à clore le chapitre. Voir l'exemple ci-dessous.
Les trois dernières questions de la liste sont cruciales. Au lieu de m'attarder sur « À quel point ai-je été mal traité ? », je me tourne progressivement vers « Qu'est-ce qui m'a vraiment blessé ? », « Quelle leçon en ai-je tiré ? », « Pourquoi ne pas pardonner maintenant ? ». Nombreux sont ceux qui découvrent que l'offense visible n'est pas la blessure la plus profonde.Par exemple, une trahison peut masquer un besoin d'amour, un conflit familial peut cacher un besoin affectif. Un léger manquement professionnel peut révéler un orgueil blessé, une rupture amicale peut dissimuler une déception. Une fois la blessure la plus profonde identifiée, le ressentiment s'atténue souvent considérablement.
À mon âge, une autre dimension mérite d'être soulignée. J'ai découvert que certaines des personnes qui m'ont blessé étaient immatures ; la peur les faisait agir, elles avaient des tas d’autres problèmes ou encore elles étaient gravement malades ou décédées. Cela n'excuse pas leurs actes, mais cela modifie souvent le point de vue émotionnel.
Beaucoup de personnes de mon âge font également état d'un changement intéressant : ce qui semblait autrefois de la malice apparaît de plus en plus comme de la fragilité, ce qui peut faciliter le pardon. Une fois toutes vos entrées terminées, je vous suggère d’utiliser cette phrase : « Cet événement fait partie de mon histoire, mais il n’a plus sa place dans mon avenir.»
Nul besoin de vous forcer à pardonner immédiatement. L’objectif n’est pas de vous convaincre que la souffrance n’a jamais compté, mais simplement de cesser de payer une vieille dette émotionnellement. À bien des égards, ma démarche s’apparente à un bilan de fin de vie – non pas dans un sens morbide, mais plutôt comme la fermeture des comptes avant de passer à autre chose.
Mon intérêt pour la méditation, la gratitude et le développement personnel continu fait que cet exercice se transforme moins en un catalogue de griefs qu’en une cartographie de la façon dont les difficultés de la vie ont contribué à me construire. En conclusion, entretenir du ressentiment, c’est comme tenir un charbon ardent dans la main avec l’intention de le jeter sur quelqu’un, c’est notre propre main qu’on brûle !
Lâchez prise et bonne chance ...

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