jeudi, juillet 09, 2026

Brûler ses vaisseaux (Première partie)

Il m’est arrivé à maintes reprises de brûler mes vaisseaux. Si certaines tentatives se sont soldées par un échec, beaucoup d’autres ont abouti à des résultats positifs, voire excellents. 

Je me souviens, par exemple, avoir décidé d’intégrer l’internat du lycée de Cluses — un établissement réputé très dur — ; cette aventure avait parfaitement porté ses fruits pour moi. En revanche, mon expérience en tant que technicien du bureau d’études chez Odo, dans ce coin perdu qu’était Morez, au fin fond du Jura, fut marquée par le découragement et, finalement, l’échec. 

Il en a été de même lorsque je suis parti à Genève pour travailler comme mécanicien aéronautique chez TWA : je n’ai pas réussi à faire durer l’expérience bien longtemps. Même chose pour mon travail chez un géomètre à Saint-Gervais, aux pieds du mont Blanc, ou pour ce poste dans une petite entreprise de Cluses — un travail de métreur-verificateur, censé être saisonnier pour s’accorder avec mon activité de moniteur de ski, mais qui a ete incapable de susciter la moindre passion de ma part. 

Je me rappelle aussi avoir traversé en stop le désert australien de Nullarbor, une décision irréfléchie qui, par miracle, a bien tourné. De même, me lancer chez Look — que ce soit à Nevers ou aux États-Unis — ou partir plus tard m’installer dans l’Utah furent des décisions du type « couper les ponts » couronnées de succès, bien qu’elles aient comporté leur lot de souffrances et de défis. 

L’esprit d’aventure a toujours fait partie de mon ADN, pour le meilleur comme pour le pire. Je croyais autrefois que « brûler ses vaisseaux » ouvrait de nombreuses portes : la motivation pour réussir était si puissante qu’elle rendait l’échec impossible. 

Peut-on dire que, lorsque je m’engageais dans une entreprise très incertaine — presqu’une situation de vie ou de mort — mon cerveau veillerait d’une certaine manière à ce que je m’en sorte haut la main ? La réponse est peut-être oui, mais seulement jusqu’à un certain point. Cette idée reflète un phénomène psychologique bien réel, mais elle va au-delà de ce que les faits permettent d’affirmer. 

Demain, nous tenterons de comprendre pourquoi.

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